‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 26 sur 108 · SYRIENS ET ASSYRIENS · texte numérisé non relu

SYRIENS ET ASSYRIENS

Derccto est ainsi, d'après son mythe, la personnification de la Nature issue d'un chaos aqueux, une Vénus sortant des eaux, née de la mer, une Vénus Amphitrite, qui passait à Athènes pour l'épouse de Neptune. Cette identification de Vénus et de Dercéto est d'ailleurs mieux qu'une hypothèse de mythologue : elle repose sur un témoignage historique, car Pausanias nous apprend que le culte de Vénus Uranie a pris naissance chez les Assyriens (ou Syriens), qu'ensuite cette déesse a été adorée par les Cypriens de Paphos et par les Phéniciens d'Ascalon , et que les habitants de Cythère l'ont reçue de ces derniers. Or la déesse de Cythère, c'était Vénus, et la déesse-poisson 0'Ascalon était adorée sous le nom d'Eurynome en Arcadie (P. il, 599. Eurynome),

Les attributs de Dercéto nous sont tous connus : le fuseau ou la navette des Grandes-Mères qui ont tissé la toile du monde (P. I, 366) ; la roue du monde et de ses vicissitudes (id. 432 , 374) ; le cratère des eaux primordiales et de la prophétie (id. 329 sq.); la tour crénelée, symbole des cités ; les lions qui figurent les ardeurs du soleil (id. 261 sq.), etc.

Mais hâtons-nous d'arriver au mythe diluvien de la mort de Dercéto.

c La Dercéto d'Ascalon, disaient les uns, étant tombée entre les mains du lydien Mopsus, s'était jetée de honte dans le lac avec son fils Ichthys ou Poisson, et avait été mangée par les poissons. » Suivant d'autres, c Vénus lui avait inspiré un violent amour pour un beau* jeune homme, dont elle avait eu une fille. Mais, rougissant de sa faute, elle avait exposé son enfant en un lieu désert et plein de rochers, et, après avoir fait disparaître son amant, elle s'était jetée dans le lac, ou elle avait été métamorphosée en poisson i. »

*■ Xanthus, dans Fragm, hist* grœc, 1. 1, p. 38 ; Diod. Sic. u, 5.

I>ERCKTO. 97

Dercéto est la personnification ou la déesse de la nature dans le premier récit, de Thumanité dans le second. Nature ou terre, elle a été surprise et violée par Mopsus, le dieu des Eaux diluvieniies, et elle a disparu sous les flots avec son enfant, c'est-à-dire avec l'espèce humaine, qui a été comme transformée en poissons (P. II, 229, 209). Humanité, elle s'est rendue coupable d'une grande faute , qui a été la cause de sa mort dans les eaux du déluge (id. 209); mais son enfant (lesNoachides) a été sauvé.

Non loin d'Ascalon était Joppé, qui est le théâtre du mythe bien connu d'Andromède. Cassiopée est une Dercéto ; c'est l'humanité antédiluvienne, qui attire sur elle par une grave faute, par son insolent orgueil, la colère des dieux et surtout des Néréides et de Neptune (P. II, 228). Sa fille doit périr par un monstre marin (qui figure le déluge, 210), et par une marée montante (ou une grande inondation), ajoute Apollodore*. Le héros qui la sauve vient à elle à travers les airs , et je ne sais si cette course aérienne, d'^après le mythe grec d'Ogygès et le mythe védique de Bhoudjyou , ne serait pas celle de l'arche dans les hautes régions de l'atmosphère, oii l'avait soulevée la crue immense des eaux.

Les Syriens n'étaient pas d'accord avec les Ascalonites sur le sort final de leur commune déesse ; mais s'ils ne la faisaient pas périr dans les eaux, au moins ne niaientils pas l'extrême danger qu'elle avait couru lors du déluge. Les uns disaient que Dercé (Dercéto), la fille de Vénus, était tombée dans la mer, et qu'elle fut sauvée par des poissons, qui furent transportés dans les cieux (P. II, 209). D'autres racontaient que Vénus et son fils, l'Amour , étaient un jour venus vers l'Euphrate , quand

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