‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 38 sur 108 · DE THÉOPOMPE · texte numérisé non relu

DE THÉOPOMPE

ne fait ici que copier Hésiode, P. Il, 27. 38i). Les Belliqueux naissent avec leurs armes (en vrais hommes de rage d'airain) , ils sont toujours en guerre, et leur cité règne sur une foule dépeuples vaincus. Les habitants de cette ville sont au nombre de deux millions. Ils connaissent les maladies et en meurent ; mais le très-grand nombre d'entre eux périssent dans les guerres. Ils sont invulnérables au fer (id. 69) ; la pierre et le bois peuvent seuls les blesser mortellement. Ils possèdent une telle quantité d'or et d'argent que l'or est moins estimé chez eux que le fer chez nous. Jadis ils ont traversé l'Océan pour envahir notre monde, au nombre de dix millions, et ont abordé chez les Hyperboréens ; mais ayant appris que ceux-ci étaient les plus heureux de tous les habitants de notre monde, ils n'eurent que du mépris pour une manière de vivre aussi simple et humble, et ils jugèrent qu'il était au-dessous d'eux de pénétrer plus avant. » Thëopompe ajoutait, qu'auprès d'eux (des Belliqueux) habitaient dans plusieurs grandes villes des hommes appelés Méropes, et qu'à l'extrémité de leur contrée était un lieu nommé Sans-Retour. Ce lieu était comme un gouffre, que ne recouvraient point les ténèbres, que la lumière n'éclairait point et où l'air était mêlé d'une subs- ' tance rougeâtreiqui le rendait trouble. En ce lieu coulent deux fleuves, celui des Délices et celui de la Tristesse. Auprès de l'un et de l'autre sont des arbres de la hauteur d'un grand platane, mais dont les fruits ont des propriétés contraires. Qui goûte des uns, verse une telle quantité de larmes qu'il vit, se consume et meurt dans les pleurs. Mais si l'on mange des fruits des arbres qui croissent près du fleuve des Délices, les anciennes passions se calment, on oublie ce qu'on avait aimé, on rajeunit peu à peu et l'on revit les années déjà écoulées. On rejette la vieillesse, on recouvre sa vigueur passée,

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on redevient jeune homme, enfant et enfin on s'éteint. » Ce retour de la vieillesse a Tenfance est un emprunt fait au dialogue de Platon, le Politique. Les deux fleuves et leurs arbres sont une fiction de Théopompe qui en a pris les matériaux au Léthé des enfers et peut-être aux deux arbres du paradis. Quant aux Méropes, ils avaient donné à Cos son ^antique nom de Méropide : c'était une race mythique (antédiluvienne) qui avait été détruite par Hercule, le dieu qui anéantit les races corrompues. Le roi Mérops avait pour épouse Ethémée : elle cessa d'adorer Diane (comme les Antédiluviens d'adorer Dieu), Diane la frappa de ses flèches, et Proserpine l'enleva, enclore vivante, dans les enfers *, comme cette déesse ellemême l'avait été par Pluton. Ethémée est donc la Proserpine de Cos, et Proserpine est un personnage diluvien (P. II, 232). La patrie même de Théopompe, Chios, avait sa Mérope, fille d'Œnopion et amante d'Orion. Cet écrivain pouvait donc, sans altérer les mythes de Chios et de Cos, faire des Méropes les habitants de son monde piîmitif.

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