LIVRE DOUZIÈME
Nous avons achevé de constater les vérités que le peule Primitif avait reçues de Dieu par la révélation, celles u'il avait lues dans les saints livres de la nature , celles ue lui avait enseignées l'histoire, celles enfin qu'il avait •ouvées écrites dans son propre cœur. Il ne nous reste lus qu'ù rechercher quel était le culte qu'il rendait à ieu aux temps de -la Dispersion.
Ce culte était, pour tout dire en deux mots, patriarcal diluvien.
Patriarcal. Le patriarche réunit sur sa tête l'autorité ^naestique du père l'autorité civile du roi, l'autorité ligieuse du prêtre ; il est prêtre et roi , parce qu'il est re, et comme père il exerce un pouvoir sans contrôle r ses enfants et ses arrière-petits-enfants. Ce mode de nstitution sociale, qui repose tout entier sur l'autorité imitée d'un seul et la subordination de tous, peut ne s être en harmonie avec notre libéralisme moderne et fre théorie de la séparation des pouvoirs. Mais qui ne jette pas formellement l'antique tradition doit cown^- T. JJ. VT
nir que tel a bien été le gouvernement normal ' du peuple Primitif. Si le genre humain eût commencé par un irès-grand nombre d'hommes que Dieu eût créés simultanément dans la même contrée , ils auraient dû, pour vivre en paix, limiter par un contrat social leur liberté en vue du bien public, régler leurs droits respectifs, et instituer un tribunal pour juger leurs différents. Mais l'humanité étant issue d'un couple unique, et n'étant, à tout prendre, qu'une famille indéfiniment agrandie, c'est l'autorité paternelle et patriarcale qui doit nécessairement avoir été à la base de toutes les institutions sociales, tant civiles que religieuses. On peut même dire qu*une saine philosophie conduit à ce même résultât; car si toute histoire suppose un développement, et que les origines de tout développement soient un état à'cnreloppemenfy de latence et d'unité confuse, il faut que tous les pouvoirs aient été, pendant l'enfance de rhumanité, réunis indistinctement en un seul et même pouvoir, de même que les différentes activités humaines ne s'étaient alors point encore divisées pour donner chacune naissance à une classe ou caste particulière , et que toutes les nations existaient confondues en un peuple unique. Au reste, qui a jamais songé ù refuser à Seth, à Hénoc, à Noë, à Sem, le nom de patriarche? Melchisédec, qui clôt et résume le monde Primitif, n'était-il pas aussi bien roi que sacrificateur ; et Abraham, qui ouvre le monde Nouveau , avait-il un prince au-dessus de lui, un prêtre à ses côtés?
Le culte, en second lieu , était diluvien. Nous avons en effet vu quelle révolution morale le Déluge avait opérée
* Normal, car nous verrons que la société cainite, par suite d'un développement prématuré, avait traversé et dépassé cette forme | première de gouvememeiil.
ans le cœur des hommes, el comment il leur avait eneigné à craindre Dieu. Dans le Paradis, Dieu avait dit ans doute à Adam : c Au jour que tu violeras ma loi, tu nourras. > Mais la mort, avant le cataclysme, tardait telement à venir qu'elle semblait être une simple loi de la lature et peut-être même un bienfait plutôt que le salaire lu péché. Par la destruction du premier monde, Dieu fit romprendre aux hommes que ses menaces sont séiieues, qu'on ne se joue pas impunément de lui, que sa jusice est aussi insondable que sa patience, et que le pécheur s'expose à une mort prématurée, subite, violente, errible. Aussi la nouvelle humanité n'oublicra-t-elle plus )ieu ; la crainte de Dieu sera le fondement de sa religion, le commencement de sa sagesse , et si les siècles iuivants voient les nations, les unes après les autres, «'égarer dans les luxuriantes forêts de Tidolalrie, au noins n'iront-elles pas se perdre sans ressources dans es arides déserts de l'impiété.
Nous examinerons quels étaient chez le peuple Primitif, au temps de la Dispersion , les organes de Dieu auprès des hommes , les organes des hommes aupiès de Dieu, les lieux du culte, les temps du culte, les actes du culte, les obligations morales, el certaines foinies exceptionnelles de la haute dévotion.