III. Ages de l'humanité
Quelque opinion que les peuples se soient faite sur les
relations de notre monde avec les mondes antérieurs et
les mondes subséquents , nul ne pouvait oublier que la
terre avait, du vivant de l'humanité, subi plusieurs crises
qui l'avait bouleversée et comme détruite. La plus vio-
knte de toutes était celle du Déluge. Aussi avons-nous
▼a plusieurs nations, faisant du cataclysme un véritable
cbaos, supposer que nulle famille n'avait été sauvée des
eaux, et qu'après leur retraite tous les êtres doués de
tie avaient été créés de nouveau. D'autres nations, comme
les Chaldéens, sans aller aussi loin, virent dans Thistoire
antédiluvienne l'histoire complète d'un premier monde,
et non point la première partie de celle de l'humanité.
Mais avant la destruction de la terre par l'eau avait eu
lieu la grande crise de la sécheresse et du feu, dont on
exagéra les conséquences au point de la comparer à celle
du Déluge. Elle avait, prétendit-on, fait périr, elle aussi,
k)ut le genre humain et consumé la terre entière. Le monde
^vait donc, depuis Adam aux fils deNoë, été comme anéanti
Une première fois par le feu et une seconde fois ^^vY^^m*
Mais le feu c'est Tcté ; Te-au c'est Thiver, et Thistoire de rhomme est ainsi soumise à des lois analogues à celles qui régissent l'année. Or l'étude des cieux avait fait découvrir la précession des équinoxes et une grande année cosmique de vingt-quatre, de trente-six mille années ordinaires, pendant laquelle le soleil se lève successivement à tous les points de l'horizon. Les Égyptiens, saisissant ces foits et ces analogies, imaginèrent que deux grandes années s'étaient écoulées déjà depuis la création de rhomme, et que le soleil s'était levé et couché deux fois aux endroits où il se couche et se lève maintenant. Une fable analogue paraît avoir existé chez les Scandinaves.
Cependant le Déluge avait été suivi d'une période de grands vents. Le vent, c'est l'air agité. L'air avait donc à son tour bouleversé la terre comme l'avaient fait avant lui le feu et l'eau. Les bouddhistes se sont emparés de cette idée, et ils font périr successivement le monde par le feu, par l'eau et par le vent. Seulement, ils ont appliqué ce détail de l'histoire de notre terre à l'histoire de leur univers, où les mondes succèdent aux mondes à d'incommensurables intervalles. Avant chaque destruction descend du ciel sur la terre Nat, ou le seigneur^ pour prêcher aux hommes la repentance (comme Noë l'a fait à l'approche du Déluge). Quand l'univers doit périr parle feu, on voit apparaître successivement sept soleils. Entre deux ruines totales, on compte soixante-quatre périodes pendant lesquelles l'homme, selon qu'il se corrompt od se repent, voit sa vie se raccourcir jusqu'à dix années on reprendre sa durée normale.
Mais laissons de côté ces vains rêves, qui varient beaucoup d'un peuple bouddhiste à l'autre, et voyons ce (fifi les Ariens de l'Indus ont fait de la tradition des 12,000 ans, qu'ils avaient emportée avec eux depuis la Perse. Elle est la base 4e lo\iV\ewr ^^%\è.\nft chronologique td
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il est exposé dans le premier livre des Lois de Manou. îs elle y est restreinte aux temps du g^enre humain. 3 s'y divise d'ailleurs , comme dans le Zend-Avesta, quatre âges ou Yougas; seulement, comme nous soms sur la terre de Témanation , et que la créature se ériore à mesure qu'elle s'éloigne de sa source, les itre âges voient du premier au dernier diminuer leur igueur et s'abréger la vie de l'homme. Nous savons au le, par la Genèse, comment la vie des patriarches sétes a diminué depuis le Déluge, et nous pouvons supser que le péché et le vice avaient déjà de beaucoup ïGOurci celle des Caïnites.
Le Crita-youga a duré 4000 ans avec 400 ans pour crépuscule du soir, et 400 pour celui du matin,
Le Tréla-youga 3000+300+300=3600
Le Dwapara-youga 2000+200+200=2400
LeCali-youga 1000+100+100=1200
La longévité était de 400 ans dans le premier âge, de [) dans le deuxième, de 200 dans le troisième ; elle est 100 dans le quatrième, qui est le nôtre. j& dernier est séparé du précédent par le déluge de .yavrata.
Mais ce nombre de 12000 années pour la durée de iimanité, s'est trouvé trop petit au gré des Hindous, i ont imaginé de le multiplier par le chiffre de 360 ou • celui de 36000, ou simplement par celui de 36. Le îmier indique la somme des jours qu'on donnait à mée dans l'ancien calendrier, avant l'addition des igomènes. Le second marque les années terrestres î comprenait la Grande Année du monde. La péde traditionnelle des 12000 années s'est m^\ ^%\^w-
die au point d'en compter 432,000, ou 4,320,000, ou 432,000,000.
Le chiffre de 432,000 ans reparaît à Babylone ; mais il y marque la durée des trois premiers âges de Tlnde, ou des temps antédiluviens. Ces temps sont donc envisagés ici comme formant à eux seuls un monde complet.
Les Grecs, peu versés dans l'astronomie , n'ont point de ces immenses échafaudages de cycles imaginaires, que rOrient se plaisait à dresser. Us désignent les âges de l'humanité par les quatre métaux suivants : l'or, l'argent, l'airain et le fer ^
Chacun connaît la description qu'en fait Ovide, d'après les Grecs, dans le premier livre de ses Métamorphoses. Poète plein de grâce et d'imagination, il n'a point ici b prétention de reproduire fidèlement les plus anciennes traditions ; elles ne sont pour lui qu'un thème sur lequel il joue de brillantes variations. Nous noterons seulement qu'il place les quatre âges avant le Déluge. Telle n'était point la pensée du vieil Hésiode.
Plus nous étudions la description qu'Hésiode fait des âges du monde dans les Travaux et les Jours^ plus nous en admirons et l'originalité et la concordance avec la Ge* nèse. Ce poëte n'invente pas, car il ne se comprend pas lui-même; il recueille d'antiques énigmes dont il n'a pas la clef. Que signifie cet âge d'argent qui devrait faire h transition insensible de celui d'or à celui d'airain , et oi les hommes , encore enfants à cent ans, finissaient briè-
* Le symbole des métaux se retrouve au Thibet et chef \» Mougols. Le deuxième âge du monde, qui commence à la créttî» de l'homme, a vu se succéder sur le trône de l'univers cinq soute rains : les rois de l'or, de l'argent, de TairaiD, du fer, et on et quicme dont on ne sait rien. Mais ce mythe bouddhiste est-il bia d'origine asiatique ? Ne provient-il point de la civilisation greoqoe, qui avait pénétré 80\xs\e& ^u^e^%%«\)x% d'Alexandre jusqu'en Inde?
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ment, dans la violence et l'impiété, une vie pleine de uleurs? Que fait, entre les mœurs sanguinaires des mmes d'airaiu et la profonde corruption de ceux de ', cette grande et belle époque des héros? Pourquoi iq âges, quand on n'en compte que quatre et dans irient et en Italie ? Ce qu'Hésiode ignorait, Moïse nous pprend , et il n'y a, dans le tableau du poëte païen, lur ainsi dire pas un trait qu'on ne puisse transporter ns une histoire du monde Primitif.
Pour que l'accord soit complet entre Hésiode et Moïse, ne manque au poème qu'un fait : le Déluge. Or Apoliore et Proculus nous disent que, d'après les plus anmnes traditions , ce fut la race d'airain qui périt dans \ eaux de ce grand cataclysme. La Grèce est donc sur point du même avis que l'Inde.
L'âge d'or où les hommes vivaient comme des dieux, empts de maladies, de soucis et de travaux, et mouient comme vaincus par le sommeil, c'est le Paradis, le [ups d'Adam et de Seth et la cité des Sethites. L'his- Ire de l'humanité s'ouvre en effet par l'innocence et r la foi, par la paix et par une demi-immortalité. Il est en vrai que cet état primitif se perpétue jusqu'au Défe et qu'il devient ainsi contemporain des âges subsélents. Mais il va en s'éclipsant de siècle en siècle, et il flSt, pour qu'il ait droit à la première place , qu'il ait mmencé avant les autres.
L'âge d'argent nous précipite en quelque manière du il dans l'enfer. Mais aussi telle devait être précisément différence entre la cité des Sethites et celle des Caïnii. La Genèse se tait sans doute sur les crimes, les soufmces et la longévité des descendants du Fratricide, •utefois, il est facile de suppléer à son silence. Le péé engendre la mort et le vice hâte sa venue. Les Gaies auront donc vécu beaucoup moins \o\\gV^\v\\>s i.^^
les Sethites. Mais leur développement physique se serat-il accéléré à mesure que leurs jours étaient raccourcis? Ou la loi qui régissait alors la nature humaine serat-elle restée immuable, et leur existence aura-t-elle offert une saisissante opposition entre la lenteur normale de leur croissance et la brièveté extraordinaire de leur \ie? C'est ce que nous n'aurions osé décider, et ce qu'Hésiode nous apprend, quand il nous dit que dans Tâge d'argeot on était encore à cent ans un grand enfant près de sa mère, et qu'on mourait après avoir à peine atteint l'adolescence. Cette tradition est à notre avis Tune des plus merveilleuses du paganisme ; car, dans Hésiode, elle est isolée, étrange, inexplicable ; elle n'a de sens que dans la double supposition d'une longévité réguHère de huit à dix siècles, et de quelque effroyable chute qui l'a brusquement abrégée des trois quaits, et le poëte grec ue parle ni de l'une ni de l'autre. Nous ne concevons pas comment, en présence de ce témoin-là , qui jette à son insu la plus vive lumière sur un des points en litige les plus importants, on peut nier encore ce que la Genèse nous dit de la longue vie des patriarches antédiluviens.
L'âge d'airain répond exactement à celui deTubalcaïn, le forgeron, de Léemec, le vengeur, et des Néphilim, les tyrans, auquel met fin le Déluge de Noé, d'Ogygèson de Deucalion.
La justice reparaît , d'après la Genèse et d'après Hésiode, dans l'âge suivant, qui ouvre une ère nouvelle el reproduit, mais avec beaucoup plus d'ombre, le brillantiableau de l'âge d'or '. C'est le temps des Noachidesetdes Sémites; c'est celui des demi-dieux ou des héros, qui se
1 II faut distinguer le second paradis des Noachides dans les vallées du Liban (voir uotre seconde partie, livre !«»"), et les temps de souffrances quV ont %\x\V\\«i\As^«t^vi\i»
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prolonge chez le poêle grec jusqu*à la guerre de Troie. Celle période de relèvement, par lu même qu'elle interrompt la marche régulière de la dégénérescence humaine, ne peut être une vaine fiction. Quand on fait tant que d'inventer une progression, on ne la brise pas à plaisir. Aussi l'âge des héros ne reparaît-il nulle part en Grèce ni ailleurs depuis Hésiode.
Son cinquième âge, qu'il nomme de fer, est celui-là même au milieu duquel il vit ; siècle de souffrance et de corruption, qu'il voit empirer dans l'avenir et aboutir à une grande destruction, après laquelle reviendront les temps meilleurs d'un sixième âge, sur lesquels il ne s'explique pas.
Nous avons indiqué plus haut le sens du mythe des Orphiques qui comptaient six âges du monde, gouvernés chacun (comme dans le bouddhisme) par un dieu diSërent.
Nous rappellerons ici les principaux traits du tableau Que Platon, dans le Politique^ trace du règne de Saturne : « Les nourrissons de Saturne n'avaient point de cité ( ni de famille) ; ils cueillaient en abondance |des fruits que li'avait point produit la culture ; ils couchaient en plein ^\v sous un ciel tempéré et sur des lits d'une herbe tendre et épaisse, entourés d'animaux qui ne se faisaient point •a guerre, et avec lesquels même ils conversaient. Leur fâicité était mille fois supérieure à la nôtre, et ils n'aient que Dieu pour souverain.» Ce règne de Saturne a fini par une immense révolution physique dans laquelle aui^ient péri tous les animaux, et qui a été suivie du règne de Jupiter ou des temps postdiluviens et historiques.
Nous passons de Grèce en Chine sans que le fil de la tradition se brise entre nos mains.
Les Chinois se sont fait une philosophie de l'histoire, qui est fort curieuse. Le cours des empires w*esv ^a>\v
eux pas moins périodique que les révolutions célestes, et c'est ce qui a donné lieu à cette formule des empereurs : Nous que le Ciel par ses révolutions a destinés d l'empire. Ces périodes sont au nombre de cinq, selon le nombre des éléments qui sont le bois, le feu, la terre, le métal et Teau. On n'est d'ailleurs point d'accord sur l'ordre dans lequel les éléments et les âges se suivent. L'o^ dre qui est généralement admis pour le monde actuel commence par la teiTC et finit, selon la croyance unive^ selle, par le feu. Mais les âges du monde Primitif sont rangés d'une tout autre manière.
Pour comprendre le sens que les Chinois donnent à chaque âge, il faut savoir quelles idées s'associent dans leur esprit a leurs éléments, qu'ils ont fait correspondra avec les couleurs, les saisons, les points cardinaux, les prodiges, les planètes et les vertus.
Au bois correspondent : le vert, le printemps, l'orient, l'apparition d'un dragon vert, l'extraordinaire vigueur et beauté des végétaux, la planète de Jupiter et la charité.
Au feu : le rouge, l'été, le midi, l'apparition d'un corbeau changé en feu, l'astre enflammé de Mars et les cérémonies de la religion.
A la terre : le jaune, la saison moyenne de l'année, k zénith , l'apparition d'un grand dragon jaune et une grande abondance des biens de la terre, Saturne, et la foi avec la sincérité.
Au métal : le blanc, l'automne, le couchant, Targenl regorgeant de lui-même des mines , et des aninuios blancs, Vénus, et la justice qui châtie avec le métalie criminel.
A l'eau : le noir, l'hiver, le nord, des pluies abondanles, et la rupture des digues, Mercure, et la prudence'.
* rhou-king. Notice sur VY-K\ny; vi"i(vvavt\\ics df Visticloii.
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L'ordre dans lequel nous venons d'énuniérei* les éléments est celui qu'on assigne unanimement aux ilges du monde Primitif, et nous y lisons en effet toute son histoire.
Le premier âge, Tâge d'or d'Hésiode, est celui de Vùrient et du printemps de l'humanité, du Paradis avec sa magnifique végétation , et de la vertu suprême de la chariUqne le Saint rétablira à la fin des temps sur la terre.
L'âge du feu a été signalé par deux grands faits : le fléau du fm sous Gain et Méhujaël, et l'établissement du ruiff' sous Seth et Énos d'une part, sous Méthusçaël d'autre pail .
Pendant l'âge de la terre, a brillé la foi d'Hénoc, ei le sol produisait en abondance toute espèce de fruits. C'est le beau temps des Sethites et des Gainites, leur zêniih.
Vient ensuite l'âge des Néphilim , celui d'uirain dans Hésiode, celui du tnélal en Ghine ; les métaux semblent accourir d'eux-mêmes sur les enclumes des Tubalcaïnides. Mais déjà le monde est à son aulomne et incline vers le couchant: déjà \2i justice divine exerce ses vengeances sur les coupables.
Enfin vient l'âge lugubre et noir de l'eau , des pluies diluviennes, de la rupture des sources du grand abhne ; c'est l'hiver du premier monde, et l'homme prudnu seul a ^bappé à la ruine universelle * .
> Voici d'ailleurs en quels termes les écrivains chinois parlent des ptemiers temps du monde : « Alors il n'existait ni mort, ni fléaux, i)i maladies. Le ciel et la terre répondaient aux vœux de l'homme ; les saisons suivaient leur cours régulier ; ni les vents, ni les pluies iHî rayageaient la terre ; tous les fruits naissaient spontanément et ^ abondance. L'homme habitait avec les bètes, et tous les êtres ne armaient que comme une seule famille. L'àme de l'homme, éloignée di: tout déguisement, était d'une admirable simplicité, et les passions ^(? faisaient pas entendre le plus léger murmure. C'était le grand ^9mp$ de la nature parfaite, le tiècle de la parfaite verlu, l'état de 1^ grande unité. » ( Ssé-ma-tsieo, Lopi, etc., dans Sionnet, p. 41 sq. Comp. mémoires, 1. 1, p. 106 sq.)
T. IL
Le mylhe japonais sur l'histoire du inonde flotte entre ceux des âges cosmiques et ceux des règnes divins. Nous le plaçons ici pour ne pas isoler le Japon de la Chine.
Les Sintoïstes divisent l'histoire fabuleuse du monde en trois périodes, cosmogonique, humanitaire, nationale.
i" La première est celle des Sept Esprits Célestes qui ont régné oisifs^ pendant des centaines de mille millions d^années, depuis les temps du chaos jusqu'à la naissance de la terre actuelle qu'a engendrée le septième et dernier Esprit.
2« Vient ensuite la période des Cinq Esprits Terrestres, dont le premier a gouverné le monde jusqu'au Déluge, f^ et dont les quatre autres l'ont fait postérieurement au cataclysme pendant les temps typhéens.
' 3" La dernière période est celle de la race actuelle qo/ j est issue du dernier des Esprits Terrestres , sans qu'on f explique comment ce dieu a produit des êtres aussi différents de lui, aussi dégénérés, aussi misérables <.
En passant de la deuxième période à la troisième, ofl sort des mythes traditionnels, qui s'interprètent par ceux de tous les peuples, pour entrer dans un monde dépures ^« fictions et de contes fantastiques. L'histoire certaine des Japonais ne commençant que vers l'an 660 avant Jésos- Christ, il y a dans leurs annales, depuis la fin des v&bs!^ des Noachides jusqu'à cette date, une immense lacaie que quelques-uns de leurs écrivains ont comblée avec les Fo-hi , les Hoang-ti, les Yao de la Chine, et qui co^ respond à la vie nomade et sauvage que les ancêtres de cette nation auront menée tant sur le continent asiatique que dans leur archipel*.
* Gœrrès compare à tort ces trois périodes, qui, ramenées à ktf vrai sens, sont de la bonne et saine tradition, avec les trois dyn*** (les fables chinoises : les Tien-hoang, les Ti-hoang et les Gien-hoUf-
« Kœmpfer, 1. 1, p. V^'S sc^.
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Les Mexicains, qui doivent probablement à des missionnaires bouddhistes une partie de leurs croyances et de leurs pratiques religieuses, ont les trois mêmes âges du feu, de l'eau et du vent que les peuples d'Asie qui adorent Bouddha. Mais ils ont fait précéder ces âges de celui de la terre. Ils ont d'ailleurs en commun, avec les Hindous, les Grecs et les Latins, le nombre de quatre âges, et leur division en trois âges antédiluviens et un âge postdiluvien.
Le mythe mexicain a été altéré par le désir de donner de vastes proportions aux temps , aux faits et aux personnes du monde Primitif. Chaque période finit par une destruction presque complète de la race humaine, que suit une palingénésie de la nature entière, et les 1656 ans qui, d'après la Genèse, séparent le Paradis du Déhige, se sont transformés en 48,028 ans, divisés en âges de moins en moins longs. Le premier est de 5206 ans ; le deuxième, de 4804 ; le troisième, de 4010, et le dernier de 4008. On n*a pu découvrir jusqu'ici les nombres premiers qui expliqueraient ces chiffres. Mais les Mexicains, dont le siècle n'est que de 52 ans, et pour qui 13 est le chiffre sacré, avaient une autre tradition d'après laquelle ces âges avaient duré 689 ans (13x52, plus 43 ans pour la durée de la catastrophe), 364 (7X52), dis (6x52), et 52 ans, ou en tout 1417 ans, soit 109 indictions de 13 ans, soit 3x9 siècles de 52 ans -H 13 ans.
Le premier âge est c^lui de la terre, Tlaltonaliuh, ou Celui des géants, Tuinametin (Réphaïm). L'humanité, peu Nombreuse encore, est représentée par un homme et une femme à droite, et par un homme isolé à gauche, qui ont les trois, dans une main, des fruits ou des épis coupés, «n mémorial de la vie de nos premiers sueux , et dans l'autre une hache, signe de la civilisation nms^wx.^. ^<&
cycle finît par une famine de treize ans ; le génie de la disette, qui porte un chapelet, se précipite du ciel sur la terre pour en arracher l'herbe et les fleurs. On ajoute que cette famine a fait périr la première fçénération des hommes ou des géants, et que ceux qui échappèrent furent dévorés par ces tigres (solaires) dont les Mexicains redoutaient l'apparition à la fin de chaque cycle, et qui sont le symbole d'une dévorante sécheresse.
L'âge suivant est celui du feu, Tletonatiuh, ou l'âge rouge^ et il correspond ainsi pleinement au second âge chinois, qui est aussi celui de la couleur rouge et du feu. Le dieu du feu descend sur la terre, commç le fait Vulcain dans le mythe des Pélasges de l'Attiqu^ Dans l'embrasement général tous les hommes fiu^ent convertis en oiseaux (symbole des âmes), excepté un homme et une femme, qui se sauvèrent dans l'intérieur d'une caverne.
Ldge de Veau, Atonatiuh , voit la déesse de l'eau s'avancer à son tour vers la terre. Une grande inondation fit périr les hommes qui fm^ent convertis en poissons. Goxcox seul, avec sa femme Xochiquetzatl, se sauvèrent dans le tronc d'un cyprès chauve couvert de feuilles et flottant au milieu des eaux.
Lâge quatrième est celui du vent ou de l'air, Ëhecatonatiuh. Une divinité, qu'on suppose être celle de Fair» descend avec une faucille, qui désigne l'ouragan, déracinant les arbres comme si on les avait coupés. La plupart des hommes périrent ; quelques-uns furent changés en singes (qui sont l'emblème des Postdiluviens devenus sauvages). Deux seuls hommes échappèrent à la mort dans une caverne. L'emblème de l'air et de son cycle est le silex.
Cet emblème s'explique par une autre tradition mexicaine, qui est relative à l'histoire de notre monde postdiluvien , et qu\ cota^v^ vcov& À^es depuis le grand cata-
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lysme jusqu'à l'incendie final ^ Après l'âge de l'eau et inondation de Coxcox, qui fit périr une race de géants, st venu celui de l'air. Il se termina par d'épouvantables smpétes, et par une nouvelle destruction du genre hulain. La terre fut repeuplée par un silex dont avait acouché une déesse , et qui , en tombant du ciel sur la erre , se brisa en morceaux d'où sortirent seize mille éros. L'un d'eux, Xolotl, alla dans l'enfer chercher les >s d'un des hommes qui avaient péri dans le Déluge. Les léros arrosèrent de leur sang ces os, qui produisirent le :enre humain , et Xolotl, après avoir fait périr tous les léros, se tua lui-même. Telle fut la fin de l'âge de l'air, ^lui de la terre, qui dure encore, se terminera par d'afreux tremblements de terre. Le dernier âge sera celui lu feu et de l'incendie universel.
Si nous voulions rechercher les âges du monde chez es peuples qui ont la chose sans le nom , nous ferions iertainemenl une ample moisson dans les deux Mondes. lùus rappellerons seulement ici les mythes des ScandilaveSy ceux des Slaves, celui de Manabosho. Mais il n'en ist peut-être pas de plus complets et de plus lucides que ^ux des sauvages du Brésil , et l'on est fort surpris de rouver d'aussi belles traditions chez des hordes qui rivalisent de dégradation avec les Nègres de l'Australie.
Le tableau suivant présente dans leur ensemble les Iges du monde et de l'humanité dont nous venons de faire l'analyse. A tout prendre , ces mythes et ceux des règnes des dieux n'altèrent pas plus les faits que ne le font de nos jours certaines philosephies de l'histoire. Seulement les modernes les mutilent sur des lits de Pro- CQste, tandis que les anciens sont des géants qui prêtent à toutes choses leur haute taille.
* D'après Bradford et Ternaax-Gompans, voyez Prichard, t. v, p. ^ de la tradaction allemande.