II. Meschia et Meschiané
De nature ils devaient mourir, car ils étaient issus de Kajomorts et du Taureau, qui Tun et l'autre avaient péri par l'action pestiférée d'Ahriman. H est naturel que dans le dualisme, la mort, qui est le pire de tous les maux, procède directement du Mauvais Principe luimême. Il ne peut en être ainsi dans le théisme : Adam pouvait, mais ne devait pas mourir.
Meschia et sa femme possédaient, dans un corps mortel, une âme pure mais labile. « Si Meschia eût fait Izechné à Ormuzd, à Mithra, à Taschter, dit un des plus antiques fragments du Zend-Avesta, lorsque le temps de Thomme créé pur serait arrivé , son âme créée pure et immortelle serait parvenue (sur-le-champ) au (séjour du) bonheur*.» Le Boundéhesch exprime ainsi la même pensée : < Le ciel était destiné à Thomme , à condition qu'il serait humble de cœur , qu'il ferait avec hunsilité l'œuvre de la loi, qu'il serait pur dans ses pensées, pur dans ses paroles, pur dans ses actions, et qu'il n'invoquerait pas les Devfs. En persévérant dans ces dispositions, l'homme et la femme devaient faire réciproque-
les Bactriens auront pu appliquer le nom traditionnel d'Albordj aux immenses montagnes de l'Hindoukousch et du Béiour, qui se dressaient à leur orient, t ZA. U, iU. in.
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ment le bonheur l'un de l'autre. Telles furent aussi au commeticenient leurs pensées, telles furent leurs ac* tions ^ > La tradition bactrienne et arienne confirme ici en plein ce que dit la Genèse de l'état primitif de l'homme, et.la Bible entière de sa vocation étemelle. Nul peuple païen n'est aussi explicite sur ce point que les descendants de Madaï. ^
Le Boundéhesch sgoute : « Ils s'approchèrent et eurent commerce ensemble. » Ici donc , comme dans les Ëcritures juives, le mariage est antérieur à la chute. -
Dans la Genèse, conformément à la nature psychique de la première humanité, Satan séduit Eve en parlant à la fois à ses sens par la bonté des fruits défendus, à son âme par leur beauté, à son esprit par des pensées d'orgueil. Le Zend-Avesta suppose le premier couple beaucoup plus spirituel que ne l'étaient Adam et Eve , et la séduction d'Ahriman est tout intellectuelle. € D'abord Meschia et Meschiané dirent ces paroles : « C'est Ormuzd t qui a donné l'eau , la terre, les arbres , les bestiaux , « les astres, la lune, le soleil et tous les biens qui vien- « nent d'une racine pure, d'un fruit pur. > Ensuite Ahriman courut sur leurs pensées; il renversa leurs dispositions , et leur dit que c'était lui qui a créé toutes ces choses. Ce fut ainsi qu'au commencement il les trompa sur ce qui regarde les Dews , et jusqu'à la fin ce cruel n'a cherché qu'à les séduire. En ajoutant foi à ce mensonge, tous les deux devinrent darvands ; et leurs âmes seront dans le Douzakh jusqu'au renouvellement des corps*.» 11 est digne de remarque que les Guèbres prétendent que c à la naissance d'un homme , Ahriman se présente à son âme comme il a fait à Meschia, et lui dit
i BD. 377.
t BD. ibid.
de même : < C'est moi qui suis l'auteur de la nature.» L'âme le croit et devient par là criminelle*. » Ainsi, dans le dualisme arien , le premier péché c'est l'incrédulité. Cependant nous verrons tout à l'heure que les fruits défendus n'y sont pas entièrement oubliés.
Ce premier péché, qui se passe tout entier dans l'esprit , nous explique le mythe suivant : « Meschia et Meschiané, qui ont cru de la terre, ont d'abord bu de l'eau, ensuite mangé du fruit des arbres, puis du lait, et après cela de la viande. > On ajoute, « à propos de la résurrection, que les hommes issus d'eux mangeront d'abord de la viande, puis des fruits et du lait , et ensuite du pain , jusqu'à ce qu'ils prennent le parti de ne vivre que d'eau, sans plus manger. » Il y a dans ce mythe une grande et belle vue d'ensemble sur l'histoire de l'humanité, qui, dans son premier âge, a descendu de l'esprit vers la chair, et qui remontera de la chair vers l'esprit dans les derniers temps. Cette intuition générale est biblique et repose sur la vraie tradition (HT. 31). La tradition disait en effet que l'homme s'était nourri de fruits dans le Paradis, au temps d'Abel de fruits et de lait, après le déluge de fruits, de lait et de viande, et chaque aliment nouveau marquait un nouveau et fatal progrès que l'homme faisait dans sa dégénération. Mais les Ariens avaient imaginé, pour rendre la déchéance plus sensible encore, un premier état où Meschia avait un corps si subtil, qu'il pouvait ne rien manger et se bornait à boire de l'eau , sans doute de quelque eau céleste qui rendait immortel (P. II, 20),
Cette chute de l'humanité, dont la marche est indiquée par des changements dans sa nourriture, rappelle
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les mythes tout semblables du Thibet et des Kalmouks (P. II, 482 sq.).
Cette ressemblance entre la Perse et TAsie ultérieure ne peut être accidentelle, et elle n'est pas la seule. Plusieurs peuples de TAsie centrale exposent leurs morts comme le faisaient les Bactriens. Chez les Kalmouks, Otschirbany délivre de la main des mauvais génies le soleil et la lune (P. II, 273), et d'après les Persans, l'un des trois Messies des derniers temps, Oschédar-bami , arrêtera pendant dix jours le soleil au milieu du ciel. Les Mongols , d'après M. Hue , donnent à leur dieu suprême le nom d'Ormuzd. Une cosmogonie japonaise a pour héros un vrai Aboudad (P. II, 478). Il est donc fort probable que la race arienne , à laquelle appartenaient certainement les /Irimaspes *, a étendu ses colonies ou ses missions de l'Oxus au Japon et vers l'océan Boréal. Le mandchou, d'après M. Xylander, est riche en mots indo-germaniques. Il y a là un filon, fort riche peut-être, à exploiter.
Revenons à Meschia et Meschiané , et voyous les détails dans lesquels la tradition arienne entre sur leurs chutes successives.
Après qu'Ahriman leur eut fait croire qu'il était le vrai Dieu, il se passa « trente jours, » pendant lesquels
€ ils mangèrent » on ne dit pas quoi? Sans doute
des fruits, puisque le lait vient immédiatement après. Nous devons supposer que l'eau avait été leur unique nourriture lorsqu'ils croyaient encore qu'Ormuzd avait tout créé.
« Ils se couvrirent d'habits noirs, » de douleui' d'avoir
* Spiegel, Avesta, p. 33.
* C. Ritter, t. VIII, p. 39. M. Ed. Rœth suppose même que la religion d'Ormuzd a, par sa propagation en Inde, produit le bouddhisme, p. 354.
abjuré la vraie foi? Je ne sais. Ou serait-ce un souvenir des habits de peau dont l'Eternel revêtit Adam et Eve après leur chute?
« Après ces trente jours , ils allèrent à la chasse ; une chèvre blanche se présenta à eux; ils tirèrent avec la bouche du lait de ses mammelles, et mangèrent ce lait , qui leur fit beaucoup de plaisir : c Je n'ai rien c mangé de pareil à ce lait, dirent-ils ; le lait que je viens < de boire me fait un plaisir extrême. > Et ce fut un mal pour leur corps*.» C'était Ahriman, qui, en ménageant leur rencontre avec cette chèvre, les avait fait déchoir de leur nourriture toute végétale.
Au lait devrait succéder la viande. Mais il n'en est rien, et nous revenons aux fruits ! Evidemment ce horsd'œuvre est un précieux fragment de la tradition authentique et universelle que la Genèse nous a seule conservée dans son intégrité, c Le Dew, qui ne dit que le mensonge, devenu plus hardi, se présenta une seconde fois, et leur apporta des fruits qu'ils mangèrent, et pai* là, de cent avantages dont ils jouissaient il ne leur en resta qu'un. > On ne nous dit pas lequel? Probablement l'espérance d'un retour à la pureté et au bonheur.
< Après trente jours et trente nuits, un mouton gras et blanc se présenta à eux ; ils lui coupèrent l'oreille gauche. Instruits par les Izeds du ciel, ils tirèrent le feu de l'arbre Konar (espèce de cornouiller) en en frottant le bois avec un sabre. Tous deux mirent le feu à l'arbre ; ils tirent briller le feu en soufflant avec la bouche. Ils firent rôtir ce mouton, qu'ils divisèrent en trois portions. Des deux qu'ils ne mangèrent pas, une alla au ciel, elle devint la portion des Izeds. L'oiseau Kherkâs s'approcha et l'emporta, * Voici bien l'homme mangeant
» JJl). 37b,
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pour la première fois de la viande. Mais cette innovation n'est pas une chute et une faute, car elle s'opère avec l'aide des Izeds ou des Anges et non point à l'instigation d'Ahrlman. Nous savons en effet par la Genèse que c'est Dieu lui-même qui (après le déluge) a commandé à l'homme d'ajouter la viande à ses premiers aliments. Le mythe du mouton blanc nous transporte aux temps d'Adam et d'Abel, et nous raconte le premier sacrifice d'une victime et la découverte du feu. La victime est l'agneau selon la tradition générale qui identifie agneau et feu (P. II, 121). Le prêtre est Meschia= Adam. Le feu jaillit ici, comme en Phénicie, d'un bois frotté contre un autre bois: c'est Varani des Védas. L'oiseau Kherkas qui emporte au ciel la portion de l'agneau réservée pour les dieux, correspond à l'épervier d'Indra ou plutôt à Indra-épervier qui, « au moment du sacrifice fait entendre du haut des cieux sa voix et emporte le soma ^ > Le Rig-Véda confirme ainsi le Boundéhesch sur un point dont le Zend-Avesta ne fait aucune mention. Les traditions qui ne se lisent que dans le Boundéhesch, ne doivent donc pas être écartées sans un sérieux examen.
« D'abord, ayant mangé de la chair de chien, ils se couvrirent de la peau de cet animal. lis se livrèrent ensuite à la chasse, et se firent des habits du poil des bêtes fauves.
c Ils firent un trou dans la terre ; ils y trouvèrent le fer, le frappèrent (l'aiguisèrent) avec la pierre et en firent une hache. Avec cette hache, ris frappèrent au pied d'un arbre, le coupèrent, et arrangèrent les parties de Cet arbre (en firent un logement) sans remercier (Dieu), ils se blessèrent eux-mêmes en ne remerciant pas ; les
< Rig-Véda, traduit par M. Langlois, t. it, p. 159. Comp. p. 64 et Indra Capindjala on Francolin, t. i, p. 526.
Dews en furent plus violent^. Devenus ennemis l'un de l'autre, ils se portèrent mutuellement envie. L'un marcha contre l'autre, le frappa, le blessa et s'en alla de son côté. »
Ainsi donc, après la découverte du feu et le premier repas de chair, Meschia, c'est-à-dire l'homme primitif, est devenu chasseur ; plus tard, il a trouvé en terre, non l'or, ni le cuivre, mais le fer, et bientôt après apparaît l'architecture. Qu'on veuille bien relire le passage correspondant de Sanchoniathon (ii6. 121) : on se convaincra que la tradition des Bactriens est exactement la même que celle des Phéniciens.
Cependant, la civilisation marche du même pas que l'impiété. Meschia ne rend point grâce à Dieu de ses.découvertes ; Chrysor, le forgeron, est mis au rang des dieux ; Lémec, le père du forgeron Tubalcaïn, est comme ivre d'orgueil.
Le premier fruit de l'ingratitude de Meschia est une rixe, une blessure, une séparation. Gomment ne pas reconnaître dans cette grossière esquissé Gain frappant Abel et s'enfuyant dans la terre de Nod ? Si Gain vient ici après Lémec, c'est que le souvenir du fratricide s'est confondu avec celui des Néphilim.
€ Ensuite le chef des Dews, du lieu des ténèbres, jeta un grand cri : « 0 hommes, adorez les Dews. » Le Dew de l'envie s'assit sur son trône : Meschia s'avança, tira du lait du taureau, et le répandit au Nord. Par là les Dews devinrent plus puissants ; et leurs corps ayant séché, Meschia et Meschiané ne songèrent pas à s'unir pendant cinquante hivers, et quand ils l'auraient fait, ils n'auraient pas eu d'enfants. Mais au bout de cinquante ans ils se virent, et neuf mois après naquit un couple mâle et femelle. De ces enfants chéris, la mère nourrit l'un, et le père l'autre. Ensuite Ormuzd leur enleva ces
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enfants chéris, prit soin de les élever, et ces enfants restèrent (sur la terre) *. De Meschia et Meschiané vinrent encore sept couples mâles et femelles ; tous étaient frères et sœurs. Chacun de ces couples engendrait à cinquante ans et mourait à cent ans. L*un de ces sept couples fut Siahmak et Veschak, sa femme *. »
A l'oubli de Dieu a succédé le culte des démons. La Genèse ne nous Ta pas appris. Mais les Hindous nous diront que les Védas, la Parole de Dieu, disparurent de la terre avant le déluge par le larcin d'un géant malfaisant. Nous avons vu en Chine, à cette même époque, Kouen abandonner la doctrine fondamentale, et les Miao, issus des Neuf démons, pratiquer la magie (228).
Le lait du taureau doit être l'eau de la pluie ou des sources. Meschia fait sa libation vers le nord, parce que le nord est la demeure d'Ahriman et des tempêtes.
Les cinquante années pendant lesquelles fut suspendu le cours des naissances humaines, sont un souvenir (hors de sa place) de la grande sécheresse de Gen=Caïn qui, d'après le Rig-Véda, aurait duré quarante ans, et des maladies de tout genre qui assaillirent les hommes pendant l'âge d'argent selon Hésiode (P. 11, 381).
Meschiané, la femme des premiers temps, metaumonde à chaque couche des jumeaux, mâle et femelle. Tel a dû être nécessairement la loi des naissances k Torigine de l'humanité.
Les hommes se mariaient à cinquante? ans : c'est à fmu près ce que dit la Genèse des patriarches antédîlfiirjen«(. Ils moaraieot à cent ans : c'est ce qne dit Hi^iode des hommes de Vàge d'argent. Le souv^-nir de VH\C4'.%fA%e
* Ou plutôt : « ifruuaA un «»eor« d'eux d«i leufànt* chéri» ; tU \eê Oerèreai, H ees eBÙtaU reaminfui,»