‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 3)Chapitre 111 sur 120 · LOTS DE MANOU. A · texte numérisé non relu

LOTS DE MANOU. A

Bhrîgou, « qui a appris en entier de Manou le Livre des Lois, et qui en a fait connaître le contenu aux hommes*. » D'après un mythe postérieur, un géant (Typhon diluvien ) fit périr la fille de Bhrigou (Proserpine, l'humanité primitive), que n'avait pas su protéger Âgni (le dieu des Antédiluviens);

Enfin Narada (P. II, 603), qui est le Thoth diluvien de Manéthon (237).

f Les Maharchis créent à leur tour sept autres Manous, * ou plutôt « de Manou = Adam descendent six autres Manous , qui chacun donnèrent naissance à une race de créatures. » De ces six Manous , cinq portent des noms inconnus aux poètes épiques et fort peu célèbres dans la tradition postérieure. Mais le sixième et dernier est le fils de Vivaswat ou Manou Satiavrata, qui fut sauvé du déluge dans une arche par Vichnou ou Brabnia. La liste des sept Manous, qui commence avec Adam et finit avec Noë, comprend donc les temps antédiluviens, et elle est parallèle à celle des dix Maharchis. Il est étrange que la Genèse compte dix patriarches séthîtes et sept générations de Caïnites.

c Des dix Richis ou Maharchis sont nés les Pitris ou les Pères , » c'est-ù-dire les générations successives des Antédiluviens, et c'est bien là aussi ce que sont les Pitris dans le Rig-Véda (433).

d*après les quatorze coupes et les sept Richis du sacrifice, ainsi que le pense M. Langlois (RV. IV, 397. 505). — Dakcha donne dix de ses fiUes à Dharma=. Varna, le représentant de l*hunianité antédiluvienne et de ses dix Maharchis; vingt-sept au dieu Lune, qui, dans sa conrse mensuelle, scjourne dans vingt-sept constellations , et treiae à Casiapa, personnage védique dont je n*ai pu déterminer le sens primitif, et qu*on croit être Tespace éthéré.

484 AmiQfs me l^inde.

f Des Pitris sont nés les Déwas et les Danavs»*,» c'està-dire les Elobim , les Sélhîtes , les héros de la race sacerdotale, et les fils de Danou(44i), les Âsouras, les Titans, les Garnîtes, les Néphilim. Les hommes-dieux et les hommes-démons, les bons et les méchants, sont donc, d*après Manou comme d'après Moïse, issiis xTune mène souche. La tradition postérieure dit pareillement de Casiapa, fds de Maritchi=Seth, qu'il a épousé à la fois Aditi, la Lumière^ et Diti, la Nuit, et qu'il est le père de races ennemies, les Souras (IVéwas) et les Asouras. 1^ uns et les autres seraient donc des hommes, mais des hommes de la race primitive et macrobienne, des Pitris. Or nous avons vu que les Arabes font descendre tous leurs Djin, les bons comme les méchants, d'une soicbe unique, Djen=Gen=Caïn, et les Djin sont, comme les Pitris, des mânes, les ombres des Antédiluviens, des génies puissants. L'Inde et l'Arabie ont gardé du premier monde les mêmes souvenirs, qui s'expliquent et se confirment par la Genèse (il 4).

Les Lois de Manou nous donnent d'ailleurs une généalogie très-détaillée de tous les antédiluviens.

Elle remonte jusqu'aux Anges, Sadhyas, issus de Vira^y qui est une des formes de Brahma.

Viennent ensuite les Déwas, dont les ancêtres sont les Agnichwattas, enfants de Maritchî ; c'est-ù-dire Seth3= Mariichi est l'aïeul de la race sacerdotale des Elohim= Déwas qui allumaient le feu {agni) sur l'autel du vrai Dieu.

Atri, qui représente les sécheresses de Gen et le feu qui a produit Djen, est, comme Djen, le père d'une très-nombreuse postérité qui est toute caïnite. De ses fils, les Barhichads, sont issus \^ les Daityas, les sombres enfants de la nuit et du péché ; 2^ et 3^ les Danayas et les

< Loi», III, S iOi iq.

LOB DE MANOOw MKt

Raftchasa&» qai dans le Rig-Véda se confondent âtec le» Asouras et forment Tarmée de Vritra contre Indra, lors du fléau du feu ; 4» et 5<» les Kinnaras, musiciens célestes qui jouent du kinnor (cithare) inventé par Jubal, et qui sont attachés au service de Couvéra=:THbakaïn, frère de ce même Jubal ; et les Gandharvas, qui ^ntles musiciens d'Indra; 60 et enfin les Yakchas, serviteurs de Couvera, qui correspondent aux pygmées, aux nains, aux gnomes de l'Egypte, de la Grèce, de l'Ëtrurie, de la Scandinavie, de la Laponie*. On voit que la race d'Atri est bien réellement celle de Gain et de Lémec, et si nous voulions compléter la liste de ses descendants par celle qui se lit au premier livre des Lois^ § 37, nous mentionnerions encore les Apsaras, bayadères du ciel d'Indra, ou les filles des hommes (33), dont la plus célèbre fut Nahéma, sœur de Jubal et de Tubalcain*.

Après la généalogie d'Atri vient celle des quatre castes:

Angiras est, par les Havichmats, le père des Kchatriyas ;

Poulastya, par les Adjyapas, celui des Vaisyas;

Vasichtha, par les Soucalis, celui des Soudras ;

Bhrigou, par les Somapas, celui des Brahmanes.

L'auteur des Lois de Manou, qui dans la cosmogonie &it sortir de Brahma lui-même les castes de la société brahmanique, place ici leur origine dans les temps antédiluviens, tandis que nous savons par le Rig-Véda

* Nous passons sous silence les Sonparoas, oiseaux divins dont le chef est Garouda, et qui sont peut-être le symbole des âmes des bons (P. I, 551), et les Ouragas, dont j'ignore la nature et les fonctions.

* Les Pisatchas ou Vampires sont une branche des Rakchasas ; les Nagas 00 Dragons^ et les Sarpaa ou Serpenii, sont des symboles de ces mêmes Rakcha8as=Titans=Géants anguiformes.

486 ARIENS DE L*INDB. •

qu'elles n'existaient pas encore dans les siècles où les Ariens demeuraient sur les rives de Tlndus. Mais l'erreur, toute grossière qu'elle semble, renferme un fond de vérité, et se redresse par ce que Sanchoniathon nous dit de la formation des classes dans la société primitive, postérieurement àChrysor=Tubalcaïn. Les Hindous ont donné à une antique et précieuse tradition une forme appropriée à leurs mœurs et à leurs croyances.

La première des castes est celle des guerriers, et elle a pour aïeul Ângiras. Mais Ângiras=Méthusçaël a pour fils Soudhanvan=Lémec, l'homme robuste qui se venge, Yhabile archer^ le grand guerrier. La tradition hindoue s'inspire donc de la tradition universelle et biblique.

De Ghrysor naissent l'artisan et le potier qui furent les frères des laboureurs; et pareillement la deuxième caste indienne est ceUe des Vaisyas ou des artisans et des laboureurs.

La troisième caste est celle des Soudras ou des serviteurs. Mais elle est le résultat d*une conquête qui a soumis une nation ù une autre. Or, les nations ne datent que de la dispersion des peuples, et le monde antédiluvien n'a pas pu avoir des Soudras. Aussi Sanchoniathon se tait-il sur leur compte, et les Saturnales conservaient la mémoire de ces temps primitifs où il n'y avait point d'esclaves.

La dernière des classes ou des castes est, d'après les traditions phéniciennes celle des Mages, d*après Manou celle des Brahmanes, qui a pour ancêtre Bhrigou, personnage diluvien. Sans la tradition des temps antédiluviens, jamais les Brahmanes n'auraient dit et écrit que leur caste était la plus jeune des quatre.

Le déluge de Noë ouvre le.Cali-Youga ou Tage actuel. Les Lois de Manou * entrent sur les quatre Yougas dans

' Lois, I, S 81-86.

LOIS DE MANOU. i87

certains détails qui jettent quelque lumière sur ces temps antédiluviens.

c Dans le premier âge, la Justice, sous la forme d'un taureau, se maintenait ferme sur ses quatre pieds. Dans les trois âges suivants, elle a perdu successivement un pied. >

c La vie des hommes était de quatre cents ans dans le Crita-Youga ; alors ils étaient exempts de maladies et obtenaient Taccomplissement de tous leurs désirs. La vie a diminué par degrés d'un quart dans les autres Tougas. >

c La longévité, le bonheur et la force ont été dans chaque âge proportionnés ù son degré de vertu. >

c Dans le premier âge dominait Taustérité, » c'est-àdire la dévotion extatique de l'anachorète^ qui est pour les Hindous le comble de la piété. « Dans le second, c'était la science divine qui régnait, et dans le troisième, l'accomplissement du sacrifice. > La piété, la foi, la religion auraient donc été la grande pensée et la prin* cipale vertu du premier monde, d'Adam ù Noë. L'âge actuel a la < libéralité > envers les dieux et envers les hommes, telle que la chante un des poètes védiques *, qui dit : < La libéralité, divine et secourable, est une partie du sacrifice. Elle n'est point connue des impies, qui sont avares. L'homme généreux reçoit d'elle et tout ce monde et le ciel ; il ne connaît point les maux, il possède tous les biens. 11 ne meurt point. » // ne meurt point : c'est ce que Jésus-Christ a dit * de ceux qui ont la vraie foi opérante par la charité. // possède tous les Keiw, et d'après saint Paul la piété a les promesses de la vie présente non moins que de celle qui est à venir*.»

» RV. IV, 382.

• Jean VIH, 52 et ailleurs.

s ) Timotb, IV, 8.

iBè Aiutavs DE l'inûb.

Il y a donc dans ces paroles du chantre hindou ui^ préssentiment fort remarquable des privilèges que TEvan-^ gile devait longtemps après lui apporter aux mortels. L'àme n'est point déchue si bas qu'elle ne sente d'où elle est tombée et où elle peut remonter.

Si la libéralité est la première de nos vertus, l'avarice doit être c la racine de toutes sortes de maux, > suivant l'expression de saint Paul *. Le poète védique Tassimile avec l'impiété, et telle est aussi la pensée de Manou dans ses Lois : c Au premier âge, la vérité régnait, e( aucun bien obtenu par les mortels ne dérivait de l'ini^ quité. Mais dans les autres âges, par le gain, la justice perdit successivement un pied; et par le vol, là fausseté et la fraude, les avantages honnêtes diminuèrent graduellement d'un quart. > Or, nous avons vu déjà que le grand crime de Gain, l'homme du grftn, l'Avide (Tchy), et celui de Prométhée, était l'avarice dans le culte divin (20. 209). Nous pouvons donc accepter comme vraie l'explication que nous donne Manou de la corruption de l'humanité primitive.

« ITimoth.Vl, 10.

CRÂPITRE III.

lies incarnations de Ylchnon.

Les deux grandes épopées du Ramayana et du Mahabharata, ainsi que les Pouranas, comprennent une multitude immense de mythes religieux et de légendes historiques. Ce chaos, dont on n'a point encore exploré toutes les régions, nous parait formé de trois éléments différents : i<> des traditions que les Ariens avaient reçues du peuple Primitif, et qui sont consignées en majeure partie, je ne dis pas en totalité, dans les Yédas et les Lois de Manou; S"* de l'histoire des Ariens depuis leur établissement dans les plaines du Gange jusqu'aux siècles qui ont précédé Tère chrétienne ; 3« des traditions primitives qui s'étaient conservées chez les Ethiopiens aborigènes, et qu'on a tour à tour attribuées à des Sémites, aux Macédoniens , aux missionnaires chrétiens , aux mahométans.

D'entre toutes les traditions de la mythologie épique, les incarnations de Vichnou appellent seules ici notre attention. On en compte d'ordinaire dix, dont six se rapportent aux temps primitifs qui fout l'objet de nos études. Au lieu de dix, le Mahabharata n'en connaît encore que cinq : Vichnou tuant Naraka ou recréant le monde, Vichnou-sauglier, Vichnou-lion, Vichnou-nain, Vichnou-Crichna * . Les incarnations de ce dieu sont un

< Lavtfeu, p. 780.

i90 ARIENS DE L*INOB.

résumé de l'histoire de Thunianité telle que la conçoi- V3nt les Hindous. Seulement ils ne font apparaître Vichnou sur la terre qu'au déluge. Le monde antédiluvien est celui dlndra et d'Agni, et l'univers a été créé j ou façonné par TÊtre sans nom , par Wiswacarman, le j démiurge, par Pouroucha , par Brahma Nai*ayana ou le dieu des eaiix chaotiques (P. II, 464 sq.).

Incarnations aux temps du monde primitif.

La première incarnation de Vichnou est celle de la descente du poisson, en faveur de Manou Satiavrata, alors que le monde fut non pas seulement inondé , mais détruit par le déluge. Nous avons raconté ce mythe ailleurs (P. Il, 534 sq.). Nous rappellerons seulement id pour bien fixer la date de Bhi'igou et les premières origines du védisme, que Vichnou se fit poisson dans le but de sauver les Védas que Bhrigou avait donnés aux mortels, et qu'avait dérobés le géant Hajagriva, le même qui a tué la fille de Bhrigou (483) . Nous avons vu Dschemschid= Vichnou retirer les livres sacrés du corps d'Ahriman, qui les avait avalés (371).

Hajagriva tient en Inde la place d'Ahriman, sans être un génie du mal. C'est un géant : tous les géants sont nés d'Hiranya-Kasiapa , fils de Kasiapa et de Diti>, et ces géants sont les Asouras que Manou, dans ses Loi$, fait descendre d*Atri=Cain. On ne peut donc que reconnaître dans cette race colossale, sanguinaire et tyraunique, les Néphilim issus de Caïn. Il est digne de remarque que leur domination soit expliquée en Inde par la disparition des Védas ou de la vraie foi et par le sommeil du dieu suprême, Brahma.

* Dubois, Théogonie, p. 138.

tf

INCARNATIONS DE VICHNOU. i91

Le Bhagavat s^joiite que Hajagriva ayant péri de la main dp Vichnou, et les Védas ayant été recouvrés, le dieu conservateur instruisit Satiavrata dans toutes les connaissances divines et humaines. Cette restauration des sciences, des arts et de la religion nous rappelle le Thoth postdiluvien de Manéthon, ainsi que le Bouddha Narayana des Bouddhistes. Ceux-ci montrent dans le Caboul, ù Naulakhi, où Farche aurait abordé, le tombeau d'un ancien roi qu'ils nomment Machodar-Nath, ou le iprtnce souverain dans le ventre d'un poisson^ et qu'ils disent être le Mercure aquatique ^.

2** La seconde incarnation, celle de Vichnou-sanglier retirant du fond des eaux la terre , était peut-être dans rorigine un mythe cosmogonique. On lit dans le Yadjour- Véda, que t Pradjapati, le seigneur des créatures, en se mouvant sous la forme d'air, dans les eaux primitives, vît la terre, la souleva changé en sanglier (P. 11, 211), et la façonna en devenant Wiswacarman*. » Mais il me paraît que ce mythe, transporté a Vichnou, est devenu une image 'du chaos diluvien et de la nouvelle création de la terre vers la fin du cataclysme. « Le géant Hiranyakchas (représentant des Néphilim dont les crimes ont causé le déluge), avait roulé la terre en une masse informe et l'avait entraînée dans l'abîme. C'était le temps où Manon Swayambhouva (dit le mythe, qui prend Noé pour Adam et la seconde création de la terre pour la première), devait produire des êtres de son espèce; mais il n'y avait point de lieu prêt a les recevoir, et Brahma ne parvenait pas ù leur en procurer un. Alors parut Vichnou sous la forme d'un immense sanglier qui poussa un cri que répétèrent les échos de l'univers en-

1 Asiat. Res. t. VI, p. 479; dans Faber, t. II, p. il 7. e Lassen, t. I, p.. 780.

492 AHDCS K L*1IIDB.

lier. Ao milieii des diaats de louange de Brahma, de Maritehi, d'Atri, d'Angiras et des autres Haharchis (antédiluviens i S il plongea dans la mer, en atteignit le fond, Y découTrit la terre informe, et la souleva avec ses défenses après avoir ^oi^é le géant. • D'après ce mythe, la terre aurait été en quelque sorte détrvite par le déluge, conune le dit la Genèse.

3<» A cette seconde incarnation, qui, du reste, selon la plupart des écrivains, est la troisième, se rattache intimement la quatrième, dans laquelle Vichnou, lion à tête d'homme, fait périr le frère et le vengeur d*Hiranyakchas, le géant Hiranya-kasiapa, qui, par ses hypocrites hommages, avait trompé Brahma et obtenu de lui de ne pouvoir être blessé ni par un dieu, ni par un homme , ni par un géant, ni par un animal , ni de jour ni de nuit, ni hors de la maison ni dedans, et qui profitait de son privilège, dans son orgueil impie, pour tourmenter en tyran le genre humain. Vichnou s'élança sur lui, au crépuscule, du milieu d'une colonne que le géant venait de briser en niant la toute-présence de ce dieu.

Le sens de ce mythe est indiqué par les trois mythes précédents : le premier des deux frères entraine l'autre. Le géant figure les Néphillm. Sa quasi-immortalité s'explique par l'excessive longévité des Antédiluviens. U périt au crépuscule, ou dans cette année du déluge qui finissait la nuit du monde ancien et commençait le jour d'un nouveau monde. La colonne d'où sort Vichnou est le tronc dans lequel était enfermé Osiris. Sa figure d'un lion-homme (ou d'un sphinx) signifie peut-être que Dieu, en détruisant à l'improviste une race criminelle, a déployé autant d'intelligence et de justice que de force et de puissance.

> D'après le Varaha Pouraua, dans Duboiè, id,, {»» iSSL

INCARNATIONS DE VIGHNOU. 493

4« Lia troisiènne (ou la deuxième) incarnation deVich- Bou nous transporte au milieu des révolutions de tout genre qui ont signalé les temps postdiluviens; ( P. II, 287; HT. 179).

Les Souras et les Asouras ou les fils d'Âditi et ceux de Ditî , après de longues querelles ( entre les Séthites et les Cainites) , vivaient sur le mont Mérou en bonne intelligence (après le déluge, où la i*ace humaine ne formait de nouveau qu'une même famille). Ils commencèrent cependant à remarquer qu'ils étaient mortels (alors que la vie des Noacbides se raccourcissait si rapidement), et ils délibérèrent entre eux sur les moyens de se procurer une boisson, Vamrita, qui leur donnerait l'immortalité. Us s'arrêtèrent à l'idée de baratter l'Océan (qui dans ce même temps était constamment agité par les forces plutoniques, qui bouleversaient successivement les diverses parties du globe terrestre). Ils portent vers la mer le mont Mandar, enlacent autour le serpent de Vichnou, dont les uns saisissent la tête, les autres la queue, et le font tourner, par leurs efforts contraires, comme un bloc de bois sous la main du tourneur. La mer fut ainsi barattée mille ans ( pendant la longue époque glaciaire que terminent de violents phénomènes volcaniques). Pendant ce rude travail jaillissait sans relâche de la gueule du serpent un torrent de venin, de feu et de fumée (symbole des maux physiques qui réduisirent la vie de l'homme aux neuf dixièmes de sa primitive longueur, et qui infectèrent la nature entière). Ce venin menaçait de déti^uire le monde ; les dieux demandèrent à Chiwa de le recevoir; mais il s'était répandu partout avec la rapidité de l'éclair , et Chiwa ne put en avaler qu'une partie. Le reste produisit d'abord d'épais nuages chargés de foudre, d'où une pluie (celles de l'époque glaciaire) tomba sur les génies fatigués»

tandis qu'ils étaient comme inondés de fleurs qui leur venaient du sommet du Mérou (et qui sont une gracieuse image des bénédictions divines). Mais le rapide mouvement du Mandar allume un feu immense, qui enveloppe de flammes et de fumée toute cette montagne (et qui est le fléau postdiluvien du feu). Cet incendie fut éteint par des torrents de pluie qu'envoya Indra. Déjà l'Océan prenait une couleur laiteuse et l'amrita allait paraître, quand les génies, épuisés de fatigue, suspendirent leur travail. Le Mandar (ou la terre-ferme) s'abimait sous les eaux (et il y eut après le déluge, vers l'Inde, de vastes terres englouties ) , quand Yichnou se glissa sous la montagne pour la soutenir. Il avait pris dans ce but la forme d'une tortue (symbole de l'harmonie universelle par sa carapace avec laquelle Narada avait formé sa lyre). Fortifiés par Vîchnou, les génies se remettent à l'œuvre, et après mille autres années surgirent de la mer de précieux trésors, entre autres la Lune à la douce lumière (qui est inséparable de l'eau et de la mer, et qui signifie ici le retour de l'ordre dans les cieux); la bienfaisante Sri (dans laquelle on croit reconnaître Cérès, qui n'a enseigné l'agriculture aux hommes qu'après le déluge); Souradévi, la déesse du vin (qui date de Noë); l'arbre de l'abondance (souvenir du paradis, qui marque ici la prospérité que retrouvèrent, non sans peine, les nations issues de ce pati'iarche); la vache (la terre) qui satisfait tous les désirs des cœurs, et en dernier lieu, Dhanvatari, le dieu-médecin, une coupe pleine d'amrita à la main. Mais cette boisson (cette eau de jouvence, que les hommes ont cherchée de toutes parts) devint dans le ciel la cause d'une grande querelle entre les Souras et les Asouras. Vichnou, par une ruse adroite, ne donna Vambroisie qu'aux prem\e;t%. Les autres attaquèrent les d/eux', et furent \vùtic\3L% ^^v^^ ^^^y^>^^\sl\.% ^^\s^^u

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