VI. L'AGE d'or
Un des quatre fleuves du Paradis, le Pison, traversait n pays abondant en or ainsi qu'en pierres précieuses. [ de la première page de nos saintes Écritures nous issons à la dernière , nous y voyons douze sortes de lerres précieuses orner les fondements de la Jérusalem 3leste, dont la grande place était d'or pur, mais d'un or :range qui aura la transparence du cristal. L'or, aurum, ent en e£fet de près, dans notre esprit, à Vaurore, à la imière, et la lumière est le symbole de la pureté, de la 3rité et de la vie. 11 n'est donc point surprenant que les recs, les Latins et les Thibétains aient comparé au plus ur des métaux la piété et le bonheur des premiers homles. Les Scandinaves connaissaient aussi ce symbole; lais il a subi de grandes transformations dans l'esprit de 3S peuples avides de trésors. Ils ont pris le mot d'or dans )n sens propre, et ont imaginé que dans les premiers imps du monde les dieux étaient tout occupés à travail- T les métaux, et qu'ils jouaient innocemment avec les es ou les disques d'or qu'ils avaient forgés. Cet heureux împs dura jusqu'à l'arrivée de trois filles des Géants, ui éveillèrent, on ne sait comment , dans le cœur des ses, la passion de l'or. Mais après l'incendie du monde résent, on retrouvera sur la terre nouvelle, dans le ga- )n, les disques d'or, ou, en d'autres termes, alors re- Dmmenceront les jeux et les joies du Paradis. Cepenant cet or des Ases , qui faisait leur bonheur et qui a iusé leur chute, est devenu dans les poésies mythiques es Germains et des Scandinaves le fameux trésor que ardait le serpent Fafiiir, et qui a passé par Siegfried ux mains des Nibelungen , dont il a amené la ruine »tal6.
Mais ce trésor, ce serpent et Siegfried ne sont qu'one variante du mythe colchidien de la toison d'or qui était confiée a la vigilance d'un dragon qui périt par l'épée de Jason. La ressemblance entre ces deux mythes est si complète quelle ne peut plus s'expliquer par le commun berceau de tous les peuples ; il faut qu'il y ait eu des liens très-étroits de parenté entre la Scandinavie et la Golchide ; et, en effet, les Ases de la Baltique étaient venus du Caucase, des régions limitrophes des terres d'Aétès et de Médée.
VIL Les deux arbres.
Les Hébreux seuls avaient conservé le souvenir distinct de l'arbre de la connaissance du bien et du mal qui avait occasionné la chute de l'homme , et de l'arbre de vie qui devait communiquer à l'homme fidèle des forces divines, mais que Dieu avait soustrait à la race déchue, sans toutefois le détruire. Salomon avait retrouvé ce dernier dans la sagesse divine qui restaure et sauve ceux qui Vemhrassent^f etsaint Jean, à la fin de ses visions apocalyptiques, le vit chargé de fruits sur les bords du fleuve de la Jérusalem céleste. Mais chez les païens, tantôt les deux arbres se confondent, et celui de la science se transforme en la source de la vie, tantôt l'un des deux disparaît complètement, tantôt enfin on les a remplacés plus ou moins arbitrairement par quelque arbre à fruits de la flore locale. La Chine seule se rapproche de la Judée par l'intégrité de ses traditions : elle se souvient de deux arbres, de la défense de Dieu et de la désobéissance de l'homme.
En Inde, où la science était en très-grand honneur, le
* Prov. m, 18.
g-Véda nous parle, sous le double nom de Pipala et I Patha, d'un arbre de la science sacrée dont les fruits mneut la vie*. Dans le mythe du Mérou, les quatre fleuîs jaillissent des racines du Jambon, pommier rose giintesque, qui communique la science et procure Tac- ►mplissement de tous les vœux. Les bouddhistes Tapîllent Zambou, et ajoutent qu'il produit TÂmrita. En line, Tarbre Jo-mou ou Pou-sang est l'arbre divin d'oiissance, d'où sort le soleil, et qui a dix fleurs, dont la mière éclaire ce bas monde.
A Ceylan , sur le pic d'Adam, croît un cyprès sacré l'on dit être descendu du ciel ; une de ses feuilles vous ndrait votre jeunesse, mais il n'en est jamais tombé le à terre.
L'arbre d'où Netpé verse l'eau salutaire est bien l'arme de vie du Paradis. Les Égyptiens avaient cru le remnaître dans le Perséa et dans le Sycomore. Les Scandinaves avaient oublié l'arbre, et gardé ses uits, qui seuls préservaient les Ases de la vieillesse, et li étaient confiés à la plus aimable des déesses, Iduna, déesse de l'éternelle jeunesse et de l'immortalité, la ';esse qui n'a point de père , point de commencement, épouse du dieu de la poésie.
Sur les cylindres de Babylone et de Perse, sur les moiments de Ninive, se voit un arbre mystique que des eux gardent ou que des hommes adorent, et qui tantôt, nple fiction , a des fruits coniques semblables à des )mmes de pin, tantôt a l'apparence d'une plante réelle, li doit être cet Amome d'Assyrie dont Vii^le parle »mme naissant en abondance dans les âges d'or.
1 Voyez plus haut, 1. 1, p. 433, où le Pipala est remblème toujours îmblant du monde. Tout ce qui concerne les arbres sacrés de nde est encore fort obscur.
L'amome est le haoma du Zend-Avesta, le tomain ^
Rig-Véda (qui est aujourd'hui un asclépias^ dont le suc, ï-*-
mêlé à celui d'autres plantes , forme une boisson eni- ^
vrante). Ce hom est un principe de santé et de science, n
une source de pureté et de vie. On voit dans le Rig-Véda '^'
la foi dans cette boisson mystique s'accroître avec les ^^
âges, de même que l'Église chrétienne a de siècle en siè- ^>
cle attribué au sacrement eucharistique une efficacité et '^^
une sainteté plus grande. Les poètes védiques ont fini "^
par faire de la Libation un dieu qui voit tout^ qui soutient 5ei
tout, quoiqu'il ait été purifié sur le filtre ; qui est la boisson '^
chérie des dieux et donne aux hommes Vimmortalité ; qui a
les aime comme une épouse ; qui s'unit à eux pour les soU" ^
tenir; qui est la vie du monde, le roi de l'univers, le roi r<
des dieux comme des mortels , le père du Ciel et de la ^
Terre, le père même d'Indra et de Vichnou *. C'est ainsi »«
que, plus hardis que les autres peuples qui se bornaient ^
à révérer dans tel ou tel végétal la pâle image de l'arbre ^
de vie, les Ariens prétendaient l'avoir retrouvé dans l'a- ^
lûome, dont ils préparaient et buvaient le suc avec toute s
espèce de cérémonies. Ils anticipaient ainsi sur le temps lai
où le Messie donnerait aux croyants le vrai pain de vie et ïe
la vraie eau vive , et plusieurs siècles avant la Sainte- ^ Cène, ils en célébraient une fausse qui annonçait celle qui devait venir. L'une et l'autre d'ailleurs remontaient par leurs dernières racines jusqu'au Paradis ; car l'arbre de vie y était le type du sacrement eucharislique.
En Amérique, l'arbre de vie des Mexicains est l'arbre
à lait. Celui des Péruviens est le coca, arbuste qui leur 1
fournit leur principale nourriture, mais qui, prise en ^ trop grande quantité, enivre comme l'opium. Cette plante est tellement nutritive, d'après M. de Tschudi*, et si
* Rig-Véda, t. IV, p. 16. 28. 34. 61. 64. 71. 89. 128.
• T. II, p. 299.
alutaîre , que les vieillards de cent trente ans ne sont ►oint rares chez ce peuple. Au temps des Incas, on ne aisait pas un sacrifice, on ne commençait pas une cnlrc- >rise, on n'adressait pas aux dieux une prière, sans briier ou sans offrir du coca ; les prêtres en mâchaient penlant le service religieux ; le mort ne pouvait espérer un )on accueil dans l'autre monde s'il n'en avait pas une ëuille dans la bouche, et l'on adorait même cette plante, jhez les Guarayos l'arbre consacré est le tuirenda aux leurs purpurines. Celui-ci se confond avec le Llagdigua les Mbocobis que nous avons rangé parmi les emblèmes lu monde, et il nous paraît fort probable que les deux irbres mystiques et historiques du Paradis ont fourni la 3remière idée de l'arbre cosmique. Les Puelches ont un respect superstitieux pour un acacia épineux aux rameaux rabougris et tortueux, qui seul s'offre à leui's regards dans l'immense solitude du désert : c'est l'arbre lu Gualichu, ou du démon*.
Les Algonquins parlent d'une « racine ou souche, qui a sauvé les vies d'une grande ville qui était dévastée par une peste. Le serpent est fait, ajoutent-ils, pour la montrer à l'homme*. > Ont-ils peut-être confondu le serpent séducteur avec le serpent symbole du Dieu sauveur ?