‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 110 sur 158 · SECTION SECONDE · texte numérisé non relu

SECTION SECONDE

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On ignore qui a reçu de Dieu la révélation relative au grand incendie qui doit consumer le monde actuel, et qui sera suivi de Tapparition d'une nouvelle terre et de cieux nouveaux. Mais le prophète qui le premier a fait connaître à ses frères ce grand mystère a certainement vécu avant la Dispersion ; car les filles de Loth semblent bien avoir cru que Tincendie de Sodome était celui de la terre entière , et qu'elles étaient appelées à devenir les mères de la nouvelle humanité. Depuis Loth et Abraham, les prophètes hébreux font allusion à ce grand événement des siècles futurs comme s'il était connu de leurs auditeurs, et saint Pierre, qui en parle en détail, ne fait que mettre le sceau de son autorité apostolique à une antique croyance. Cette croyance, que les Saintes-Écritures déclarent véritable , existe dès les temps les plus reculés chez les peuples païens.

Les Égyptiens prétendaient qu'après trois mille ans, au temps de l'inondation, arrivait au lieu des eaux du Nil un torrent de feu, et que tout le pays de Tholh était ravagé par les flammes, mais pour renaître rajeuni. C'était aussi ce que signifiait le mythe du Phénix.

Lors de sa dixième incarnai ion, Vichnou viendra sous le nom de KaV\k\, rinceifid\a\Tc , w\wvv^ 'smk un cheval

blanc ailé, et tenant d'une main une épée enflammée semblable à une comète, de l'autre un anneau, symbole des perpétuelles révolutions du monde. Les Chiwaïtes disent que leur g^rand dieu, accompagné de dix esprits destructeurs, lancera entre la lune et la terre une comète ardente, que le grand serpent Ananta vomira des flammes de ses mille gueules, et que le monde sera réduit en cendres.

Le Zend-Avesta parle d'une comète qui se précipitera sur la terre; le monde tout entier deviendra un fleuve de métal fondu dans lequel Ahriman et ses dews se purifieront de toute souillure, et il naîtra un nouvel univers où tout sera lumière, paix et joie.

Chez les Assyriens, le bûcher de Sandan figure l'incendie final.

Ce bûcher est celui d'Hercule, et ce feu celui qui fait périr l'hydre de Leme. Les Orphiques professaient ce même dogme de la ruine de toutes choses par le feu. Heraclite, et plus tard les Stoïciens l'ont adopté * ; Virgile, Ovide, Sénèque y ont fait allusion dans leui^s chants.

L'Edda se complaît à décrire la ruine du monde et la mort des dieux. Dans ce saisissant tableau , on voit arriver du sud, entouré des fils du Muspelheim, le génie qui règne sur l'antique demeure du feu. L'incendie sera précédé de trois années de crimes afl'reux et de guerres civiles, et de trois années sans été où le froid sera grand, la neige abondante, les vents violents. Après la destruction de l'univers, la terre sortii'a du fond de la mer, verte et fitiîche, et elle deviendra la demeure d'une humanité nouvelle.

Les Celtes, dans leurs poésies, décrivent en ces mots lu fin du monde : « Il y a douze mois et douze signes :

' Voirez aussi Clem. d'Alex. Stromates, v, 14.

ravant-dernier, le Sag^ittaire, décoche sa flèche armée d*un dard ; les douze signes sont en guerre ; la belle vache (la terre), la vache noire h Téloile blanche au front sort de la forêt des dépouilles ; dans la poitrine le dard de la flèche ; le sang coule ; elle beugle la tête levée ; la trombe sonne ; feu et tonnerre ; pluie et vent ; tonnerre et feu; rien, plus rien; rien, ni série. »

Les Ibères, qui disaient être venus occuper TEspagne peu après le Déluge , avaient , comme les Chiwaïtes, un Ânanta sous le nom de Léhéren. Pendant le sommeil de ce grand serpent de feu plié en rond , le mouvement de Tannée est entretenu par le balancement régulier que lui impriment les génies des quatre points cardinaux ou des quatre saisons. Mais ce mouvement sera subitement interrompu par le son de sept trompettes d'airain (qui sont sans doute une adjonction postérieure au mythe antique et un emprunt fait à TÉglise chrétienne). Aussitôt Léhéren, vomissant de sept gueules la flamme, consumera le monde en dix jours (qui correspondent aux dix compagnons de Chiwa). Puis il repétrira de sa large queue les cendres de Tunivers détrempées dans les eaux du Déluge.

Les Slaves et les Lithuaniens parlaient d*un jour où le monde périra dans les ténèbres, d'un dernier jour où paraîtront neuf soleils.

^ Ces soleils se retrouvent dans un mythe des Kalmouks, qui sont bouddhistes. Les bouddhistes ont leurs âges du monde, dont le dernier est, d'après la doctrine la plus généralement reçue parmi eux, l'âge du feu. Les Kalmouks racontent que le grand dieu Maidiry, qui naîtra du dieu des enfers, Herlick-Khan, et d'une vierge fille du roi du Japon, après avoir fait la guerre, depuis Jérusalem sa capitale , à tous les princes ses voisins, sera témoin de la fin du mowà^\ ^Çi^v ^^l^vU apparaîtront qui

brûleront tout ce qui sera sur la surface de la terre ; une pluie abondante éteindra le feu , et Maidiry montera au ciel pour y succéder à Chaklamouni (Bouddha) *.

La tradition générale existe aussi en Chine : le présent monde (qui date du Déluge), a commencé par Tage de la terre, et il finira par celui du feu.

En Amérique, les Peaux-Rouges croient qu*au jour où Manabosho mettra de nouveau le pied sur la terre, elle s'enflammera et consumera tous les êtres vivants.

Ghickasaws : Le monde qui a été détruit autrefois par Teau, sera consumé par le feu après une pluie de sang et d'huile*.

Muscogées ou Creeks : Le monde périra par le feu ; alors la terre sera pleine de guerres; un peuple apparaîtra parmi les Indiens, qui seront détruits , et le Grand Esprit détruira la terre pour empêcher d'autres d'en prendre possession '.

Les habitants de Tlascala disaient que le feu est le dieu de la vieillesse « parce que la terre devait finir par le feu et demeurer réduite en cendres jusqu'à de nouvelles révolutions, qu'on faisait profession d'ignorer *. » Nous verrons que l'âge du feu clôt les cycles mexicains.

D'après les Péruviens, la fin du monde doit être précédée d'une grande et longue sécheresse, et alors le soleil et la lune s'éclipseront \

Cependant quelques peuples maritimes, abandonnant la tradition orthodoxe, ont substitué à l'incendie final un

* Chappe d'Anteroche , Voyage en Sibérie, t. i, p. 302 scj. — Maidiry est le Maidarin de Pallas ( Voyages, etc., t. ii, p. 207), mais Pallas ne parle point de l'incendie final.

« Schoolcraft, t. i, p. 310.

5 Ibid. p. 272. Comp. Lafitau, t. i, p. 101.

^ Hist. génér» des Voyages, t. xii, p. 577.

« Zarate, 1. 1, p. 60.

:UiR FIN DU MONDE.

nouveau Déluge*. Ainsi ceux des Hindous qui disent (jue Vichnou= cheval (c'est-à-dire eaux), dès qu'il mettra le pied sur la terre, l'enfoncera sous les eaux et fera périr le monde*. Ainsi encore les Groënlandais dont nous avons déjà cité la tradition.

* Peut -être ont-ils pris la période typhéeime pour l'incendie fiual.

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