CHAPITRE m
Histoire des patriareiies du monde primitif.
Le Chou-king, par l'allusion qu'il fait au personnage antédiluvien Tchi-yéou' nous atteste l'existence, au temps de sa rédaction, de traditions chinoises relatives à la primitive humanité. S'il ne les a pas recueillies, c'est que le but de son auteur était, non point de donner une histoire complète de sa patrie, mais de démontrer par des faits, choisis avec réflexion, que le Ciel renverse les dynasties royales quand elles se rendent indignes du trône par leurs crimes, et comble de ses bénédictions les princes saints et pieux (P. I, 150).
Mais le Chou-king est-il tout entier un livre historique? Nous ne le pensons point. En effet , cet écrit se divise en quatre parties, dont la première fait une étrange disparate avec les trois autres. Le dernier livre, qui comprend la dynastie la plus récente et par là même la mieux connue, celle des Tchéou, ne compte pas moins de trente chapitres. On en compte neuf encore dans le livre qui précède et qui traite de la dynastie des Chang. Celle des Hia, la plus ancienne, n'a plus fourni de matériaux que pour trois chapitres fort courts et surtout presque entièrement vides de
« p. IV, ch. XXMU
faits : ce sont des siècles si reculés que tout souvenir s'en est à peu près perdu. Puis tout à coup, en remontant toujours le fleuve de Thistoire chinoise et en approchant de sa source, on se trouve transporté dans des temps dont on connaît les moindres événements. Ce n'est pas la marche de la vérité , et aussi le premier livre, celui d'Yu, le fondateur de la dynastie des Hia, est-il plein de faits impossibles et de vertus surhumaines.
La division de la Chine attribuée à Yu, avec sa régularité mathématique, est tout idéale, et n'a jamais existé que dans l'imagination des Lettrés du Hoang-ho. Tout ce chapitre n'est qu'un mélange de souvenirs qui se rapportent aux travaux successifs des anciens Chinois et aux voyages de leurs premiers explorateurs *.
Yu aurait certainement creusé ou desséché plus de lacs, redressé, canalisé, réuni, séparé, conduit à la mer plus de fleuves, coupé plus de montagnes que ne l'ont fait ensemble tous les peuples de la terre depuis leurs origines jusqu'à nos jours.
Yu, Chun, Yao et tous leurs officiers sont de tels modèles d'humilité, de dévouement , de piété, et réussissent si facilement dans toutes leurs entreprises^ qu'il est évident que ces chapitres sont un tableau imaginaire de l'Empire chinois, un âge d'or qui devait servfr de modèle à tous les siècles subséquents.
Pour compléter ce tableau , les sages y ont introduit tout ce qui , dans le long cours des siècles, a fait la prospérité de leur patrie et sa gloire : découvertes , sciences, arts, institutions et conquêtes.
En tout cela ils cédaient à la même inspiration qui poussait les Egyptiens à rapporter à l'un de leurs
> Voyez Ed. Biot, dans le JowmaX asicUiquet 1842. Août et Sept.
préitiîéi^S rois, au Sésostris de la douzîètaè dynastie de Manéthon, tous les triomphes du Sésostris historique, qui, en outre, défrayaient le mythe d'Osifîs.
Les Chinois ont ainsi donné à leurs premiers sôuve- .rains un empire immense, tandis que toute la scène historique du Chou-king est renfermée dans le bassin inférieur du Hoang-ho et ne franchit pas au sud le Yang-tsé-kiang. Les Barbares serrent de près le people civilisateur , ils occupent même à son orient la présqu'île qui est au sud de la mer Jaune.
Si donc Yu est un personnage réel et qu'il ait été le premier roi chinois, on lui a fait l'honneur de tous les travaux exécutés par sa dynastie, et de nombre d'autres que nos géologues revendiqueraient, avec raison, pour leur science. Ses deux prédécesseurs , Chun et Yao, qu'on groupe parfois avec les personnages antédiluviens, sont d'antiques divinités qui se sont, comme tant d'autres, transformées en de simples mortels. On reconnaît leur vraie nature à leur idéale sainteté : « Yao et Chun, dit Mencius, furent doués d'une nature parfaite : Tching-thang et Vou-vang s'incorporèrent ou perfectionnèrent la leur par leurs propres efforts '.
Chun, qu'on adorait au Pérou fP. Il, 498), est le dieu suprême qu'adorait Melchisédec (P. I, 132). Nous pensons que les Chinois, à leur départ des plaines de Sennaar, donnaient à Dieu le nom de Chun, et que ce Chun s'est métamorphosé en un roi lorsque son culte aura fait place à celui du Ciel, ou de Tien.
Ce Chun=Saturne a^ pour histoire celle du monde primitif, dont il est le dieu : La grange à blé où veut le brûler son père, le méchant Kou-séoù, est une image de la terre que dévore, pendant le fléau du feu, l'Uranus
« ir, 7, 30. Comp. Il, 7, 16 et II, 3, 6; Laii-ya, I, 9, i^.
d€r âandb^iârtiKûna, image tonte pareille à celle de la fournâffs^ d'Atri'(P. H, 137). Le déluge est indiqaé par le pUits' que Chun est contraint de crenser, et 6à ses barbaréâ parents tentent de Tenterrer (P. I, 2%; n, 245). La hâitié nvortelle de Siang pour son frère Ghnn correst^tm& à la guerre de Samemroumus contre Usoiis (116) '.
Clmn, en'sa'qnalîtédeDieu, correspond à rElohimde la Bible. Le Dieu qur se manifeste à l'homme, s'y nomme JéhovaK', Jahvé. Jahvé est Ya^, le dieu suprême des Phénleîens et des Chaldéens (P. 1, 133). Mais Yao est le prédécesseur de Cbun, le roi qui ouvre l'histoire des Chinoiîj, et ce nom d'Yao ne convient qu'à Dieu, car il signifie en chinois le Très^Sublime*.
Nbw faisons donc passer par le règne d Yu la limite entre f hi^on% de l'hnmamlé primitive et celle de la Chîn^.
Les tradition^ des Chinois relatives au monde antédiluvien sont aussi remarquables par leur authenticité que par lenr conftrsibn. Les Chinois avaient consei*vé le souvenir de la plupart des grands personnages antédiluviens, et il s'opéra dans leur esprit le même travail que no^ avonë déjà signalé en Chaldée. Ces êtres mystérieux des temps primitifs prirent à leurs yeux des proportions gigantesques. Ils devinrent* les génies protecteurs de l'humanité, des demi-dieux, de grandes divinités. Or, nous avons vu, en exposant les cinq âges du monde primitif d'après' Fes Chinois (P. II, 383 sq.) que ce peuple aflFeetiônne tout spécialement le chiffre de cinq (P. I, 270) et ^e plaît à saisir de secrètes analogies entre tous les ordres des choses. Il ne se pouvait donc que les Chi-
I Mencius, II, 3, i,
* Choa-king, p. I^ oh. i. Argament.
nois ne découvrissent certains rapports entre leurs cinq âges du monde primitif et cinq des principaux patriarches de ce même monde , qui présideraient en même temps chacun, à son élément, à sa saison, à sa région du ciel et à sa couleur. Le choix n'était cependant pas aisé ; on hésita sans doute beaucoup, mais enfin on se sera décidé, comme nous le voyons par Tun des king, pour Adam, Abel, Seth, Gain et Ënos.
Mais pour honorer Adam =:Hoang-ti, on le plaça au xénith, et Abel=Fo-hi se trouva présider au printemps depuis le nord-ouest, Seth=Chin-nong du nord-est à Tété, Caïn=Chao-hao du sud-est à l'automne, et Enos= Tchouen-hio du sud-est à l'hiver *.
Fo-hi, prenant ainsi la place de Hoang-ti, devint le premier empereur de la Chine, soit dans la plupart des livres historiques , soit dans l'un des temples de Pékin on se voient sur des trônes fort riches les statues de tous les rois passés *. Hoang-ti, qui avait été transporté au temps d'Hénoc, fut ravi au ciel par un dragon ailé, qui rappelle l'aigle de Jupiter enlevant l'Hénoc phrygien, Ganymède. Les découvertes d'Adam=Hoang-ti furent attribuées à Fo-hi ; l'ordre chronologique des événements fut interverti, et ainsi s'accrut de plus en plus la confusion '.
* De Paravey, Documents, p. 27, 39. Hoang-ti se trouve occuper ainsi la place du milieu, qui est la cinquième. « Cinq ne répond à aucun koua, dit de Guignes (Aead, Inscr. t. XXXVIII, p. 269] ; mais placé au centre, on le regarde comme taï-ki, ou principe premier, ou maître et directeur de toutes choses. Ce terme est désigné par le hovang-ki, le terme, pôle ou pivot auguste, qui est le modèle de tout, le Chang-ti au ciel, l'empereur sur la terre. • Au lieu de palet nous disons zénith,
* Histoire générale des voyages, t. VI, p. 34.
^ Chou-king, Notice sur VT-king; remarques de VisdeUm.
LES PATRIARCHES ANTEDILUVIENS. 205
On finit par donner à ces cinq patriarches le nom et les attributs de la divinité suprême. Ils devinrent autant de Chang-ti divins, qui partageaient avec le grand et unique Ghang-ti l'administration du monde ^ On attribue en particulier à Hoang-ti et à Fo-hi la création même de Tunivers.
Pour retrouver Tor de la tradition authentique au milieu de cet amas de fables, il faut distinguer des noms propres et des hiéroglyphes qui méritent une pleine confiance, les simples récits dont rien ne garantit la haute antiquité.
Adam. Hoang-ti ou le seigneur jaune ^ règne par la vertu de la terre, de même que le rouge Adam est tiré de la terre rouge, adamah. Le caractère de Hoang est formé de la clef de la terre, et de celle du feu qui réchauffe et l'anime.
Ses autres noms sont : Hien-yuen , parce qu'il est né sur la colline de la croix qui est le symbole de la perfection ; Aï , le très'heau , et Kong-sun, le père universel de tous, l'aïeul du genre humain.
Sous le nom de Véou-kiongy il possède, domine les quadrupèdes féroces.
Dès le moment de sa naissance, il savait parler, tant était extraordinaire son intelligence.
Son épouse est la fille de la Côte d'Occident, et Eve a été prise de la côte d'Adam. Elle se nomme Loui-tsou, ou la grande aïeule qui entraîne les autres dans son propre mal (P. Il, 33). Le caractère Loui est formé de la clef des jardinages et de celle de la filature ; il peint donc les occupations naturelles de la première femme; et aussi Loui-tsou, qui fut regardée comme une divinité,
' ChoQ-king, Notice tur V Y-king ; remarques de VUdehu,
passait-elle pour avoir enseigné aux hotnmes l'art d'élever les vers à soie et de filer.
Les noms propres et les hiéroglyphes nous ont dépeint rétat d'innocence d'Adam et d'Eve, leur chute et leurs premiers travaux. On attribue à Hoang-ti l'invention de tous les arts ; mais c'est avec ces inventions que les Chinois remplissent indistinctement les règnes de tous leurs souverains primitifs. Nous noterons seulement que Hoang-ti, pour sacrifier au Ghang-ti, construiisit Hthkong ou le palais de la réunion.
Une nuée sans pluie humectait la terre au temps d'Adam : les ministres de Hoang-ti portaient le nom d'Yun, ou la Nuée.
Adam a traversé la grande sécheresse, et Hoan|^-ii a combattu Yen-ti ou le seigneur du feu y qui est le même que Tchi-yéou.
Mais comment a-t-on pu dire de lui qu'il a fait aussi la guerre au démon du déluge, Kong-kong? C'est que le père de tous les hommes est devenu partout le représentant de la première humanité ou des Antédiluviens, et s'est confondu avec le père de la seconde humanité. Nous verrons tous les Manou être à la fois Noë et Adam ' .
Abel. Le nom d'Abel signifie souffle: Fohi a pour nom de famille Fong, ou le vent.
Abel est sacrificateur et victime : Fo-hi est celui qui soumet la victime, et par son autre nom, Pao-hi, il est celui qui embrasse la victime.
* Hoang-ti, qui en sa qualité de premier homme, n'avait ni père ni père, une fois transporté à la troisième place, dut recevoir une généalogie. On lui donna pour père, non pas Chin-nong, qui est Seth, son fils, maiâ on fVère de la mère de Ohin-notkg, et comme il étaSt un des grands saints des anciens temps, sa mère Fou-pao le conçut d'une manière miraculeuse. (Ghon-king, Inlrod, chapitre dernier ; de Paravey, Documents^ p 30 sq.)
LES PATRIARCHES A'NTKDILLVIENS. 207
Abel est le pasteur juste : Fo figure un homme avec son chien (de berger), et Ht nous offre le hœuf et Vagneau avec la houlette dans la main. Si Ton supprime le signe du hœuf^ les trois autres signifient justice, ce qui est convenable. On raconte de lui qu'il apprit au périple à élever les six animaux domestiques, le cheval, le boèûf , la poule, le cochon^ le chien et le mouton, non-sôulement pour avoir de quoi se nourrir, mais aussi pour servir dans les sacrifices qu'il offrait au Maître dû monde, Ghing-ki, TEspril du ciel et de la terre (P. Il, 121 sq.).
Nous pourrions donner à Abel le nom que les Chinois donnent à Fo-hi, de Tai-hao, le très-éclairéy le trèsgrand, c parce qu'il avait toutes les vertus du Ching ou sage, et une clarté semblable à celle du soleil et de la lune. »
Gomme le Chang-ti du premier âge, Fo-hi s'appelle Tchun-hoangy le seigneur du printemps ; Mou-hoang, le seigneur du bois ; Gin-ti^ le souverain des hommes ; fien-hoangy le seigneur du ciel.
En sa qualité de sage, il a pour mère une vierge, Hoa-su. L'arc-en-ciel dont elle a été environnée, s'explique par la confusion qu'on a faite constamment entre les temps de la palîngénésie diluvienne et l'origiûe dte l'humanité. L'enfant d*Hoa-su est SoMi*, Jupiter, l'étoile du bois,
La sœur et la femme de Fo-hi est Niu-va ou la Nuée. L'antique déesse de la nature, la Gérés, la Minerve des Chinois, réduite à l'état de simple mortelle, a été transformée en la compagne du premier roi .
I Le Soui-gin du buitième ki est un autre Fo>hi, et nous avons la un curieux exemple des procédés par lesquels les Chinois remplissaient les siècles imaginaires qu'ils plaçaient avant Adam. (Chouking, Jntrod. chap. vu.)
c La fille de Fo-hi qui se noîe dans le fleuve Lo et qui est devenue l'esprit de ce fleuve », nous paraît être la fille du pieux Mandarin en mémoire de laquelle se célèbrenl la fête des eaux et celle des lanternes, ou la jeune humanité issue du premier homme et périssant dans le déluge (496).
Fo-hi avait le corps ou les lèvres de Long (le dragon), la tête de bœuf, les dénis de tortue, la barbe blanche et qui tombait jusqu'à terre. La barbe signifie sa haute antiquité ; le serpent, son intelligence pareille à celle du dieu démiurge dont il prenait parfois les fonctions; le bœuf ou taureau, sa puissance productrice et créatrice; la tortue, l'harmonie de toutes ses facultés.
On lui attribuait, comme au premier homme, mais à tort, l'invention de l'écriture hiéroglyphique, ainsi que celle de la médecine, de la musique, de l'astronomie, de la chasse et de la pêche, des armes, etc. Dans toutes ces fictions, il n'y a de vrai que la progression suivante dans l'histoire des armes: t les premières (celles de Fo-hi) étaient de bois, les secondes ( de Chin-nong) de pierre, les troisièmes (de Tchi-yéou=Tubalcaïn) de métal. » De même les murailles construites par Fo-hi étaient de terre battue, celles de Chin-nong, de pierre (121). Ajoutons que la guitare de Fo-hi avait un son plein de tristesse, ce qui convient à Abel, le premier martyr *.
Soui-gin étant le même que Fo-hi (175), nous rapporterons à ce dernier la découverte de l'instrument (soui) en bois (mou) qui produit le feu par le frottement*. Cette découverte est attribuée en Phénicie aux Caïnites (115). Mais ces deux pays s'accordent à la faire remonter aux origines du genre humain.
* Choa-king, Introd. ch. ii. De Paravey, Documents, p. 26 sq.
* Piper, p. 123. Les Chinois ont un autre Soui de métal (kin) qui est un miroir pour obtenir du feu du toleil.
LES PATRIARCHBS ANTEDILUVIENS. 209
Gâïn (P. Il, 132). CÏMW'hao est à la fois le successeur et le fils de Hoang-ti ou Adam, et Fou peut bien présumer qu'il est le frère de Fo-hi ou Tai-hao, puisque hao est commun à ces deux personnages, et que ehao signifie petit, inférieur y par opposition à toi, très-grand. Cette infériorité morale de Ghao-hao est un vague souvenir de la piété toute superficielle et hypocrite de Gain.
Gain est Thomme du gain, Tchi, qui est le petit nom de Ghao-hao, signifie gagner, acquérir , posséder et a de plus le sens d'avidité. Son autre nom Ky met encore mieux en lumière ses dispositions coupables, car il a le sens de convoitise, d'égoïsme, de désir non conforme à la raison.
Rien ne rappelle le meurtre d'Abel : on dirait que les Ghinois qui ont fait de Ghao-hao un de leurs cinq Ghang-ti , ont eu soin d'efiacer le souvenir de son fratricide.
Toutefois ils le nomment Hiuen-hiao ou Muen-tun, le noir vociférateur, et Ton croit reconnaître dans ces cris et cette couleur noire le désespoir du premier meurtrier, et le signe dont le marqua la main de Dieu (20). Les ministres de Ghao-hao sont les Neuf noirs, Kieou-ly.
Sous Ghao-hao, les Kieou-ly € excitent des troubles, corrompent les mœurs ; la justice est bannie ; on ne voit que des fourbes et des magiciens ; tout était déjà dans la confusion. > — € Les peuples négligèrent la saine doctrine pour s'attacher à la doctrine superstitieuse des Kouei et des Ghen^ » qui est celle qu'ont professée plus tard les Tao-ssé et qui. tient à la magie (i73; P. Il, 170).
Ghao-hao a reçu le nom de Kong-sang, d'un vaste désert où il naquit et qui est à l'ouest de la Ghine. Ge désert est celui de Nod, à l'est du paradis et de l'Arménie.
* Mémoireê, t. xv, p. 324.
Gain a bâti la ville d'Hénoc ; Ghao-hao, celle de Kto-féou ou la ville dépravée, où il établit ^ cour.
Gain est le premier ag^riculteitr, et Ghao-hao a le pteniier attelé des bœufs aux chariots faits par Hôang-ti et aux ctiai^rues *.
Ghao-hao a régulé les poids^ et les mesures : c'est ee que Josèphe dit de Gain (^>.
La musique que Ghao-hao a inventée est celle du Tayuen, ou do grand ahme. s
G'est la postérité de Gain qui a trouvé et travaillé les métaux, et Ghao-hao a régné par la vertu du métal.
Les Gainites. Après une. histoire aussi complète dt* Gain, on s'apprête à lire celle de ses descendants, et tes pages qui suivent sont blanches ! Elles ne coBftîeDnent qu'un nom, iiitao-At^, qui est fils de Ghao-hao et qui est THénoc caïnite, mais point de Méhujaél, ni de Méthusçaël, ni de Lémec, ni de Jubal, Jabai, Tubalcaîti, Nahéma. Les Ghinois, comme les Ghaldéens, ont rejeté l'héritage de la civilisation caïnite, et se sont envisagés comme les descendants des Séthites.
Après Kiao-kie figure bien Ty-ko ou Kao^sm. Mais l'erreur est manifeste, car Ty-ko est un Noé et Noë n'est pas caïnite*.
Nous revenons sur nos pas et arrivons à Seth d'abord, pui^ aux Séthites.
Seth. Laf Ghine a une double tradition sur SeUi : dans Tune il est un demr-dîeu, un Oannès=Thoth=Meréitre, c'est Ghin-nong; dans Farutfe il est un simple mortel et
* Lettre dé M. dé Piti^Ve]^, d'aptes rantSi^oe Histoft^ c&inoite : Cha- oey-tong-kien .
* De Pftravey, Documents, p. xii, 19, 33.
se nomme Tchang-y. Ils ont d'aillourâ , l'un et l'autre, toute une postérité de patriarches qui aboutit au déluge.
a. Chin-nong et ses descendants (P. Il, iM sq.). Chinnongest, comme Seth=Alasparus, l'inventeur de l'écriture. On raconte qu'il avait tiré les soixante-quatre kouas (traits) des huit découverts par Fo-hi; qu'il les avait combinés deux par deux, et qu'il grava sur des planches carrées, des livres qui contenaient les mystèreis révélés par Chang-ti ou le dieu suprême. Nous avons vu les Sabéens prétendre posséder des hvres de Seth , les Phéniciens ceux de Taaut, les Egyptiens ceux de Thoth (27. 104).
Gomme Seth=Thoth, Chin-nong a découvert les mathématiques et fondé l'astronomie. Monté sur un char traîné, ainsi que celui de Triptolème, par des dragons qui sont les symboles de l'intelligence divine, il avait le premier, prétendai(-on , mesuré la terre, qu'il avait trouvée plus large de l'est à l'ouest que du nord au sud. Ici encore les Chinois rapportent à l'un de leurs premiers empereurs leurs principales découvertes, et Tune des plus extraordinaires est. sans contredit celle (le l'aplatissement du sphéroïde terrestre vers les pôles.
Comme Thoth = Hermès, < Chin-nong fit une lyre et une guitare, l'une et l'autre pour accorder la grande harmonie du ciel et de la terre, fixer l'esprit, éteindre la concupiscence et remettre l'homme dans la vérité céleste. »
Mais Ching-nong est tout spécialement médecin et agriculteur. En sa qualité de médecin, il correspond à l'Ëscttlape phénicien, fils de Sydyc, et à Imouteph, le Thoth de Memphisr. Par son nom qui signifie l'Esprit lahaureury il est rOsiris=Bacchtts de lia Chine. Ici, sans
doute, sa ressemblance avec Seth cesse, et il devient le porteur d'un autre cycle de mythes. Mais on conçoit aisément comment les Chinois, pour qui l'agriculture est le premier des arts, en ont attribué la découverte à celui de leurs patriarches qui avait fait celles de l'écriture, de l'astronomie, de la musique et de la médecine. La colline des fleurs où Niu-tong le conçut par le moyen d'un esprit, fait le pendant du jardin fleuri, où l'amante d'Ammon, Amalthée, devintmère.duBacchus libyen. La grotte du mont Li est la même que celle de Nysa. Comme Osiris=Zagreus=Sabazius, il fait la charrue, enseigne aux hommes la culture des champs, ordonne qu'on soit vigilant à cueillir tous les fruits de la terre. C'est à lui enfin, commeàOsiris=Dionysus, qu'on attribue l'invention du vin ; car, < après qu'il eut orné la vertu et fait la charrue, la terre lui répondit par une source de vin qui le fit naître. Avant lui, l'eau s'appelait le premier vin, le vin céleste. » Le mythe d'une source d'eau ou de vin jaillissant subitement du sol se reproduit plus d'une fois dans le cycle des fables bachiques.
Nous venons de voir qu'en Chine comme en Egypte et en Grèce la découverte postdiluvienne du vin est rapportée au même génie ou au même dieu que celle de l'agriculture qui date de l'expulsion du paradis. Mais c'est le propre du mythe de réunir les faits analogues et de les grouper autour d'une figure unique. C'est ainsi que l'on fait tomber le blé du ciel sous Chîn-nong tandis que, d'après d'autres traditions, les céréales ont subitement apparu sous Adam ou Hoang-ti. D'ailleurs nous verrons bientôt une autre tradition placer la découverte du vin après le cataclysme.
Nous retrouvons le Seth de la Genèse dans Chinnong instituant le culte religieux. On nous le représente sacrifiant à Chang-ti hors des murs, au midi, dans
LES PATtilÂRCHES ANTÉDILUVIENS. 213
le temple de la lumière^ Mtng4angy qui était d'une extrême simplicité, de terre et de bois sans le moindre ornement. C'est lui aussi qui a établi diverses fêtes ou le calendrier. On lui attribue ce que TY-king dit des anciens rois dans ce passage fort remarquable : < Le septième jour qui était le grand jour, ces rois faisaient fermer les portes des maisons, on ne faisait aucun commerce et les magistrats nejugeaient aucune affaire. » C'est ce qui s'appelle Vancien calendrier. Il repose donc tout entier sur la semaine, et soit que par les anciens rois on entende la dynastie des Hia, soit qu'avec les écrivains indigènes, on reconnaisse en eux les personnages du monde primitif, toujours est-il certain que la Chine, qui dans les siècles historiques n'a point fait usage de la semaine, se souvenait d'un temps fort reculé où cette division du temps avec son septième jour de repos était en pleine vigueur. Nous avons déjà vu Sanchoniathon la faire remonter avant le déluge (435).
Seth est un juste. Le symbole de la justice et de la bonté est le bœuf. Chin-nong a sur la tête des cornes de bœuf.
Enfin Chin-nong se nomme souvent, comme Tchi-yéou, Ven-tiy parce qu'il régna par le feu. Or Seth a vécu en effet au temps de Méhujaël et de sa sécheresse. Ce trait confirme en plein l'identité de Seth et de Chin-nong, et il donne en outre un sens tout particulier à la tradition qui porte que < Chin-nong obtenait de la pluie quand il en avait besoin, dans l'espace de cinq jours une bouffée de vent, et tous les dix jours une bonne pluie ; ce qui marque la vertu et la beauté de son règne *. »
De Seth à Noë on compte huit patriarches : la dynastie de Chin-nong compte pareillement huit empereurs.
1 Choa-king, Inirod. ch. xiv.
Mais les Chinois ne sont pas d'accord sur ce chiffre de huit : tantôt ils le portent à quinze, en faisant entrer dans la liste des fils qui n'ont pas régné et en plaçant en tête trois personnages qui doivent être Adam, Abel et Seih ; tantôt ils le réduisent à sept, apparemment à cause de la vertu symbolique de ce nombre ; tantôt ils comptent soixante et dix rois, qu'ils font vivre pendant des centaines de mille ans.
Lin-Kouei serait Enos; Ti-ching, Gainan; Ti-ming, Mahalaléel ; Ti-y, Jared. Nous ignorons le sens de ces noms propres chinois; mais il paraît que nous ne faisons pas fausse route, puisque le fils de Ti-y est Ti-lai, qui signifie le seigneur qui est arrivé, parvenu au terme de la perfection humaine, et auquel répond Hénoc. Tikiu est Méthusçalah, Tsie-king et ses fils Ke et Hi ne parvinrent pas à l'empire. Mais le fils de Ke succéda à Tikiu et il fut le dernier de sa race ; son nom est Yu-vang. Il doit être Noé. Or Vu contient l'idée de navire^ vang signifie calamités, mort ; et ce roi a, conune Noë, trois fils. Mais son histoire a été complètement altérée par l'intercalation de toute cette dynastie entre Ghin-nong et Hoang-ti «. Nous avons vu que, pour honorer Adam = Hoang-ti, on l'avait placé au zénith ou à la troisième place. Il se trouvait ainsi avoir régné après son fils Setli= Chin-nong. Cette première confusion en amena une seconde : on ne voulut pas séparer Chin-nong de ses descendants et successeurs, et on les plaça tous ainsi avant Hoang-ti. Le dernier d'entre eux, Yu-vang, qui était Noé, se trouva le contemporain d'Adam = Hoang-ti et du fléau du feu. Comme ce fléau avait réduit la terre en un désert aride, on imagina que Yu-vang tenait sa cour dans le désert de Kong-sang ' et que le démon
* Chou-king, introd, ch. xv. — - De Paravey, Documents^ p. 24.
* Où Caïn=3Chao-hao, s'était retiré.
Tchi-yéou vint l'y attaquer. Puis, pour expliquer cette guerre, on fit d'Yu-vang un roi despotique, ei de Tchiyéou un prince tributaire qui s'était révolté. Enfin des fils d'Yu-vang, l'un fut le maître de Hoang-ti, un autre son ministre, et toute l'histoire primitive devint ainsi un vrai diaos.
h. Tchang-^ et ses descendants. Chin-nong est le Seth divinisé; Tchang-y est le Seth historique. Il est le fils de Hoang-ti. Son nom signifie celui qui est de bonne volonté, et convient à la piété de Seth. Par son autre nom, Ghy, il est, ainsi que Seth (P. II, 157), stabile comme \n pierre, la home; et quand il s'appelle Chy-nie» ou la pierre de Vannée, il est, ainsi que Seth=Chin-nong, l'astronome qui établit le calendrier ^
Son fils est Tchouen-hio, c'est-à-dire Ënos. Nous le connaissons déjà comme le cinquième des Ghang-ti humains, et comme le successeur de Chao-hao. Les Chinois avaient conservé le souvenir que Chao-hao =Cam était non le père mais l'oncle de l'empereur qu'ils avaient placé après lui : exemple remarquable du respect que l'esprit humain conserve pour la vérité historique au milieu de toutes ses fictions.
Tchouen-hio, celui qui s'applique ^igneu^ement à quelque affaire, s'est appliqué à faire cesser les désordres causés sous Chao-hao par les Neuf noirs et à réprimer le culte des Chen et des Kouei '. cl! a rétabli le culte religieux en nommant des officiers qui y présidaient. » Or c'est sous le fils de Seth, Enos, qu'on commença à invoquer l'Etemel. L'identité d'Enos et de Tchouen-hio nous semble donc solidement établie (P. II, 159) *.
» De Paravey, Documents, p. 20, 26.
• lHémoiretj t. xv, p. 225.
' De Paravey, Documents^ p. 21 .
!2t6 CHINOIS.
Tchouen-hio engendra Kiong-tchen, qui est Gainan. Le nom même de Gainan rappelle celui de Gain, précisément comme celui de Kiong-tchen fait celui de Kiongsang ou Ghao-hao. Gainan est celui qui bâtit un nid, et Kiong (qui signifie limite, et pauvre, abandonné) est sous la clef des cavernes et des nids, tandis que Tchen est le nom de la cigale , de cet animal dans lequel a été métamorphosé un autre patriarche antédiluvien selon les traditions grecques (P. Il, 161).
Kiong-tchen engendra King-kang, c'est-à-dire celui qui adore et magnifie. G'est la traduction exacte de Mahalaléel, fils de Gainan.
King-kang engendra Kiu-vang , qui doit être Jared.
Kiu-vang engendra Kiao-nieou, ou Kiao-gou. C'est THénoc séthite, et nous avons vu que THénoc caïnite porte un nom tout semblable, celui de Kiao-kie. Cette ressemblance entre le septième patriarche fidèle et le fils du fondateur de la ville dépravée prouve que celle de Kiong-tchen (Gainan) et de Kiong-sang (Gain) n'est pas accidentelle.
A dater de Kiao-gou la tradition s'altère. Au lieu d'un Méthusçalah, d'un Lémec, d'un Noé, nous trouvons un homme aveugle et sourd, Kou-séou, le mari d'une méchante femme, le père de l'orgueilleux Siang, et du pieux Ghun que sa mère maltraite. Mais la vérité historique perce au travers de la fable. Kou-séou est la personnification de l'humanité antédiluvienne sous les trois derniers patriarches séthites. Elle n'avait ni yeux ni oreilles pour la volonté divine ; elle persécutait les fidèles (Ghun), elle enfantait des êtres pleins d'un orgueil insensé (Siang), comme Gassiopée ou Niobé. Ghun = Saturne représente la race divine au temps du déluge : aussi répare-t-il les maux de la grande inondation, et porte-t-il le nom de Yu-Chun, qui contient l'idée de navire.
LES PATRURaiES ANTÉDILUVIENS. 21 7
Chun, dans la légende, est un Noë ; le Chou-king fait de lui un personnage historique des temps postdiluviens. On ne pouvait donc lui donner pour fils Noë, et cependant la tradition terminait la famille de Tchang-y par un Noë, par le. vrai Noë de la Chine, Ti-ko ou Kaosin. Que faire de Ti-ko? Où le placer dans les généalogies du monde primitif? La dynastie de Ghin-nong aboutissait à Yu-vang=Noé ; on ne pouvait donner à Yu-vang pour successeur Ti-ko qui est sa doublure. Mais Chaohao=Caïn n'avait qu'un seul descendant, Kiao-kie ; il y avait ici une lacune, on la combla en faisant de Kiaokie le père de Ti-ko. La rectification à opérer, ici est fort simple : elle consiste à rendre à la race de Seth le dernier de ses patriarches et à Tôter à celle de Caïn qui n*a aucun droit à le posséder.
D'après son nom Ti-ko est, comme Noë et Xisuthrus, le patriarche averti de Dieu avec une très-grande sollicitude. Quand on l'appelle Kao-sin-chy, il appartient à une famille qui éprouve de grandes angoisses, c'est-à-dire à celle qui, d'après les Chaldéens, a demeuré sur la montagne des angoisses jusqu'aux approches du déluge.
Comme Noë, il a trois fils, Yao, Héou-tsi et Sie, qui réparent les maux causés par la grande inondation, ou de qui sont issus les fondateurs d'antiques dynasties impériales. D'après une autre tradition chinoise, les fils de Ti-ko auraient été au nombre de quinze; ces quinze chefs de peuples se retrouvent dans les quinze fils du Noë de la Perse, Frévak, et dans les quinze ancêtres des Aztèques (P. II, 552) *.
De Paravey, Documents, p. 44-16, ^5. 51.
Nous voici parvenus aux fils de Noê, et nous n'avons cependant point encore épuisé les traditions des Chinois sur les temps antédiluviens. Le Chou-king lui-même nous parle de deux grandes époques de corruption, que nous rapportons à ce monde primitif, et qui nous expliqueront les mythes de Tchi-yéou, des Miao, de Kongkong et de Niu-va.
i. Tchi-yéou, «Selon les anciens documents, dit le Chou-king, Tchi-yéou fut le premier des rebelles, et sa rébellion se répandit sur tous les peuples qui auparavant vivaient dans Finnocence et qui se pervertirent ; des voleurs, des fourbes et des tyrans parurent de tous côtés. »
« Au commencement du monde, selon le Tchéou-fou, Tchi-yéou n'ayant pas voulu reconnaître le grand roi par excellence, le Tien suprême ordonna à Hoang-ti de le tuer *.»
Tchi-yéou est Typhon=Lucifer=Satan. Tcm signifie à la fois, un ver, un insecte^ un être honteux, vil, méchant, et une brillante étoile ; yéou, ce qui est parfaitement beau et ce qui est entièrement laid. Il passe pour un fils du ciel, et nous venons de voir qu'il est le premier des rebelles (P. I, 307, 472).
La rébellion qu'il suscite sur la terre où régnait encore l'innocence primitive, est celle des premiers Caïnites. Leurs inventions sont les siennes. On a vu, en eflret(206, 211), comment les Chinois étaient soigneux à rapporter à leurs plus anciens princes les origines de tous les arts; mais il est un art pour lequel seul ils font exception : celui de fondre les métaux et de fabriquer
« Mémoires, t. I, p. 137 sq.
des armes de métal. Cette découverte est due, d'après la Genèse, au cainite Tubalcaïn, et d'après les Chinois, au démon Tchi-yéou. Ses armes étaient de fer (et non de cuivre), comme celles de Tubalcaïn (208) *.
Si les Cainites sont le peuple terrestre de Tchi-yéou, il possède dans le monde invisible une armée de Tchimoéi (Mei-c/i6), ou Mauvais Génies^ qui sont les démons de la Bible. Mais sa ressemblance avec le Typhon égyptien est plus frappante encore ; car on lui donne pour compagnons, outre les Neuf Noirs, 9x9 ou 8x9 frères, qui sont les soixante-douze conjurés du Tchi-yéou du Nil (P. 1, 311); et de même qu'une grande comète apparut au temps de Typhon, ainsi une comète s'appelle l'étendard de Tchi-yéou. On la retrouve dans le mythe d'Ahriman.
Tchi-yéou passait pour avoir professé et propagé la fausse doctrine des Chen et des Kouei qui avait apparu sous Ghao-hao *.
Tchi-yéou a des ailes comme l'ange déchu, des ailes de chauve-souris comme le diable , des pieds de bœuf, quatre yeux à la tête et six mains comme certaines idoles hindoues qui font la transition aux Titans et aux Géants de la Grèce avec leurs cent bras et leurs corps d'animaux.
Il vivait au temps de Chin-nong, le seigneur du feu. Yentiy et il a usurpé ce dernier nom. Il e^i la calamité du feu^ nous dit un écrivain chinois, et l'on ne saurait nous expliquer plus clairement quel genre de guerre il a fait, soit à Seth=Chin-nong, soit à son soi-disant successeur
> Il est digne de remarque qae le chapitre du Chou-king qui décrit les tributs d'Yu, mentionne le fer parmi les produits du Léangtchéoa.
« Mémoires, t. XV, p. 224.
220 CHliNOîS.
Adani=Hoang-tî. Dans le Rîg-Véda, le serpent Ahi, à la tête des Asouras, mauvais génies et magiciens, dérobe les nuées, pour que la terre soit consumée par le soleil, et à la fin de la sécheresse, s'enveloppant dans ces mêmes nuées, il déclare la guerre à Indra. Ainsi Tchiyéou, qui lui aussi était un magicien, détrône Chin-nong, règne à sa place sur la terre, résiste aux troupes de Hoang-ti en faisant lever une grande nuée qui leur ôte le jour, livre en trois ans neuf batailles, et enfin dans un combat décisif où il avait produit des ténèbres horribles et un brouillard affreux, est enchaîné par Hoangti. Le Ciel avait envoyé à celui-ci en réponse à ses prières, une fille céleste (sans doute Niu-va), avec des armes et des assurances de victoire. On ajoute que Hoang-ti était sur un char, et Tchi-yéou à cheval, de même que dans le Zend-Avesta combattent à cheval le génie de la pluie, Taschter, et celui de la sécheresse, Epéoscho. Les Neuf Nègres, dit-on encore, mangeaient le sable, c'est-à-dire, marchaient sur une terre desséchée, dans un air enflammé et chargé de poussière. Qu'on essaie de décrire en poète la guerre du Saturne phénicien contre le Ciel qui veut détruire les hommes, et Ton retombera dans les fictions de la tradition chinoise.
Tchi-yéou a été enchaîné, et jeté dans la noire vallée des maux ; mais il n'est point mort. On dirait des citations des Révélations de saint Jean ; mais ce sont d'antiques et permanentes vérités qui datent du peuple primitif (P. I, 309 sq.) *.
â. Dans leChou-king, le second séducteur des hommes fut le chef des Miao, et les traits distinctifs de cette époque de corruption furent la cruauté et la magie (P. Il,
K C,hou-king, P. IV, ch. xivii. Inirod. ch. ivi. Sionnet, p. 46.
170). < LeChang-ti, jetant les yeux sur les peuples, ne ressentit aucune odeur de vertu * ; il n*existait que Todeur de ceux qui étaient nouvellement morts dans les tourments. » Pleins de compassion pour tant d'innocentes victimes, il détruisit les Miao. Le King ne nous dit pas par. quel châtiment? Mais immédiatement après il est question des maux de l'inondation auxquels Yu remédie. Les commentateurs ajoutent que les Miao descendaient des Neufs Noirs, qu'ils renouvelèrent leurs crimes, et qu'ils vivaient au temps d'Yao. Les Miao-tsé des temps historiques, toujours rebelles aux sages empereurs de la Chine, auront donné leur nom aux dernières générations du monde primitif qui s'insurgeaient contre Dieu, et ils auront passé pour la postérité des Neufs Démons qui vivaient au temps de Ghao-hao=Caïn.
3. Kong-kong est le Tchi-yéou du déluge, de même que Tchi-yéou est le Kong-kong du fléau du feu.
Comme le chef des Miao, Kong-kong faisait périr misérablement le peuple. 11 le chargeait d'impôts, et les exigeait à force de supplices. Comme Tchi-yéou, il employa le fer à faire des coutelas et des haches, et se plongea dans toutes sortes de débauches, qui le perdirent. Il avait, non pas Neuf Noirs, mais bien comme l'Hydre de Lerne, neuf tètes, et avec ces têtes il dévorait les neuf montagnes.
Comme Typhon-apophis, il avait le visage d'homme, le corps de serpent et le poil roux. Superbe comme Lucifer, il se vantait d'avoir la sagesse du sage et disait qu'un prince tel que lui ne devait point avoir de maître. Ëni-
1 On dirait que Tauteur du Chou-kîng a combiné Gen. vi, 12 : Dieu regarda la terre, etc., et viii, 21 : V Étemel respira une odeur, etc.
vré de sa prétendue prudence, il se regardait comme u n esprit pur. Son nom en chinois offre la même idée que Panourgos en grec : Thabileté jointe à la méchanceté.
C'est lui qui est Fauteur du déluge. Génie hostile aux rois pieux, il leur disputa Tempire, et dans sa colère il donna un coup de corne contre le mont céleste Poutchéou ; les colonnes du ciel en furent brisées, les liens de la terre rompus ; le ciel tomba vers le nord-ouest, et la terre eut une brèche au sud-est (HT. 189).
Ses adversaires sont : Niu-va, la déesse de Tordre physique que bouleversait le déluge ; Kao-sin], qui est Noé ; le roi de Kong-sang, Yu-vang, autre Noé ; Yao, Ghun et Yu, personnages des temps qui ont suivi immédiatement le déluge. Quand on lui donne pour ennemi Tchouenhio, on oublie que ce patriarche est le fils de Seth, pour ne voir en lui que le seigneur de l'hiver, de la pluie et de Teau, et de même que Tchi-yéou avait enlevé à Chinnong son titre de Maître du feu^ ainsi Kong-kong se fit appeler la vertu de VeaUy nom qui appartenait de droit à Tchouen-hio. Un de ses fils, Huen-min, est une étoile qui préside à la pluie ; un autre est mort au solstice d'hiver et est devenu un esprit malin.
Kong-kong, comme Tchi-yéou, a été « précipité dans Tabime, et envoyé dans la région des ténèbres * . »
Peut-être est-il le Saturne meurtrier des Sémites, et le Ghauncaun des Ghaldéens (P. 1, 133).
A. Niu-va. Niu-va est la Neith, la Myfitta de la Chine; la grande et bonne déesse de la nature; la souveraine Mère^ Hoang-mou; la lumière pacifique ^ Ven-ming (P. I, 349).
* Choa-king , introd. ch. xii. Sionnet, p. 46.
Niu-va a le corps de serpent, car le serpent est le symbole des divinités déiniurgiques ; et la tête de bœuf, car le taureau figure la puissance créatrice.
Elle est la matière primordiale : comme Protée, « elle peut en un seul jour se changer spirituellement en soixante et dix manières. >
Mais c*est elle aussi» comme Neith et Mylitta, qui organise la matière et en fait sortir le monde avec son harmonie pleine^ qu'elle régla d'après les tons affaiblis de sa guitare (P. I, 266).
Source unique de Tharmonie, Niu-va est « la déesse de la paix > dans le monde physique comme dan^ le monde moral.
Elle est, sous le nom de la Nuée^ la sœur et la femme de Fo-hi qui règne par la vertu du bois et de la charité, et qui préside à Tâge d'or et au paradis (206; P. 11, 17).
C'est elle, si notre supposition est fondée, qui vient en aide à Thomme, à Hoang-ti, dans sa lutte contre Tchiyéou ou la calamité du feu.
Mais sa grande guerre est celle qu'elle soutient contre Kong-kong ou le déluge détruisant la terre. < Elle chassa ce génie, elle tua le Dragon noir pour rendre la paix à la terre. Les brèches que Kong-kong avait faites au ciel vers le nord-ouest, elle les boucha avec des pierres de cinq couleurs (l'arc-en-ciel postdiluvien), qu'elle avait purifiées par le feu. Elle rendit de nouvelles forces à la terre, que l'ennemi avait affaiblie au sud-est. Elle rétablit les quatre points cardinaux avec les pieds d'une monstrueuse tortue (symbole de l'harmonie). La terre étant ainsi redressée, et le ciel mis dans sa perfection, tous les peuples passèrent à une vie nouvelle. * Dans ce mythe transparent (P. II, 233), Nhî-va correspond exactement à Nitocris ou Neith victorieuse qui, telle que Pallas-Minerve, n'est la déesse de la paix qu'à la
rondition de Véive aussi de la guerre; car elle ne peut inainteuir Tordre sur la terre qu'en livrant au mal de grands combats, et elle doit triompher d'immenses obstacles pour restaurer le monde bouleversé par le cataclysme.
Cependant, après cette restauration de la nature vient répoque de Typhée et des éruptions volcaniques : Nitocris périt dans les cendres, etNiu-va •brûle les roseaux et*en[ ramasse les cendres pour servir de digue au débordement des eaux. » Elle avait tiré des flèches contre dix soleils. On raconte le même exploit de son contemporain Yao, qui avait ainsi prévenu l'incendie de la terre (P.JII, 291) *.
Un autre mythe des Tao-ssé, beaucoup plus simple, porte que, «lorsque des eaux immenses inondaient tout et que les pluies ne discontinuaient pas, Niu-va vainquit l'eau par le bois et fit un vaisseau propre à aller fort loin*. »
' Le mythe de Niu-va contient toute l'histoire du monde physique depuis le chaos au déluge, et Niu-va devrait, semble-t-il, recevoir des Chinois les mêmes honneurs que Neith=Isis des Egyptiens, Mylitta des Babyloniens, Cybèle des Phrygiens. Cependant, cette Souveraine Mère n'est pas même nommée une seule fois dans les king, si nous ne faisons erreur, et il n'existe, à notre connaissance, aucun' indice que son culte ait jamais existé en Chine, et qu'il ait été renversé par celui du Ciel ou de Chang-ti. Le monothéisme semble ne s'y être point établi sur les ruines du polythéisme ; on dirait que c'est au contraire par le vrai Dieu qu'a commencé l'histoire religieuse de cg pays, et qu'elle va s'altérant de plus en plus
1 Chou-king, Introd. ch. xiii. Mémoires, 1. 1, p. 183. ^ Mémoires, t. I, p. 158.
jusqu'à tomber enfin dans lldolâtrie. Il y a d'ailleurs dans ce mythe de Niu-va, tout comme dans ceux de Kongkong, de Tchi-yéou et de Chîn-nong quelque chose qui fait disparate avec le génie positif des anciens Chinois. S'ils ne repoussent pas les symboles, ils n'éprouvent nullement le besoin de peupler le ciel d'êtres imaginaires. Or Ghin-nong, Niu-va et Tchi-yéou sont précisément les personnages par lesquels la Chine se rattache de la manière la plus intime au paganisme du monde occidendal, et il faut admettre qu'ils appartenaient originairement soit à des races indigènes que les Cent Familles des vrais Chinois auraient déjà trouvées établies dans le pays et avec lesquelles elles se seraient mêlées, soit au peuple primitif des Noachides chez qui le polythéisme aurait été en voie de formation au moment de la grande dispersion. Dans cette dernière hypothèse, ces germes de polythéisme et de mythologie que les Cent-Familles auraient emportés avec elles du Sennaar au Chen-si, s'y seraient conservés, mais sans se développer (sauf peutêtre dans la secte des Tao-ssé), étouffés qu'ils étaient par l'action puissante de l'antique monothéisme qui prévalut en plein chez ce peuple privilégié.
Niu-va nous conduit au temps d'Fao, Chnn et Fw, ou de la grande inondation. Cette inondation, sans être le déluge même de Noê, n'en est pas fort éloignée; au moins dit-on d'Yu que les eaux du déluge s'étant écoulées, il découvrit le vin, et qu'en ayant goûté, il le trouva doux et bon ; mais il le rejeta néanmoins, en disant : * Un temps viendra où le vin causera la ruine du pays (P. 11,205)*. 1
Le déluge a été suivi en Chine de plusieurs révolutions
' Medhurst, China^ iU State and Prospects, 1838, p. 6.
locales. Nous avons vu que ce pays compte des chaînes de montagnes de Tépoque quaternaire, et que deux lacs immenses situés sur le plateau se sont épanchés sur les bas-pays pendant cette même période géologique (HT., 190), Il faut donc restituer à la nature la majeure partie des changements, dans le cours des fleuves, que le Chouking rapporte au fondateur de la dynastie des Hia, et ne point chercher dans ses pages un tableau exact de l'état réel du pays. L'imagination du peuple et des sages a certainement remanié les souvenirs qui s'étaient conservés, du désordre dans lequel les Cent-Familles avaient trouvé la nature à leur arrivée de l'occident, et des angoisses des aborigènes qui ne savaient pas se défendre contre les continuels débordements des fleuves. Nous noterons seulement que c'était un temps de vents violents^ de tempêtes et déplûtes (P. Il, 281) ; que Chun fut envoyé au pied des grandes montagnes, qui supportent le haut plateau de la Mongolie, et d'où le Hoang-ho et l'Yang-tsé-kiang descendent vers les immenses plaines qui s'étendent au loin vers l'est jusqu'à la mer; que les eav^ débordées de toutes parts ne faisaient que menacer detoxU envahir, et que si leurs flots dans certaines vallées fermées enveloppaient les montagnes, montaient jusqu'à leurs sommets élevés, et semblaient toucher le ciel, les bas-pays, dont le peuple implorait le secours dTao, étaient, malgré l'inondation, couverts d'une population plus ou moins nombreuse. Ailleurs sans doute il est dit que le peuple fut submergé ; mais ces paroles doivent évidemment s'entendre dans le sens restreint que comporte un cataclysme local, et non dans le sens absolu d'un déluge universel ; car on ne remédie pas à un tel déluge en creusant quelques canaux , et immédiatement après il est question des peuples qu'Yu sauva de la mort par les aliments qu'il leur pro-
cura *. Mencius est encore plus explicite sur. la vraie nature de l'inondation dTao : « Dans le temps d' Yao Tempire n'était pas encore tranquille. D'immenses eaux, débordant de toutes parts, inondèrent l'empire; les plantes et les arbres croissaient avec surabondance ; les grains ne pouvaient mûrir; les oiseaux et les bétes fauves se multipliaient à l'infini et causaient les plus grands dommages aux hommes ; leurs vestiges se mêlaient à ceux des hommes jusqu'au milieu de l'empire. Le peuple n'avait aucun lieu pour fixer sa demeure : ceux qui demeuraient dans la plaine se construisaient des huttes comme des nids d'oiseaux ; ceux qui demeuraient dans les lieux élevés se creusaient des habitations souterraines. Yao, qui était seul à s'attrister de ces calamités... fit incendier les montagnes et les fondrières (P. II, 290), etYu rétablit le cours des neuf fleuves*. » Enfin certains commentateurs déclarent expressément que l'inondation n'était pas arrivée au temps d'Yao, mais remontait jusqu'au commencement ; que c'était un mal si ancien qu'il n'y avait pas d'espoir que les eaux s'écoulassent d'elles-mêmes '.
Les personnages qui figurent dans l'histoire de l'inondation d'Yao, sont la plupart mythiques.
Kouen, le père d'Yu et le fils de Tchouen-hio (Enos), est la personnification de la génération criminelle qui fut détruite par le déluge. « A cause de lui, les cinq éléments furent entièrement dérangés; le Seigneur, courroucé contre lui, ne lui donna pas les neuf grandes lois qui gouvernent le monde ; Kouen abandonna la doctrine fondamen-
• Chou-kiug, édilioQ de M. Pauthier, qui a traduit littéralement les passages les pins importants, p. 48, 49, 58. Comp. Chi-king, m, 1, 10; IV, 3, 4 et 5.
^ Mémoires, t. I, p. 159.
taie, fut mis on prison (dans TOrcus, le Schëol, TAmenthès) et périt misérablement. Yu, qui lui succéda, reçut du ciel ces neuf règles, et alors (sous les Noachides) les lois universelles et invariables qui constituent les rapports des êtres, furent mises en vigueur *. »
Les Quatre Scélérats que Chun a exilés, sont Kong-kong, le génie qui a détruit la terre par le déluge; Kouen, que nous venons de voir attirer par ses crimes la colère de Dieu sur Thumamté primitive ; le chef des Miao, qui est un autre Kouen (220) , et Houan-téou, qui est un personnage inconnu '.
Les ministres dTao, Hî, Hi-tchong et Hi-chou, Ho, Ho-tchong et Ho-chou, sont pareillement des êtres mythiques, ainsi que l'indique la symétrie de leurs noms.
Nous avons déjà parlé d'Yao et de Chun, dieux abaissés au rang d'empereurs.
Aussi ne sont-ils ni l'un ni l'autre la souche d'une dvnastie royale.
Les fils d'Yao se signalent par leurs vices ; et peutêtre y a-t-il là quelque allusion aux races des Noachides qui, dès l'origine, s'écartèrent de la droite voie, telles que celles de Cam et de Canaan. L'un des fils d'Yao est Yn-tsé-tchou, qui manquait de droiture et aimait à disputer, et que son père écarta du gouvernement. L'autre est Tan-tchou, superbe, dissolu, cruel et toujours agité '.
Chun a pour ministres les deux frères d'Yao : Sie, qu'il charge de veiller sur les mœurs; Héou-tsi, qui doit faire semer toutes sortes de grains. Mais ces deux prétendus
» Chou-Kîng, p. IV, ch. iv.
• Chon-king, P. I, ch. i et ii. Mencius, II, 3, 3. ' Chou-king, P. I, ch. i et v. Ces deux personnages ne sont-ils pas identiques?
ministres sont, dans le Chi-king, des sages nés du Ciel et d'une femme, comme tous les précurseurs du Saint parfait (P. Il, H 7). Le même livre des Vers nous apprend que Héou-tsi , qui nous rappelle le Dschemschid des Ariens, a le premier trouvé les céréales, le riz et les légumes, les a fait connaître aux hommes, a fondé par là la propriété, les lois et les mœurs, et de plus a institué certains sacrifices de gâteaux que célébrait à des jours fixés, dans le jeune et le recueillement, un peuple exemf)t de tout crime *.
Héou-tsi, Sie et Yao, tout fils de Ti-ko qu'ils sont, ne correspondent donc point à Sem, Cam et Japhet, et n'ont de commun avec eux que leur nombre de trois et l'époque postdiluvienne de leur mythique existence. Ils représentent, l'un, Héou-tsi, la civilisation qui renaît après le cataclysme ; l'autre, Sie, la loi morale et religieuse; le troisième, Yao, la restauration de la nature.
La preuve que Héou-tsi est bien une représentation des Noachides, ce sont les circonstances de sa naissance. Gomme Sémiramis, il a été exposé par sa mère, qui l'a jeté sur l'étroit sentier des bœufs, dans la vaste forêt, et sur la glace, et les bœufs l'ont ranimé de leur haleine, des hommes l'ont trouvé, des oiseaux l'ont rechauffé de leurs ailes '. Il y a dans ces quelques lignes d'une ode duChi-king la clef de vingt mythes occidentaux, tous diluviens, et celui de tous qui reproduit le plus exactement les principaux traits de l'histoire symbolique d'Héou-tsi, c'est le mythe de Habis, roi des Cunètes a l'angle sud--ouest du Portugal (P. II, 238).
Héou-tsi, dans le Ghou-king *, reparaît vers la fin du
* Chou-king, P. I, ch. il. Chi-kîng, 111,2, 1 ; IV, 1, 1, 10; IV^ 2, 4. Mencîus, T, 5, 4.
• P. I, ch. V.
» Cki-kîng, III, 2, 1 .
règne de Ghun, aidant à Yu à fournir aux peuples leur subsistance. Yu avait sa cour dans le Chen-si, qui fut la première demeure des Cent-Familles dont est sortie la nation chinoise, et il fait la transition de l'histoire humanitaire à l'histoire nationale, dont nous ne devons pas franchir les limites.