CHAPITRE
lies Phrygiens et les Lydiens
Les Lydiens, issus de Lud frère d'Assur et fils de Sem, sont venus s'établir avec les Thérahéniens ou Tyrrhénieus (P. I, 305) , au milieu d'une ancienne population japhétite , les Phrygiens ou les Ases^ descendants d'Aikénaz, fils de Gomer, fils de Japhet. Les deux races se sont mêlées au point qu'on ne pourrait aujourd'hui faire sans erreur la séparation de leurs croyances ou de leurs traditions respectives. Toutefois il en est dans le nombre qui sont très-probablement sémitiques, et c'est par celles-ci que nous commencerons cette rapide étude.
Attis=Adonis. Nous avons vu que le culte d'Adonis était d'origine syrienne, que celui de la déesse syrieooe à Hiérapolis avait été fondé par Attis, et que Hiérapolis était la première patrie des Lydiens de Méonie (85). De là vient que la Lydie et la Phrygie avaient leur Adonis sous le nom d'Attis.
< Sources : Homère, Hérodote, Diodore de Sicile, Paasanin. Julien, Ovide, Arnobe, Suidas, etc. Si je ne cite pas ici d'autres écrivains modernes que Creuzer-Guigniaut et que Hupfeld (Itenim Lydiarum, Particulal, i85i), c*est que les traditions de TAsie Mineure ont été jusqu'à présent peu éXxiàÂéeu^et <\ue hi voie que je tente n'éloignait plus ici que partouX wW^utii à» t^^ ^^^x^ràx^^Tdioiire-
PHRYCttNS ET LTOIENS. 501
Attis, en effet, est l'amant de Cybèle, Adonis de Vénus. Attis est déchiré par un sanglier (envoyé ))ar Jupiter, qui était jaloux des fêtes ou orgies qu'il instituait en l'honneur de Cybèle) , de même que Mars fait périr Adonis par un sanglier ^ Après avoir pleuré la mort d*Attis, on célébrait avec des transports de joie sa résurrection, comme à Byblos celle d'Adonis. Un hymoe grec, que nous a conservé Hippolyte, dit en toutes lettres qu'Attis est l'Adonis des Assyriens '.
Le récit qu'Hérodote nous fait du fils de Crésus, Atys, qui périt ù la chasse d'un sanglier monstrueux , n'est pas autre chose que le mythe du dieu lydien transformé par les Grecs en une touchante anecdote.
Attis et Mœon. Dans la version que Diodore de SicUe nous a conservée du mythe d'Attis, l'auteur de sa mort -est bien un Jupiter, un théothée (et non Mars=Typhon •ou Satan). Mais il n'y est pas fait mention d'un sanglier, Et le dieu mort ne revient pas ù la vie. D'ailleurs jWodore, ici comme partout, évhémérise au point de rendre le mythe presque indéchiffrable.
Il fait d'abord de la Grande-Mère Cybèle une mortelle iqui a inventé la flûte ù plusieurs tuyaux, les cymbales, jes tambours , et qui la première a guéri les maladies par des purifications. Puis il lui donne pour père Mseon. Ce Mœon est l'aïeul de la tribu phrygienne qui habitait
I Hermésiaoax dans Pausanias, VII, 17.
* BéfiitatioH des lUréiies^ L. V, ch. ix (en grec). — Dans ce même hymne, on lit que les Samotbraces nomment Âttis Adamna le vénérable (d*après l'édition de MM. Dancker et Scbneidewin. 1856J. Il est digne de remarque qu*ADAMNA , en phrygien , signifie Vami, Attis=Papas=Adamna=:Adonis , est donc le Seigneur, le Pèr$ et VAmi de l*homme.
* TÎI, 58. 50.
le Tmole et la vallée de rHermiis avant Tarrivée des Lydiens. Mais le vrai aïeul de ces Phrygiens c'était leur dieu suprême, Maeon, le dieu des eaux du chaos, leur Océan, leurNérée, leur Hopi-moou (P. I, 236), et leur première religion devait être le théisme, puisque ce théothée avait engendré Cybèle ou la nature. Sans s'en douter, Diodore nous donne de précieux renseignements sur les primitives croyances des Phrygiens. Cependant ce Mseon qui a présidé aux eaux du chaos, a présidé aussi à celles du déluge, et, à ce dernier titrent il expose sa fille Cybèle sur une montagne, où elle fut nourrie par des bêtes sauvages, et plus tard trouvée par des bergei*s.» Cybèle est ici une Sémiramis, la figure de Thumanité postdilu vienne (98). Mais elle reprend bientôt sa vraie nature, et elle est une Grande-Mère quand t elle se lia d'amitié avec Marsyas, également renommé par sa chasteté et par sa flûte à un seul tuyau, qu'il rendit susceptible d'exprimer tous les degrés de l'harmonie. » Ce Marsyas est le dieu-verbe des Phrygiens, leur Thoth, leur Hermès, qui a réglé les harmonies du monde, et à qui l'on ne donnait aucune épouse (P. I, d99 sq.).
Cependant t Cybèle conçut une passion violente pour le jeune Attis, qui se nommait aussi Papas. • Les Scythes nommaient leur dieu suprême Pappa?us, les Bithyniens, Poppa et Atta. Dans la langue arménienne, qui est sœur du phrygien, pap signifie grand'père\ et atta a la même signification de grand-père ou de père, non-seulement dans les dialectes allemands de la Suisse, mais dans un " très-grand nombre de langues africaines et américaines. Attis est donc un Jupiter, un théothée, comme Adonis, qui est le Seigneur. Mais Attis=Adonis est Baal II et non
' L'autiqae roi d' kssyne \^8l\â>i% ««t ainsi très-probablemeot >i dj#a Attis.
Baal rAncien ; il est un dieu plus jeune que Mseon, un dieu de rhumanité et non un dieu de la création ( P. I, 460 sq.). Diodore ne nous dit pas quel fut Tenfant d'Attis et de Cybèle , parce que dans le mythe le fils (l'humanité) s'était confondu avec le père , et que l'histoire de l'un est celle de l'autre.
t Mseon, irrité de la faute de sa fille, fit périr Attis et avec lui les nourrices ou suivantes de Cybèle, et ordonna qu'on laissât leurs corps privés de sépulture. Cybèle, égarée par sa douleur, perdit la raison, sortit furieuse du palais, et seule, les cheveux épars, parcourut les campagnes, poussant des hurlements et frappant à coups redoublés un tympanon. » Qu'on se rappelle Sadid et sa sœur égorgés par leur père Saturne, et l'épouvante des dieux (133); la douleur insensée d'Isis devant le corps d'Osiris (256) ; les courses errantes de Cérès et de Basilée ù la recherche de Proserpine et d*Horus (151), et Ton conviendra sans doute que la mort d'Attis par Ma?on, comme celle d'Attis=Adonis par le sanglier diluvien , ne peut pas signifier autre chose que la destruction de la première humanité par le cataclysme de Noë. — Je n'explique pas les suivantes de Cybèle, qui périssent avec Attis : aucun mythe analogue ne me vient en aide.
Diodore raconte ensuite la rencontre de Marsyas et d'Apollon , leur combat et le triomphe de la lyre et du chant des Grecs sur la flûte ou la musique des Phrygiens. Ceci est une ingénieuse fiction où les Hellènes ont exprimé leur supériorité sur les Asiatiques. Toutefois il s'est glissé dans cette fable des débris d*antiques mythes phrygiens. Marsyas écorché vif est ù mon sens un symbole des ravages causés par le déluge sur la terre, qui était l'œuvre de ce dieu-verbe, et dans laquelle Marsyas s'était comme persontiV&ê. Ça ç^\ ^wsssft
S04 ASIR MINEURE.
A mes yeux quelque poids à cette explication, c'est que, c Apollon, se repentant de sa rigueur, brisa les cordes de sa lyre, et le genre d'harmonie qu'il avait inventé fat perdu. > Ce qui signifie que Dieu ne rendit point à k terre, après le cataclysme, la beauté qu'elle avait eue jusqu'alors. Les Finlandais ont exprimé cette même pensée dans un mythe fort ingénieux (P. II, 275).
Cependant € les Phrygiens furent affligés par la peste et par la famine ; > or nous savons combien de fléaux ont atteint les Postdiluviens dans le temps que leur m fut abrégée des neuf dixièmes, c Ayant consulté l'oracle, les Phrygiens honorèrent Cybèle comme déesse, et apaisèrent par de grandes lamentations la colère d'AtUs qu'ils avaient injustement mis à mort. >
L'Attis de Diodore et rAttis= Adonis ne sont pas mutilés : la mutilation est le trait distincUf des mythes suivants.
Attis mutilé. Il est étrange qu'entre les divers mythes qui ont trait à la mutilation d'Attis, il n'y en ait aucun qui soit pareil à celui de Combabus, le vrai serviteur de Cybèle, le vrai Kubebus, qui, par chasteté, s'était mis dans l'impossibilité de répondre ù l'amour d'une femme, 4i'une déesse que la passion égare (90). Cependant Catulle, dans son poënie d'Atys, dit que les Galles se sont dépouillés de leur virilité en haine de Vénus, Venem nimio odio *; Firmicus, que les Phrygiens ont établi des fêtes annuelles en l'honneur de Cybèle, leur reine, femme riche et puissante, qui eut à se venger des dédains d*\m jeune homme qu'elle aimait*, et Julien, que dans les mystères de Phrygie on exigeait des abstinences et des pratiques de chasteté , auxquelles TertuUien et Amobe
* Cat. 63,17.
« Firoî. Mat. 2.
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font allusion. Nous supposons que le mythe d*Attis= Combabus était le mythe primitif, que seul il indique la ▼éritable origine des serviteurs-eunuques de Cybèle et dte Dercéto, mais que, la corruption des siècles subséquents ne comprenant plus une chasteté aussi extraordinaire que celle dont il conservait le souvenir, il a ainsi disparu longtemps avant les mystères auxquels il servait de fondement.
Un des mythes qui Ta remplacé est au moins inspiré par ces sentiments de profonde tristesse qui ont rempli le cœur des Noachîdes , et qui ont inspiré ù plusieurs d'entre eux l'aversion du mariage. < Le jeune Attis, » chante Ovide , c avait inspiré à Cybèle une chaste passion, et désirant lui confier la garde de ses temples (ou plutôt, d'après Arnobe, sachant que l'hymen lui serait funeste), elle obtint de lui la promesse qu'il conserverait toujours sa pureté d'enfant. Mais auprès de la nymphe Sangaris il oubha ses serments. Cybèle irritée la fait périr, et Attys, dont la raison s'égare, se mutile avec une pierre sanglante*. > Cybèle joue ici le rôle de Mseon et de Jupiter : elle est la divinité suprême qui ne ▼eut pas appeler à l'existence la race humaine, dont elle prévoit les crimes et les souffrances. Sangaris, faible comme la fille de Mieon, périt de mort violente comme Dercéto d'Ascalon, et la cause de sa mort c'est le déluge. Attis, le dieu de l'humanité, devient fou de douleur en h voyant ainsi périr tout entière dans les flots, et il ne TBut plus produire des êtres aussi misérables que le sont les hommes depuis le cataclysme (P. II, 293 sq.).
La relation d'Attis avec la période diluvienne se déduit en outre de sa métamorphose en un pin « dans le-
« Ovide, Fastes, IV, 225 et suiv.
• Ovide, Métam, X, 104.