Caïn et Abel
(IV, i-16.)
Us enfants d'Abel se sont mariés entre eux. Le frère épousait sa sotnir. Ces unions étaient-elles incestueuses? ^n pourrait le croire. Mais Adam était Thomme unique en qui étaient encore renfermées toutes les individua- 'Jlés, et non un certain homme doué d*un tempérament et d'un caractère propres. Il était non le premier d'en-
tre les honiincs ses égaux, mais Tétre général, d où devaient sortir les êtres particuliers. L'individualité n'a commenré qu'avec^ ses enfants; c'étaient eux seulement qui devenaient les soucîhes de familles distinctes. Ils n'étaient donc point frères et sœurs dans le sens ordinaire du mot; ils ne l'étaient qu'à la manière des hommes actuels qui sont tous issus du sang d'Adam , et il n'y a absolument rien de commun entre leur mariage et l'inceste.
Abel fait paître des brebis. On peut supposer queCaïn de son côté labourait la terre avec le secours de bétes à cornes , et les traditions païennes confirment cette supposition. Voilà donc deux espèces d'animaux qui sont au service de l'homme à la porte même du paradis. Ils en seront sortis avec lui, et ainsi s'explique l'existence de l'inolTensive brebis qui, à l'état sauvage, aurait bientôt été détruite par les bétes carnassières. Adam, agriculteur depuis sa chute, possédait donc en outre des troupeaux. Peut-être avait-il inventé la charrue, qui était de bois ; car l'usage des métaux ne date que de Tubalcaïn. Eve, de son côté, a certainement dû subvenir, comme le disent les traditions juives, par d'ingénieuses découvertes et de soudaines inspirations aux divers besoins de sa famille. Au moins est-il certain, par le compte des années de sa vie , qu'Adam avait jeté les premiers fondements de l'astronomie. Nous avons tu ailleurs (W H, 58) qu'Eve est la vraie Sibylle.
Le culte d'Adam consistait en offrandes non sanglantes. Le mot hébreu min'ghah signifie en général un don, et dans le Lévitique, le sacrifice non sanglant. Ce n'est qu'à la sortie de l'arche que le sang a coulé pour la première fois sur l'autel de la Cité de Dieu. Mais que devenaient les offrandes de brebis et de fruits, qui, avant le déluge, étaient présentées à l'Eternel? On a supposé