‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 3)Chapitre 34 sur 120 · OGYGIE · texte numérisé non relu

OGYGIE

^Sy§}^j qu'Homère place au point central (à Tombiic) de la mer *, est par son nom même une terre diluvienne, Ogygès étant le Noë des Béotiens et Tépoux de niébé=rArche.

Calypso, qui seule habite cette île déserte, a pour père le malfaisant Atlas, qui avec son frère Prométhée représente l'humanité antédiluvienne.

Dans Thymne homérique à Cérès, Proserpine nomme Calypso parmi les compagnes qui cueillaient avec elle ries fleurs au moment où elle fut entraînée vivante aux ttferspar Pluton (ou le déluge).

^ Son nom signifie la Cachée, sans doute parce qu'elle ttloin du commerce des hommes et des dieux au miko d'une mer immense.

«Dans une grotte charmante d'où jaillissent quatre ilorces, elle passe ses journées à travailler à une toile kiec une navette d'or et en chantant. A ses chants |M, 369), à sa navette (P. I, 366), à sa grotte (P. I, MB), nous reconnaissons en elle une grande déesse de Inature, qu'adoraient les Allophyles, et qui sera des- Indue dans les mythes des Hellènes au rang d'une sim- Ik nymphe. Elle est rusée comme les Sirènes (P. 1, ID), et elle aurait pu donner l'immortalité à Ulysse illnme l'Aurore à Tithon, ou comme Isis au fils de la Itae de Byblos.

'Ulysse était resté si longtemps absent qu'on avait m qu'il avait retrouvé dans les mers de l'Occident l'île Invienne ou ogygienne. Par ce héros grec nous enendons le fils de Javan , Elisa et sa race , qui ont q)loré avant les temps historiques les contrées occiiB&tales que les Allophyles avaient déjà peuplées de lors Grandes Mères.

» Od. J, 55 sg,; V, 57 aq.; VU, 245.

150 ALLOPHYIJIS DE LIBYE.

Dans Homère, Ulysse n'a point d'enfant de Galypso, si même il a été son amant. Les deux iils que leur donne Hésiode, sont déjà une altération du mythe primitif. Le héros de l'humanité postdiluvienne n'a rien de commun avec la déesse du premier monde ; il ne peut qu'errer sur le rivage de l'île diluvienne , soupirant après les hommes de sa race.

n. Atlantes et Amazones de Libye.

Les mythes des Atlantes et des Amazones que Dio- (lore de Sicile * avait extraits de Denys de Mitylène, ne nous sont parvenus que complètement travestis par l'évhémérisme. Mais on peut cependant les ramener à leur sens primitif et se convaincre qu'ils ne sont pas autre chose que les traditions des temps antédiluviens telles qu'elles s'étaient conservées chez les Allophyles de l'Atlas.

« Les Atlantes étaient les mieux policés de ces conti'ées africaines, habitaient une terre fertile et de grandes cités, et (vrais Séthites) l'emportaient sur tous leurs voisins en piété et en hospitalité. C'était chez eux, dans les lieux voisins de l'Océan, que les dieux, disait-on, avaient pris naissance. » Le culte des dieux de l'antiquité date en effet des siècles diluviens, par les traditions et les symboles qui ont puissamment concouru à le former.

« Le gi'and dieu des Atlantes était le Ciel (comme en Phénicie). 11 les (civilisa, les réunit dans des villes, et leur enseigna l'agriculture et l'astronomie. Il avait pour épouse Titée ou la Terre , qui combla de biens les hommes. »

< Uranus eut de plusieurs épouses quarante-cinq fils

(les quai*ante-cinq rois antédiluviens de Manéthon?), et de Titée dix-huit fiis (les dix-huit rois antédiluviens d'Ëratosthène?), et deux filles Basilée et Rhéa. » Rhea ou Pandore est la Terre cultivée qui est tout don, tout grâce pour les mortels (135). Basilée est la Reine du chaos, de la nature et de la première humanité comme Isis ou (iérès ; elle est < une Grande Mère, et Taînée de Rhéa.

< Elle aurait aimé à rester vierge ; mais elle finit par épouser celui de ses firères qu'elle aimait le mieux, Hypérion (le Dieu suprême qui marche dans les hauts lietiXj ou simplement le Très-Haut; P. I, 400). Elle eut de lui le Soleil et la Lune. >

«Les frères de Basilée, qui s'appelaient Titans du nom de leur mère Titée, par jalousie égorgent Hypérion (=Osiris=Zagreus) et noient dans TEridan (les torrents diluviens) le Soleil (=Horus) encore enfant (P. Il, 228). A cette nouvelle la Lune (qui. préside aux eaux atmosphériques), se précipita du haut du palais en bas (comme la pluie lors du cataclysme se précipita du haut des cieux sur la terre). Basilée, hors d'elle-même de douleur (à la vue de l'humanité anéantie), cherche le corps de son fils le long des rives du fleuve. La fureur la saisit; les bruyants jouets de sa fille à la main, les cheveux épars, elle erre en insensée, transportée hors d'elle- 'ûême par le son des tambours et des cymbales (de Cybèle), au point de remplir d'effroi tous ceux qui la voyaient (P. II, 234)*. Quelques-uns voulurent l'arrêter; Qiais aussitôt tombèrent des torrents de pluie accompagnés d'éclats de tonnerre non interrompus, et elle ^sparut. (Cette tempête résume les désordres de la uature après le cataclysme, P. II, 281, 291.) Les Atlan-

* Cette foreur de la déesse est un mythe phrygien plutôt (\ue

KtfkHW» « 4^« ^« •« .A

152 ALLOPUYLES DE LIBYE.

tes (les AUophyles) adorèrent Basilée (Astarté, la Reine des deux) au son des cymbales et des tambours. »

La mort d'Hypérion précède celle du Soleil =Horus, et la dernière étant sans contredit un mythe diluvien, nous pourrions expliquer la première par la sécheresse de Gen. Ce fléau a précédé de peu le siècle d'Hénoc, et, d'après les Juifs, Hénoc astronome, reçut, après son enlèvement, des honneurs divins (30). Or, voici ce que racontaient les Atlantes : t Après la mort d'Hypérion , les fils du Ciel divisèrent entre eux le royaume. Les deux plus célèbres furent Atlas et Saturne. Atlas reçut en partage les contrées voisines de l'Océan ; il a donné son nom à la plus haute montagne du pays. Il excellait dans Vastronomiey et comme il avait le premier représenté le monde par une sphère, on a prétendu qu'il portait le monde sur ses épaules. Il eut plusieurs enfants ; mais le plus remarquable par sa piété^ par sa justice envers ses inférieurs et sa honté^ fut Hespérus {V Occidental). Celui-ci, monté sur le sommet de l'Atlas pour obsei^ver les astres, fut subitement enlevé par des vents impétueux et disparut. Le peuple, touché de son sort et se ressouvenant de ses vertus, lui rendit des ho»neurs divins et donna son nom à la plus brillante des planètes. * Hespérus et Atlas sont Hénoc.

Cependant « le frère d'Atlas, Saturne, régnait en Sicile et en Libye, en Italie et en général dans les contrées occidentales^ (où les AUophyles avaient apporté le culte sanguinaire de Baal= Saturne). 11 fit bâtir partout des forteresses où il tint des garnisons, et c'est pour cela que la plupait des hauts lieux y sont appelés Saturniens : (indice précieux de l'extension des colonies sémitico-libyennes et de leur despotisme dans le bassin occidental de la Méditerranée). Ce dieu se signala p:ir son impiété et son aVvOÂlè. 'Sou é^>iSj!^ et sa sœur

Rbéa lui donna pour fils Jupiter. Celui-ci mena une vie opposée à celle de son père et se montra doux et bon envers tous (car il est le dieu de Ja civilisation des Hellènes). Jupiter monta sur le trône, soit que Saturne en fût descendu volontairement, soit que la haine de ses sujets l'eu eût chassé. Saturne , ayant attaqué son fils, avec l'aide des Titans, fut vaincu, et les bienfaits que Juipiter répandit en tous lieux lui valurent bientôt Tempire du monde. » Jupiter et Saturne représentent tes deux reig^ions, les deux civilisations, les deux races qui se sont succédé en Italie à Taurore des temps historiques.

Les Atlantes avaient été vaincus et soumis, préten-

; dait-on, par les Amazones de Libye. Le mythe de ces

• Amazones, tel que nous le connaissons par Diodore,

[ BOUS offre un mélange de traditions africaines et de fa-

1 blés grecques. On a mis sur le compte des Amazones

' antédiluviennes de la Libye tout ce qui se racontait en

Grèce des mœurs des Amazones historiques du Pont.

Voici le mythe indigène dans sa forme primitive, si nous

ne faisons erreur.

< Aux limites occidentales du monde, près de TOcéan (lui entoure la terre, et de TAtlas qui domine sur cette mer, est le lac Tritonide où est Tîle d'Hespérie. Cette De (antédiluvienne, P. II, 247) est la patrie des Anaalones , » et nos lecteurs savent que nous croyons retrouver les premières racines du mythe des Amazones dans les filles des hommes qui vivaient avant le cataclysme (id. 165). « Cette île d'Hespérie est très-grande, Hche en arbres à fruits de toute espèce, ainsi qu'en troupeaux; mais l'usage du blé y est inconnu *. Parmi ses

« Cette description de VEespérie répond a celle que Po\^\>e (^w,*^'^ de rAûiqae f immenses troupeaux, pas de coItUTe) et à œ q^^'d^

15i ALLOPHTLES DK UBYE.

nombreuses cités il en était une de sacrée du nom de Mené ; elle était habitée par des Ethiopiens ichthyopha- ^es; il en sortait des exhalaisons enflammées, et on y trouvait une quantité de pierres précieuses, escarbou- (^1(^8, sardoin<»s et émeraudes. » Mené est le nom d'Adam on Egypte et ailleurs; les pierres précieuses sont celles dont Moyse parle dans sa description du paradis, et les teux qui s'exhalent sontTépée de flammes dans la main (lu Chérubin. Quant aux Ethiopiens, nous savons qu'en Egypte et en Grèce on donnait ce nom aux Antédiluviens. « Les Amazones soumirent d'abord toutes les villes de rHespérie, sauf Mené; puis elles tirent la guerre aut Liby(»us et aux Numides, fondèrent dans le lac Tritonide une grande ville du nom de Presqu'île, et enfin attaquév(H\i ceux des Atlantes qui habitaient Cerné. Elles égorgèrent tous les hommes en âge de porter les armes, pour semer par une telle cruauté l'effroi dans le cœur de leurs ennemis. Le reste des Atlantes fit sa soumission f»t fut traité avec bonté. » Les Atlantes sont ici les Allophyles, et les Amazones qui les ont soumis doivent être (l(»s femmes guerrières qui ont vécu non dans les temps du mon(l(; primitif, mais dans les siècîles postérieurs au déluge. Qu'un peuple de femmes ait jamais existé et fait des conquêtes en Libye, c'est ce qu'on ne peut admettre. Mais il faut ce[)endant que certaines circonstan- (H^s (extraordinaires aient donné lieu' à la fable des Amazon(îs détruisant les Atlant(îs. Or, aujourd'hui encore, le roi (l(î8 Dinkhah, qui habitent sur la rive droite duNil Whïïv, a sa maison gardée par deux bataillons de femmes. Dans l'oasis de Siouah ou d'Ammon les femmes, armées depierrcîs, prenn(mt part au combat de leur tribu '

sait de la belle végétation de certaines contrées privilégiées du Barca on de l'Atlas.

1 Cailliaad, Voyage àMéroë, t 1, p. 94.

Los Sanctos plaçait en Ethiopie une république guerrière de femmes. On sait que des reines du nom de Candace ont gouverné vers l'ère chrétienne une partie de la Nubie. Nous remontons ainsi des temps modernes à eeu\ d'Hérodote qui nous dit, que chez les Auséens qui habitaient vers le lac Tritonide, les jeunes filles célébraient en rhonneur de Minerve une fête annuelle en se battant, comme deux armées ennemies, à coups de pierre et de bâtons ; que les voisins des Auséens, les Maxyes, se disaient issus des Troyens, et qu'à ceux-ci touchaient les Zauèces dont les femmes conduisaient les (;hars a la guerre *. Ces femmes guerrières, ces jeunes filles qui revêtaient d'une armure complète celle des leurs qui s'était le plus distinguée, auront éclipsé les hommes qui combattaient avec eux, et les Grecs, qui avaient l'esprit préoccupé des Amazones du Pont, se seront complu dans la pensée que les AUophyles de la Libye avaient succombé, longtemps avant la fondation de Carthage, sous les efforts des seules femmes indigènes.

Cependant les Maxyes passaient pour des Troyens. Près de Troie se voyait la colline funéraire de l'Amazone Myrine dont Homère avait parlé*. Les mythographes grecs imaginèrent de donner Myrine pour reine aux Amazones de Libye, et de la faire arriver d'Afrique avec son armée par l'Egypte, l'Arabie, la Syrie et la Cilicie jusqu'en Mysie où était une ville de son nom '.

Dans notre livre sur la Grèce, nous traiterons des taythes libyens de Persée ou des Phérésiens qui sont eux aussi des Allophyles. J'admets d'ailleurs que la contr(';e du lac Tritonide au fond de la petite Sirte a été le ber-

' Hérod IV, 180. 101. 193.

Page 1