‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 104 sur 158 · LES DESTINÉES FINALES · texte numérisé non relu

LES DESTINÉES FINALES

qui ne peut accorder pendant réternité aux meurtriers la même félicité qu'aux martyrs ; enfin, le protévangile leur donnait la certitude que le Fils de la femme, en détruisant le serpent , détruirait aussi ses œuvres, dont la première était la mort, et qu'ainsi il rétablirait l'homme dans son premier état où l'âme unie au corps jouissait d'un bonheur complet. Les Noachides entrevoyaient donc conftisément la résurrection des corps, le rétablissement de toutes choses et le jugement dernier ; mais ces vérités n'avaient point été éclairées pour eux de la lumière de la prophétie, et les Hébreux ont eu la sagesse d'attendre dans un état de demi-ignorance le temps où il plairait à Dieu de compléter ses premiers et élémentaires enseignements. Ils croyaient donc , avec les hommes pieux du peuple Primitif, que l'âme séparée du corps était dans un état de demi -veille et de demi-sommeil, qui l'empêchait même de louer Dieu, et qui était la juste punition du péché ; que toutes les âmes étaient réunies sans distinction dans un même endroit parce que le jugement n'avait point encore eu lieu , et qu'elles vivaient dans l'attente du grand jour où leur Rédempteur apparaîtrait et où, reprenant leurs corps, elles verraient Dieu de leur chair «.

Les Israélites ont prouvé leur foi en Dieu en consentant à ignorer pendant nombre de siècles ce qu'il ne leur révélait point encore, et à limiter leurs espérances de bonheur à cette terre jusqu'au temps où il leur serait permis de vivre pour le ciel. On ne les voit point se créer un enfer, un paradis fabuleux, ni se tuer pour jouir plus tôt d'une félicité sensuelle et imaginaire, ni surtout tenter de se mettre en rapport direct avec les ombres,

« Nous citerons seulement : Ps. xxx, 9. 10; Ecclés. xii, 16; et Joh x/x, 2â sq.

DE l'homme. 317

ni même célébrer des fêtes en l'honneur de leurs ancêtres. Leur tâche, c'est d'accomplir la loi sainte de Dieu et d'attendre la venue du Messie. On leur reproche de n'avoir pas fait dans leur vie morale une place assez large à la foi en l'immortalité ; mais toute chose a son temps, et le temps de la loi n'est pas celui de la foi.

Les Hébreux auraient donc conservé intact, sans y rien ajouter et sans en rien retrancher, le dépôt des croyances du peuple Primitif relatif à l'état des âmes après la mort. Les païens, au contraire, ont perdu ce dépôt dans les détresses de la vie sauvage, ou l'ont dénaturé par excès de zèle et de soins en l'accroissant de mille fictions. Recherchons ce que ces fictions renferment de débris de l'antique tradition, et quelles sont celles qui par leur universalité peuvent être envisagées comme antérieures à la Dispersion. Les païens s'étaient posé trois questions : Après la mort, où vont les âmes ? Que font-elles depuis leur arrivée dans leurs nouvelles demeures ? Que deviendront-elles dans la suite des âges ? Les réponses faites à ces questions ont déterminé les fêtes des morts, en même temps qu'elles ont ouvert la voie à la nécromancie.

Page 1