‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 3)Chapitre 97 sur 120 · VII. Sam, Guerschasp et Trrita · texte numérisé non relu

VII. Sam, Guerschasp et Trrita

Nous disions plus haut que Féridoun était le grand héros des Ariens de la Médie. Nous supposons que ceux fie la Bactriane avaient aussi résumé en un mythe leurs souvenirs de la grande sécheresse postdiluvienne, et )ue leur Féridoun se nommait Thrita, Sam ou Guerlehasp. Mais leur mythe était plus riche que celui de eurs frères occidentaux, en idées et en espérances, îomme en fictions bizarres. Malheureusement nous n'en )OSsédoDS que de rares et informes débris ; Ferdotisi ,. )u ne le connaissait plus, ou l'a exclu de son poëme.. T. ni. i7

Sam, dans le Zend-Avesta*, parcourt le monde, en tenant haut sa massue. Voilà la massue de Féridoun.

Quel est Tennemi, le Zohak, le serpent qu'il terrasse? « Sam, dit le Minokhired, a rendu le service de frapper le serpent Sruvar. > Sruvar doit être identique avec Zohak.

Mais ce n'est pas là le seul exploit de Sam. Le Minokhired ajoute : « et le loup Kapout, que Ton nomme

aussi Péhan, et le dew Gandarf, et Toiseau Kamak, et le dew de la confusion. Et il a fait beaucoup d'autres grandes et dignes actions, et éloigné du monde beaucoup d'oppositions. Et si une seule de celles-ci était restée dans le monde, il n'aurait pas été possible d'opérer la résurrection et le corps subséquent. » — Le loup est un animal ahrimanien, un synonyme du serpent Sruvar, un symbole des ravages causés par la sécheresse et la mortalité parmi les troupeaux et les hommes. L'oiseau Kamak doit avoir un sens analogue, quoique je ne connaisse aucun oiseau qui ait Ahriman pour créateur. Quant au dew Gandarf, son nom est certainement celui des musiciens célestes ou Gandharvas des Hindous, et nous nous étonnerions fort de ce dew musicien, si nous ne savions pas , comme nous chercherons à l'établir ailleurs, que les Gandharvas sont des Caïnites, et qu'en cette qualité on pouvait les faire entrer dans l'armée d'Ahriman.

Ce que le passage du Minokhired offre de plus remarquable, c'est l'allusion aux nombreuses résistances abrimaniennes que Sam a écartées. Car Sam, d'après M. Roth, signifie l'homme habile dans Vart de guérir.

Pour comprendre le mythe bactrien, rappelons avant tout ce que nous avons dit dans le Peuple Primitif ds&

* D'après Burnouf, Journal asiatiqtie, avril et mai 1845, et Spiege\j Journal de la Société orientale allemande, 1849.

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dieux-médecins, et en particulier de Manabosho, qui luttent en faveur de l'homme contre les puissances malfaisantes, comme autant d'Hercules, et qui lui rendent, comme Bacchus, un peu de joie au milieu des souffrances sans nombre qui l'accablent depuis le déluge (P. Il, 80. 304, etc.). Sam, vainqueur d'un serpent, d'un loup, d'un oiseau inconnu, et en même temps médecin, doit être tout à la fois un fils d'Alcmène et un Esculape.

Le Zend-Avesta ne connaît de Sam que sa massue. Mais, au vingtième chapitre du Vendidad il y est fait mention « du premier des hommes habiles dans la médecine, actifs, puissants, brillants, forts, de celui qui le premier écarta du corps de l'homme la maladie, la mort, l'ardeur du feu. Il demanda comme une grâce au gém'e des métaux et des minéraux (?) un moyen pour résister à la maladie, à la mort, aux douleurs, à la fièvre brûlante, à la décomposition qu'Ahriman avait apportée au corps de l'homme. Alors Ormuzd produisit les arbres salutaires, plusieurs centaines, plusieurs milliers, plusieurs dix-milliers, autour de l'arbre Gokarn » ou Gogard (340).

Quel est le nom de ce premier des médecins ? Thrita ; et ce même Thrita, dans le neuvième chapitre du Yacna, est nommé < le plus utile des Sam ' . » Ainsi donc Thrita idédecin est un Sam ; et comme Sam aussi est médecin, U est à peu près certain que ces deux personnages sont identiques. Ces deux héros seraient ainsi les ombres I^es et mortelles de quelque antique dieu sauveur, dont la mission était de protéger la vie de l'homme contre la mort, et de repousser de lui les puissances malfaisantes des ténèbres, soit qu'elles le frappent individuel*

« D'après la traduction de MM. Roth et Spiegel, rectifiant celle de

Ik *

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lement par les maladies, soit qu'elles tentent de détruire sa race entière par de longues sécheresses.

Mais Thrita=Sani est le même que Trita-Aptia des Védas, et ce Trita-Aptia estThraëtona-Féridoun, fUs d'Athvia. Nous trouvons donc ici tout a la fois chez les Ariens de la Médie (Féridoun), chez ceux de la Bactriane (Thrita= Sam) et chez ceux de Tlndus (Trita) une très-antique tradition d'un dieu armé d'une massue, qui terrasse le serpent de la sécheresse. Mais le nom de Sam et l'idée d'un dieu-médecin paraît être propre aux Bactriensje Trita des Védas étant uniquement, comme Féridoun, le vainqueur d'un serpent monstrueux.

Cependant le dieu qui écarte la mort ne pouvait être abaissé au rang d'un simple homme et mourir lui-même sans que la tradition ne gardât quelques vestiges de soo ancienne majesté. Le Zend-Avesta nous parle c des Férouers qui veillent sur le corps de Sam, > et on lit dans le Minokhired que c ce corps gît dans une plaine près du Démavend, où, à part le froment, il ne croit aucun myrte, ni aucun arbre, et où il y a beaucoup de renards dorés. Et les Izeds et les Amschaspands (les anges et les sept archanges) ont préposé à la garde de ce corps quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Férouers des saints, pour empêcher les Dews de le détruire. »

Le Boundéhesch va plus loin : « Sam, tout mort qu'il est, est vivant. Tandis que les Touraniens s'élèvent avec orgueil contre la loi d'Ormuzd, Sam' dort et voit cependant de loin tout ce qui se passe. Un jour, le sommeil que l'ennemi a porté sur lui sera brîsé, et il se lèvera puissant et excellent ; dix mille Férouers le protégeront, et il brisera Zohak. i Ainsi, tandis que Zohak vit suspendu au rocher, son vainqueur Sam = Féridoun ni aussi dans son tombeau. A la fin des temps, d'après te

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Djamasp-namé, « Zohak se débarrassera de ses chaînes et causera, en un demi-jour, de grands ravages dans le inonde. Sam ressuscite, reçoit de Sosiosch la vraie foi, et inspire avec sa massue une telle frayeur à Zohak, qu'il accepte, lui aussi, la vi*aie foi ; ce qui met Gn aux mauvaises actions, à la vieillesse et à la mort. »

Ce dernier mythe nous montre dans Sam le vainqueur du serpent ancien, de celui qui est Tauteur non pas seulement d'une sécheresse, mais du mal moral, du péché. II y a donc dans Sam, dieu-médecin et sauveur, un souvenir du protévangile, un débris des traditions les plus anciennes de la primitive humanité.

Passons aux fils de Sam=:Thrita.

Ce héros, cet ancien dieu, < retira cet avantage de sa grande piété, qu'il lui naquit pour fils Oruaksch (Ourvakschaïa) et Guerschasp (Kérésaspa). Le premier a rétabli la justice; le second, géant armé de la massue à tête de taureau, a frappé le serpent Sravara, qui dévorait les chevaux et les hommes, et dont le venin se répandait partout comme un torrent. »

Oruaksch, fils du grand Médecin, guérit la société humaine des crimes qui menaçaient son existence. Le fils est une personnification de la plus importante fonction de son père.

Guei*schasp, qui tue avec la même massue que Féridoun le même serpent Sruvar ou Sravara que son père, est un troisième génie de la pluie et de la fécondité. Son Qom, qui signifie celui qui possède de beaux, de rapides chevaux, indique sa vraie nature, le cheval étant le symbole des eaux qui courent et des sources (P. I, 498). « Le vase de métal qu'il fait fondre sur le serpent, » est la voûte céleste, qui était comme d'airain pendant la sécheresse, et qui fondit en eau au retour de la pluie (Comp. P. 11, 440). Guerschasp a, dans la tradition per-

sane, complètement éclipsé Sam ^ En Inde il port€ le nom de Krisasva dans le Ramayana ; on ne Ta pas encore retrouvé dans les Védas.

A la famille de Sam et de Guerschasp appartient, avec Zal, le célèbre Roustem, THercule persan. Son arme est la fameuse massue à tête de taureau, que lui ont ainsi laissée ses prétendus ancêtres. Mais il manie aussi la corde, le lasso des Sagartiens. Sa patrie est le Sedjestan, où THindmend se jette dans le lac Zaré, et qui est plein encore de sa gloire.

Le Sedjestan touche à la Garamanie où habitaient des Hélamites , des Perses. Lès Sagartiens étaient pareillement des Hélamites, et dans leur vie nomade ils auront sans doute pénétré dans le Sedjestan. Ils s'y seront fixés en se mêlant aux Ariens dont Sam était le dieu, et Roustem avec son lasso et sa massue est un héros miarien et mi-sagartien ou mi-perse.

Cependant Sam, Guerschasp, Zal, Roustem, portent le surnom de Pehlvans. La langue pehlvi est mi-arienne, mi-perse ou sémitique. Et un écrivain oriental nous dit que le pehlvi vient de Noé par Sam, Pars et Pehloa*, c'est-à-dire par les Ariens adorateurs de Sam, et par les Perses ou Hélamites, qui par leur fusion ont produit la race illustre des Pehlvans.

Gette fusion a eu lieu dans le Sedjestan. Cette contrée, nous dit-on, doit son nom à Sedjestaun, qui entreprit de la défricher et peupler, et elle devint si florissante, qu'un djérib de terre, malgré la disette d'eau, ^e vendait mille dinars kebky. Or Sedjestaun était fils de Farès'. Farès ou Fars est Hélam, fils de Sem, et,

* Je ne sais ce que signifie cette Pairica, cette sorcière, qui s'*t' tacha à Guerschasp. Vendidad, I, 36.

* Spiegel, Grammaire du parsi.

' LaDglès, dans Chardm, t. V, p. 120 ; t. VIII, 216 sq.

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d'après cette tradition , le peuple qui aurait primitivement peuplé le Sedjestan, serait de race sémitique. Les Ariens de Sam seraient les derniers venus. Mais cette question de priorité n'a pas d'importance réelle*. Il nous suffit de savoir que les plaines de THindmend et du lac Zaré, peuplées de Madaïtes et d'Hélamites, ont eu leurs héros, leurs mythes, leur histoire, et que les traits généraux de cette histoire se sont conservés dans celle de Zal et de Roustem ou des Pehlvans.

Les Pehlvans apparaissent subitement sur la scène au temps du gendre de Féridoun, Minotschehr, c'est-àdire à l'aurore des temps historiques des Ariens.

Mais pourquoi le Zend-Avesta garde-t-il le plus complet silence sur ces antiques et illustres héros Zal et Roustem ?

Parce que, d'après la Vie de Zoroastre^ ils avaient repoussé la loi nouvelle , et ils l'avaient repoussée parce

1 D'après M. Hang, je dirais que le fond de la population est hélamite, car le pehlvi (qui serait né dans le Sedjestan) est, selon lui, on dialecte sémitique auquel se sont successivement mêlés des mots ariens. M. Haug pense que ce dialecte, qui ressemble beaucoup au chaldéen et au syriaque, est le même que l'assyrien. Mais quand on connaîtra mieux l'assyrien , on découvrira entre cette langue et le pehlyi assez de différences pour qu'on ne puisse les identifier, et l'on arrivera ainsi à reconnaître dans le pehlvi un dialecte spécial, qui ne peut être que Thélamite, auquel M. Haug n'a pas songé.

D'après M. Lassen (Antiquités de l'Inde, p. 432), Pahlawa ou Pahloa est le même mot que celui des Pactyes dans Hérodote, et ces Pactyes sont évidemment les ancêtres des Afghans, qui se nomment Pakhtoun. Les Afghans seraient donc, d'après notre hypothèse , un mélange de Sagartiens hélamites et sémites , et d'Âriens madaïtes et japhétites.

Suivant M. Quatremère, le pehlvi serait la langue des Parthes, et il est en effet très-vraisemblable que les Hélamites se seront mêlés aux Ariens, aussi bien en Médie et vers la mer Caspienne que dans le Sedjestan et l'Afghanistan.

qu'ils étaient des Sagartiens, des Perses, des Hélamites, des Sémites, et non des Ariens; des Madaïtes, des Japhétites.

Les traditions de la Perse relatives au peuple primitif, se sont tellement confondues avec celles de sa propre histoire, que nous ne pouvions étudier les premières sans expliquer en même temps les secondes. C'est ainsi que nous avons été amené à distinguer les mythes ariens de la Médie des mythes ariens de la Bactriane, les Hélamites des Ariens ou Madaïtes, et les Pehlvans des uns et des autres. Mais notre tâche n'est pas encore terminée : il nous reste à embrasser dans son ensemble l'histoire primitive, tant religieuse que politique, de la race arienne.

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