‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 3)Chapitre 7 sur 120 · CAÏN ET ABEL · texte numérisé non relu

CAÏN ET ABEL

qu'elles étaient primitivement consumées par le feu du ciel. C'est ainsi qu'on explique d ordinaire le signe que FEternel donna de son approbation à Abel ; les mahométans sont en ceci d'accord avec les juifs et les chrétiens, et les païens mêmes allèguent des faits semblables comme des marques extraordinaires de la faveur de Dieu. D'ailleurs on voit par le texte sacré * que la Face de l'Eternel demeurait près d'Adam. On doit entendre par là une révélation sensible du Dieu qui plus tard fera habiter sa Gloire entre les Chérubins dans le Lieu Très-Saint du Tabernacle et du Temple d'Israël, et dont le Verbe èter- »el viendra demeurer sous la forme d'un homme chez ion peuple. Mais la Face de l'Eternel aura sans doute disparu , et le miracle du feu cessé , quand l'humanité aura traversé le temps de sa première enfance ; et dès lors les patriarches auront allumé eux-mêmes le feu de l'autel qui devait consumer leurs offrandes. Il y avait donc holocauste , mais non victime égorgée et sang versé, au moins dans la Cité de Dieu.

Gain travaillait le sol, kobed adamah. Ces deux mots nous fournissent un curieux' exemple de l'origine de certains mythes. H parait que les Arabes disaient dans leurs traditions que Caïn travaillait la terre , i^obed al âRETS. Mais c'était là un détail trop simple , trop insignifiant au gré de leur imagination , et par une légère . altération ils dirent abd al Hareth , c'est-à-dire fils de Bàreth, qui est le nom que, suivant eux, le diable avait . porté dans le ciel. Sur quoi ils inventèrent toute une

ifeble d'un fils de ce nom qu'Adam aurait eu avant Cabil '<Hi Caïn, et dont Eve serait accouchée avec le secours 'du démon. Celui-ci, pour prix de ses services, aurait exigé d'eux qu'ils donneraient à leur enfant son nom fcu lieu de celui de Abd Allah *.

* Heidegger, 1. 1, p. 170. — Histoire univen. 1. 1, p. VV^.

Le nom de Gain, d'après la Genèse, signifie gain, et il est vraiment étonnant qu'on puisse aujourd'hui encore reproduire en français , en anglais et en allemand l'espèce de jeu de mots de l'original hébreu : « J'ai fait le gain de Caîn. » En allemand, Gewinn. Le terme de Gain signifie aussi en hébreu lance , arme , et le Gain des nations est un grand guerrier.

Le crime véritable de Gain, c'est le formalisme religieux, l'hypocrisie , la haine de la vraie piété. Abel est le premier martyr. Depuis la chute la foi est la vertu fondamentale ; l'incrédulité , la dernière racine de tous les crimes. G'est ce que les païens avaient mieux compris que plusieurs commentateurs chrétiens de la Genèse ; ainsi que le prouve le mythe de Prométhée.

Gain a peur d'être tué par tout ce qui le rencontrera. G'est la terreur d'un coupable qui sent que le sang appelle impérieusement le sang , qui croit que la nature entière va s'armer contre lui pour l'anéantir, et qui sait surtout que sa victime a un père , des frères , des enfants, qui le poursuivront sans relâche de leur vengeance et la légueront au besoin à leurs arrière-neveux.

L'Eternel met nn signe snr Caïn pour qti'il... ou : donne un signe à Gain, qu'il. Le premier sens nous parait le seul conforme au texte. G'est celui des Septante, de la Vulgate et de Josèphe. Mais quel est ce signe ? La Genèse se tait. En Ghine Gain se nomme le Noir , et ailleurs les Antédiluviens passaient pour des Ethiopiens (P. II, 167).

La première partie du chapitre quatrième nous doinie les origines de l'éducation des troupeaux, celles des classes dans la société , celles des sacrifices non sanglants, et celles du crime et de l'incrédulité dans la famille du premier coupable, qui cependant s'était repenti et avait cru ; le premier meurtre et la première persécution reli-

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gieuse; la Cité du démon, se détachant de celle de Dieu; la terre devenant stérile pour le fratricide , et la vengeance personnelle interdite de Dieu à la famille d^Abel.

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