‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 3)Chapitre 96 sur 120 · M> AUE^ DC LA PBBS · texte numérisé non relu

M> AUE^ DC LA PBBS

Cependant ks Ariens, qni transformaient, comme les Grecs , lenrs personnages mythologiques en des êtres historiques, ont inscrit dans la liste de leurs rois Zohak, aTec un règne de nulle ans, entre Dsehemschid et Féridoen.

Le rm Zohak représente une race étrangère qui a conquis et opprimé les Ariens. S'il était Scythe, Sace, Massagète, il se nommerait Afrasiab, qui est le nom générique des princes du Touran. S'il était Afghan on Indien, il serait de race arienne. Il ne peut être, semblet-il, qu'un Sémite, et les seuls peuples sémitiques qui ont été en guerre avec l'Iran sont les Hélamites ou Perses, et les Assyriens. Les Hélamites figurent dans les traditions ariennes sous le nom de Salem. Reste donc les Assyriens. Zohak serait ainsi Assur ou Ninus, et plusieurs raisons viennent en effet à l'appui de cette opinion. i° Le premier peuple qui ait conquis l'Iran est celui d'Assyrie, sous Ninus. i** Ninus a mis en croix le roi des Mèdes, Phamus, et Zohak passait chez les Mèdes ou Ariens, pour avoir inventé le supplice de la croix. 3^ Zohak était un Tazé, c'est-à-dire un Arabe. Les Arabes et les Assyriens sont voisins , et les uns et les autres Sémitiques : ils pouvaient donc aisément se confondre. On conçoit d'ailleurs aisément qu'après la ruine de Ninive, qui a en lieu dès le septième siècle avant Jésus-Christ, le souvenir des Assyriens se soit perdu peu à peu chez les peuples de l'Iran, et pins tard leur asservissement aux Arabes mahométans leur aura inspiré la pensée de faire de Zohak un Arabe ou Tazé. An reste, tazé ou tazi est le daziou du Rig-Véda c'est-à-dire en général le barbant Vennemi des Ariens. 4'' Zohak a le surnom de Bévéraspt seigneur des dix mille chevaux, et les armées assyriennes comptaient de nombreux escadrons de cavalerie». 5"En-

' Doucker, t. 1, p. 2tt9.

iSOHAK ET FKRIDOUN. 381

to, Zohak Dourrissait de cervelles humaines ses deux Stes de serpent, ce qui est probablement une allusion Hx sacrifices humains des peuples sémitiques. Toute- HS le mythe du roi Zohak n'est point encore suffisamlent éclairci, et je ne sais trop si ce règne de mille ans 'était point primitivement celui de la religion idolâtre t -sanguinaire qui se serait développée spontanément bez les Ariens après les temps de Dschemschid et avant eux de Féridoun (P. I, 340).

Quel que soit le sens historique de Zohak, rien ne eut faire mieux sentir quel rôle important ce soi-disant rince joue dans la tradition persanne que les lignes tti vantes du Minokhired :

< Le roi Zohak Bévérasp et le méchant Afrasiab (le ^i perpétuel des Touraniens) eurent cette utilité, que, i la domination n'avait pas passé à Bévérasp et à Afralitb, le maudit Ahriman l'aurait donnée à Khasm, a qui il n'aurait pas été possible de la reprendre jusqu'à la résurrection et aux corps subséquents, parce qu'il n'est |fts doué d'un corps. » C'est-à-dire que Zohak et Âfraliab ne pouvaient nuire qu'aux corps et non aux âmes, tindis que Khasm, esprit invisible, aurait causé un mal tjMrituel contre lequel il n'y aurait pas eu de remède possible.

Quant à Féridoun, le Vendidad lui donne pour patrie le quatorzième des lieux créés par Ormuzd, Véréné aux Quatre angles. La tradition persanne place, sans jamais ifarier, Véréné dans le Tabéristan, c'est-à-dire en Médie, eomme aussi le Démavend, où Zohak est enchaîné, s'élève entre les hautes plaines de la Médie et les basses terres du Mazandéran. D'après le Minokhired, < Féridoun a rendu au monde le service de battre et lier Zokêk^ qui avait commis de très-lourds péchés, et de battre lussî beaucoup d'autres Dews du Mazandéran et de les

38^ AtUENS DE LA PERSE.

chasser du Keschvar Khunnirets (de riran). > Le mythe de Féridoun , ù en juger par le théâtre de ses exploits, appartiendrait donc tout spécialement aux Ariens de la Médie, aux Ariens primitifs, aux descendants directs de Madaï, et il en serait de même du mythe de Zohak, ainsi que de celui de Dschemschid.

Féridoun, homme et roi, est le vainqueur des Assyriens, le libérateur de son peuple, et c'est à dater de lui seulement que la race arienne , ou peut-être plutôt les Ariens orientaux de la Bactriane sont entrés en relations constantes, soit de guerre, soit de paix, avec leurs voisins du nord et avec ceux du sud. C'est ce qu'exprime le mythe des trois fils de Féridoun.

D'après la tradition générale des Persans, Féridoun eut d'une fille de Zohak Salem et Tour, violents et cruels comme leur grand-père, et d'Irandocht ( la fille de riran), le bon et aimable Irets. Il partagea son empire entre ses trois fils, et donna l'ouest à Salem, le nord à Tour, le pays du milieu à Irets. Ce mythe est transparent : les Ariens qui occupent de l'ouest à l'est, ou de l'Arménie à l'Hindoukousch et au Bélour une zone de terre longue et étroite, n'ont de voisins et d'ennemis que les nomades du Turkestan au nord, et les habitants de la Perse propre au sud. Les premiers, Saces, Massagètes, Turcs, sont, dans la langue du Zend-Avesta, les peuples du Touran, les fils de Tour. Les seconds sont les Perses qui descendent d'Hélam, fils de Sem, et Hélam est Salem.

Pour établir contre l'opinion générale que Salem est Hélam, et que les Perses sont sémites, relisons le premier chapitre du Vendidad, qui donne la liste des seize lieux créés par Ormuzd.

On a voulu faire de cette description géographique l'histoire des migrations des Ariens. Hœlty avait, il y *

ZOHAR ET FÉRIDOUN. 383

longtemps déjà, rétabli le vrai sens de ces pages précieuses ; on les dénature et Ton arrive à Tabsurde en y cherchant ce qu'elles ne contiennent point. Le premier Ses seize pays est le Pur Iran, c'est-à-dire la patrie des Uitédiluviens, que les Bactriens plaçaient à leur occident, vers r Arménie. Les quatre pays suivants, Sogd, Bactres, Merv, Nisa, dans les bas pays du Turkestan, sont les principales demeures des Bactriens. Le sixième pays est Hérat. Des huit qui succèdent à Hérat, quatre appartiennent à l'Afghanistan, quatre à THyrcanie et à la Médie. Le quinzième pays est le Pendjab, ou les plaines ie rindus qu'avaient occupées les Ariens dont le Rig- ?éda nous a conservé les hymnes. Le dernier est , ditbn, TAssyrie, et nous avons vu figurer des noms ariens bu inèdes parmi le^plus anciens rois de Ninive (404).

Cette description des terres d'Ormuzd ne comprend nullement toute la Perse, et nous pouvons avancer, sans crainte d'erreur, que les provinces omises n'ont pas été peuplées primitivement par la race arienne. Ce sont au nord, le long des côtes de la mer Caspienne, le Mazandéran, où abondent les Dews; au sud, la Perse propre, la Caramanie et la Gédrosie.

Ces trois dernières provinces occupent à elles seules la moitié du plateau de l'Iran. Or nous savons par Hérodote * que les Perses s'étendaient bien au delà de la Perse propre ; que sous le nom de Germaniens ils avaient peuplé la Caramanie; que les Sagartiens nomades, armés d'un vrai lasso , erraient dans ces déserts du centre du plateau, où le lac Zaré reçoit l'Hindmend. Si nous pouvions ici suivre les traces des migrations des Perses, nous verrions que les colonies de cette puissante nation ont rayonné depuis la Perse jusqu'à la mer Caspienne

384 ARIENS DR LA PKKâÊ.

et jusqu'au cœur de T Afghanistan. Mais nous savoos par les prophètes hébreux que le nom primitif des Perses était celui d'Héiamites, et, par la Genèse, qu'Hélam était sémite^ Ainsi s'explique d'abord pourquoi le Zend-Avesta ne connaît pas le nom des Perses ; puis, pourquoi il ne rangée ni la Perse, ni la Caramanié parmi les pays de la race japhétite des Ariens ; en troisième lieu, pourquoi Salem =Hélam, qui est sémite, a pour mère uoe fille du sémite Zohak, et tue Irets ; enfin et surtout , quelle est Torigine du pehlvi, langue mi-zend, mi-sémitique, de même que les Perses de Cyrus et des Sassanides sont un mélange d'Ariens parlant le zend, et d'Hélaïuitei parlant un dialecte sémitique.

Quant à Tour, le troisième des fils de Féridoun, il est tout aussi peu arien que Salem. Le& Bactriens, en faisant Féridoun père de Salem, de Tour et d'Irets, ont voulu simplement exprimer la pensée que depuis la ruine de l'empire assyrien de Zohak, les Hélamites et les Touraniens étaient entrés dans des rapports si fréquents et si étroits avec la race arienne , qu'ils étaient en quelque manière ses frères, mais ses frères ennemis.

Nous ne pouvons ici poursuivre l'histoire d'Irets, seulement nous dirons que Salem et Tour attaquent Irets, le font prisonnier et envoient sa tête à son père : ce qui doit signifier que les Ariens avaient à peine reconquis contre les Assyriens leur indépendance, qu'ils virent leur patrie envahie, ravagée, ensanglantée par les Touraniens ou Saces, et par les Hélamites ou Perses. Puis, Féridoun, enflammé de colère, maria la fille d'Irets avec un prince de sa maison, et leur fils, le pieux Minotseber,

« Gen. X , 22. Esaïe, Xî, H ; XXII, 6, et Jérémîe, XLlXi 34 Éj.dJsent Uélam ; Ezéchiel dit Hélam, XXXII, 24, et (?) Perse, XXVII, 10; Daniel dit Perse, X, 1, etc.

SAM, GUBRSCHASP ET THRITA. 385

engea le meurtre d'Irets sur Salem et Tour. Le Mino- Lhired, après avoir parlé de Féridoun, dit : « Minotscher I rendu (aux Iraniens) le service de battre Salem et Pour, ses parents, en expiation pour Irets, de délivrer e monde du mal causé par eux, et de reprendre sur Ifrasiab (le pays) depuis Padâsqàrgar jusqu'à la fronière de l'enfer, comme le portait le traité avec Afraiiab. > Mais la prospérité de l'Iran pendant la période je AUnotscher a fait place à un temps de grande cala* nité. Le touranien Afrasiab s'empare de nouveau de Iran ; les princes ariens Nouder et Zou ne régnent que fort peu de temps, et avec Guerschasp finit la dynastie les Pischdadiens (ou des hommes de Tancienne loi), laquelle avait commencé avec Kajomorts= Adam.

Le Djamasp-namé place entre Féridoun et Minotscher, ^am le père d'un Guerschasp et l'aïeul du fameux Roustem. Ces héros appartiennent à un cycle particulier de mythes que nous allons étudier.

Page 1