‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 140 sur 158 · MALAIS · texte numérisé non relu

MALAIS

Lorsque les eaux se furent retirées, le pécheur avec sa famille s'établit sur la plus grande des îles, et devint le père de tous les hommes d'aujourd'hui * (n» 176).

On a recueilli encore dans l'archipel de Tahiti la tradition suivante: < Les grands dieux, dans leur courroux, brisèrent, un jour, et mirent en pièces le monde, dont il n'est resté que de petites îles. Un homme naquit du sable de la mer ; il épousa sa propre fille, et elle lui donna trois fils et trois filles, qui se marièrent entre eux et peuplèrent le monde » (ii, 178, 267). »

Auxiles Sandwich, la tradition était que l'île avait été couverte par la mer, excepté le sommet du Mouna-Koa (u, 200), où deux êtres humains, sauvés de la destruction générale, étaient devenus la souche de la population actuelle '. Mais on connaissait aussi dans ces îles la tradition tahitienne du pécheur. < Il y a plusieurs mille lunes (ou mois), un homme péchait dans la mer. Le malheur voulut qull prit à son hameçon TËsprit des eaux, et qu'à son grand étonnement il le tira du sein de l'Océan à la surface. L'Esprit entra dans une violente colère, et •jura de se faire suivre de toutes ses eaux et d'en recouvrir la terre ferme tout entière. Il accomplit en effet sa menace; mais il eut cependant pitié du pauvre pécheur qui l'avait irrité sans le vouloir, et il le laissa se réfugier avec sa femme sur le Mouna-Koa, où il attendit que les eaux se fussent retirées *.

Les Fidgiens ou Vitiens, Nègres par leur constitution physique. Malais par leur langue, ont la tradition diluvienne la plus remarquable de l'Océanie. « Lors d'une grande inondation, tous les hommes périrent sauf huit

* D'après Kllis, dans Piichard, t. v, p. Ii4 (irad. allem.).

« Faber, 1. 1, p. 146.

5 V. Chevalier, daûs d'Archiac, 1. 1, p.5o8.

i lii'riiiu, -V, p. 334 (en allem.).

personnes, qui se réfugièrent sur l'île Ubenga, où le plus grand des dieux leur apparut. Aussi les chefs d'Ubeoga ont-ils le pas sur tous les autres * » (comp. ii, 182).

Afrique.

Dans ce continent si pauvre en traditions, les plus vagues ont un fort grand prix.

La plus remarquable est celle des Hottentots, « Leurs parents, Noh et sa femme Hingnoh, vinrent dans le pays par une fenêtre ou une porte ; ^e grand dieu Tikqooa les y avait envoyés , et ils apprirent à leurs descendants à garder les troupeaux et à faire un grand nombre d'autres choses utiles* » (n, 480).

Il serait possible que le Bahar-Nohou, ou Mer de Noë des Aschanlies, ne fût pas un emprunt fait au mahométisme.

Les Maganinesy à Darhia , a quelques milles au sudouest du Darfour, disent qu'une grande inondation a, dans les temps s^nciens, recouvert la terre et détruit la race humaine.

Quelques Waije racontèrent à Oldendorp qu'ils avaieui ouï parler d'une inondation générale qui avait fait périr tous les hommes, même ceux qui avaient cherché à se sauver sur les plus hautes montagnes.

Les Kassenli disent que Dieu fera venir un jour un autre déluge pour punir les hommes , et Oldendorp a entendu une mère cherchant par cela à détourner du mal son enfant en le menaçant de ce cataclysme à venir.

Les Nègres du Kanga et du Loango croient que les hommes ont autrefois tous péri sous les ruines du ciel,

* Prichard, t. v, p. "iS^ (J.rad, allem.). « Kolbe, t. i, p. 40,

qui s'était écroulé, et que Dieu a produit ensuite une race nouvelle * (ii, 176;.

Nous avons cité plus haut le conte séchuana du mons* Ire diluvien et de Litaolané (ii, 75, H5, 210).

Amérique.

Groenlàndais. Après que la femme eut fait entrer dans le monde la mort (ii, 34), « dans la suite des temps le monde fut noyé par un déluge ; un seul homme fut sauvé des eaux (on ne dit pas comment). 11 frappa la terre de son bâton, une femme en sortit (179, 244), et le monde fut repeuplé. Une des preuves de ce déluge universel, disent encore les Groënlandais, ce sont les débris de coquillages et de poissons qu'on trouve bien avant dans la terre à une profondeur où l'homme n'habita jamais, et des os de baleines qui couvrent les montagnes les plus élevées*. »

Famille des Algonquins-Iroquois. Les Crées ou Knisténaux (d'après Franklin) ont conservé une tradition d'un déluge universel occasionné par une tentative qu'avaient faite les poissons de noyer Wsesac-Koochak , l'homme de haute taille, espèce de demi-dieu avec lequel ils étaient en querelle (ii, 182). Mais celui-ci construisit un grand radeau , et s'y embarqua avec toute sa famille et toute espèce de quadrupèdes et d'oiseaux (183). Au bout d'un certain temps, il lâcha, suivant les uns, une loutre, puis un castor, suivant les autres, quelques oiseaux aquatiques, en leur ordonnant de plonger et de lui rapporter de la terre (193). Mais ils furent tous noyés. Un rat musqué, à qui il donna la même commission, fut plus heu-

« Oldendorp, t. i, p. 309.

« Ilist. yénér. drs Voyages, t. xix, p. lOS.

reux, et avec la petite boule de boue qu'il lui rapporta, Waesac-Koochak forma une nouvelle terre. Les aventures amoureuses de ce dieu sont plus nombreuses que celles de Jupiter. Ce mythe est la répétition de ceux du Grand Lièvre et de Michapous (505 sq.), moins l'opposition du dieu des eaux et avec l'addition des poissons déicides. Ces poissons sont les Antédiluviens du mythe mexicain (388); le dieu qu'on veut noyer est un Kalinago, un Oyot (t 11), et la création du monde est donc ici postérieure au Déluge.

Autre mythe des Knisténaux. c Tous les hommes furent noyés , sauf une femme, Kwaptahv^ ou la Vierge. Elle saisit le pied d'un oiseau qui volait sur sa tête, et qui la porta sur un rocher que ne recouvraient pas les eaux. Elle mit au monde deux jumeaux , dont le père était l'aigle royal, et qui repeuplèrent la terre nouvelle*.» La femme est la déesse de la nature ou de la terre qui n'a pas été anéantie par le Déluge. L'oiseau qui la sauve est l'Esprit de Dieu qui planait sur le chaos diluvien. L'Aigle royal est le dieu suprême. L'humanité postdiluvienne est le produit d'une nouvelle création (comp. ii, 176).

D'après les Poloiratomiey quand le Grand Esprit fil le monde, il le peupla d'êtres (les Antédiluviens) qui n'avaient de l'homme que l'apparence, et qui étaient pervers, ingrat?, de méchants chiens. Jamais ils n'élevaient leurs yeux de la terre vers le ciel pour rendre grâces à l'Esprit. Voyant cela, il les submergea avec le monde même dans un grand lac. Puis il retira le monde des eaux, et fit un homme jeune et vraiment beau qui, dans son isolement, semblait fort triste. L'Éternel eut pitié de lui et lui envoya une sœur pour le consoler et le réjouir dans sa solitude. Plusieurs années après, d'après les direc-

« Catlin, p. iftft.

^ Schoolcraft, t. \, i^. ^1^.

AMÉRIQUE. 5i5

»ns qu'elle avait reçues dans un songe, la sœur du preer homme renvoya quatre jeunes gens qui étaient ve- 3 successivement lui faire visite , et qui se nommaient bac. Citrouille, Melon et Fève. Mais elle accueillit avec 1 sourire gracieux Maïs, qui l'épousa et qui devint le re des Indiens. Il enterra ses quatre infortunés rivaux, l'on vit de leurs tombeaux sortir et croître les plantes •nt ils portaient les noms. > Les méchants chiens sont 3ontestablement les Antédiluviens (ii, 228). L'homme lique est un Adam-Noe (178). Le mythe du maïs fait le ndant de celui de Gérés (301).

Chippéwais, Nous avons transcrit plus haut fu, 301, .mp. 78, 80, 108, 110, 135, 230, 234, 237) le mythe \ Manabosho, tel qu'il se lit dans la grande Collection de . SchoolcraUt. Mais cet écrivain a recueilli ailleurs sur ! même dieu d'autres mythes, fort nombreux, dont nous terons ici les suivants. « Sa mère ayant été tuée par son *opre époux (et non par un de ses fils, 302) Manabosho lur la venger fit la guerre à son père, contre lequel il nça tant de pierres noires que celui-ci dut lui demanir la paix, et lui promettre une place dans le ciel. Mais le fit à la condition que Manabosho détruirait les onstres ou géants, Windigos, qui dévoraient les homes .166). Son premier combat fut contre le roi des )issons, qui l'engloutit avec son canot. Mais il tua ce )isson avec le secours d'un écureuil, et des oiseaux lui ayèrent de leurs becs un passage au travers de son »rps. 11 eut ensuite affaire avec les serpents et leur line, qui lui firent payer cher sa victoire en lâchant sur i les eaux du Déluge. Il se sauva sur un arbre, ordonna IX eaux de s'arrêter et créa de nouveau la terre (176;, dé de certains quadrupèdes qui durent à son ordre longer dans les flots, jusqu'à ce qu'un castor ou un rat

musqué rapporta un peu de terre » (193) *. Le monstre qui Ta englouti est le Kammapa des Bechuanas, et Manabosbo est le même que Litaolané. Les serpents paraissent être pour les Peaux-Rouges le symbole de Teau, sans doute de la divinité qui préside aux eaux primordiales et aux eaux actuelles. Les trois aventures de Manabosbo, que nous venons de raconter brièvement, ont ainsi un seul et même sens et ne se rapportent qu'au Déluge.

Les Iroquois disent que la postérité de Juskéka (Gaïn) ne passa point la troisième génération ; un déluge délruisit la race humaine, et pour repeupler la terre, il fallut changer les bêtes en hommes. Or, voici quand arriva ce déluge, d'après Hennepin : « Messou (ii, 9, 182, 233) était à la chasse quand ses chiens se perdirent dans un grand lac, et immédiatement les eaux se répandirent sur la terre, et firent périr tout ce qui avait vie. Resté seul, Messou repeupla le monde et propagea les races des animaux qui s'étaient sauvés (on ne sait comment) avec lui*.>

Autre mythe iroquois. c Un homme et une femme vivaient dans les bois. Le premier fut tué par un ours, la seconde par un lièvre gigantesque, qui respecta pourtant Tenfant dont elle allait accoucher. Une autre femme passant par là, voit cet enfant abandonné, et l'élève comme son fils, tout en l'appelant son petit frère. Tchaka-booh resta nain, mais acquit une force miraculeuse. Après de nombreuses aventures, il tua l'ours et le lièvre qui avaient tué ses parents. Désirant monter au ciel, il grimpa sur un arbre. Arrivé au sommet, il souffla sur l'arbre, qui grandit et s'élargit. 11 souffla de nouveau, et par ce procédé, l'arbre finit par toucher au ciel, où il trouva une

' Schoolcraft, Algie Reseirches, dans Maller, 113, ISQsq. • Histoire gêné' alj des voyayeSy t. xv, p. 27»

contrée magnifique. 11 la quitta bientôt pour aller chercher sa sœur, et en redescendant, il construisit pour elle sur Tarbre a toutes les hauteurs des cabanes où elle pourrait se reposer. Elle se décide à le suivre, et trouve ainsi partout des wigwams tout prêts pour la recevoir. Il brisa derrière lui les branches pour que personne ne pût plus monter au ciel. Dans sa nouvelle demeure, il dressa des trappes et des filets, dans lesquels le soleil vint se prendre pendant une nuit obscure. Mais cet astre était si ardent qu'il ne pouvait en approcher. Heureusement il trouva une petite souris, la prit, souffla sur elle, et la fit devenir si grosse qu'il put se servir d'elle pour dégager le soleil, qui reprit aussitôt sa course accoutumée. Pendant sa réclusion, le jour avait fait défaut ici-bas sur la terre » ^ L'enfant abandonné est l'humanité postdiluvienne (II, 237) ; la femme qui l'élève est la déesse de la nature. 11 a pour père un homme que tue un ours ou le soleil lors de la sécheresse de Gain, et pour mère une femme que le Grand Lièvre ou Michapous a fait périr par le Déluge. L'enfant reste nain en proportion des géants antédiluviens (164). Toutefois il répare les désordres du monde en tuant l'ours et le lièvre. L'arbre par lequel il veut monter au ciel, est l'arbre cosmique (i, 433). Enfin nous savons qu'après le Déluge le soleil a comme cessé pendant un certain temps d'éclairer la terre (ii, 272, sq.).

Les Ghépéwians, dont nous connaissons déjà l'oiseau démiurgique (i, 215) et les fruits noirs (n, 38 et 502) ont une tradition diluvienne où nous allons retrouver l'arbre cosmique, et le soleil pris dans un filet, le radeau de Michapous, les quadrupèdes qui plongent dans l'eau, le renard ou loup solaire et le chien cosmogonique(ii, 177).

€ Chapéwee (ii, 182) vivait avec sa famille près d'un

1 Schoolcraft, t. m, p. 33L

détroit, qu'il barra pour sa pèche. Mais il s*y accumula une telle quantité de poissons que l'eau déborda, et qu'il dût se sauver avec sa faniille dans un canot où il rassembla toutes les espèces de quadrupèdes et d'oiseaux. L'eau recouvrit la terre pendant un grand nombre de jours. Enfin, Chapéwee dit : « Nous ne pouvons rester « plus longtemps dans cet état ; il faut trouver de nouf veau la terre, » et il envoya à la recherche un castor, qui se noya. Son second messager fut un rat musqué qui, après une longue absence, rapporta un peu déterre à ses pattes. Chapéwee prit cette terre, la façonna de ses doigts et la posa sur les eaux où elle devint peu à peu une île. Un loup (i, 343), qu'il y plaça d'abord, se trouva trop pesant pour elle, et sur l'ordre de son maître, il se mit à nager autour pendant toute une année, au bout de laquelle elle avait grandi au point de pouvoir recevoir et porter tous les habitants du canot. Cbapév^ee enfonça en terre un morceau de bois, qui devint un sapin et qui grandit avec une incroyable vitesse jusqu'au ciel (i, 433;. Sur cet arbre courait un écureuil ; Chapév^ree, voulant le prendre et ne pouvant l'atteindre, arriva en montant toujours jusqu'au ciel des étoiles, et vit une vaste plaine avec un sentier frayé. Il y tendit un filet, fait des cheveux de sa sœur ; mais ce fut le soleil qui s'y prit vers midi, et le ciel s'obscurcit à l'instant. Chapéwee qui était cependant redescendu vers les siens, comprît son imprudence, et pour la réparer il envoya par l'arbre vers le ciel plusieurs animaux ; mais l'ardeur du soleil les réduisait en cendres avant qu'ils eussent pu ronger les mailles du filet. La taupe seule y réussit en se frayant sous terre un chemin jusqu'au ciel ; mais elle en perdit la vue, et depuis lors elle a le nez et les doigts comme bvvAès. Ç*e^feM"axvv. Vile avait acquis les dimensions de VXtnmqxi^ ^cx\vfc\Vè.\ ^i.Yî^>H'^^ ses

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^ar. la terre un lit aux fleuves et aux lacs. Puis il à tous les animaux leurs demeures et leur répar- » divers instincts. 11 les avertit de se garder de e, et les consola des maux qui les attendaient, annonçant qu'après leur mort ils reprendraient nme le fait la graine qu'on met dans Teau. Mais ient préféré de devenir comme la pierre qui, jes Teau, disparait ù jamais aux regards de l'homme. Ile de Chapéwee s'étant plainte à lui d'être soula mort pour avoir mangé des fruits noirs, il ac- 1 ceux qui feraient certains rêves la puissance de es maladies et de prolonger la vie; mais pour er ce don, ils devaient ne raconter leurs rêves s un certain temps. De même le don de prédire ses futures fut assuré à ceux qui, sans que perremarquât leurs souffrances, introduiraient une vivante sous la peau de l'intérieur de leur main, t longtemps les descendants de Chapéwee vécuis comme une grande famille. Mais quelques jeuis ayant été accidentellement tués en jouant, une 3 s'ensuivit qui amena une dispersion générale, sn établit sa demeure sur les rives du lac ; il avait . une chienne, qui mit bas plusieurs petits. Étonné dre souvent en revenant de la pêche comme des mfants dans sa hutte, il se cacha un jour, et, enibitement, il vit de jolis enfants qui jouaient et auprès de leurs peaux de chien qu1ls avaient dé- II jeta ces peaux au feu ; et les enfants gardèir forme, grandirent et devinrent les aïeux des Côtes de chien (ii, 12).»

XE DES Sioux. Dans l'Amérique septentrionale es tribus indigènes qu'a visitées récemment Cattachent aux traditions de leur origine celle d'un anot qu'elles supposent s'êlve wvvèlé. %wv vv\\fc ^.o^V-

lîne ou une montagne de leur voisinage. Les Mandan$ surtout ont conservé un si vif souvenir de cette origine toute biblique, à laquelle manque seulement le nom du mont Ararat, qu'ils célèbrent tous les ans, autour d'une sorte de canot sacré, une cérémonie appelée îa retraite des eaux (ii, 149). Cette cérémonie a lieu à l'époque où dans ce pays les saules poussent leurs fleurs. Catlin ayant demandé pourquoi on avait choisi cet arbre de préférence a tous les autres, on lui répondit que l'oiseau était venu vers les Peaux-Rouges tenant au bec une branche de saule. Il voulut savoir de quel oiseau il s'agissait, et on lui montra une colombe, pour laquelle les Mandans ont un profond respect (492).

Ces mêmes Mandans racontent qu'ils furent privés de la lumière des cieux et relégués (lors du Déluge) près d'un lac souterrain, dans une caverne souterraine où ils habitaient tous ensemble (c'est-à-dire dans les enfers). Un cep de vigne (plante postérieure au Déluge) qui plongeait ses racines très-avant dans la terre, leur donna la première idée de la lumière qui brillait audessus d'eux. Une moitié d'entre eux (l'humanité nouvelle) grimpa par ces racines jusqu'à la surface de la terre où elle trouva avec la lumière des fruits sauvages et du gibier. L'autre moitié resta dans sa sombre prison, grâce au poids démesuré d'une vieille femme (la méchante déesse de la nature), sous lequel se brisa le cep qui servait d'échelle *.

« Nos pères, disent les lowas de la Louîsianne, nous ont raconté qu'il y a très-longtemps il plut pendant un grand nombre de jours, peut-être vingt ou trente, et que tous les animaux et tous les Indiens furent noyés.

* Schoolcraft, t. m, p. 247.

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Alors le Grand Esprit fit un autre homme et une autre femme avec de l'argile rouge, et c'est d'eux que nous sommes issus. Voilà ce que le Grand Esprit a dit à nos pères ou au premier homme ' » (comp. ii, 176).

FLORmE. Les Chirkasaw racontent que le monde fut autrefois détruit par l'eau qui recouvrit toute la terre. Uuelques-uns firent des radeaux pour se sauver ; mais les cordes en furent coupées par quelque chose de semblable à de grands castors blancs, et tous furent jetés dans les eaux. Il n'y eut de sauvé qu'une famille, et avec elle deux animaux de chaque espèce *.

Cotes nord-ouest. Sur toute la côte ouest de l'Amérique du Nord existent des traditions semblables. Ainsi les Kolioufjes disent que plusieurs personnes échappèrent en bateaux et sur des radeaux ii une inondation qui avait été envoyée pour punir les crimes des hommes (comp. II, 228).

Californie. Les Indiens de cette contrée, qui ont pour grands dieux Chinigchinig et Oïot , et dont nous avons raconté plus haut la cosmogonie, où la création et le Déluge se confondent à demi (ii, 5H), ont certains chants où il est dit qu'à une époque très-reculée la mer sortit de son lit et couvrit les vallées. Tous les hommes et les animaux périrent, à l'exception de quelques-uns qui s'étaient réfugiés sur une haute montagne où l'eau ne parvint pas. Un pareil désastre n'est plus à craindre, Chinigchinig ayant décidé qu'il n'y aurait pas d'autre inondation '.

Les COMANGHES Ont une tradition confuse d'un monde antérieur, habité par des hommes blancs et civilisés,

» Schoolcraft, t. m, p. 203.

* Ce dernier trait est-il indigène? Je ne voudrais pas l'affirmer. — Schoolcraft, t. i, p. 310.

» Mofrat, t. II, p. 366.

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d'une inondation qui recouvrit la terre entière, et d'une métamorphose de ces hommes primitifs en des oiseaux blancs (leurs âmes) qui s'envolèrent et échappèrent ainsi à la mon. Après quoi le Grand Esprit fit les Gomanches, qui n'ont gardé aucun souvenir d'une patrie autre que leur patrie actuelle i.

Mexique. L'homme sauvé du Déluge s'appelle parfois Huéhuétonacatéocipactli. Ce nom est formé de huéhué, vieux f TONACAYO, ïiolre chair ^ téotl, dieu y et aPACai qui est le monstre diluvien * (u, 220). Dans ce nom entre celui d'Adam, le seigneur de noire chair, et à peu près partout le second père de l'humanité est comparé ou identifié avec le premier.

Lors du Déluge , qui mit fin au troisième âge (388), Goxcox seul, avec sa femme Xochiquétzal (182) se sauva dans le tronc d'un cyprès couvert de feuilles (190), ou sur un radeau. Il aborda sur le pic Golhuacan * (200).

Les hommes, après le Déluge, étaient muets. Une colombe leur distribue des langues infiniment variées (i, 228) ; ils se dispersent, mais les quinze aïeux des Toltèques et des Aztèques, qui parlaient la même langue, restent unis (II, 268). Ils se mettent en route , et leur première station est dans un pays où croît le palmier comine dans le Sennaar, et près d'un monument pyramidal à gradins tel que la tour de Bélus ou de Babel *.

Méchoacan, < Les hommes étant tombés dans l'oubli de leurs devoirs et de leur origine (ii, 228), ils avaieut été punis par un déluge universel, à l'exception d'un prêtre nommé Tezpi , qui s'embarqua avec sa femme et ses enfants dans un acalli (maison d'eau), où il avait m-

* Schoolcraft, t. ii, p. 126.

• Huraboldt, 1. 11, p. 199.

-* lb\d. p \"îH^v\.

semblé quantité d'animaux et d'excellentes semences (II, 182). Lorsque le Grand Esprit Tezcatlipoca ordonna que les eaux se retirassent, Tezpi lâcha un vautour, l'Aura. L'oiseau, qui se nourrit de chair morte, ne revint pas à cause du grand nombre de cadavres dont était jonchée la terre. Tezpi envoya successivement plusieurs autres oiseaux, dont aucun ne i*etourna vers lui. Mais le plus petit de tous, et celui que les Mexicains estiment le plus pour la variété de ses couleurs, le colibri, revint en tenant dans son bec un rameau garni de feuilles (ii, 192, 196). Alors Tezpi, voyant que le sol commençait à se couvrir d'une verdure nouvelle, quitta sa barque près de la montagne de Colhuacan. »

A Cholulay la ville sainte du Mexique, est un téocalli gigantesque dont ou raconte ainsi l'origine. Au Déluge avaient échappé sept géants (les sept Richis de Tlnde), qui se réfugièrent sur le mont Tlaloc dans des cavernes (ii, 187). Un d'entre eux, Xelhua, l'Architecte, alla à Cholula où il construisit, en mémoire du mont Tlaloc (ii, 200) une colline eu forme de pyramide (271). Les dieux virent avec courroux cet édifice, dont la cim^e devait atteindre les nues. Irrités contre l'audace de Xelhua (Nemrod), ils lancèrent du feu sur la pyramide (ainsi que nous le raconte Bérose) ; beaucoup d'ouvriers périrent, l'ouvrage ne fut point continué, et on le consacra dans la suite au dieu de l'air, Quetzalcoatl. Ce récit était contenu dans un cantique que les Gholulains chantaient dans leurs fêtes en dansant autour du téocalli, et qui commençait par ces mots : Tulanian hululaez. Ils ne sont d'aucune langue actuelle du Mexique, et le dernier semble être Valleluia qui retentissait et dans le culte de l'Éternel à Jérusalem et dans celui de Bacchus en Grèce.

Chiapa. Le grand héros des Ghiapanais était Wodan (i, 209), petit-fiJs de l'iJIustre vieillard qu\ <wV ^^wfe ^3ûl

T. II. V

Déluge sur un radeau avec sa famille. Wodan coopéra a lu construction du grand édifice qui devait atteindre les cieux. L'exécution de ce projet téméraire fut interrompue ; chaque famille reçut dès lors une langue différente, et Téoll ordonna ù Wodan d'aller peupler le pays d'Anahuac* (ii, 271).

Les Mistèqucs et les Zapotèques avaient , d'après Clavigéro, des tableaux historiques qui représentaient la création , le déluge et la confusion des langues (ii, 27i).

Les habitants de Tlascala *, qui adoraient une prodigieuse variété de dieux et de déesses avec un dieu suprême qu'ils ne désignaient par aucun nom, croyaient que le monde était éternel, mais qu'il avait changé deux fois de forme : Tune, par un déluge, et l'autre, par la force du vent et des tempêtes. Quelques hommes, qui s'étaient mis à couvert dans les montagnes, y avaient été convertis en singes (il, 308) ; mais, par degrés, ils avaient repris la figure humaine, la parole et la raison. En d'autres termes, on connaissait à Tlascala le mythe mexicain des âges du monde (387).

Nicaragua, D'après Pierre Martyr, quand les Espagnols, a leur première arrivée à Nicaragua , voulurent convertir le roi à leur religion, il leur demanda aussitôt s'ils avaient quelque connaissance de l'inondation qui avait autrefois couvert toute la terre et fait périr les hommes et les animaux '. Ces Indiens , de race mexicaine, ajoutaient, d'après Oviédo', que les dieux reconstruisirent le monde, et le peuplèrent d'animaux et d'hommes qu'ils avaient créés de nouveau (comp. ii, 176). Ici donc ni arche, ni famille sauvée.

» Humboldt, t. i, p. 383.

« Hùt, génér. des VavjagesA.^vx^^.^Tl.

> Faber,t. u, p. \U.

A Cuba la tradition du Déluge était toute mexicaine, chinoise et biblique, et Ton n'a, ce nous semble, aucune raison d'en suspecter Fauthenticité. Gabriel de Cabrera, ayant traité de chien un indigène qui était âgé de plus de soixante-dix ans, celui-ci lui dit . « Pourquoi m'insulteslu ainsi, puisque nous sommes frères? Ne sommes-nous pas issus des deux fils de celui qui a construit le grand vaisseau pour échapper aux eaux. » Et voici comment il raconta Thistoire à laquelle il venait de faire allusion. « Un vieillard, prévoyant qu'un déluge allait détruire le monde, construisit un grand vaisseau et y entra avec sa famille et un grand nombre d'animaux (ii, 182). Après y avoir été enfermé pendant bien des jours, il lâcha une corneille (192) qui, après s'être longtemps repue de corps morts, revint enfin tenant dans son bec une branche verte (197). Plus tard, ce vieillard s'étaut enivré (205), et reposant nu sur la terre, un de ses fils se moqua de lui , tandis que les autres étendirent sur lui leurs vêtements > (269). Les indigènes se disaient issus du premier, tandis que l'un des autres devait être le père des Espagnols qui avaient des vêtements et des chevaux ^

Mythe diluvien des indigènes des Antilles : « Il y avait eu jadis à Haïti un riche et puissant cacique, nommé Jaja (I, 134), qui tua son fils unique parce qu'il avait conspiré contre lui (comp. ii , 228). Ce cacique rassembla ensuite ses os (selon la coutume des naturels) dans une gourde (i, 381). Quelque temps après, le cacique et sa femme ouvrirent la gourde pour contempler les os de leur fils; mais à leur grand étonnement ils en virent sortir plusieurs poissons grands et petits (ou d'après une variante utf immense poisson). A cette vue , le cacique s'écria : c Cette gourde doit être la mer. » Et se hâtant de la re-

1 Berréra, dans Fahev, t, il, p. 145.

556 AMéMQUE.

fermer, Il la plaça sur sa maison, se vantant de tenir la mer en prison et d'avoir du poisson tant qu'il voudrait. Mais ses quatre frères, qui étaient jumeaux, entendant parler de cette gourde, ne purent résister à leur curiosité, et vinrent pendant l'absence du cacique pour tâcher de voir ce qu'elle contenait (ou pour y pêcher). Dans leur empressement, ils eurent la maladresse de la laisser tomber par terre (ou Jaja survint , ils s'enfuient et elle tombe) ; elle se brisa en mille pièces , et il en sortit un torrent impétueux, entraînant dans son cours des dauphins, des requins et d'énormes baleines. Ce torrent ne cessa de couler que lorsqu'il se fut répandu sur toute la terre et qu'il eût formé l'Océan, ne laissant à découvert que le sommet des montagnes, qui sont les îles actuelles ^> Dans ce conte mythique, les os du fils unique se changent en poissons, comme le font les hommes à la fin de l'âge du Déluge dans la tradition aztèque (ii, 388). Le cacique, ou Dieu, avait à sa disposition, comme Nitocris (228), l'eau nécessaire pour inonder la terre. Mais c'est par la faute des hommes, plus encore que par la volonté de Dieu, que les flots diluviens ont fait irruption. Si l'eau de la gourde ne noie pas les hommes, c'est que leur destruction était déjà figurée par la mort du fils unique.

« Cependant les quatre frères échappent à l'inondation, s'enfuient loin de leur père, errent longtemps dans de grandes détresses et sans femmes. Enfin ils arrivent chez un boulanger (i, 157, 448), heurtent à sa porte, et crient à haute voix : Cazabi, cazabi, c'est-à-dire du pain , du pain. A peine le boulanger les avait-il fait entrer qu'il cracha à la joue de l'un d'eux avec une telle force qu'il lui vint un ulcère. 11 en serait mort si ses frères, pre-

* Pierre Martyr, et W. Irwing, t. n, p. 99, d'après nn maniMcrit de Froy Roman.

aant une pierre, n'eussent coupé l'ulcère. Mais du pus de cet ulcère sortit la première femme, qui eut des quatre frères des fils et des filles. >

Castille d'or, c Lors de la grande inondation , un bomme avec sa femme et ses enfants se sauva dans un canot et repeupla le monde >. »

t Leurs ancêtres existaient déjà, disent les Muyôcas (les Hommes)y et la lune ne servait pas encore de compagne k la terre. Â cette époque, les habitants du plateau de Bogota vivaient dans l'état le plus abject et le plus déplorable. Tout d'un coup un vieillard apparaît au milieu i'eux. 11 venait des plaines situées à l'est de la Cordillère de Chingosa. 11 portait une longue barbe et des vêtements, ce qui fit supposer qu'il appartenait à une race différente. Cet homme avait trois noms, mais celui de Bochica prévalut parmi les Muyscas. Il leur apprit à cultiver la terre, à labourer, à semer et à tirer de la récolte tout le parti que peut y trouver l'industrie d'un peuple igricole. Cela fait, il leur enseigna encore l'art de se vêtir suivant la différente température des saisons , à se [)âtir des demeures solides , à se réunir pour vivre en société, à se secourir et s'aider mutuellement. Tant de Menfaits lui avaient attiré la vénération publique, et rien ne se serait opposé à ce qu'il jouit d'un bonheur sans mélange, si ce n'eût été la malice de son épouse Huythaca. C^tte méchante femme se livra à d'abominables sortilèges [>our faire sortir de son lit la rivière Funzha. Alors toute la plaine de Bogota fut bouleversée par les eaux, la plupart des hommes et des animaux périrent dans ce déluge, et le reste se réfugia sur le sommet des plus hautes montagnes. Bochica, indigné, chassa loin de la terre ^a compagne, ce qui veut dire qu'il la fit mourir. La tra-

< Fab«r, t. ii, p 144»

dition £goute qu'elle devint la lune, tournant sans cesse autour de la terre pour expier sa faute. Bochica brisa les rochers qui fermaient la vallée du côté de Canoas et de Téquendama pour faciliter l'écoulement des eaux; il rassembla les hommes dispersés , leur enseigna le culte du soleil, et mourut plein de jours et de gloire. > Ce dernier acte de la puissance de Bochica explique , dans la pensée des Muyscas, le phénomène de la célèbre cascade de Téquendama, où les eaux du Rio-Bogota se précipitent d'une hauteur de 180 mètres environ.

Bochica (i, 174-) est le Dieu ancien, l'Étemel, dont le soleil est l'image. Huythaca est une Grande-Mère, malfaisante comme Ata-Entsik et Tari-Peunou (i, 322), et lunaire (i, 462 ; II, 245), qui préside aux eaux et cause le Déluge. L'inondation du plateau de Gundinamarca est le Déluge universel, localisé peut-être à la suite de quelque révolution géologique qui aurait eu lieu dans les temps historiques. Les peuples plus anciens que la lune sont les Antédiluviens. Mais la civilisation, dont le mythe raconte l'histoire, est plutôt celle des Muyscas *.

Le PÉROU a aussi son déluge auquel échappent (d'après Zarate, Herréra et Gomara) soit six hommes sur un bateau, soit sept hommes dans des cavernes (n, 187), naturelles ou factices, qui étaient situées vers la cime des montagnes, et où ils avaient rassemblé des provisions avant de s'y retirer avec un certain nombre d'animaux. Quand la pluie eut cessé, ils lâchèrent deux chiens, qui revinrent tout mouillés, sans être salis de boue ; ei

* Avant Bochica avait régné Fomagata, diea du feu, qui était tombé à travers les airs entre Tunja et Sogamozo, tyran cruel, qui avait métamorphosé les hommes en animaux, et qui fut mutilé par Bochica. Ce Fomagata était le dieu suprême du Nicaragua, et soo histoire nous est\>\eu cohtml^.» c'est celle d'Uranus, de Vulcain, do dieu du feu au meidqyxe, ^^ '\^\.^ wi>è,x%«\^ ^\fc. V>is.^ \^a V

plus tard, ceux qulls avaient envoyés de nouveau, étant retournés vers eux tout boueux, ils comprirent que la terre se desséchait, et ils sortirent de leurs retraites (193). D'après les Ck)lias, qui habitent le$ montagnes de Pacari-Tambo à Test de Cuzco, « on vit apparaître d'abord après le Déluge trois frères et trois sœurs. (Ce chiffre de trois a été remplacé par celui de quatre depuis la domination des Incas qui affectionnaient tout spécialement ce dernier chiffre.) Ces couples étaient sortis des cavernes (n, 187) de Pacari-Tambo, qui est la maison du matin, ou /•/ maison de la fenêtre j ou la maison de fa génération. Le premier frère Ayar Manco Topa, étant entré dans une caverne pour prier, y fut enfermé par son frère cadet, Ayar Uchu Topa ; mais il en sortit au moyen d'ailes, se fit adorer à Cuzco, et finit par être transformé en une statue de pierre. Uchu invita son second frère Aranca ou Chachi à se joindre à lui pour chercher Manco, le précipita de la cime d'une montagne dans un abîme, et prétendit qu'il avait été métanpiorphosé en un rocher. Suivant d'autres, la métamorphose aurait été réelle, et le magicien qui l'avait opérée aurait à peine laissé le temps à Aranca de réclamer les honneurs divins, qu'on lui rendait en effet. Uchu fonda Cuzco, se fit adorer comme fils du soleil, soumit les peuples voisins, et finit comme ses frères par être changé en un rocher *. » Ces trois frères et leurs sœurs correspondent aux Noachides (267). La fenêtre par laquelle ils sortent, est celle du Noh des Hottentots (5i!2). L'ascension du premier est celle de Xisuthrus et d'Hénoc. Les victimes du Déluge deviennent partout des rochers (242, sq.) Chercher un proche parent est un mythe diluvien, que nous avons retrouvé chez les Yuracarès, les Brésiliens, les Peaux-Rouges (234).

* M aller, Religions primitives de l'Amérique^ v« ^^^'^

Enfin c'est après le Déluge qu'a commencé Tadoration des faux dieux et des idoles.

Autre tradition, c Avant que le soleil fut créé il y avait déjà des hommes. .Tout à coup sortit du lac de Tlticaca le dieu Viracocha qui en réunit un grand nombre à Tlguanaco. Il fit ensuite le soleil, la lune, les étoiles et leur assigna leur cours. Puis il forma des statues de pierre, qu'il anima et fit sortir de diverses cavernes. H marchai leur tête vers Cuzco, où il établit pour roi Ailca Vica, le père des Incas. Après quoi il s'en alla au delà de la mer *.i Ces hommes de pierre sont incontestablement ceux de Deucalion ; leurs prédécesseurs sont les Antédiluviens, et la création du soleil est la nouvelle création des denx et de la terre vers la fin de la période typhéenne.

Les mythes de Manco Capac ont trait à l'histoire de la civilisation péruvienne, et nous ne les transcrirons pas

Les Araugàns parlent, eux aussi, d'une inondation et d'une montagne du refuge qu'ils nomment Thegtheg, on le mont Tonnant à trois cimes (n, 200).

M* d'Orbigny a trouvé chez les Aucas qui sont les Araiicans des Pampas, le souvenir c d'un Déluge universel qui les a obligés de monter sur les Andes pour se sauver*.»

Des Pampas de l'Amérique australe, nous remontons vers le nord jusque dans la Guyanne, pour finir nos longues pérégrinations par les Tupis et par les Yuracarès où nous attendent des mythes fort importants, qui embrassent toute l'histoire du monde Primitif.

Les Caraïbes ont quelque idée du Déluge, dont ils attribuent la cause à la méchanceté des hommes de ce temps-là ' (il. 228).

* Muller, Relig.-primit, de l'Amer, p. 314. ^ T. II, p. 259.

^ Picard, i, p. 135,

AMélUQUE. 561

D'après les Indiens de l'Esséquipo S c le monde, s'étant entièrement corrompu, périt dans un déluge» auquel n'échappa qu'un seul homme dans un canot. Il lâcha un rat pour savoir si les eaux s'étaient retirées, et le rat revint avec un épi de maïs » (ii, 198).

Les Tamanaques, dans les plaines du Haut-Orénoque, disent que c dans une grande inondation, un homme et une femme se sauvèrent sur une haute montagne, le Tamanacou (ii, 200), et qu'ayant jeté derrière eux pardessus leur tête les fruits d'un palmier, ils les virent produire des hommes et des femmes qui repeuplèrent le monde» (179, 244).

Les Achagua de l'Orénoque parlent d'un caten<i manoa DU d'une submersion générale de la terre *.

La tradition diluvienne paraît d'ailleurs commune à toutes les tribus de la Guyane et de l'Orénoque '.

Guaranis. Un des premiers voyageurs qui ait visité le Brésil, Léri assista à une fête des Tououpinamboults qui jansaient, en chantant des ballades à refrains, avec une telle mélodie que ceux qui les ont ouïes ne croiraient jamais qu'ils s'accordassent si bien. « Comme je n'entendais pas encore parfaitement leur langage, l'interprète me dit que dans la grande ballade ils avaient regretté, en premier lieu, leurs vaillants ancêtres; qu'ensuite ils s'en étaient consolés par l'assurance de les aller rejoindre après la mort et de se réjouir avec eux derrière les hautes montagnes ; qu'ils avaient menacé leurs ennemis de les prendre et de les manger; enfin, qu'ils avaient célébré un ancien débordement d'eau , qui avait couvert toute la terre et fait périr tous les hommes, à l'exception

* Voyez plus haut, page 516.

3 Gamilla, t. ii, p. 155.

s Humbold, Voyage aux régions équinox., t. m, p. 416. T. U. 24*

des auteurs de leur race, qui se sauvèrent sur les plus hauts arbres du pays *. »

Corréal dit de même, d'après des chansons, qu'un étranger fort puissant (E1ohim= Saturne), et qui haïssait extrêmement les (criminels) ancêtres des Brésiliens, les fit tous périr par une violente inondation, excepté deux qu'il réserva pour faire de nouveaux hommes, desquels ils se disent descendus.

Tout récemment encore MM. Spix et Martius ont trouvé chez une tribu brésilienne une ancienne tradition, portant qu'au commencement du monde avait été construite une très-haute maison, dont la chute avait occasionné la diversité des peuples (ii, 274 ). Cette tradition s'appuie sur celle de Cholula et de Chiapa, comme le Téos de l'Orénoque sur le Téoll du Mexique, comme le fils de Puru, vainqueur du serpent, sur Hercule terrassant l'hydre, comme l'oiseau démiurgique des Peaux-Rouges sur la grande Vision cosmogonique.

La tradition des Guaranis mêle les souvenirs de leur arrivée au Brésil à l'histoire d'Abel et de Caïn :

< Deux frères, dit le père Guivara dans son histoire du Paraguay, arrivèrent par mer avec leurs familles au cap Frio, dans le Brésil. Us cherchèrent de tous côtés d'autres hommes pour leur tenir compagnie. Mais les montagnes, les forêts et les campagnes ne nourrissaient que des bêtes féroces. L'inutilité de leurs recherches les convainquit qu'ils étaient les seuls habitants du pays, et ils résolurent de fonder des villes pour en faire la demeure de leurs descendants.

«t Unis par les liens d'une si étroite alliance, les deux chefs vécurent longtemps dans la prospérité. Après eux, leurs familles s'accrurent considérablement; mais à la

* Léry, Voyage au Brésil, Vàa^,^^^^.

longue il finit par s'élever, dan> cette multitude qui augmentait sans cesse , des disputes , des divisions et des guerres civiles. Le trouble prit son origine dans une querelle de deux femmes, mariées à deux frères, chefs tous les deux de nombreuses familles. Il s'agissait, dans cette dispute, d'un perroquet parleur. Des femmes la querelle passa aux maris , de ceux-ci aux parents, et de ces derniers enfin à la nation tout entière. Afin de ne pas s'entre-détruire par les armes, la séparation des familles fut résolue. Tupi, le frère aîné, resta au Brésil eu possession des terres qu'il avait occupées jusque-là. Guarani, le plus jeune, se relira avec tous les siens jusqu'au Rio de la Plata, et y ayant fwé sa demeure, il devint le père d'une nation très-nombreuse, qui s'étendit sur les rives du fleuve et arriva jusqu'au Chili , au Pérou et à Quito.

« La race des Guaranis ne s'éteignit pas lors du Déluge universel, dont la nation possède quelques notions confuses. Tamanduaré, un de leurs plus anciens prophètes, favori de Tupa (divinité des anciens Brésiliens) , reçut, par anticipation, avis du Déluge futur, et, suivant les conseils de la divinité , il se sauva de l'inondation avec quelques familles en gagnant le sommet d'un immense palmier.

« Les privilégiés se nourrirent des fruits dont l'arbre était chargé jusqu'à ce que les eaux se fussent retirées. Tamanduaré descendit alors à terre avec ses compagnons, et ceux-ci multiplièrent tant, que tout le pays se couvrit de colonies descendant de Guarani * . »

Tamanduaré est bien connu par une tradition brésilienne que nous a conservée Thevet : « Sommay (Tamoi, le dieu suprême) eut deux enfants qui, étant de complexions diverses , se haïssaient à mort : Tamendonare

1 extrait de Casteluau, Ecpâ., etc., t vi, v« ^Q*^»

{celui qui se souvierU)^ grand ménager et bon pète debmille, qui avait femme et enfisints, et se plaisait à cultiver lu terre, et Aricoute (? le Jour ctgité) qui ne songeait qu'à la guerre, désirant subjuguer toutes les nations voisines et même son frère (ii, 125). Un jour qu'il revenait d'une bataille, il apporta le bras de son ennemi à son firère, et lui dit avec arrogance : c Va, craintif que tu es, j'aurai c ta femme et tes enfisints en ma puissance, car tu n'es c pas assez fort pour te défendre. — Si tu étais aussi c vaillant que tu le dis, répond Tamendonare, tu aurais c rapporté du combat ton ennemi tout entier, i Aricoute, indigné, jeta le bras contre la porte de la maison de son fi*cre, et au même instant leur village est élevé dans le ciel sans eux. Tamendonare, dans son étonnementon son dépit, frappa si rudement la terre qu'il en jaillit une grande source d'eau, si haute, qu'en peu de temps elle atteignit par-dessus les collines et semblait surpasser h hauteur des nues. Les deux frères s'enfuirent avec leurs femmes sur les plus hautes cimes, et montèrent sur des arbres : Tamendonare sur un pindona, ou il tira avec lai l'une de ses femmes, Aricoute avec sa femme sur un génipayer. Aricoute, en laissant tomber des fruits à terre, reconnut que l'eau était encore fort haute (n, 193). C'est de ces deux frères que sont sorties les deux races qui ont repeuplé la terre déserte. Par cette inondation, tous les hommes et les animaux furent noyés, sauf les deux frères et leurs femmes. De Tamendonare sont sortis lesTopinambaux, qui s'en glorifient, et d' Aricoute les Tonijas, leurs ennemis. » Les uns et les autres mangent la chair humaine, c II ne s'est passé depuis le Déluge que cinq on six générations. > (Tant les siècles passés semblent peu distants de nous quand ils sont vides d'évàiements.)

TamendonaiTe %\, NncAMti^ sont certainement les mèoMS personnages que TuçK e\. ^^x«s&^ ^ ^^V», <c@sl ancè-

très brésiliens que Léri et Corréal disent avoir seuls échappé au Déluge. Mais ce mythe multiforme n'est point isolé; il fait, au contraire, partie d'un vaste ensemble de traditions où le Déluge reparaît plus d'une fois, et qui sont au nombre des plus véridiques et des plus étranges qui aient été découvertes dans les temps modernes. Elles ont été recueillies par A. Thevet vers Tan 1555. L'originalité en est trop grande, et la date de leur rédaction trop ancienne pour que l'authenticité puisse en être douteuse.

f Monan, le Vieux (l'Ukko , le Bélitan du Brésil, ou, suivant une autre étymologie, relui qui construit^ édifié)^ être sans fin et sans commencement, avait créé le ciel et la terre, mais non la mer, Paranan {grand fleuve presque semblable à la mer)^ ni les nuées d'eau. La terre était alors unie et plate, sans montagnes quelconques, produisant toutes choses pour l'usage des hommes. Elle était arrosée et aidée de la rosée du ciel (comp. n, 17). Comme les hommes vivaient dans leurs plaisirs, jouissant de ce que produisait la terre (pendant l'âge d'or) , il arriva qu'ils s'oublièrent et se mirent à vivre désordonnément. Ils tombèrent en une si grande folie qu'ils commencèrent à mépriser Monan, qui alors, disent-ils (d'accord avec Hésiode), demeurait parmi eux et les fréquentait fort familièrement. Monan, voyant l'ingratitude et le mépris qu'ils faisaient de lui , qui les avait rendus si heureux, se retira d'eux (comme Âstrée). Puis il fit descendre Tata, le Feu au ciel, qui brûla tout ce qui était sur la fkce de la terre (133, 135, 138). Le feu sévit de telle sorte qu'il baissa la terre d*un côté et la haussa de l'autre ; ce fut ainsi qu'elle prit la forme que nous voyons. De tous les hommes, il n'y en eut (comme dans le mythe mexicain [388]) de sauvé qu'un, Irin-Magé, que Monan avait transporté au ciel et ailleurs pour le mettre k Vdsn âi^^ Vycl^^^^^«

Irin-Magé, voyant la destruction générale, s'adressa à Monan et lui dit avec larmes et soupirs : c Veux-tu aussi c détruire les cieux et leur ornement? Hé, où sera dé- € sormais notre demeure ? De quoi me servira de vivre, c n'ayant aucun qui me soit semblable ? » Ému de compassion à ces mots, Monan, pour remédier au mal qu'il avait fait à la terre à cause des péchés des hommes, fit pleuvoir avec une telle abondance sur la terre que tout le feu fut éteint, et comme les eaux ne pouvaient remonter en haut, elles se rassemblèrent de tous côtés dans les lieux les plus bas , où elles formèrent la mer, qui doit son amertume aux cendres de la terre consumée par le feu. > Nous ne connaissons nul autre mythe qui fasse provenir les mers actuelles des pluies qui mirent fin au premier fléau du feu ; mais la tradition brésilienne constate du moins que ce fléau fut bien une vraie crise leilurique.

€ Monan , voyant la terre rétablie dans sa première beauté, et embellie par la mer qui l'entoure de toute part, et jugeant qu'il ne convenait pas qu'elle restât ainsi sans personne qui la cultivât, appela à lui Irin-Magé, à qui il donna une femme, afm qu'ils peuplassent le monde d'hommes meilleurs que les précédents. De cet Irin- Magé étaient venus tous les hommes qui habitaient la terre avant le grand déluge d'eau, entre autres un grand Caraïbe (de garaï, /?w, habile) que les Brésiliens tiennent pour leur prophète comme les Turcs leur Mahomet. Son nom est Maire-Monan, Maire signifiant le ir an s formateur ; car si le grand Monan a le pouvoir de convertir les choses qu'il a formées en diverses figures d'animaux, ei de changer l'homme en béte pour le punir de sa méchanceté comme bon lui semble, Maire-Monan avait un pouvoir analogue , et en particulier celui de se transformer lui-même à volonté, comme il le fit un jour que» luttant

SOUS les traits d'un enfant avec d'autres enfants, il donna à la terre la Patate, le Mais et le Haricot (545).

€ Maire-Monan était un homme fort solitaire, vivant de peu et faisant grande abstinence ; non que pour cela lui-même ou ceux qui le hantaient suivissent quelque eKercice de religion, sauf qu'ils se montraient angatour^riy savoir bons et débonnaires et gracieux à toutes personnes. (Les Caïnites seraient ainsi d'honnêtes athées [149, 171] ). L'opinion qu'on avait de la sainteté de sa vie, et sa grande éloquence attiraient à lui beaucoup de monde. Il leur parlait non de la vie éternelle , dont il était aussi peu instruit qu'eux, mais il leur apprenait la grandeur du ciel, le cours de la lune et du soleil. Ce fut lui aussi qui leur enseigna le premier que les âmes sont immortelles sans passer plus outre en Vestat auquel elles sonty estant sorties de leurs corps. Il leur apprit en outre quels végétaux sont bons ou mauvais, vénéneux ou salutaires, leur défendit de manger de certaines bêtes et de certains poissons qui les rendraient pesants et endormis institua une certaine cérémonie qui rend les

enfants nouveau-nés bons à la guerre et vaillants. » Les Brésiliens rapportent leurs coutumes, leur peu de connaissances scientifiques, les plantes qu'ils cultivent, mais non leur culte et leur foi, à Maire-Monan, qui est une personnification de la civilisation des Caïnites, et peut-être un Mercure, un dieu-Verbe (108).

« Maire-Monan (magicien comme les Antédiluviens ou comme les dieux du Mexique et du Pérou), devint l'objet de la haine de tout le peuple parce qu'il leur faisait apparaître qu'ils étaient transmués eu des formes nouvelles. Ils délibérèrent de le faire mourir ; mais le sachant fort habile, estimant que toutes choses lui étaient connues comme au grand Monan , et craignant qu'il ne les changeât tous en bêtes, ils le trompèrent par ce qui le

flattait le plas ; car il ne cherchait rien moins que d'être honoré comme un dieu. Ils vinrent-donc un jour l'inviter à se rendre dans leur village pour lui faire liauouganr, ce qui marque les honneurs et présents qu'on doit offrir aux prophètes et saints Caraïbes. Il ne se fit pas trop prier, quoiqu'il connût leur haine, et il avait une si haute idée de lui-même et de la crainte que le commun avait de sa puissance qu'il alla avec eux sans la compagnie d'aucun des siens. Dès qu'il fut parmi ses ennemis, on le conduisit devant trois bûchers, lui disant qu'il follait qu'il passât par-dessus ces trois tas de bois tout allumés, et que s'il y réussissait sans brûlure ils croiraient qu'il était le grand Caraïbe souverain. Voyant qu'il n'y avait pas d'autre moyen de sortir des mains de ce peuple furieux, il se lança sur le premier bûcher sans éprouver aucun mal, au grand étonnement de tous ; mais il s'évanouit et tomba dans le feu à l'instant ou il mit le pied sur le second, et fut consumé soudain (112, 133) ; ce qui ne se fit pas sans miracle, car sa tête se fendit avec une telle violence et un bruit si afireux que le son monta jus* qu'au ciel et à Toupan. C'est de là que provinrent les premiers tonnerres (139), et l'éclair est la signification du feu par lequel Maire-Monan fut consumé. Pour sa mort s'ensuivit quelque temps après la ruine de la terre par le Déluge. >

Ces bûchers sont les symboles de ce même fléau du feu auquel avait échappé Irin-Magé. Irin-Magé est le sethite que Dieu sauve; Maire-Monan est le caînite que Dieu détruit y un Méhujaêl. Le premier est le héros d'une légende, le second est celui d'un mythe. Le mythe et la légende avaient trait à la même période ; mais les Brésiliens l'avaient oublié, et au lieu de les placer en bce l'un de l'autre, ils les ont fait se suivre. De là deux fléaux du feu, ici comme dans Sanchoniaton» comme an Mexi-

qae où la disette qui termine le premier âge est identique avec l'embrasement du second.

c Le Déluge, continuent les Brésiliens, eut lieu du vivant des deux fils de Sommay, grand Caraïbe descendu de la race de Maire-Monan.» Mais Sommay est Tamoï, le Grand'Pêre^ le dieu suprême des Guarayos. Voilà donc encore un dieu transformé par la tradition en un simple mortel , et enchâssé dans une généalogie humaine. De plus, le mythe des deux fils de Sommay, Tamendonare et Âricoute, reprenant l'histoire de l'humanité à Gain et Âbel, ces deux frères sont ainsi placés dans les traditions actuelles des Brésiliens entre Méhujaêl et les Noachides.

c Cependant Maire-Monan avait acquis une telle gloire que, jusqu'au Déluge, tous ceux qui faisaient des choses merveilleuses étaient appelés Maires , et passaient pour ses héritiers et ses successeurs. L'un d'eux fut Maire- Poxi, le Colérique f le Méchanty qui était l'envoyé du dieu créateur. Ce puissant et rusé chasseur féconda une jeune vierge par le présent d'un poisson mystérieux, et l'emmena elle et son fils dans un lieu merveilleusement fertile, où s'opérèrent les plus étranges métamorphoses. Poxi ne tarda pas lui-même à se transformer, et, dépouillant sa hideuse enveloppe, devint le plus beau des hommes avant de s'élancer vers les cieux. Son fils, après diverses aventures, irrité contre un guerrier orgueilleux qui semblait méconnaître son origine, lui fit présent d'un diadème de plumes , qui n'est pas autre chose qu'une couronne de flammes, et qui le consuma. >

Poxi est un dieu qui prend l'apparence d'un être méchant, c'est-à-dire sévère. La Vierge est la Terre ou Cérès, qui devient mère du premier homme par l'action de l'eau. Le premier séjour de l'homme est le magnifique jardin d'Éden. Mais les Caïnites méconnaissent l'origine divine de l'âme et sa vocation câeste, et lors du fléau du

feu, le ciel qui est en quelque manière la couronne de rbumanité, les consume en s'embrasant (ii, 91).

Maire-Ata , le dieu voyageur, est, à notre avis, une forme du dieu suprême. Il épouse une femme (l'homanilé ) et l'emmène pour qu'elle lui serve de compagne dans ses terrestres pérégrinations. Néanmoins il l'abandonne (à cause de la chute et du péché) , et le fruit de ses amours parle à la jeune mère dans le sein qui l'a conçu. (Ce fils d'une mortelle et d'un dieu est un être immortel comme Pollux.) L'épouse délaissée est victime de la brutalité d'un hôte dont elle réclame l'hospitalité, et elle conçoit un autre enfant (fils de deux êtres mortels, et mortel lui-même comme Castor); mais c'est pour être bientôt la cause d'un nouveau crime. Suppliante, elle va demander l'hospitalité à un village , dont le chef cruel porte le nom du tigre américain (symbole de la lumière, du feu). Januare l'accueille d'abord, puis la fait servir i un épouvantable festin (lorsque le fléau du feu dévorait l'humanité). Les entrailles de la jeune femme ont été jetées à quelque distance du village : une Indienne, que le hasard conduit en ce lieu , y trouve les deux jiuneaux (l'enfant abandonné, qui symbolise d'ordinaire l'humanité postdiluvienne, figure ici l'état malheureux du genre humain après la grande Sécheresse). L'Indienne emporte ces enfants, et dès lors (au temps des Lémécides) l'abondance règne dans sa cabane (dans les demeures des hommes). Tous les fruits de la terre y sont rassemblés, grâce au fils immortel de Maire-Ata (dans Sanchoniaton, grâce à El et aux Éloliim). Les deux jumeaux vont croissant en force, mais ils n'ont rien de commun que leur amour fraternel ; l'un a hérité des attributs presque divins de son père, l'autre est sujet à toutes les faiblesses de l'humanité. Ils s'unissent toutefois dans une même pensée de vengeance. Sous prétexte de conduire Januare et iei

autres habitants du village dans une vallée délicieuse où croit un fruit abondant, ils les entraînent vers une île fertile (179), soulèvent les flots et noient impitoyablement cette multitude (par le Déluge). Le pouvoir du fils d'Ata transforme cependant en animaux des forêts tous ces misérables (comme le fait aussi Pachacamac au Pérou après le grand cataclysme).

Les voyages des deux jeunes gens à la recherche de Maire-Ata, et les trois épreuves auxquelles celui-ci les soumet avant de les reconnaître pour ses fils , sont de pures fictions sans noyau historique. La seconde des épreuves rappelle la fable des Symplégades ; la troisième est une descente aux enfers, dont le dieu Aignen pèche le gigantesque poisson Alain avec une ligne armée d'un morceau de tapir. Le fils d*Ata ressuscite deux fois son frère, que les deux rochers d'Ita-Irapi avaient broyé, et qu'Aignen avait déchiré (237). L'opposition entre Thomme divin et Thomme mortel se soutient ainsi fort bien jusqu'à la fin du mythe. La pèche d'Aignen rappelle celle du dieu des Malais , Mawi ; le nom d'Aignen , Angai , Anhanga , celui d'Angot qui est le mauvais principe des Madécasses. Ce terme appartient sans doute au radical sémitique et indo-celtique ang, angoisse *.

Les traditions brésiliennes rassemblées par Thevet étaient presque entièrement oubliées lorsque M. d*Orbigny recueillit celles des Yuracarès. Rien de plus instructif que la comparaison de ces mythes du Haut Pérou et du dix-neuvième siècle , avec ces autres mythes du seizième siècle et des régions maritimes du Brésil. On ne peut que s'étonner de les voir s'accorder entièrement

1 N'étant pas parvena à nous procurer la Cosmographie de Thevet, nous n'avons pu faire usage ici que des extraits textuels et des résumés qu en a donnés M. Ferd. Denis dans : Une fête brést^ lienne célébrée à Rotien en i5ë0.

sur tous les points où ils sont dans le vrai, et l'on admire au contraire, partout où ils diffèrent, la richesse d'imagination de ces tribus barbares, qui semblent ne se préoccuper que de leur subsistance.

c Le monde a commencé au sein des sombres forêts habitées par les Yuracarès. Un génie malfaisant, nommé Sararuma ou Aima-Suné (ii, i34), embrasa toute la campagne. Aucun arbre, aucun être vivant ne fut soustrait à cet incendie. Un homme qui avait eu la précaution de se creuser une demeure souterraine très-profonde, où il s'était retiré avec des provisions pour la durée do feu, avait seul échappé au désastre universel. Pour s'assurer si les flammes avaient toujours la même force, cet homme sortait, hors de son trou, d'instant en instant, une longue baguette. Les deux premières fois il la retira enflammée, mais la troisième elle était froide. H attendit encore quatre jours avant de sortir lui-même. Se promenant tristement sur cette terre désolée, sans aliments et sans abri, il déplorait son triste sort, lorsque venant des terres éloignées, Sararuma, tout vêtu de rouge, lui apparut et lui dit : c Quoique je sois la cause de tout le mal, j'ai néanmoins compassion de toi ; » puis il lui donna une poignée de graines des plantes les plus nécessaires à la vie humaine, en lui ordonnant de les semer. Un bois magnifique se forma tout aussitôt, comme par enchantement. »

L'incendie de Sararuma est manifestement le même que celui de Tata ; l'homme qui seul échappe au fléau est Irin-Magé, ou le héros mexicain qui seul n'est pas consumé par le feu du premier âge.

« Peu de temps après, cet homme se trouva, sans qu'on sache comment, avoir une femme, dont il eut plusieurs fils et une ftWe. V^tn^clw^ à l'âge des passions» celle-d rêve seule au se\u 4e& n^%\«s» Vs^w, ^«^w ^ss^M^^e avec

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attendrissement^ près d'une rivière, sur un bel arbre du nom d'Ulé, chargé de fleurs purpurines. S'il était homme elle l'aimerait. Elle le peint de roucou pour l'embellir encore; elle soupire, espère. L'arbre devient un homme, et la nuit suivante la jeune fille n'est plus seule. Mais Ulé disparaît avec l'aurore. Craignant de n'avoir connu qu'un bonheur passager, elle cherche avec sa mère les moyens de retenir Ulé. Elle le charge la nuit suivante de liens. Au bout de quatre jours il consent à rester et à se marier avec elle. On lui rend la liberté. »

Ce mythe n'a pas d'analogue, à nous connu, dans le Brésil et dans TAmérique-Nord.

« Les deux époux goûtaient un bonheur parfait, lorsqu'Ulé, parti pour plusieurs jours avec ses beaux-frères pour la chasse (213) aux grands singes, devint la victime d'un jaguar (110). Sa jeune femme, pressée de le revoir, était allée à sa rencontre en lui portant de la chicha ; elle apprend de ses frères le malheur qui la frappe, et, désespérée, ne redoutant aucun danger, veut rejoindre son Ulé pour lui rendre les derniers devoirs. Conduite par ses frères, elle arrive (234) près de son époux, dont les membres dispersés gisent sur la terre ensanglantée. Dans sa douleur, elle recueille avec le plus grand soin tous les lambeaux du corps , les rapproche les uns des autres (237) pour tacher de revoir encore une fois son époux, et les contemple en déplorant sa perte. Son amour est une seconde fois récompensé. Ulé ressuscite en disant : < Il me semble que j'ai bien dormi. » ivre de joie, la jeune épouse couvre Ulé de caresses ; et ils revenaient ensemble vers leur demeure lorsqu'Ulé, ayant soif, s'arrêta près d'un ruisseau pour s'y désaltérer. Le hasard le fit se regarder dans l'onde pure, et il s'aperçut qu'il lui manquait un morceau de la joue. Se voyant ainsi défiguré, il ne voulut plus accomp^ign^T sîi fetwjûfc V3^^

malgré les plus vives instances, ne put le faire changer de résolution. »

LVpouse dX'lé est la même que celle de Maire-Ata. Mais Ûlé, né d'un arbre, déchiré par un jaguar et ressuscitant, n'a aucun rapport avec Ata. Le seul point de ressemblance entre ces deux?personnages, c'est que Fun et l'autre abandonnent volontairement leur compagne.

< Ulé, en la quittant, lui recommande, si elle ne veut pas se perdre en revenant à sa maison, de marcher sans s'arrêter, surtout sans se retourner, quelque bruit qu'elle entende derrière elle, et de se dire : C'est la chasse de mon mari. Mais, épouvantée de la chute d'une grande feuille, elle se retourne, perd la tête, s'égare, et finit par arriver à la demeure d'une famille de jaguars (i, 264).

« La mère était seule ; elle la reçoit avec beaucoup de caresses et la fait se cacher. Ses quatre fils, au retour de la chasse, s'aperçoivent de sa présence, et veulent la dévorer. Leur mère s'y oppose. Ils ordonnent à la jeune fille de leur enlever de la tête les fourmis vénéneuses qui s'y trouvent, et de les manger. Elle ne peut s'y résoudre, et la mère des jaguars lui donne en cachette une poignée de graines de calebasse, pour qu'en jetant les fourmis à terre, elle mâchât les graines à la place. Celte ruse réussit parfaitement avec les trois premiers jaguai^; mais le dernier, étant pourvu de quatre yeux dont deux étaient derrière la tête , découvrit la supercherie, tua la jeune fille et tira de son sein un enfant qui était sur le point de naître, et que sauva la mère des jaguars en faisant semblant de le faire cuire dans un pot (236). »

L'épouse de Maire-Atj laisse deux enfants provenant l'un d'un dieu, l'autre d'un mortel ; mais sa mort est la même que celle de l'épouse d'Ulé; car l'une est déchirée par un jaguar, et l'autre égorgée par un chef du nom de Januare ou Jaguar.

enfant, nommé Tiri, devenu grand, conserva une ; reconnaissance pour sa libératrice. CommeVyxètê ;a des Brésiliens) lui mangeait toutes ses citrouilles, t à Tiri qu'il devait le tuer à coups de flèches. Tiri mal dirigé son coup, lui coupa seulement la queue, depuis ce temps que le paca n*a plus de queue.) îi lui apprend que les jaguars ont dévoré sa mère t faire de lui leur esclave. Furieux, il les guette et rce trois de ses flèches. Le quatrième, avec ses 5 yeux, l'aperçoit, s'élance sur un arbre, en criant : 3S, palmiers, favorisez-moi! Soleil, étoiles, sauvez- .une, secourez-moi ! )>La lune l'embrassa et le cacha. > ce temps les Yuracarès croient le voir dans l'astre luit (i, 466), et les jaguars sont devenus nocturnes. » trois jaguars périssent de la main de Tiri comme *e et son peuple de celle du fils d'Ata, et comme, 3S Iroquois, l'ours et le lièvre de celle de Tcha-ka-

ri était doué d'un pouvoir surnaturel ; aussi voyant afaitrice, la mère des jaguars, très-triste de la mort fils, parce qu'elle n'avait plus personne pour culon champ, il lui en fit un très-grand dans un seul t (de même que le fils d'Ata fait régner l'abondance a demeure de sa mère adoptive). Tiri, maître de la nature, s'ennuyait néanmoins d'y vivre seul, et it ardemment un ami. Un jour, ayant fortement contre le tronc d'un arbre, il s'accrocha l'ongle du orteil, qu'il plaça dans le trou ou il avait failli r. Il entendit parler derrière lui, à peu de distance, •etournant de ce côté, il vit son ongle transformé homme qu'il nomma Caru et dont il fil son confi- Les deux amis vécurent dans l'intimité la plus parpassant leur temps à la chasse. (Cependant Tiri mmortel, tandis que Caru était sujet au trépas

comme le frère humain du fils du dieu Ata.) Entre autres choses, ils furent un jour invités à dîner chez un oiseau. Ils mirent du sel dans les mets. L'oiseau en ayant goûté, trouva cet assaisonnement si agréable, que les deux amis lui laissèrent ce qu'ils en avaient ; mais l'oiseau, ignorant la propriété du sel, eut peu de soin de le garantir ; il le laissa à l'air, une forte pluie tomba et le fit fondre; depuis cette circonstance, les Yuracarès n'ont plus de sel dans leurs forêts. Une autre fois, un autre oiseau les ayant invités à boire de la chicha, le vase se remplissait de lui-même a mesure qu'on le vidait Tiri surpris, voulut voir où le flux s'arrêterait ; il donna au vase un léger coup de baguette. Alors la liqueur so^ tit en telle abondance qu'elle inonda toute la terre et fit périr son ami. Lorsque la terre se dessécha, Tiri chercha partout son ami (234); il en rencontra enfin les os et le ressuscita (237). >

Ce myihe de la coupe est diluvien, comme celui de la gourde à Haïti. Tiri rend la vie à Caru comme le fils d'Ata à son frère, comme Manabosho à Chibiabos.

< Les deux amis commençant à se trouver isolés, éprouvèrent un vif désir de voir d'autres êtres semblables à eux. Ils s'unirent dans ce but avec la femelle de l'oiseau (cosmogonique) nommé pospo^ et de celte union il naquit de chaque oiseau un homme et une femme. Les femmes étant nées la poitrine au-dessus des yeux (u, iS), Tiri fut obligé de la mettre à la place qu'elle occupe aiiyourd'hui. Le fils de Caru mourut et fut enterré par son père. Tiri lui dit, au bout de quelque temps, d'aller voir où était son fils, parce qu'il ressusciterait, mais qu'il devait bien faire attention de ne pas le manger. Caru ne trouva sur la tombe de son fils qu'une touffe de pistachier lerve&vt^ c^W^tv^cha. Cette plante étant couverte de îruVvs, tavu c«^ «o^ «o^^R^ ^Ws. ^Kaa^sB^t* An

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même moment un grand bruit se fit entendre, et Tiri dit : i Garu a manqué d'obéissance et a mangé son fils; pour le poinr, lui et tous les hommes seront mortels, assujettis à tous les travaux, à toutes ^les souffrances. » (Mythe ie la cbute profondément altéré et transporté après le Déhige [n, 38. il]. ) Peu de temps après il secoua un irbre pour en avoir les fruits. Il en tomba un canard, que Tfarî ordonna à Caru de faire cuire et de manger. Caru rayant fait, il lui dit : % Ce canard était ton fils, que tu as mangé, > ce qu'entendant, Caru éprouva un tel dégoût qu'il rendit tout ce qu'il avait dans l'estomac. C'est alors que de sa bouche sortirent les perroquets, les toucans et tous les ciseaux connus des Yuracarès.

c Tiri et Caru allèrent visiter la femelle du jaguar ; mais lui voyant les lèvres ensanglantées, Tiri crut qu'elle aivait rencontré des hommes et qu'elle les avait dévorés. n l'en accusa, en la menaçant de la tuer si elle n'avouait ion crime. Il lui coupa d'abord le poil de la tête et il allait la mettre à mort, lorsque la femelle du jaguar lui dit dé l'épargner, qu'elle allait lui dire la vérité. Il était certain (|u'elle avait mangé une personne, mais une personne morte de la morsure d'un serpent qui se trouvait dans im certain trou qu'elle lui montra. Ce serpent tuait ainsi toutes celles qui sortaient de cet endroit. Pour avoir mangé un homme tué par un autre animal , Tiri dit à la Temelle du jaguar : c Toi et toute ta caste, vous vous nourrirez maintenant de ce que les autres tueront , » et il la changea en gallinaço. C'est pour cela que ces oiseaux ont la tête nue. Tiri appela une cigogne et lui ordonna de prendre et de tuer le serpent. Aussitôt il sortit du trou les Mansinos, les Solostos, les Quichuas ou Incas, les Chiriguanos et toutes les nations connues des Yuracarès. La terre était peuplée ; il allait paraître un homme roi de toutes ces nations. Tiri en eut ç^uv <è\. ^V K^^tcv^s^ T. n. ^^

le trou. Le point d'où le genre humain est ainsi sorti, se trouve près d'une roche appelée Mamoré, à laquelle personne ne peut monter, et dont personne ne s'approche, tant les Yuracarès craignent un énorme serpent qui en garde l'entrée. Elle est située près du confluent des rivières Sacta et Soré aux sources du Rio Mamoré.

€ Tiri dit à ces nations : « Il faut que vous vous divisiez et peupliez tous les points de la terre, et pour cela je crée la discorde et je vous fais ennemis les uns des autres. » Au même instant , il tomba du soleil beaucoup de flèches, dont s'armèrent principalement les Chiriguanos. Toutes ces nations se battirent pendant longtemps, jusqu'à ce que Tiri les pacifiât; mais chacune se sépara, ayant des motifs de haine contre les autres, motifs qu'elle conservait toujours.

c Ayant achevé sa tâche, Tiri disparut vers le couchant. Il n'est pas mort, il ne mourra pas ; en s'en allant, il a emporté plusieurs hommes devenus immortels comme lui.

c Tous les Yuracarès sans exception connaissent cette histoire mythologique et se plaignent de Sararuma parce qu'il brûle tout, d'Ulé, de Tiri et de Gara, qui ne les firent pas immortels. Il en est de même de Mororoma, dieu du tonnerre, qui les frappe de ses foudres, quand il est mécontent d'eux ; de Pépézu, dieu du vent, qui les enlève du milieu des bois; de Chuchu, dieu de la guerre, qui leur enseignée se battre, et même de Télé, qui leur apparaît vêtu de blanc et leur donne des instructions.»

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