III. Yama et Yami
Manou est, dans un hymne védique, surnommé Vivaswat le BriZ/aw^ Vivaswat, leVivanghat du Zend-Avesta, est le père d'Yama et d' Yami, du Jumeau et de la Jufndk^ ou du premier couple humain. Le mythe d'Yama et de sa sœur a donc trait aux origines de l'humanité, et ne peut se séparer de celui de Manou.
* Voyez R. Rotb, Dschemschid, et Ralm.
tAMA ET tAMl. 429
feus disons avec M. R. Roth que Yama et Yami sont >remier couple humain, d'abord parce que la vraie oification de leur nom e^i jumeau et jumelle. Puis, dans hymne védique, Yami dit à son frère : t Voici ce que irent de toi les Immortels, un descendant de l'unique 'tel y > c'est-à-dire du seul homme qui existât alors ts le monde, du premier homme. Ensuite , ce même une repose tout entier sur le souvenir que les deux miers époux ont été frère et sœur (17). Yami cherche ersuader à son frère que la volonté des dieux les a tinés, dès le sein de leur mère, à être unis par les is du mariage. Mais le poète védique sait qu*un tel riage, nécessaire au commencement des temps, n'est s permis, et il met dans la bouche d'Yama cette réise : t On a déclaré pécheur celui qui épouse sa sœur, îrche le plaisir avec un autre que moi *. » Enfin, nous rons bientôt qu'on a donné à Manou le même père à Yama.
'oici , d'après le Rig-Véda , le mythe généalogique ama : Twachtri prépare les noces de sa fille Saranyou i 86 hâte, se précipite) avec le 6ri//ani Vivaswat. A cette ivelle accourt le monde entier (la foule des dieux), s au moment où la mère d'Yama, réponse du grand iswat, fait son entrée, elle disparait. Les dieux lamt cachée, elle immortelle, aux regards des mortels, créent une autre femme semblable à la première même couleur, Savarna), et la donnent à Vivaswat. sque ceci se passait, Saranyou portait les Aswins s son sein. Elle laissa (en disparaissant) les deux pies jumeaux d'Yama et d'Yami, et des Aswins*. »
RV. IV, 146.
D*après la traduction allemande qu*ont donnée des textes San-
is MM. Roth et Kuhn.
i30 ARIENS DE L*INDE.
Twachtri est un Phtha, un dieu cosmogonique du feu et de la lumière, un démiurge. Il se nomme parfois Savitri, le créateur.
Sa fille doit être lumineuse comme lui, et en même temps, d'après le sens de son nom, mobile, rapide, légère, vaporeuse. Saranyou est une nuée brillante, d'une nature céleste, immortelle^ divine. Les Grecs donnaient à Athamas, pour première épouse la Nuée, Néphélé, qui était une divinité, et la Genèse nous dit qu'au temps d'Adam = Athamas la terre était humectée par une nuée qui a disparu plus tard (P. II, 17). Nous pouvons bien supposer que cette nuée était lumineuse par elle-même quand nos sombres nuages ne sont pas absolument privés de tout éclat propre.
Vivaswat est par la Nuée, sa première épouse, un Athamas=Adam; par la signification de son nom, un al-Orus=Adam. Mais Orus de Chaldée est le même nom que le jeune dieu égyptien Horus, et nous dirons que Vivaswat est le génie brillant de la première humanité, un Adam idéalisé, divinisé.
L'hymen de Vivaswat et de Saranyou signifie donc que sous l'action bienfaisante d'un dieu de la lumière, de la pureté et de la joie (Twachtri), l'atmosphère terrestre, à la fois humide et resplendissante (Saranyou), produisit le premier couple humain (Yama et Yami)*.»
Mais cette brillante nuée disparut bientôt après la naissance de l'homme. Les dieux eux-mêmes, par égard pour lui, la dérobèrent à ses yeux ; elle faisait disparate, par son éclat et sa gloire, avec la triste destinée d'un être qui est en marche vers le tombeau.
Cependant les dieux ne laissèrent pas veuf le génie
* Notons que tous les dieux, tous les anges, honorèrent ces nocei de leur présence (P. II, 27) .
YAMA ET YAMI. 431
rhumanité : la nuée immortelle fut remplacée par nos aques nuages, qui sont la seconde épouse de Vivasit. Elle n'a point d'enfants , car elle représente des nps de simple conservation , et tous les peuples sont rtîs d'Yama et d'Yami. Mais elle ressemble assez à la lée primitive pour alimenter par les eaux de la pluie it ce qui a vie sur la terre.
Enfin , les Aswins sont nés en même temps qu'Yama, mme TAurore a été créée pour Manou. Le magnifique îctacle du lever du soleil n'existait en quelque sorte s encore, aussi longtemps que nul être Intelligent ne dmirait ici-bas. D'ailleurs, selon M. Roth, les Aswins inaugurant chaque journée, marquent la succession Ifulière des saisons et des années : il est dit d'eux 'ils font tourner la roue du temps. Mais pourquoi it-ils fils de Saranyou *? Je l'ignore, à moins qu'on ne ypose qu'au temps de Manou = Adam, les premiers rons du soleil levant produisaient des jeux de luère merveilleux dans la Nuée resplendissante qui enoppait la terre.
M. Kohn cite d'autres versions post védiques du mythe de Sara- »n. « Elle donna à Vivaswat Yama et Yami. Puis, laissant à sa place I autre femme de même couleur, elle prit la figure d'une jument s'enfuit. L'Aditya Vivaswat se métamorphosa pareillement en ▼al, et d'elle naquirent les Aswins. Savama fut la mère de lou. » Cette Saranyou-^ument ressemble étrangement à Déméter 'nnys d'Arcadie, Vivaswat-cheval à Neptune, et les Aswins ou ▼al ailé d'Arion (P. H, 140). Mais le cheval, symbole des eaux z les Pélasges, pouvait tout aussi bien en Inde figurer la lumière, es Aswins seraient ainsi issus d'un dieu brillant comme le soleil et le Nuée terrestre non moins resplendissante. — Un autre poëte dou fait de Saranyou « la sœur de Trisiras, le dragon aux trois s, et c'est elle qui, en Tabsence de son mari , forme une femme
lui est semblable, et à laquelle elle laisse Yama et Yami. Vivas- : a de cette seconde femme, qu'il prend pour Saranyou, Manon,
Yama, « le premier des mortels , > a été aussi le premier des morts. < C'est lui qui a ouvert pour plusieurs la route qui conduit d'ici-bas en haut. C'est lui qui a le premier trouvé pour nous un lieu, une patrie qu'on ne peut nous ôter *.» Il est le chef des Mânes.
Sa demeure et leur demeure est « au milieu du ciel, avec les dieux, en un lieu de lumière, de repos, de paix, de joie, de ravissement, où tous les vœux sont accomplis, où l'on est à table sous les branches d'un arbre à l'épais feuillage, où l'on entre en déposant toute imperfection et en revêtant une forme glorieuse*. » On ne peut lire sans admiration les hymnes védiques, où la foi en l'immortalité décrit sans emphase et avec une naïve assurance l'empire céleste d'Yama. Ces chants, antérieurs à la conquête du Gange par les Ariens de rindus, remontent à une haute antiquité ; ils expriment
qai fut un Vivaswat en éclat. Cependant l'époux de Saranyou-jomeDt la poursuit changé eu cheval , et de leur essence vitale qui tombe sur la terre, naissent les deux Aswins. » Trisiras est, comme Géryon, un symbole de la grande Sécheresse, et Ton conçoit aisément que la constitution primitive de l'atmosphère, où les nuées étaient sans * pluie, ait en quelque sorte tenu de très-près au fléau du feu. La parenté de Trisiras et de Saranyou s'explique donc fort bien par notre interprétation du mythe védique. Mais la naissance étrange des deux Aswins ressemble tellement à celle d'Agdestis (P. Il, 140) qae nous concevons qu'on fasse de ces deux Cavaliers la personnification des sources qui ont coulé de nouveau après la pluie extraordinaire qui a mis fiu au fléau du feu. Le mythe des Aswins est encore ooe énigme non résolue. Il est bien vrai que chez les Ariens le cheval figure tout spécialement la lumière, soit celle du soleil, soit celle d'Agui (Kuhu, p. 45t>). Mais Indra issu d'un cheval est très-probablement un Jupiter pluviusy et il n'est donc pas absolument impossible que les deux Cavaliers aient été dans l'origine des dieux des eaux courantes.
* RV. X, 1. 14, d'après la traduction de M. Roth. « Roth, p. 427 sq.
LK8 PITRIS ET LES DÉWA3. 433
i croyances traditionnelles du monde primitif, et conment d'une manière éclatante tout ce que nous disions us haut de l'esprit éminemment religieux de la prelère humanité.
Dans la religion brahmanique, Yama a perdu son gne aux cieux et son caractère serein et bienveillant. a été relégué vers le sud ardent, torridien, où l'on içait les enfers. Sa justice est inflexible, sa colère rrible, les supplices des méchants affreux. Les souvers du déluge ont sans doute contribué puissamment foire d'Yama le roi des abîmes souterrains et le chef » ombres précipitées dans les entrailles de notre obes (P. II, 319).
0'ailleurs le Bhagavat fait de Manon, et non d'Yama, dieu des funérailles. Mais cette confusion ne peut Mis surprendre, puisque Yama et Manou sont l'un Mnme l'autre le premier mortel, et que les poètes posrieurs aux Védas donnent à Manou le même père qu'à ima.