‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 119 sur 158 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lies Prophètes.

Si toute religion est le résultat de deux facteurs, l'un divin, la révélation, Tautre humain, la foi , il faut avant tout rechercher quels étaient les organes, les ministres par lesquels Dieu se révélait au peuple Primitif.

11 se révélait à lui par des voyants et par des prophétns*, \je voyant reçoit directement de Dieu, qui lui apparaît dans Textase ou dans des songes, des ordres, des promesses, des menaces, qui le concernent pei'sonnellement, et qu'il se borne à transmettre à sa famille. Le prophète, qui est supérieur au premier, a la mission de faire connaître à tout le peuple la volonté de Dieu, et de la lui rappeler constamment par ses discours ou par la prédication. Hénoc fut un prophète, Noé. un prédicateur de la justice ; les Arabes leur associent le Sémite Héber, le plus illustre des ancêtres d'Abraham. Le père des Hébreux était plutôt un voyant; leur premier prophète, Moïse , n'apparut que quatre ou cinq siècles plus tard pour fonder leur culte et leur État.

* T/ Ancien Testament distingae : le voyant, roeh ; le prophète, NABI, celui dont les disccurs jaillissent de son cœar et de ses lèTWi comme une source, comme un fleuve, et khozeh « celui qui voit !'•• venir dans de grandes et complexes visions. Ces trois mots résmnsBt toute l'histoire de \a proigiViéXie depuis Abraham à Daniel et Ur charie»

L'exemple d'Hénoc et de Noé semble indiquer que penmt Tenfance de rhumanité, et conformément à l'esprit méral de cette période , la charge de prophète était mfiée à ceux qui, en leur qualité de patriarches , posdaient déjà la royauté et le sacerdoce. Ces fonctions, li se confondaient alors au point peut-être de n'avoir is encore de noms spéciaux pour les désigner, devaient 3ndant la période subséquente se distinguer nettement, , donner naissance à trois autorités indépendantes l'une 3 l'autre, pour se réunir plus tard de nouveau sur la ite du Christ, qui est à la fois roi, sacrificateur et pro bète ^ Mais ce développement normal de l'humanité ne est produit que chez les Hébreux. Les autres nations étant toutes mises à adorer des faux-dieux, l'Éternel !S abandonna à elles-mêmes pour les ramener à lui par I douleur, et s'il eût continué à se manifester à elles , îs révélations auraient passé au compte des idoles et drroboré les peuples dans leurs erreurs. Mais les païens onservèrent dans leurs égarements trois choses : le souenir des prophètes primitifs, le besoin de nouvelles prohéties et la faculté de prophétiser.

1 Je toache ici en passant à Tun des grands problèmes de This- )ire : Jésus-Christ ramène l'humanité à son point de départ ; le oyaume des cieux quMl fonde sur la terre est le paradis de l'âge )ûr, comme le paradis était le royaume des cieux de l'enfance, et Évangile doit un jour réunir en une pleine et riche harmonie toutes is facultés de l'âme, toutes les classes de la société, toutes les autoités, toutes les nations, qui étaient originairement contenues dans ne unité chaotique, et qui, plus tard, ne se sont distinguées que oor s'isoler, se fiiire la guerre et se détruire. C'est là le sens de la aerificature de MelchisédeCy que nos Livres saints opposent à celle 'ÂaroD, et attribuent à Jésus-Christ. Melchisédec est ici le représDtant de l'humanité primitive, et Jésus ouvre une ère nouvelle ai doit aboutir à la parfaite réconciliation de la royauté et du icerdoce, ainsi qué^de la prophétie.

Je dis : la faculté de prophétiser. Il n'en est sans doute pas fait mention dans les traités de psychologie. Mais s'il est une science incomplète et pleine d'çrreurs, c'est bien certainement celle de Tâme. Personne n'a encore soumis à une étude sérieuse le sens religieux, ou la faculté de la loi par laquelle Tâme, se repliant sur elle-même et s'isolant en quelque manière de son corps, se met en rapport avec Dieu, qui répond à ses prières, qui lui communique de son Esprit, qui la sanctifie , l'illumine , quî lui donne la puissance d'agir immédiatement sur le monde physique, qui lui révèle l'avenir. S'il n'y avait pas dans la nature propre de l'homme une certaine capacité de découvrir les choses futures. Dieu n'aurait pu lui en donner la connaissance. Le don suppose une main qui le reçoive, qui le saisisse; la lumière, un œil qui s'ouvi-e à elle. Cet œil de rintelligence paraît s'enlr'ouvrir, hors I de la sphère des choses surnaturelles , non-seulement dans l'extase, mais aussi pendant ce sommeil magnétique où l'ame découvre des choses qui lui sont cachées dans la veille.

Privées de la prophétie, quelques nations païennes, telles que les prosaïques Chinois , en prirent aiséraenl leur parti. Mais la plupart furent comme tourment^Vs par une soif ardente de révélations divines , et comme rien ne venait du ciel l'apaiser, elles devinrent les victimes de l'hallucination : elles crurent aux faux prophètes qui sortaient de leur sein , s'obstinèrent à adorer des dieux-Verbe, et quelques-unes se constituèrent conformément à de soi-disant lois divines que leurs grands dieux leur avaient révélées. En Grèce, les prophètes passaient pour les inspirés d'Apollon *. Les uns étaient des prêtres, comme Calchas ; les autres des guerriers.

* Voyez le passage c\as«v<\\x^ ^^ V^\x%^w, i^ 34.

comme Hélénus, fils de Priam ; ou des femmes, comme Cassandre. Le type grec du prophète est Tirésias. L'inspiration réelle ou simulée était héréditaire chez certaines familles telles que les Jamides. La prophétie sporadique subsistait encore, entourée de respect , aux temps de Léonidas et de Mardonius. Mais elle succomba sous la réprobation générale, qui Taccusait d'une criminelle vénalité. Quel saisissant contraste entre celte chute honteuse des devins de la Grèce, et la gloire croissante des prophè les hébreux, dont les regards pénétraient de plus en plus avant dans les profondeurs de l'avenir, et dont les écrits exciteraient notre admiration par la magnificence de leur style, si elle n'était pas comme éclipsée par la vérité de leurs oracles !

Cependant l'inspiration extatique n'était point le seul moyen que les païens possédassent de connaître l'avenii' et les choses cachées; ils avaient à leur disposition le sommeil magnétique. Ils y eurent recours des les temps les plus reculés. En Grèce, du moins, les interprètes des Songes, comme Amphiaraiis, sont aussi anciens que les devins, et V incubation ou la pratique de passer une nuit ou plusieurs dans un temple pour obtenir du dieu une révélation, était en usage en Egypte connne en Grèce et en Italie.

Mais les songes et l'extase ne se produisent pas a volonté, et rhomme a constamment besoin de connaître à l'avance l'issue de ce qu'il entreprend. Pour satisfaire à ce besoin , on abusa de la saine et primitive doctrine de la Providence, ou l'on poussa jusqu'à ses dernières conséquences Terreur panthéiste, et l'on se dit que, puisque Dieu dirige toutes choses, les plus insignifiantes en appai^ence comme les plus importantes , ou puisque tout est Dieu , il n'est rien dans la nature , rien dans la société humaine , rien dans les actes individuels c\u\ w^ y^\$&^

servir à faire connaître la volonté divine à qui la recherche dans un esprit de prière. On en vint ainsi à prédire Tavenir par le vol des oiseaux, par les entrailles ou par le sang des victimes, par les chevaux, les serpents, les abeilles, par les arbres, par les éléments, paries sorts.

Tous les modes de divination que nous venons d'indiquer tiennent, par leurs dernières racines, à la foi au vrai Dieu , telle que Tavait léguée aux païens le peuple Primitif, aux facultés les plus mystérieuses de Tâme humaine et aux souvenirs de la prophétie patriarcale. On ne peut en dire autant de la nécromancie, ici Tâme se détourne tout entière de la lumière d'en haut pour plonger ses regards dans les ténébreux abîmes des enfers.

La divination par les morts ou par les dieux pril une forme régulière et stable à mesure que les peuples païens se constituaient d'une manière définitive. L'Egypte et la Chaldée comptaient parmi leurs prêtres un ordre permanent de prophètes. Les druides et les prêtres des Porusses et des Slaves prédisaient l'avenir. Auprès des rois Scythes étaient des devins. Il n'est pas jusqu'aux sauvages qui n'aient leurs prêtres devins, leurs somers. Mais la prophétie officielle et titrée jouissait natui'eilement d'un bien moindre crédit que roi*acle que le dieu rendait lui-même dans son temple.

Nous distinguerons à notre point de vue trois classes d'oracles : ceux des théothées (Zeus à Dodone, Apollon à Delphes et ailleurs, Esculape à Épidaure , Amoun dans son oasis, Sérapis dans toute l'Egypte, Baalzébub à Hécron) ; ceux des physiothéesoudes déesses (Isis, Astarté. à Chypre Vénus), et ceux des morts. Les premiers étaieni censés révéler l'avenir au nom de Dieu , les seconds au nom de la nature, \^% vtov^\^w\^% au nom des mânes.

L'âme plaçait sa confiance ici dans les enfers, là dans les choses matérielles, et là dans la Divinité même.

Quant aux Sibylles , nous savons qu'elles étaient les images altérées d'une seule et même Sibylle , qui est la grande prophétesse Eve.

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