III. Histoire
L'histoire de l'humanité postdiluvienne commence par l'holocauste de Noé , qui ouvre une nouvelle ère religieuse, et par l'alliance de Dieu, quijette les fondements de l'Etat.
Vient ensuite le crime de Cham et la malédiction de son fils Canaan, qui sont le pendant du meurtre et du châtiment de Gain, mais qui attestent toutefois que le méchant lui-même a désappris la violence superbe, et que le péché a perdu de son empire ; car la cité des ténèbres ne comprendra qu'une famille, tandis que celle de Dieu se formera des Sémites, auxquels s'allieront les Japhétîtes.
Cependant les générations se succèdent, et le texte nous donne les noms des neuf patriarches issus de Noé par Sem, avec les années de leur vie et avec leur âge à la naissance de leurs premiers-nés. Ici se présentent à nous les mêmes questions à résoudre que pour les patriar- (îhes Caïnites et Séthites.
On ne voit d'ordinaire dans la dernière moitié du chapitre onzième qu'une généalogie qui rattache Abraham a Sem, et qui donne la chronologie de cette époque postdiluvienne. Mais ces patriarches sont ù nos yeux les souverains pontifes, d'abord, du peuple primitif, et, depuis la dispersion, de la nation sainte, ou les rois sacerdotaux d'une monarchie universelle. Leurs noms, comme ceux des patriarches antédiluviens, doivent nous indiquer les
LE PEUPLE rniMITlF. 40
Xands événements de leur vie, et les traditions juives et
Qahométanes, soumises à une critique prudeni(% vi<»n-
Iront jeter aussi quelque lumière sur ces temps obscurs.
Mais, avant d'examiner les faits, rendons-nous compter
D point où nous sommes arrivés dans le développement
e l'humanité. Elle a recommencé, pure et fidèle, en Noè;
lais déjà lors d'Abraham, elle était souillée par le culte
es faux dieux. L'histoire du peuple primitif ne peut donc
tre, au point de vue religieux, que celle de ses progrès
ans l'idolâtrie. Toutefois, pendant sa corruption crois-
inte, la civilisation antédiluvienne, dont Noë avait été le
?positaire, se sera enrichie de nouv(»lles découvertes.
ïs deux vues générales nous suffisent pour l'intelli-
?nce du texte sacré et des traditions orah^s que» nous
Ions étudier.
Sem, c'est le nom. Le nom est le symbole de» Tessence. îm serait ainsi le gardien du nom de l'homme, le vrai )mmc, et comme l'homme est à l'image de Dieu, Sem ul connaît le vrai nom de Dieu. Il est le rocher, sur lelel se bâtira l'Eglise postdiluvienne, le Seth et le Pierre ï son temps. D'après les rabbins , Sem aurait eu Méusçalah pour précepteur, reçu de Noë les seci*ets de tstronomie, exercé quatre cents ans, mais sans succès, iprès du peuple la charge de prophète et ensc^igné a )raham les cérémonies du culte*.
Arphacsad, le fils de Sem, est le médecin spirituel, le staurateur (rapha) des sages (casd) qui connaissent et vinent les choses sacrées, VOrphée des Casdim ou Chal-
* Voyez pour toutes les traditions orientales relatives aux paircbes sémites, Bistoire universelle anglaise y l, p. ^^-^4^. — idegger, t. JJ, exercit. i.
déens » . Josèphe nous apprend déjà que les Chaldéens tiraient leur nom de ce patriarche, et il ajoute que celui-ci régnait sur eux. D'après quelques auteurs mahométans, il était prophète et apôtre, et Dieu avait révélé à Noé que ce double don serait accordé aux Sémites, et d'une façon particulière a la famille d'Arphacsad, qui posséderait en outre la prérogative de donner des souverains à toutes les nations du monde. On voit par là que nous étions dans l'esprit de l'antiquité et de l'Orient quand nous supposions par une simple induction que les patriarches sémites étaient des personnages importants et des pontifesrois.
Mais ce qui appelle tout spécialement notre attention, ce sont ces Chaldéens qui se trouvent être plus anciens que la dispersion des peuples, et au milieu desquels habitait Abraham dans leur ville d'Ur ou du feu. N'est-fl pas fort probable qu'ils ont formé d'Arphacsad à Abraham la tribu sacerdotale, qui se groupait autour de ceux de ses membres qui étaient les pontifes de toute l'humanité d'alors? N'étaient-ils pas la caste privilégiée qui conservait à la fois le dépôt des traditions antiques, des croyances véritables, et des inventions des arts et des sciences? N'est-ce pas précisément avec cette réputation de sainteté et de science que les Chaldéens apparaissent dans l'histoire profane? Ne leur attribue-t-on pas l'invention de l'astronomie et la connaissance la plus ancienne de l'écriture ? Ce système métrique qui sert de base aux mesures de tous les peuples antiques, ne provient-il pas, d'après M. Bœck, deBabylone, c'est-à-dire des Chaldéens? S'étonncra-t-on de retrouver chez ces Chaldéens de Ba-
« Court de Gébeliu, t. VIII, p. 9. Avant lai, Bolduc, d'après Hitt*
univers,^ t. I, p. 230. Nous supposons qu' Arphacsad est proprement
RâpbacBad, comme Rchu, Regu 8*écrit aussi Ëru, Argu, ibid, p. 336.
)yloDe, qui sont une branche des Ghaldéens d'Arphacsad )t d'Abraham, une histoire des dix patriarches scthites, lu déluge et de la tour de Babel, qui diffère ù peine en [uelques détails de celle que nous donne la Genèse? Le our, en un mot, ne se fait-il pas tout autour de nous dans es ténèbres des temps postdiluviens, et ne nous sentonslous pas marcher sur un terrain solide ?
Nous laissons de côté le Gainan des Septante, inconnu Bérosequi place Abraham à la dixième génération après î déluge, à Josèphe, à Philon, aux plus anciennes verions orientales de la Bible. Ge nom ne se lit même pas ans les meilleurs manuscrits des Septante.
Sçélah, le fils d'Arphacsad, est un envot/e de Dieu auprès a peuple, un apôtre comme son père ^ Nulle tradition ne ; rapporte à lui, nul grand événement n'aura signalé son linistère.
Héber porte un nom dont le sens est passage; mais on 'a point expUqué jusqu'ici pourquoi il a été appelé însi. Pour nous la raison ne peut en être douteuse : les acêtres d'Héber vivaient à Nysa aux sources du Jourain, et son fils est Péleg, sous qui a été élevée la tour de abel. Cette tour, si l'on ne fait pas erreur, se trouve ms doute aujourd'hui à l'ouest de l'Euphrate ; mais jusae dans les temps historiques ce fleuve se bifurquait au ord de Babylone, et formait un bras occidental qui est le allacopas des Anciens, et à l'est duquel la tour était donc tuée. Or, le nom d'Héber nous conserve le souvenir de
< Heidegger dit ! Emissio aquarum^ en mémoire du déluge; )mme Métbusçalah ( Enocho mortuo^ emissio Aquaram) avait re<;a »n nom de son jpère, en prévision de ee même cataclysoie.
la migration du peuple primitif qui de THermon se dirige vers rOrient en contournant le désert de Palrayre ; il arrive à TEuphrate, qui est trop rapide et trop large pour être traversé ; il suit sa rive droite en allant au sud chercher la chaleur et la fertilité, et, après avoir franchi des contrées arides, il trouve enfin une plaine d'alluvion oà le fleuve se divise et offre par là même de moindres obstacles au passage. Le peuple le traverse sous la conduite d'Héber, et s'établit dans l'étroit delta où il construit sa tour.
Après la dispersion, les descendants d'Héber par Péleg, ou les Chaldéens , desquels se détachera la famille de Tharé et d'Abraham, se sont établis dans la Mésopotamie moyenne, près d'Assur. Aussi Balaam, le devin de l'Euphrate, voit-il dans l'extase les vaisseaux de Kittim ou de la Macédoine et de Rome désoler Assur et Héber * ou la Mésopotamie, et si Abraham est un Hébreu, ce n'est point seulement parce qu'il a traversé TEuphrate en venant de Charan, mais c'est qu'il est, comme le dit la Genèse, un des enfants d' Héber *y un membre de ce girand peuple d'Héber qui avait fixé sa demeure au delà du fleuve.
Cette intime connexion entre Héber et Abraham était si bien connue dans l'antique Orient que les Arabes, qui prononcent le nom de Juifs Yehwd, Hud, appellent Hwd le fils de Sçélah.
Selon Ëpiphane et d'autres , « Héber seul ne se serait pas joint à ceux qui (construisaient la tour de Babel, et seul aussi il aurait conservé la langue primitive, » qui serait l'hébreu, le chaldéen ou l'araméen; car ces idiomes diffèrent fort peu les uns des autres.
Héber passe chez les Juifs et les Arabes pour un grand
t Nomb. XXIV, 24
LE PEUPLE PAVilTIF. 53
l'ophète. Ces derniers racontent que sous lui, dains sa
ieiilesse, l'idolâtrie s'établit pour la première fois chez
;s Adites, Araméens qui s'étaient fixés au sud-est de TAra-
ie, et qu'il se rendit auprès d'eux poui* les ramener à
ieu, mais qu'ils refusèrent de l'écouter et que Dieu les
étruisit entièrement. Nous acceptons pour vrai ce récit,
à le prophète, les méchants et l'Ëternel agissent, cha*
m, selon son vrai caractère, et dont le désert Ahkafat-
:&te en quelque manière la vérité. (HT. 178.)
Héber aurait fini ses jours dans l'Hadramaut, où l'on
entre encore son sépulcre près de Merbât, et dont une
Ue se nomme Caber Hud, le sépulcre de Hud\ Ce que
ms savons de certain sur sa mort, ainsi que sur celle de
s prédécesseurs et de ses successeurs, c'est que la
ite exacte en était connue de celui qui a rédigé la Gé^
dogie de Sem.
Péleg, dont le nom signifie division, fut témoin pendant n ministèi*e sacerdotal de la grande dispersion des pênes. Ce fut lui, sans doute, qui conduisit la tribu sacrée !S Chaldéens dans la contrée voisine du Tigre où se fonda entôt après la ville d'Ur. Cette cité, que nous savons oir été la demeure de Tharé et d'Abraham, était probaement la résidence des pontifes-rois depuis la disper- )n. Mais son nom de ville du feu indique que l'idolâtrie avait alors déjà pris naissance. Or l'introduction du ilte du feu est rapportée à Nemrod, et nous le verrons irsécuter Abraham à Ur.
On a fait Péleg pève de Melchisédec.
Chez les Mahométans, Péleg porte le nom de Tsélach, il a été envoyé vers Témud, prince madianite, pour lui prêcher son impiété et son idolâtrie,
« Bis/, unw, an^L 1. 1, p. 234, 235.
A la mort de Péleg , qui eut lieu après la naissance d'Abraham, il survint, au dire d'écrivains arabes, entre «es fils et ceux de son frère Joktan, de violentes contestations, qui amenèrent la construction des premiers châteaux.
Ces traditions sur l'origine des châteaux dans la Babylonie, et sur la mission du pontife Péleg auprès d'infidèles sont assez vraisemblables pour ne pas être dédaignées. Mais celles qui ont trait aux patriarches qui suivent, sont d'un bien plus grand intérêt pour l'histoire de l'idolâtrie et de la civilisation.
Réhu est le septième patriarche, si l'on compte Noé pour le premier, et, à ce titre, il serait l'Hénoc des Postdiluviens. Son nom semble confirmer ce rapprochement par son sens d'ami de Dieu. Mais sa piété ne fut pas partagée par ses contemporains. De son temps, d'après des écrivains de l'Orient, « le genre humain s'était déjà rendu coupable de plusieurs faux cultes, les uns adorant les astres, d'autres des animaux et des plantes, d'autres les images de leurs amis décédés, et quelques-uns même sacrifiant leurs enfants aux démons. » L'origine de l'idolâtrie est nécessairement postérieure au temps de Noë et de Sem, et elle est antérieure àTharé, duquel Josué dit positivement que t Tharé et les pères des Hébreux ont servi de faux dieux*. » L'étude comparée des religions païennes démontre que plusieurs mythes sont plus an<;iensque la dispersion, et parmi ces mythes il y en a qui supposent déjà de profondes altérations dans les croyances primitives, ou du moins de bien grandes licences de l'imagination. Les légendes orientales ne s'écartent donc pas de beaucoup de la vérité en disant que des faux dieux étaient
* Josaé, xx/v, 2. ié, 15.
léjà adorés du temps de Réhu. Cependant, selon lopilion la plus générale, ce serait sous son fils Sérug que 'idolâtrie aurait commencé, et même ce serait celui-ci [ui l'aurait fondée. Il aurait le premier jjd'après Suidas) proclamé t le précepte et l'obligation d'honorer par des mages et des statues les grands hommes des anciens emps, de se prosterner devant eux comme s'ils vivaient ncore et de les considérer comme des dieux à cause de 3urs bienfaits. > Aben Batrich dit : c Aux temps de Sérug, îs hommes s'égarèrent excessivement, et l'idolâtrie se )rtifia, et ils immolèrent leurs fils et leurs filles aux délons. Dieu envoya contre eux un vent de tempête (tyhon) qui renversa toutes leurs idoles et en réduisit en oussière les temples, et ces monceaux de poussière se oient encore. »
Sérug est un rameau , un rejeton^ ou peut-être un cep e vigne. Nous verrons parmi les premiers rois d'Assyrie gurer aussi un homme-raisin, Aneb, Staphylus.
La tradition fait de Sérug le fondateur de la ville de arug, dans le voisinage de Gharan.
De même que, d'après d'anciennes légendes, c'est du emps de Réhu et par Sérug que l'idolâtrie a coninn^ncé, e même les premières monnaies auraient été inventées ar Sérug et au temps de Réhu. Ce qu'il y a de certain, 'est qu'il existait déjà des pièces d'argent du vivant l'Abraham *, et rien de plus naturel que d'attribuer c(îtte lécouverte aux Chaldéens, héritiers directs de toute la ivilisation du peuple primitif. Au reste , la tradition dentale n'est pas la seule qui fasse honneur de cette inention, sinon aux Chaldéens, du moins aux Assyriens,
* Gen. xxiii ; Actes des Ap vu, 16; Gen. xx, 16*, \\\n\\^1.%\^\.n, !2, et Jxxju, 19.
avec lesquels ils pouvaient se confondre d'autant plus aisément qu*Ur n'était pas fort distant de Ninive. Puis, les Lydiens qui, d'après Hérodote, auraient les premiei's battu monnaie, non-seulement étaient par leur aïeul Lud, frères d'Assur; mais ils étaient venus en Asie Mineure avec les Tyrrhéniens qui sont des Tharéniens ou des descendants de Tharé et par conséquent des Chaldéens. Rapporter Torigine de la monnaie aux temps de Saturne et de Janus en Italie , ou dans la Grèce à un Ithonus, Vancien fils de Deucalion, c'est encore la placer à cette époque reculée à laquelle appartient Sérug ^
A la tradition qui attribue à Sérug les premières monnaies, s'en ajoute une autre non moins remarquable, conservée par Abulfarage. t Du temps de ce fils de Réhu, nous dit-il, un roi des Chaldéens, Samirus*, trouva l'art de tisser et de teindre la soie, et établit les poids et les mesures. » Samirus est le nom araméen de la colombe, sgh'mir, de cet oiseau de l'arche qui était les armes des rois d'Assyrie, et qui occupe une grande place dans les religions de l'Asie occidentale, en particulier dans le mythe de Sémiramis. Or, Clément d'Alexandrie nous apprend que c'est sous Sémiramis (qui personnifie l'humanité postdiluvienne dans les premiers siècles de son existence) qu'ont été découverts les vêtements de byssus*. Et quant aux poids et mesures, nous avons déjà rappelé, d'après les savantes recherches de M. Bœck, qu'aux Chaldéens était dû le système métrique de l'antiquité.
Le fils de Sérug fut Nacor. Son nom est obscur : celui qui respire y souffle avec force. Est-ce colère? est-ce zèle fervent? est-ce sommeil profond?
* Goguet, De l'origine des loiêy etc. t. I, p. 269. » SiromaL /, 74.
On rapporte à son temps l'origine de la religion des ^béens, la puissance des Adites qu'Héber aurait visités ians sa vieillesse, Tépreuve de Job, la fondation de Solome, Gomorrhe et Tsoar par Armunes, roi de Canaan.
Tharé est celui qui tarde k revenir à Dieu. « Lui et sa gélération ont servi de faux dieux , » a dit Josué. Voilà 'idolâtrie qui a triomphé de la vérité iihe/i les Chaldéens îux-mêmes et jusque dans la famille pontificale.
A ce fait une tradition, imposante dans son unanimité, raie à force de vraisemblance, ajoute de nombreux déails:
« Avant Tharé on n'avait représenté les faux dieux [ue par des images peintes. Le premier, il fit des images l'argile, car il était statuaire. Il gagna par son talent &s bonnes grâces de Nemrod, dont il épousa la fille, et îevintun grand seigneur sous le nom d'Azer (ou Azar, qui ignifie le feu, et qui désigne la planète ignée de Mars, ne les Assyiiens adoraient sous la forme d'une colonne). Tétait d'ailleurs un art aussi difficile qu'honorable que élui de faiseur de dieux ; car il fallait pour cela être rès-versé dans l'astrologie afin de bien choisir le bois, 58 pien'es, les métaux, qui étaient chacun consaci*és à ne planète, et le temps convenable pour travailler à îdole. Tharé, d'après quelques rabbins, était (comme lous le pensons aussi) le grand prétrej des Chaldéens.
« Souvent Abraham exhorta son père à renoncer au iilte d'images sourdes et aveugles, ainsi que le raconte 5 Coran. Tharé, offensé de ses discours, avait été pluleurs fois sur le point de faire ressentir les effets de sa olère à son fils. Mais enfin celui-ci l'avait converti, n refusant de prier pour lui à moins qu'il ne promit le renoncer à l'idolâtrie ; t car, disait-il, \oi\s èle.^ \x\«tv memi, dès que vous êtes i'ennemi de Dieu. ii 1»^% W\fe
disent, comme le Coran, queTharé s'est converti. Peutêtre a-t-il alors changé son nom païen d'Azer contre celui de Tharé. Nous le voyons dans la Genèse, vers la fin de sa vie, quitter Ur, le foyer de Tidolûtrie, pour se rendre vers cette terre de Canaan où l'attiraient sans doute les souvenirs de la paix dont avaient joui les Noachides à Nysa «. 11 s'établit à Charan et y mourut.
Tharé eut trois fils : Haran, l'habitant des montagnes^ qui « mourut en présence de son père » contre l'ordre que la nature avait suivi jusqu'alors, et peut-être au milieu de circonstances saisissantes; Nacor, qui resta dans la ville d'Ur après le départ de Tharé, mais qu'on retrouve plus tard à Charan où l'auront chassé les progrès de l'idolâtrie, et enfin Abraham.
Haran, dans les traditions ou plutôt les suppositions des Orientaux, aurait péri par le feu, soit en voulant retirer les idoles de Tharé, des flammes où les avait jetées Abraham, soit au contraire pour avoir confessé le vrai Dieu devant Nemrod, qui l'aurait fait jeter dans la fournaise sous les yeux de son père idolâtre. Cette version serait la plus vraisemblable puisque le fils d'Haran, Lot, adorait le Dieu d'Abraham. Au temps de Josèphe on montrait le tombeau d'Haran à Ur. D'après ce même historien, ce serait la douleur de la mort de son fils qui aurait engagé Tharé à quitter sa patrie.
i Voyez. Judith, v, 6 sq., passage fort remarquable , où on chef ammonite dit que les ancêtres des Hébreux ont été chassés de la Chaldée, leur patrie^ par les autres Chaldéens dont ils ne voulaient pas adorer les dieux. C*est à cette tradition que Tacite fait allusion quand il dit : « La plupart des écrivains font des Juifs une race d'Ethiopiens (Cuschites) que la crainte et la haine forcèrent à quitter leur patrie sous le règne de Céphée (cuschite comme Nemrod ). »
Nacor n'était pas non plus un idolâtre, car ce fut dans sa famille qu'Abraham choisit une femme pour son fils Isaac.
Nous n'examinerons ici de la vie d'Abraham (jue la première partie, pendant laquelle il demeurait encore îUr.
Par sa naissance , Abraham aurait du être le grandprêtre de la nation sainte des Chaldéens. Mais elle <'»tait ;out entière tombée dans TidoliUrie, et la sacrificature mcienne était une charge sims fonctions. Cependant yar sa foi il aurait été digne de la remplir ; on le voit lans la tradition plein de zèle pour la vérité aujyrès de on père infidèle, et prenant avec courage la défense de a cause de Dieu contre Tharé, contre Nemrod , (!Oiitre ous les Chaldéens ou Sabéens.
Le livre d'Asch Schahrastâni * parle des discussions l'Abraham avec les Sabéens qui ne voulaient reconnaîre pour médiateur qu'un esprit et non point un homme; ivec d'autres Sabéens qui s'étaient mis à adorer soit les ilanètes, soit les étoiles fixes, et avec ceux enfin qui itaient descendus, comme Tharé ou Azar, jusqu'au tulte des idoles.
Les persécutions de Nemrod contre Abraham, qui ortit sain et sauf de la fournaise où le tyran l'avait jeté, itaient si bien connues des anciens Juifs qu'elles prêtaient place dans leurs souvenirs entre le déluge et la iiine de Sodome, comme si elles avaient été consignées lans la Genèse, C'est ce qui résulte certainement des rersets 4, 5 et 6 du chapitre iO'"* du Livre de la Sapionce. i Ce juste, que la Sagesse conserva innocent devant Dieu, lu'eîle aimait comme son fils, et qu'elle maintint ferme rt assuré quand les nations furent confondues dans leur
complot malicieux >, ne peut être qu'Abraham, contre lequel s'étaient soulevés les païens. Car, dans Ténumération des justes que Dieu a délivrés par une intervention spéciale, Abraham ne saurait faire défaut, et le fils de la Sagesse vient précisément après Adam et Noë, et avant Lot, Jacob et Joseph.
Au reste, ce que Josèphe raconte des raisonnements par lesquels Abraham arriva à la connaissance du seul vrai Dieu, est dénué de tout fondement. L'idolâtrie naissait à peine , et le monothéisme était la vérité antique et traditionnelle.
L'astronomie, avons-nous vu, était depuis Seth et Sem la science des patriarches pieux. Elle ne devait pas être étrangère a Abraham, et nous tenons pour vraies les paroles de Bérose : « A la dixième génération après le déluge vivait chez les Chaldéens un homme juste et grand, et versé dans les choses célestes. »