HÉRODOTE
berger Philitis menait paître ses troupeaux dans l'endroit cil elles sont. > Ce nom de Philitis, qui est celui des Philistins ; la forme des pyramides , qui n'est pas égyptienne ; les étoflTes qui enveloppaient les corps déposés dans ces tombeaux, et qui étaient tissées en laine contre l'usage et la loi sacrée des Egyptiens ; la prostitution de la fille de Chéops; l'aversion des Egyptiens pour ce roi et pour Chéphren, qui avaient fermé leurs temples et qu'ils ne voulaient pas même nommer : tout atteste que ces deux princes étaient des étrangers, mais des étrangers depuis longtemps établis sur les bords du Nil , dont ils avaient adopté la langue et l'écriture. Mycérinus met fin à la persécution religieuse commencée par son père Chéops.
Si Phéron est le Pharaon de l'Exode , Chéops et ses successeurs ont dû être contemporains des Juges. Sous ces rois tyranniques, l'Egypte a été sans doute réduite à une complète nullité politique, et ainsi s'expliquerait comment elle n'a pas porté une seule fois ses armes en Judée pendant les siècles où ce pays était tour à tour asservi aux Araméens ou Syriens, aux Moabites, aux Cananéens, aux Madianites, aux Hammo- Dites et aux Philistins.
Nous ne poursuivrons pas plus loin le récit d'Hérodote. Nous y retrouverions à peu près tout ce que nous savons de l'Egypte par la Bible : la domination éthiopienne, la destruction miraculeuse de l'armée de Sennadiérib , l'anarchie qui a précédé le règne de Psammétique et qu'avait prédite Esaïe*, enfin les règnes de Néchao et d'Ophra=Apriès.
Si nous ne connaissions l'histoire de l'Egypte que par la Bible et par Hérodote, rien ne serait plus aisé que de
* Esaie, xix.
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mettre d'accord ces deux récits. Rien en raème temps ne serait plus simple et plus naturel que les destinées du peuple du Nil grandissant dans l'obscurité depuis le déluge à Mœris, s'élevant à un haut degré de puissaucc sous Sésostris ou les Sésostrides, asservi plus tard aux Philistins de la basse Egypte , et après eux aux Ethiopiens, et se relevant avec le secours des auxiliaires grecs sous Psammétique, pour être enfin conquis par Cambyse. 11 y a là trop de vraisemblance pour qu'il n'y ait pas plus de vérité qu'on ne le pense communément aujourd'hui.
DlODORE.
La vc^racité d'Hérodote est garantie par Diodore, qui ne fait que dessiner avec plus de soin le tableau qu'avait tracé le père de l'histoire. C'est ainsi qu'il marque mieux que celui-ci les trois dynasties des Sésostrides, de Protée-Kétès et de Chéops ; en particulier il place entie la première et la seconde une invasion des Ethiopiiîus et un temps d'anarchie, et accuse par là fortement la décadence de la race égyptienne, qui a précédé et amené le triomphe des Phéniciens de Memphis ou de Protée. Mais cette domination étrangère n'a pas duré longtemps , et les Phéniciens ont fait place aux Philistins ou à Chéops.
Diodore compte entre Menés et Busiris cinquantedeux rois qui ont régné quatorze cents ans. Ces rois, dont il ne nous dit rien, correspondent aux cinquante premiers rois de Manéthon , dont les règnes comprennent quatorze à quinze siècles ou une période sothiaque. Cette péi'iode est celle du monde antédiluvien qui a duré, d'après la Genèse, seize siècles et demi.
DIODOUE. 281
Nitocris manque dans Diodore ; mais le mythe du déluge s'y retrouve dans une page où l'on n'aurait jamais songé à le chercher. A propos des crocodiles *, l'historien nous parle d'un roi ancien , Menas, qui, poursuivi par ses chiens, s'enfuit vers le lac Mœris, où se présenta à lui un crocodile qui le transporta sur l'autre bord. Ce Menas est un autre Menés. Ménès=Manou est aussi bien Noë qu'Adam. Le chien, c'est la canicule, c'est la grande et unique sécheresse des temps de Méhujahel. Le lac que le représentant du premier monde doit traverser, c'est la mer diluvienne. Le crocodile, c'est Sévec, le dieu du monde primitif, le Saturne des Egyptiens, leur Bélus sauvant Xisuthrus , leur Vichnou se transformant en poisson pour conduire sur les eaux l'arche de Satiavatra (P. I, 333, 378, note; 11, 232).
Les Busirides, si notre interprétation est vraie, doivent représenter les temps postdiluviens. Ces temps, d'après Sanchoniathon, sont ceux des sacrifices humains (441). Or Busiris, qui a fondé Thèbes ou la ville de l'arc/ie, est célèbre par la cruauté avec laquelle il égorgeait les étrangers, et par la vengeance que tira de Tui Hercule. Mais ce roi d'Egypte qui joue un rôle dans un mythe grec, n'est pas un indigène, un vrai mitsréen; il doit appartenir en quelque manière à la race commerçante des Phéniciens qui ont colonisé la terre des Hellènes. Aussi, que nous raconte encore de lui Diodore? Qu'il exerçait le métier de pirate : ce qui convient mieux aux habitants des côtes de la Syrie qu'à ceux du Nil pour qui la mer était impure. Qu'Osiris lui avait confié le gouvernement des lieux maritimes et de la contrée voisine de la Phénicie, et c'est précisément là la seule demeure que nous lui aurions assignée si Diodore ne nous l'avait pas indiquée \ Il paraît donc, d'après cet histo-
* Uiod. I, 17, 45, 67, 88 , IV, 18, 27.
rien, que dès les temps les plus anciens, les côtes de la basse Egypte ont été occupées par un peuple navigateur et pirate , à demi égyptien, à demi sémitique , dont les Mitsréens confondaient Fhistoire avec la leur. Mais on sait d'ailleurs, et en particulier par l'Ancien Testament, que l'angle sud-est de la Méditerranée, ou les côtes de l'Egypte et celles de la Judée, ont été le point de contact des Gamites et des Sémites. Là vivaient les Philistins, que les Septante nomment les Allophyles ou les gens de toutes tribus, et qui étaient mitsréens par leur origine et sémites par leur langue.
Ce culte sanguinaire de Busiris ne serait-il point celui qu'on rendait à Osiris? Osiris n'aurait-il point été dans l'origine un Baal, un Moloc, qui exigeait des victimes humaines? Busiris signifie d' Osiris, et c'était dans la ville de ce nom que ce dieu était né et avait son tombeau le plus célèbre. Chaque année il s'y réunissait , pour la fête d'Isis, jusqu'à sept cent mille hommes et femmes, sans compter les enfants. Le culte de cette déesse et de sa famille se serait répandu de très-bonne heure, au sud jusqu'à Syèhe, au nord jusqu'à Byblos. Byblos ne figure pas dans la généalogie que la Genèse nous donne de Canaan, et peut ainsi avoir été fondée par des descendants sémitisés de Mitsraïm.
Après Busiris vient, dans Diodore, Uchoréus, dont le nom est sémitique d'après Lepsius, et qui a fondé la seconde capitale de l'Egypte, Memphis. Selon d'autres, Memphis était le nom de sa fille, qui eut du Nil, transformé en taureau , i^yptus. Cette généalogie relie Uchoréus au Bélus des traditions grecques, qui est l'aïeul de Busiris et le représentant ou le dieu de ces populations sémitico-camites de la basse Egypte , dont toute l'histoire est à refaire.
Douze générations après Uchoréus a régné Mœris,
qui est le premier roi vraiment égyptien. C'est ainsi que dans Diodore la dynastie indigène de Mœris-Sésostris est précédée non moins que suivie de dynasties sémitiques. Mais il est évident que son histoire d'Egypte n'est pas celle qu'on avait à Thèbes, et qu'il nous transmet les traditions des Bélides et des Allophyles plus que celles des vrais Mitsréens.
Eratosthène *.
Eratosthène nous transporte dans la haute Egypte; c est d'après les prêtres de Thèbes qu'il a composé sa liste des rois du Nil.
11 les nomme thébains. Mais le premier de ces princes, Menés, est thinite. Par rois thébains, il faut donc entendre non ceux qui ont régné à Thèbes, mais ceux dont Thèbes avait conservé la mémoire. Cette observation a pour nous une grande importance.
Cette liste était de quatre-vingt-onze noms. Les trentehuit premiers seuls nous ont été conservés.
Eratosthène joint à la plupart des noms de ces rois leur signification en grec. En voici la liste avec les corrections de nos prédécesseurs qui nous ont paru les l^lus probables, et celles que nous proposons à notre tour:
* Voyez pour Eratosthène et Manéthon notre Tableau synoptique des traditions égyptiennes relatives au monde primitif.