‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 12 sur 158 · VIII. Bonheur, amour et hymen d'Adam et d'Eve · texte numérisé non relu

VIII. Bonheur, amour et hymen d'Adam et d'Eve

Dans le langage symbolique des prophètes hébreux, |: le MYRTE, qui aime les lieux bas , humides et abrites, qui reste vert toute l'année et qui répand un parfum agréa-

« D'Orbigny, t. il, p. 159, 436; t. m, p. 12, 23. « Schoolcraft, t. il, p. 13S.

T. II

ble, figure l'Église humble, paisible , toujours pleine de sève et exhalant la charité et la sainteté.

L'Église, c'est le royaume des cieux sur la terre, c'est le Paradis recouvré. Le symbole de l'Église doit donc convenir au Paradis. Or Éden a été témoin , avant la chute, du premier amour, du premier hymen ; la mort en était bannie, et le serpent s'y est glissé eu secret. Le myrte pourrait ainsi figurer, au point de vue biblique, l'amour, l'hymen, l'immortalité, et cependant être en rapport immédiat avec le mal. Mais ce sont là précisément tous les sens qu'a cet arbuste dans le langage symbolique de l'Antiquité païenne.

Ce serait donc en mémoire d'Eve , la première vierge et la première épouse, que la jeune fille se couronnait autrefois et se couronne encore, au jour de ses noces, de ce myrte que les Grecs disaient virginal *, et que repoussait cependant la chaste Diane.

Si le myrte est consacré à Vénus, c'est que Vénus est la riante déesse de la nature et de l'amour, que jamais la terre n'a souri avec plus de bienveillance à l'homme, et que jamais l'amour n'a été plus pur et plus tendre que dans le Paradis.

Et si dans plusieurs fables le serpent habite parmi les myrtes, c'est qu'en effet le Tentateur, le Dragon ancien, avait pénétré dans le jardin d'Éden.

Nous verrons bientôt le myrte occuper une place importante dans les mythes d'Hippodamie , d'Ops , de Smyrna, qui ont trait à la chute d'Eve.

Enfin le myrte, dans les jeux funèbres et sur les tombeaux, est une protestation contre la mort au nom de cette immortalité que possédait l'homme avant la chute.

Mais pourquoi Vénus aurait-elle présidé seule à l'hy-

•* Aristoph. Oiseaux, v, 1099.

men de la première vierge, et les autres divinités ne seraient-elles pas venues s'asseoir toutes au banquet de ces noces , parmi les myrtes du Paradis ? Hésiode parle d'un temps où « les hommes et les dieux avaient en commun festins et demeures ; » et Pausanias dit de même que « les hommes des temps Primitifs étaient, à cause de leur justice et de leur piété, les hôtes et les commensaux des dieux*. » Les Éoliens racontaient que tous les dieux avaient honoré de leur présence la noce de Pelée, l'homme à" argile, et de Thétis, la mère du héros protévangélique qui n'était vulnérable qu'au talon. Ces noces sont toutes pareilles à celles de Cadmus et d'Harmonie, ù celles de Cérès et de Jasion.

Que les dieux descendent vers l'homme ou que l'homme monte vers les dieux, le sens du symbole reste le même. L'Adam des Lydiens, Tantale, fiit le commensal de Jupiter, et Jupiter avait confié ses secrets à Sisyphe, l'Adam des Corinthiens *.

Ce qu'Hésiode dit des relations intimes qui existaient jadis entre les dieux et les hommes, me rappelle un mythe des Watjé, un des peuples nègres de la Guinée. Leurs ancêtres ( et ce récit a pour eux un grand prix) avaient habité sur une haute montagne d'où ils entendaient à une grande hauteur dans le ciel des sons pleins de douceur et de charmes. Un jour ils virent descendre du ciel sur leur sommet une chaîne, par laquelle quelques hommes célestes vinrent vers eux. Ces étrangers leur racontèrent beaucoup de belles choses de leurs demeures , et mani-

^ Testèrent en même temps l'intention de s'établir auprès

^ d'eux si la paix et l'union régnaient sur leur montagne ;

f. * Paus. viu, 2.

s Le Rig-Véda connaît aassi Temblème d'un dieu s'asseyant à la table d'un mortel , et d*un mortel prenant place sur le char d'un

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