LA CHUTE
Moise a commis la bévue de prendre une fiction pour de rhistoire, et il aurait pour (!ouipli(;es non-seulcnient la plupart des Pères de rEgiise H des Ilëforniati^urs, niais les Apôtres et Jésus-Christ lui-même '.
Au reste , toutes ces autorités nous feraient défaut, qu'encore la nature même de ce récit en garantirait la réalité. Il y a dans la séduction d*Eve et d*Adam , dans leurs craintes et leur impénitence avant le pardon, dans la foi triomphante d*Adam après la promesse, et jus(|iie dans ces ceintures de feuilles et ces habits de peau, une telle vérité psychologique ou une si parfaite harmonie avec les doctrines fondamentales de TEvangile, qu'il faut ou renier l'Evangile et le cœui* humain , ou reconnaître la minutieuse et littérale exactitude du texU^*. 11 n'y a que la vie réelle qui soit en même temps si simple , si profonde et si originale.
Mais si le chapitre troisième contient le récit de la chute tel qu'Adam l'a fait à ses fils, nous devons , pour l'interpréter, nous mettre à la place des acteurs eux-mêmes. Ainsi Eve a entendu le serpent parler ; mais n'a-telle point fait erreur? Les paroles qu'elle nous rapporte lui ont certainement été adressées par autrui ; mais ontelles frappé ses oreilles? était-elle alors de sens rassis? n'était-elle point au contraire tout absorbée en elle-
1 Voyez entre autres, Jean, viii, 44; Rom. y, 13 et soiv. ; 2 (3or. n,3; 1 Jean, m, 8.
* Noos disons littérale. Plus, en effet, on étudie le texte hébreu, plos on admire le soin avec lequel les écrivains sacrés ont pesé toutes leurs expressions, et jusqu*aux moindres particules. Ainsi, dans ce chapitre Ifl, Tabsence de la particule ety en tête du verset 16 , isole de la malédiction du serpent la condamnation de la femme et celle de l'homme ; et le changement de temps du verbe dire^ qui est au parfait dans les versets 16 et 17, donne à ces deux dernières sentences une solennité toate particulière.
même et plongée dans cet état extraordinaire où se relâchent les liens qui unissent le corps à l*ànie , et où rame perçoit, sans Tintermédiaire des sens, des faits qui se passent dans le monde spirituel ? Nous oublions trop aisément certains phénomènes psychologiques qui, pour être fort rares aujourd'hui , n'en sont pas moins réels , qui sont plus fréquents en Orient que dans notre Europe, et qui Tétaient peut-être beaucoup plus encore î\ Torigine de l'humanité. Toutes les discussions sur le serpent qui a parlé, n'ont à notre sens pas d'objet : c'était le séducteur invisible qui s'adressait directement à Eve dans un moment où elle était toute perdue dans ses idées , et comme elle serait revenue à elle-même si, se croyant seule, elle avait entendu quelqu'un lui parler, le serpent, instrument docile , avait captivé toute son attention au point qu'elle crut, dans sa distraction extatique , que les paroles de Satan venaient de cet animal.
« C'était le plus lin d'entre toutes les bêtes des champs. » Ces mots , qui commencent le récit, sont comme un bref plaidoyer en faveur d'Eve. Alors le serpent n'était point l'ennemi de l'homme , et loin de lui inspirer de l'aversion, il éveillait tout spécialement son intérêt par ses innocentes ruses. 11 n'avait pas sa forme actuelle, et en géologie les ophidiens n'apparaissent en effet qu'après le déluge (HT. 100).
Le texte de la malédiction du serpent ne se trouve d'ailleurs exactement traduit que dans les Septante: « ,,.Tu es maudit d'entre tout le bétail et d'entre toutes les hètes des champs... Et je mettrai de l'inimitié entre toi et entre la femme , et entre ta postérité et entre sa postérité. Celui-ci t'écrasera la tète, et tu lui écraseras le talon. » La Yu^ gâte a : animantia ...ipsa... conteret et insidiaberis. L'er^ reur de ipsa nous mettrait dans l'impossibilité de rattacher solidement au protévangile plusieurs des mythes
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les plus remarquables des peuples anciens , car le Sauveur est non une femme , mais un héros (l\ 11, 70). Le texte hébreu ne laisse d*ailleurs aucun doute sur le vrai sens, le verbe étant au masculin ; il n*y a pas de variantes ; le texte samaritain est concordant , et les Septante ainsi que les commentateurs rabbiniques, la vei*sion italique citée par Cyprien, Jérôme lui-même, Irénée, etc., traduisent tous par celui-ci.
Nous avons déjà vu ailleurs (P. Il, 60), comment le Dom d'Eve, qu'Adam donne à sa i'enmie, est unc^ preuve admirable de sa repentance et de sa foi, et nous verrons dans les Detix Cités comment les vêtements de peau qu'ils reçoivent de l'Eternel sont un témoignage actuel de sa tendre sollicitude pour ses enfants humiliés, et un gage de grâces immenses qu'il leur tient en réserve.
La parole de l'Eternel : « Voici, V homme est devenu commue l'un de nous, connaissani le bien et le mal », esl une ironie qui répond à celle qui remplissait le cœur d'Adam quand il comparait son état de déchéance avec les brillantes promesses du serpent. Tels étaient ses sentiments quand il entendit dans une vision l'Eternel prononcer ces mots, et les accompagner d'une menace, qu'il n'achève pas, parce qu'il l'exécute immédiatement de fait en le chassant du jardin. Nous supposons ici encore une vision comme dans les autres cas où le texte, en mentionnant une parole que Dieu s'adresse à luî-méme , ne dit pas à qui a été révélée cette secrète pensée de l'Eternel.
En résumé, le chapitre troisième apporte en tribut à l'histoire de l'humanité : le péché qui, avec la suite des siècles, développera tous ses rameaux et produira tous ses fruits, dont le plus amer est la mort; dans le règne de la nati/re, la malédiction du serpent et celle du sol, les souffrances de la mère et la dépendance de l'épouse, lerude travail de l'homme et les origines de l'agriculturcî
dans le règne de la grâce , la promesse d'un Sauveur, fils de la femme , vainqueur du serpent, mais qui sera blessé au talon ; la repentance prenant la place de Tinnocence ; la foi et Tespérance substituées à la loi et à Tobéissance ; le culte enfin dont Tarbre de vie était le sacrement, aboli pour être remplacé par celui de Tautel.
l'humanité antédiluvienne. 17