‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 3)Chapitre 3 sur 120 · LA CHUTE · texte numérisé non relu

LA CHUTE

châtiment, de repentance, de foi, d'espérance. Aussi les seules objections qu'il soulève portent-elles, ou sur des questions de métaphysique, que nous traiterons ailleui*s, ou sur de simples détails, que nous passerons en revue. Nais avant tout, examinons la vraie nature de (*e récit. Qu'on en fasse avec les incrédules une fable plaisante, avec les rationalistes un mythe philosophique, av(H* |)lusieurs théologiens orthodoxes une allégorie, toujours estil plus ancien que Moïse et qu'Abraham. Car si l'on retrouve chez les peuples les plus distants un premier homme fait d'une argile rouge, un paradis avec quatre fleuves , et la femme tirée de la côte ou de telle autre partie du corps de l'homme, les souvenirs de la chute ' s'offrent à nous bien autrement nombreux d'un bout de la terre à l'autre : la femme cause de tous les maux qui affligent l'humanité ; des arbres mystiques dont les fruits font mourir ; un héros qui est invulnérable par tout le corps sauf au talon, qui lutte contre le mal, et qui en triomphe, mais en mourant ; l'agriculture, résultat d'une malédiction ; enfin et surtout d'innombrables mythes où le serpent infernal joue un grand rôle (P. Il, 29-112). L'histoire de la déchéance telle que Moïse nous l'a transmise , était donc connue du peuple primitif ou des Noachides, dont elle était manifestement une des traditions principales. Cette haute antiquité prouve que ce récit ne peut être une fable juive, mais non qu'il n'est pas une fable inventée par le peuple primitif.

Trois cas sont possibles. Ou le mal est une imperfection nécessaire au développement du bien , et l'homme a été prédisposé de Dieu pour l'un comme pour l'autre. I>ans cette supposition, la première faute est l'épanouis- : sèment d'un germe divin , le remords est impossible et ; le récit de la chute absurde ; car l'homme, qui aime peu ï l'humiliation et la douleur, serait sottement devenu son

propre bourreau en imaginant qu'il avait commis un crime qui Faurait privé d'uu paradis (ictif , vl il aurait attribué à une déplorabhi désobéisvsanccî ces milice maladies et cette mort qui entraient dans le plan [)nmilit' d'un Dieu Tout-Puissant et Tout-Bon. Ou bien \v mal est mal, Thomme a été créé pur, mais il n'a [)as été séduit ; c'est lui qui a tiré de son propre fonds io [H'ché comme l'a fait le Père du mensonge *. S'il en était ainsi, nous nous complairions, ainsi que lui, dans notre propie création ; nous ferions le mal non par faiblesse, mais avec puissance ; nous serions ses maîtres et non ses esclaves. Mais aussi il n'y aurait pas pour nous de rédemption ; car le rachat suppose un sauveur, un tyran et un captif, et nous serions non les malheureux esclaves de Satan, mais les ennemis superbes de Dieu. Ou enfin, le mal est mal, l'homme a été créé pour hi bi(*n et il a été séduit. Cette supposition étant la dernière des trois, et les deux autres étant fausses, elle doit être la vraie. Elle est en effet la seule qui explique les luttes intérieures de l'ame et l'œuvre rédemptrice de Christ ; elle est la seule aussi qui s'accorde avec la tradition universc^lh».

On dira qu'il y a eu séduction et déchéance, mais que le fait ne s'est point passé comme il nous a été raconté, et que le tout n'est qu'une allégorie. Si teille était réellement la pensée de l'écrivain (pii nous a fait c(^ récit, il nous en aurait averti. Mais il entend bien au contraire nous raconter fidèlement un fait réel ; son histoire de la chute n'est point sur un autre ton que celle d'Abel et de Caïn. Nous ne voyons pas d'ailleurs par quel motif Adam et Eve, pleins de n^pentance H de foi, n'auraient pas en toute simplicité fait à leurs descendants un récit exact de leur faute. S'ils ont eu recours à l'allégorie,

< JeaD, vm, 44.

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