T. UU
quel il est enferme comme Osiris Test dans la bruyère de Byblos. Ce pin jouait un grand rôle dans les fêtes de Cybèle, où Ton abattait un de ces arbres pour y suspendre rimage du jeune dieu. Aux mystères d'isis, on coupait pareillement un pin, dont on creusait le tronc (en forme de bateau) , et Ton y enfermait comme dans un tombeau (le tombeau de Tarche), Tirnage d'Osiris, qui était faite des branches du même pin ' (P. II, 189 sq.).
D'après Julien, t Attis était un fils de Cybèle, et il avait été exposé (comme tous les personnages diluviens) sur les bords du fleuve Gallus. Sa mère devint anooureuse de lui , et il ne la repoussa point. Mais il lui fut inlidèle, et comme elle voulait le contraindre a ne plus la quitter, il s'enfuit. Un Corybante en avertit Cybèle par un lion roux, qui devint le rival de la nymphe et se battit contre elle, et Attis se mutile par Texcès du délire qui sVnipara de lui par suite de son amour malheureux. »
Ici le sens primitif du mythe a disparu complètement, et les traditions historiques ont fait place a des mythes cosmogoniques et physiques. 11 est bien encore question d'un hymen secret et coupable, d'un enfant exposé, d*une douleur qui rend insensé, d'une mutilation. Mais le culte de Cybèle a prévalu sur le monothéisme primitif, a ce point que M9eon= Jupiter est entièrement oublié, et que le dieu de Thumanité est devenu le fils de la Nature. Son inceste avec sa mère signifie que la Matière primitive a été fécondée par un démiurge né d'elle (P. I, 548). Le lion est Tété ardent, qui tue la Nymphe des eaux et de l'humidité, et la mort de cette nymphe est bientôt suivie de celle d'Attis, qui est le dieu de II végétation.
' Firroicns, XX i. Faber, t. II, p. Î60.
Minutîus Félix prétend que Cybèle était si vieille et si laide, qn'Attis ne pouvait se résoudre ù Tairaer, et qu'elle fie vengea de lui en le mutilant*. C'est là sans doute une ironie de l'orateur chrétien et non un mythe phrygien. . Le mythe suivant, que nous a conservé Servius, nous introduit dans un ordre d'idées différent. Il nous fait connaître l'origine de cet amour contre nature, qui est la plaie hideuse de la Grèce ancienne et moderne, et qui a pris naissance dans cette même Phrygie où, plus que mille part ailleurs , on exaltait le célibat et méprisait l'ordre de l'Eternel à Noë. t Attis, jeune serviteur de Cybèle, que le roi de la ville poursuivait de son amour, s'enfuit dans les forets. Mais il tomba entre les mains du prince, qui le mutile, et, en mourant, il lui rend la pareille. Les ministres de la déesse trouvent le corps d'Attis sous un pin. Cybèle institue en son honneur une fête lugubre, et oblige les Archigalles à se mutiler à leur tour *. »
Le roi est Maeon=Jupiter, et ici le théisme antique éclipse Cybèle et l'adoration de la nature. Attis a son vrai sens de dieu de l'humanité. Le pin nous avertit que la mutilation d'Attisatrait au déluge : elle nous rappelle celle du cadavre d'Osiris par Typhon (260). Attis, en mourant, met le vieux dieu dans l'impossibilité de créer après le cataclysme un monde nouveau.
Agdestis. Nous arrivons enfin au mythe d'Agdestis, qui se mêle avec celui d' Attis, et dont nous avons deux versions peu différentes , l'une de Pausanias, qui est la meilleure, l'autre d'Arnobe, qui transporte à tort après Deucalion la première partie de ces fables'.
* Oetav^us, XXI.
• jEneid, IX, 116.
» Paus. VII, 17; Arn. V, 4,
508 ASIE AIINEURE.
€ Jupiter eut un rêve impur, et du rocher naquit un monstre, Agdestis. » Un mythe du Rig-Véda (P. 1, 485) et, dans la Théogonie d'Hésiode, le récit de la mutilation d'Uranus, dont le sang produisit les redoutables Furies et les Géants belliqueux (P. 11, 140), nous apprennent qu'il s'agit ici de la pluie extraordinaire qui a mis fin au fléau du feu, et après laquelle ont apparu les Néphilim.
€ Cet Agdestis était androgyne, » au dire des Phrygiens, qui se plaisaient, dans leur culte et dans leurs mœurs, à confondre les sexes; « doué d'une force invincible et sauvage , agité par des passions furieuses, ne se souciant ni des dieux ni des hommes, méprisant le ciel et la terre, et violent jusqu'à tout détruire. » On ne pourrait faire des Néphilim un portrait plus ressemblant.
« Les dieux effravés le mutilèrent en l'enivrant, i Ils le mutilèrent près d'un pin sans doute, lors du déluge. En l'enivrant : ne serait-ce point un souvenir de l'ivresse de Noë?
« De son sang germa un amandier ou un grenadier. Nana, la fille du roi ou du fleuve Sangarius, en cueillit un fruit qu'elle mit dans son sein. Il disparut, et elle se trouva enceinte. » Ce mvthe est fort extraordinaire : on le dirait chinois ou américain, tandis qu'il ne se reproduit nulle part dans l'Asie antérieure et en Europe (P. 11, 67. 89). Primitivement il désigne la naissance miraculeuse du hcfros protévangélique. Les Phrygiens l'ont appliqué à la naissance de l'humanité postdilovienne. « Le père de Nana fit exposer l'enfant. Un l)e^ ger le trouva et le nourrit de lait de chèvre. »
Agdestis , qui est a la fois la personnification des Titans primitifs et celle des Géants du temps de Nemrod, et qui, comme î^emrod, < était un grand chasseur, s'éprend pour A.U1S tf uuvixxiowc ^ xt&^m^A^Oî^feVdate donc,
comme nous l'avons déjà vu (38) , des siècles voisins du grand cataclysme, t Les parents d'Attis, pour l'éloigner de son amant, l'envoient a Pessinonte. Le roi Midas lui donne sa fille. Déjù l'on chantait l'hyménée quand survient Agdestis furieux, qui rend insensés tous les assistants. Âttis lui prend sa flûte, enjoué, danse en rond jusqu'à ce qu'il lombe à terre sous un pin et s'y mutile. Midas suit son exemple, Cybèle (telle qu'lsis à Byblos) se lamente avec Agdestis devant le pin qu'elle avait transporté dans sa grotte. Jupiler lui refusa de ressusciter Attis, et accorda seulement l'incorruptibilité à son corps , qui fut enterré à Pessinonte. » Cette dernière partie du mythe d'Agdestis nous ofi're de nouveau les traits fondamentaux de celui d'Attis ; mais l'antique tradition dégénère en un conte incompréhensible.
De la religion des Phrygiens et des Lydiens passons à leur histoire primitive.
Leur premier roi, c'est-à-dire le premier homme,, était le fils de Jupiter et de la Terre, ou de Dieu et de la nature, et se nommait Manès', qui est le Menés égyptien et le Manou indien.
Nous identifions Manès avec « le roi Alcimus, le plus pieux et le plus doux des hommes , sous qui la Lydie jouit d'une paix profonde et d'une grande prospérité ; chacun vivait exempt de toute crainte. Après sept ans de règne le peuple demanda (aux dieux) que plusieurs autres années semblables fussent accordées à Alcimus. U en fut ainsi , et les Lydiens menèrent pendant longtemps une vie pleine de félicité^. > Alcimus est l'Al-orus
• Hérod. î, 94; Den. Halic. t. f, p. 21.
• Xaiitli<i5, Fragm. Gr. HùU t. 1, p. 38.
des Lydiens, et d'après le verbe sémitique qoum , Qni, il serait lliomine permanenty Protogonus =.£on de Sancho- DÎathon (112). Le règne d'Alcimus est donc Taged'or des Lydiens embelli par quelques fictions.
Lityersès, le tyran grossier et inhumain de Célaenes, est le Gain des Phrygiens. 11 est agriculteur comme lui. Sa faim dévorante et sa soif insatiable sont celles des Caïnites pendant le fléau du feu. Sa cruauté qui le pousse à couper la tête aux passants qu'il arrêtait et forçait à travailler aux champs avec lui , répond à celle des Néphilim. L'hymne que les moissonneurs de Phrygie chantaient en son honneur pendant la moisson , fait de lui un demi-dieu du monde primitif. Tué par Hercule, son corps est jeté dans le Méandre, qui figure le déluge.
Manès a pour fils, soit Attis, père de Lydus et de Tyrsénus, et Cotys, père d'Asius, soitCotys père d'Asius et d*Attis , lequel Attis a pour fils Lydus et Tyrsénus'. Nous avons ici en deux lignes Thistoire de vingt el trente siècles : Attis est le représentant phrygien du monde primitif; Asius, celui des Ases, ou Askénazites, ou Phrygiens japhétiques; Lydus et Tyrrhénus, ceux des colonies lydiennes et thérahéniennes venues de TEuphrate à une époque comparativement récente.
Aux temps de Gen=Caïn survint une grande sécheresse, nous a dit Philon , et d'après Hérodote , sous le règne d'Atys, fils de Manès, toute la Lydie fut affligée d'une grande famine, qui dura plus de dix-huit ans. Ces deux traditions offrent certainement une ressemblance frappante. Mais le souvenir de la calamité du feu se confondit dans l'esprit des Lydiens avec celui de famines postérieures, et ils rapportèrent à tort à la première
• Athénée, X, I ; Suidas. PoUux. Théocrite, X.
• Den. Hal. ibid. Herod. I, 7; IV, 45 ; VU, 74.
l'invention des jeux, qui était une de leurs gloires, et le départ des Tyrrhéniens pour l'Italie.
Les Cariens, qui se disaient frères des Lydiens , adoraient entre autres un Jupiter Chrysaorien, et le nom de Chrysaoris avait été celui de toute la Carie. Chrysaor est le nom phénicien de Tubalcain , qui était donc bien connu dans cette province toute sémitique de TÂsie Mineure.
Le Cannac, Annac, Nannac des Phrygiens est un mélange de Chanoc (Hénoc) et de Noach (Noë). Ils disaient proverbialement : vieiix comme Nannac, pleurer comme CannaCy pleurer sur Annac, et ils racontaient de lui t qu'il avait régné sur eux avant le temps de Deucalion , et que, prévoyant le déluge, il les avait rassemblés tous, et les avait conduits dans un temple où il avait offert pour eux des prières et des supplications accompagnées d'abondantes larmes. » Suivant une autre version , t il avait déjà vécu plus de trois cents ans ( la vie d'Hénoc est de 360 ans), quand le peuple du voisinage demanda à un oracle combien il avait encore à vivre. La réponse fut que lorsqu'il mourrait, toute l'humanité serait détruite (Méthusçala est mort l'année même du déluge). A cette nouvelle, les Phrygiens firent de grandes lamentations sur lui. Le déluge de Deucalion vint accomplir l'oracle. Quand la surface de la terre commença à sécher, Jupiter ordonna ù Prométhée et ù Minerve de faire, avec de l'argile, des statues qui eussent la figure de l'homme. Quand elles furent terminées, appelant les vents, il les fit souffler sur elles, et elles prirent vie*. •
Les mythes d'Attis= Adonis , d'Agdestis, d' Annac , nous ont prouvé que la tradition du déluge occupait une très-grande place dans la religion phrygienne. Si
• Suidas. I9a.vvouco;; Steph. Ixovtov.
Ton peut en croire Arnobe, on montrait en Phrygie un rocher immense nommé Agdus, d'où Deucalion et Pyrrha avaient pris les pierres qu'ils jetaient selon l'ordre de Thémis, et qui devenaient des hommes. La ville lydienne de Sémiramis, la ville mysienne de Thébé, les trois villes d'Ancyre ou Ancore, c'est-a-dire de l'ancre^ nous paraissent être des cités diluviennes*. On ne conçoit d'ailleurs pas comment l'Asie Mineure, placée entre le Deucalion du Parnasse et le Xisuthrus d'Hiérapolis et des monts Cordyens, n'aurait pas eu son Noé avec l'arche. Mais tous les doutes se dissipent quand on porte ses regard s sur une contrée que nous appellerons la terre sacrée de la Phrygie, et qui nous offre un mont Baris, une ville d'Apamée Kibotos, et un lac Ascanien. Le mont qui porte l'un des noms anciens de l'Ararat est la montagne du vaisseau*; la ville dont le surnom signifie arche a sur ses médailles une arche avec les deux lettres No; le lac est celui d'Askénaz, le père des Phrygiens.
Le surnom d'Apamée n'est pas plus étrange que le nom du mont Baris, et No ou Noê, que Cannac-Cbanoc. Les médailles de cette ville ne paraissent suspectes qu'à ceux qui les isolent de l'ensemble des traditions phrygiennes, qui sont toutes éminemment bibliques.
Nous retrouvons encore le souvenir du déluge dans le mylhe d'Hylas, le jeune favori d'Hercule, que les Nymphes attirèrent à elles comme il venait puisera une source, et dont le sort est le même que celui de Manéros. On célébrait une fête en son honneur à Prusias, vers les confins de la Mysie et de la Bithynie, près du
• En Carie était le fleuve Ninus, sur les rives duquel fat enterré Dédale, qui fut mordu d'un serpent au moment où il le traversait. Le serpent est Typhon , le fleuve Ninos figure le déluge, et Dédale doit duDc être un héros diluvien.
» /^r. Gr. jHi«t.t.UI,ç.4l5.
fleuve Hylas ou Aseanîus. Ce dernier nom indique que le jeune dieu faisait partie des mythes ascaniens ou phrygiens. En Bithynie, les Mariandyniens, que nous ne croyons d'ailleurs pas phrygiens, avaient un chant de deuil sur Bormus, jeune homme qui avait péri comme HylaSy et sur Mariandynus, fils de Titius, qui avait été tué dans une chasse, sans doute dans une chasse au sanglier comme Attis • (P. 11, 213. 230).
Askénaz , par qui commence Thistoire nationale des Phrygiens, vivait dans les temps du harattement de la terre ou de la lutte du Typhon volcanique contre Jupiter (HT. 199 sq.). Or la Lydie et surtout la Phrygie Brûlée offrait ù ses premiers habitants de nombreuses traces de grandes et récentes révolutions physiques. Aussi cette contrée passa pour Tun des théâtres des combats de Typhon, de ce Typhon qui, pour les Grecs, était inséparable des Arimes (? Araméens, Syriens), et d'après Xanthus, elle avait eu un certain Arime pour roi^.
Le No d'Apamée, Annak, Alcimus nous enhardissent à expliquer par les traditions antédiluviennes les mythes de Sipyle. La ville de Sipyle passait pour avoir été la résidence de Tantale et de Niobé, le berceau de Pélops, et, sous le nom deTantalis, la plus ancienne capitale de la Maeonie. Elle avait été, disait-on, engloutie dans la terre, et remplacée par un lac près des rives duquel se yoyatt le tombeau de Tantale. Sur le mont Sipyle on montrait, au-dessus d*un temple de Cybèle Plastène, le trône de Pélops, et les voyageurs modernes ont retrouvé le rocher de Niobé, duquel tombent , comme d*abon-
< MaUer, Orchom^ p. 293. Bormas vient sans doute de fremo, latin, BREMO, grec, brummen, allemand, baram, hébreu, frémir , murmurer^ dans le sens spécial de murmurer des lameotationa
• Fragm» Gr, Hist* p. 37.
dantes larmes, des filets d^ime eaa Eapîde. Tous ces mythes appartenaient aux MapoMegJv c*<»t-4-dire à une tribu particulière des Askëimît«>s oa de ces Phrygiens japhéliles qui avaient conserré, biem nienx que le jeune peuple des Hellènes, les IraditioiiE» de la prîiuliTe hununité.
Tantale est Adam, Péiops Ganymède, ?îiobé qd être fictif qui est le pendant de Cassiopêe.
Tantale était, comme Manès^Adam, tUs de Jupiter, c Si jamais les dieux comblèrent dlioaoears un mortel, ce fut Tantale. Ils llnTÎtaient à leor table et Tenaient s'asseoir à la sienne; Jopiter loi cooiaît ses secrètes volontés ; et son fils Pélops avait été transporté dans rOlympe, > où il vivait comme aa dieu*. A ces traits-là nous reconnaissons Tige d'or, où, d'après Hésiode, les dieux et les hommcrs cëlebraieat eo commun les mêmes festins; et la Genèse noas laisse entrevoir combien, dans le Paradis, étaient frèqaenles et pour ainsi dire familières les relations d*Adam avec son Dieu.
« Tantale, ajoute Pindare^ ae pat pas supporter on tel bonheur; la satiété laî fit commettre un crime audacieux. 11 déroba aux dieux et commaniqaa aux hooioies le necur et Tambroisie qui Tainaùeat rendu immortel*.» Vûmbroifif ou la nourriture d'iaÊMmmriëiitè ^ c*est le fruit de Tarbre de vie qui devait donner à Iliomme pur les forces nécessaires pour transformer son corps et le soustraire au trépas. Dans b cànte dWdam il y a, comme dans celle de Tantale^ iagratitnde, satiété, o^ pifil, et tandis que ièhova ckasse nos premiers parents dn pandis pour qu'ils ne poissent plus manger des fruits
* INfeA> f^ <¥jl«f« ii«>A. Sîe. IV, 74; Hygm. Foè. 8i; etc.
* 0«, siùrMM HéftâocY «I ■Tfm, il dÎTml^ les denetOi à»
PHRYGIENS ET LTDICNS. 515
de Tarbre de vie, Tantale cherche à les dérober et à les emporter avec lui hors du paradis.
Les dieux punissent Tantale en le précipitant dans les enfers, où ils lui infligent un double châtiment, qui exprime d'une manière aussi vraie qu'ingénieuse le sort de rhumanité déchue : t Un énorme rocher, » celui des revers imprévus, des maladies, de la mort, t qui est toujours suspendu sur sa tête et qu*il cherche sans cesse à éviter, lui ravit toute joie. » Ou , d'après d'autres mythes , l'arbre de vie incline vers lui ses rameaux chargés de fruits; il est lui-même plongé dans les eaux Yives du paradis ; le bonheur qu'il a goûté jadis l'entoure encore de toutes parts, il en est altéré, affamé ; mais l'eau recule devant ses lèvres et les fruits devant sa main.
Cependant le premier homme est d'ordinaire dans les mythes païens le représentant de toute la première race, et Tantale a commis deux autres crimes que celui dont nous venons de parler. 11 possédait des richesses qui étaient proverbiales comme les pleurs d'Annac. Mais elles furent l'occasion de sa chute. 11 les avait dérobées à un temple, et de plus il nia par un faux serment son larcin. Quelles sont ces richesses si ce ne sont celles de Chrysor =Tubalcaïn, l'homme de l'or (chrysos)? Quel est ce temple si ce n'est la terre elle-même, que Dieu a foilmée et qui le glorifie? Quel est ce larcin si ce n'est celui des Caïnites dérobant à Dieu et à la terre ses trésors pour les employer à satisfaire de criminelles passions? Et que marque ce faux serment, si ce n'est rimpénitence des Antédiluviens refusant obstinément de rendre à Dieu les at:tions de grâces qu'ils lui devaient. La découverte des trésors métalliques cachés dans le sein de la terre a été pour Meschia l'occasion d'une nouvelle chute (349).
Sîpyle qiri s'abime dans les entraflles de la terre, et le lac qui se forme au Heu qu'eQe occupait, est un mythe diluvien tout semblable à ceux des Chinois ou des Celtes (178. P. n, 179).
Un dernier mythe, transformant Tantale en un serviteur de Saturne postdiluvien et de Moloc *, le représente égorgeant son propre fils Pélops pour servir ses membres aux dieux qu'il a in^iés à sa table. Ovide, oui raconte une action semblable de Lycaon , la place immédiatement avant le déluge ; et nous avons dans ces deui mUhes un vague souvenir des temps où les descendants de Noë se mirent dans plusieurs contrées à vouloir apaiser par des sacrifices humains la colère du Dieu qui venait de détruire la terre.
La fable phrygienne de Philémon et de Baucis, de la visite que leur font le dieu suprême, Jupiter, et Mercure, son messager ou son ange^ de la corruption de tous les habitants de leur village, de la formation subite d'un lac qui engloutit tous les méchants , et de la délivrance de ces deux seuls vieillards, est une tradition altérée de la ruine de Sodome, que les Lydiens du Jourdain ou la race de Jardanus auront apportée avec eux en Phrygie.
1 Tzetzcs parle des sacrifices hamains de Tantale. Chil. X, 5. — Ces sacrifices et le mythe de Lityersès rendent compte de l'histoire de Camblétès, que ooas font Xanthos et Nicolas de Damas. Ce roi de Lydie était tellement voface, qu'une nuit il mit en pièces et dévora sa propre femme. Le matin, comme noe des mains s'était encore trouvée daus sa bouche, et que son forfait s'était ébruité, il se fit mourr en présence de tous, en disant qn*il croyait qae quelque maléfice l'avait reudn furieux. Il avait pour ennemi Jardan, le père d'Omphale. Ce mythe est d'origine sémitique; car Jardan est, dans les traditions arabes, le frère de Pharuz (le Phérésien) et le fils de Loud, et Cam-ble-tes vient de bala', manger cn:9e atMiié^ déwnfr% et peut-être de cam, qui marquerait Tardeur du désir, la fureur di cannibale. Voyez Fragm. His(. Qxik. t« I, p. 38 ; U 111, p. 371
Tantale avait deux enfants, Pélops et Niobé.
Niobé est Cassiopée. L'une exalte la beauté de sa fille au-dessus de celle des Néréides ; l'autre est tellement fière de ses six fils et de ses six filles qu'elle se compare, se préfère à Latone, qui n'a que deux enfants*. Les deux mythes doivent recevoir la même interprétation. Celui d'Andromède que le dieu des mers veut faire périr par une inondation et par un monstre marin, ayant certainement trait au déluge, il faut entendre aussi par Niobé la première humanité, qui, au temps de sa plus grande corruption, s'est crue l'égale d'un Dieu qui semblait impuissant ù réprimer sa superbe. Les douze enfants de Niobé sont donc , comme Andromède , comme Proserpine , une personnification de toute la jeune génération, qui périt en un même jour par les traits de la divine Justice. Toutefois Diane épargna Mélibée, qui, de la frayeur qu'elle avait éprouvée, resta pâle toute sa vie, ce qui lui fit donner le nom de Chloris. Elle épousa Nélée*. A sa terreur nous reconnaissons en elle le témoin du déluge (P. II, 191), et Nélée, ou le Fleuve (en hébreu nahal), est le même que Ninus, l'homme du déluge (99)».
« Homère, //. XXIV, 602 et suiv.
• Hygîn, Fab. 1H». Paus. II, 21.
s La famille de Chloris et de Néice ofire nn carieax exemple des répétitions dans lesquelles semble se complaire Tesprit mythique. Chloris a, comme sa mère, douze enfants (douze fils); dix périssent de la main d'Hercule, qui prend la place d'Apollon et de Diane; le onzième est changé en un aigle, de même que Ganymède (qui est Pélop8=:Hénoc), est enlevé par un aigle; et le dernier, qui, comme Chloris, survit seul , est Nestor qui vécut trois siècles, et qui est» comme Noë, l'unique témoin d'un âge qui n'est plus. Quelque colonie mœoniettue ou lydienne se sera établie dans l'Elide où a régné Nestor, et oh l'on aura relié le mythe asiatique de Niobé aux traditions indigènes. Hygin. Fab, X. — Chloris d'ailleurs faisait primitivement partie des mythes d'Orchomène ou de Béotie. Heyne, ad Âpollod. Observ. p. 61. 240.
51 & hSS^ mNEURE,
Le mariage de Kiobé avec le Tbébaîn Amphion m^que l'époque où quelque tribu m^onienne est venue $'établir en Béotie. t Pélops, dit Nicolas de Damas, étant parti de Lydie avec une armée , laissa sa sœur Niobc à Thèbes, d'où il se rendit a Pise*. »
La métamorphose de cette mère infortunée en rocher est plus diiïicile à expliquer. Homère , qui déjà la mentionne, dit dans le même passage que ce furent les dieux qui, au dixième jour, ensevelirent les corps des Niobides, qui étaient restés dans leur sang, et que nul n'avait inhumés, parce que Jupiter avait changé les peuples en pierres. Ces pierres ne sont-elles pas celles qui reprennent vie et redeviennent hommes dans les mains de Deucalion et de Pyrrha ( P. 11, 242) ?
Le frère de Niobé, Pélops, avait été enlevé au ciel par Neptune, nous dit Pindare, comme Ganymède Tavait été déjà par Jupiter. On aurait sans aucun doute laissé tranquillement Pélops dans TOlympe, s'il n'était pas devenu le prince le plus puissant du Péloponèse. 11 fallut donc le faire redescendre sur la terre pour qu'il pût se rendre de Lydie en Grèce , et Pindare fit de son retour parmi les mortels une des funestes conséquences de la chute de Tantale.
L'établissement de Pélops en Morée est celui d'une colonie mseonienne , qui a pris le nom du plus célèbre de ses demi-dieux ou de ses ancêtres*, et transporté les mythes de sa première patrie sur la terre étrangère, où nous les retrouvons tous sous une forme plus ou moins altérée.
* Fr, Bat. Gr, t III, p. 867.
* Pau8. V, t3 : c Pclops est aatant au-dessus des antres hém • qa*on honore à Olympie. qae Japiter est au-dessus des aotrei « dieux. »
PBRT6IENS ET LYDIENS. 519
Alcimus, que nous avons pris pour une personniGcation de Vùge d'or, devient un fils de Pélops et d'Hippodamie» sous le nom d'/Zi/^palcimus*.
Le rapt de Pélops par Neptune se reproduit dans celui de Chrysippe, fils illégitime de Pélops, par Laïus, fils de Labdacus*.
Pélops avait été égorgé par son père, et ses chairs servies sur la table dos dieux. De même Atrée, fils de Pélops, fait manger à son frère Thyeste, de ses deux enfants. Ces enfants se nommaient Tun Tantale, comme leur aïeul, Tautre Plisthène, comme la Cybèle Plasthène de Mœonie ^.
L'inceste de Thyeste avec sa fille Pélopie est un souvenir des mythes cosmogoniques de la Phrygie, qui font du grand dieu Tépoux de sa fille ou de sa mère.
Les fictions des religions orientales et les traditions du monde primitif versent ainsi a Tenvi S4ir les Pélopides tout ce qu'elles ont de plus monstrueux. Toutefois c'est l'élément historique qui prévaut. Cette famille maeonienne est une image en raccourci de l'humanité primitive, et aussi la faute primordiale, dont parle Eschyle*, peut-elle s'entendre en quelque manière du meurtre de Caïn et de la chute d'Adam.
Rendons donc ù l'Asie , a Moloc , aux Antédiluviens , ce qui leur appartient dans l'histoire héroïque du Péloponèse. Mais la ligne de démarcation entre le mythe et l'histoire est partout fort difficile à tracer. Nous avons vu la Sémiramis fictive se confondre avec Atossa. Il y a de même dans l'histoire des Pélopides, au milieu de beaucoup de fables, plusieurs allusions à des événe-
• Hygin. Fob. 14. 8i. 97.
« Id Fab. 85.
» Id. Fab. 88.
* Agamem. v. 119i.
520 ASIE MNEURE.
ments réels qui se sont passés en Grèce vers le temps de la guerre de Troie. Hélène, par exemple, peut avoir été réponse de Ménélas, quoiqu'elle ait pour mère les Ténèbres du chaos , et pour frères la Lumière et FObscurité. Achille est à la fois un roi des Phthîotes, et leur Adam-sauveur qui n'était vulnérable qu*au talon. Ulysse est bien un roi d'Ithaque, mais en même temps il est censé avoir fait à lui seul tous les voyages aventureux des descendants iïElisça , le fils de Javan et le petit-fils de Japhet(149).