‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 3)Chapitre 14 sur 120 · II. Patrie · texte numérisé non relu

II. Patrie

Noë, à la sortie de l'arche, se trouvait au pied des montagnes de l'Ararat. Ce nom désigne dans les livres (le la Bible l'Arménie en général , et il nous suffit de savoir que la nouvelle humanité a eu son berceau dans cette même région où le paradis était situé et qui est au centre.de l'ancien monde.

Mais les Noachides ne sont pas demeurés longtemps dans cette haute terre, dont le climat était, ù l'époque

1 Camberland, supposant à tort que l'âge viril commençait à 17 ans, a calculé que les descendants mâles d'un seul des fils de Noë auraient pu être, en l'année 192, de 134,217,728! — D'après d'antres calculs faits par notre célèbre archéologue, M. Troyon, le nombre des hommes issus de Noë aurait été, en l'an 170 du Déluge, de 99,172 ; en 254, de 11,633,000, et en 338, de 1,333,000,000. — Uu des amis de M. Troyon ayant refait le calcul par une tout autre voie, a trouvé, pour l'an 401 , le chiffre de 1,792,000,000.

glaciaire, extrêmement froid, comme nous le dit le Zend- Avesta (P. II, 280) ; et ils se dirigèrent vers une contrée située à Voccident de Sennaar.

C'est en effet ce qui résulte du second verset du chapitre onzième : € Et il arriva, quand ils partirent vers l'Orient , qu'ils trouvèrent une campagne dans la terre de Sennaar. » Le sens de miqedem est controversé : il semblerait plus littéral au premier abord de traduire par: de l'Orient. Mais il en est de cette expression comme de A DEXTRA en latin, qui signifie non pas de droite à gauche, mais à droite, et Ton ne peut, ce nous semble, conserver le moindre doute sur le sens de ce verset quand, au chapitre treizième, on voit Loth se diriger de de Béthel, miqedem, vers le Jourdain * .

Le pays qui est à l'ouest du Sennaar, c'est la Palestine et le Liban.

On montre aujourd'hui, dans la belle vallée qui sépare le Liban de l'Antiliban, le tombeau de Noë. Que le souvenir de Noë se soit conservé près de l'Ararat, qui est la montagne de l'arche, cela s'explique aisément, mais le retrouver dans la Syrie, c'est fort étrange.

Noë fut V homme du sol * et planta de la vigne. Ce fut donc lui qui après le déluge renouvela l'agriculture et découvrit le vin. 11 aurait fait, selon nous, l'un et l'autre près du Liban, de cette montagne qu'Ézéchiel déclarait sainte ' quoique elle appartint aux Cananéens, et où des traditions plaçaient le meurtre d'Abel et la demeure des Sélhites.

Comparons au récit biblique les traditions païennes sur les inventeurs du blé et de la vigne. Bacchus, avant sa naissance, est enfermé dans la cuisse de Jupiter, au

1 Comp. aussi 1 Sam. XIV, 5.

« Gen. IX, 20.

5 E». XXVIU, 14.

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dire des Grecs qui ont pris un nom de pays étranger, tel que le mont Mérou des Indiens, pour leur substantif HÉROS, cuisse^ et il est élevé par les Nymphes dans la Tâllée ravissante de Nysa, où se voit, au pied d*un rocher escarpé, une grotte vaste et belle, dont Feutrée est ombragée par des arbres magnifiques. La description que Diodore nous fait de cette contrée* a, sans doute, un coloris mythique, et cependant elle répond, pour ainsi dire, trait pour trait, au tableau que Josèphe et les voyageurs les plus récents nous tracent de la grotte et de la vallée des sources du Jourdain. Bien plus, le lac voisin le nonune le lac Mérom ou supérieur^ et non loin de ses rives sur les monts qui le bordent à Touest, était la ville de Méi'oth ou Méro. N'est-ce pas là le coin de terre où Noe a pour la première fois cultivé la vigne ? N'estce pas là le Mérou qu'on va chercher dans cette Inde qui n'a été connue des Grecs que depuis les guerres médiques'?

C'était pareillement à Nysa, d'après les Egyptiens, qu'Osiris était né, et qu'il avait découvert la vigne et les céréales. Une tradition même y plaçait son tombeau',... le tombeau de Noë ! S'appuyant sur les témoignages des mciens, M. Dureau de la Malle a reconnu dans la Judée, et en particulier dans Bethsçéan ou Scythopolis la patrie du blé, de l'orge et de la vigne, et il a démontré que le froment à épis carrés et barbus qui est sculpté dans les grottes antiques de l'Egypte, est bien le même qui se cultive aujourd'hui encore en Judée*.

Bethsçéan est à une distance peu considérable du lac Mérom et des sources du Jourdain. Cependant ce n'est

* III, 68 Corop. Homère, Hymne à Bacchus, v. 25, 36. « Ritter, t. XV, p. 235.

«Diod. Sic, 1,13-15, 27.

* Annales des sciences natur,y t. IX.

pas là la vraie Nysa. L'erreur provient de Pline i qui a confondu la nourrice de Bacchus, Nysa, avec une autre Nysa sacrifiée par Iphigénie dans la ville taurique de Scythopolis. D'après Homère « Nysa, haute montagne couverte de forêts fleuries, aurait été située loin de la Phénicie et près des fleuves de TEgypte *. • Dans ces limites, les seules montagnes sont, ou celles d'Hébron et de Juda, ou le Sina, anagramme de Nysa. Mais nous ne trouvons point, dans ces contrées, les mille ruisseaux qui arrosaient la vallée de Bacchus, et qui en sont le trait distinctif ; car Nysa vient d'une racine de la langue primitive qui a produit en grec nizo, lave7' ; en hébreu NAZAH, asperger, nets, la fleur que Feau fait prospérer, NATSATS, fleurir y NADSAR, verdir; en sanscrit, nicha, prairie, 11 faut donc admettre que l'auteur de l'hymne homérique à Bacchus a fait quelque confusion, et Nonnus' nous ramène aux sources du Jourdain, quand il nous dit que € Nysa était une ville d'Arabie , près du Liban, et qu'elle était placée sur une haute montagne a l'ombre d'arbres odoriférants. »

L'Arabie est ici la Judée, dont la moitié orientale lui était ft*équemment attribuée, et dont la fertilité et la beauté lui a valu le surnom d'heureuse*, il ne faut pas confondre cette Arabie heureuse , voisine du Jourdain, avec celle qui est aujourd'hui l'Yémen.

Le nom de Nysa a disparu de la vallée humide et fleurie du Jourdain supérieur. Mais il se retrouve chez plusieurs peuples, soit qu'ils aient emporté avec eux et

* Hist nat., V, 16.

« Hymn, 25. Homère ( II. VI, v. 1 30-1 41 ) place en Thrace Lycargae poursuivant à travers le Nysée sacré Bacchus , qui 8*enfnit dans la mer. Nonnus transporte ce mythe en Judée.

s Dyonys., XX, v. U3-148. ^ DJod Sic, /, iS.

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ppliqué à quelque endroit de leur nouvelle patrie le

ouvenir de la vraie Nysa , soit que ce nom n'eût pour

ux que son sens étymologique d'humide et de vert.

Hérodote y acceptant une fausse interprétation du

lythe de Bacchus, qui avait sans doute pris cours parmi

s Grecs à l'époque où, l'Egypte leur devenant mieux

3nnue, ils crurent y retrouver les origines de leurs fa-

les, Hérodote, dis-je, imagine une Nysa, patrie du dieu

u vin, au sud de Syènc, dans l'Ethiopie ».

Nous avons vu l'hymne homérique placer Nysa aux

omtières orientales de l'Egypte. Ici il y a confusion

Are la vallée de Bacchus, et le lac Serbonis qui était

âsin du mont Casius et communiquait avec le Nil *.

Dans ce lac gisait submergé Typhon, que Jupiter avait

(ursuivi de ses foudres depuis la Cilicie jusqu'aux

onts et à la campagne de Nysa. » 11 y a donc la Nysa

! Bacchus et celle de Typhon, qui n'ont de commun

e l'abondance des eaux.

Aces deux Nysa ajoutons celle de Proserpine, t la cam-

gne Nyséenne où la déesse fut ravie par Pluton '. » Nous

savons pas dans quelle contrée l'hymne homérique

ice le théâtre de ce rapt ; mais si c'est en Sicile, l'endroit

il était censé avoir eu lieu, était bien une plaine hu-

de et marécageuse, toute couverte de fleurs.

La Carie ou la Lydie avait une Nysa qui était certaine-

mt (nous le prouverons plus tard), une répétition de la

lie Nysa du Jourdain. Peut-être en était-il de même de

Sysa de Gappadoce et de celle de la Lycie. Le mont sa-

\ du Nisée, qu'Homère place en Thrace, est incontes-

)lement tout dionysiaque. Le même poète parle d'une

ia en Béotie. D'après Pline, la Macédoine avait sa

II, lie ; 111,97,111.

Apollon. Argon,, II, y. 1211, et ApoUod. BibL l, 6,^.

Hymne à Céres, r. i7.

Nyssos. Il est aussi question de villes du même nom en Mégaride, enEubée, àNaxos.

Dans riran étaient les prairies niséennes de la Médie, célèbres par leurs chevaux, et plus à Test la province de Nisaia que mentionne le Zendavesta et où Nisapour est aujourd'hui située.

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