X. Gouffres
Les eaux du Déluge se sont écoulées par des failles ou des gouffres dans le sein de la terre d'où elles étaient sorties. C'est ce que la Genèse suppose*, et ce que déclarent de la manière la plus expresse les traditions relatives aux Hydrophories d'Hiérapolis et d'Athènes, qui passaient pour avoir été instituées par Deucalion lui-mène.
Ces deux villes n'étaient pas les seules qui eussent leurs gouffres diluviens. Eleusis avait le sien, où Ton versait deux vases pleins d'eau, et c'était le dernier acte des mystères. En Argolide , le temple de Neptune Proclystius, ou Diluvien, était construit sur l'ouverture par laquelle il avait fait écouler les eaux du Déluge au temps d'inachus.
Non loin de ce temple était une autre fosse profonde par où Pluton avait ravi Proserpine. Le même mythe et une pareille ouverture existaient dans l'isthme près de Corinthe, à Céphise en Béotie, en Sicile proche de Syracuse. Les Ioniens plaçaient la scène sur les rives de l'Halésus, et Bachilide en Crète. Orphée disait que la déesse fut conduite sur la mer par son amant, qui disparut avec elle au milieu des ondes. Or Pluton est le dieu des enfers ; Proserpine est la jeune humanité ; la mer, le fleuve, le gouf-
' Aux versets 3 et 5 du chav\tTe n\\\^ %\ owU% traduit fidèlement*
DILUVIENS. ÎOl
H marquent le Déluge, et le rapt, c'est la destruction les Antédiluviens qui ont été précipités dans les entrailles de la terre.
On parlait aussi d'un gouffre où se perdait, près de la ville diluvienne d'Orchomène , un fleuve Mêlas , qui du temps de Strabon avait complètement disparu.
La fosse plutonienne où les Argiens jetaient des flambeaux allumés, emblèmes des âmes qui s'étaient éteintes dans les gouffres du Déluge, et cet autre abîme dans lequel ils précipitaient un agneau qu'ils destinaient au portier du royaume de Pluton, nous expliquent les Mégares de Potnies, en Béotie, où Ton jetait des cochons de lait en l'honneur de Cérès et de Proserpine. Ces Mégares sont les gouffres diluviens , ainsi que le prouverait du reste 'animal choisi pour le sacriflee.
Ce même sacriflee se célébrait en Phénicie en l'honleur d'Adonis, et Mégares est un mot sémitique qui sii;nifie gouffrr, m'garah, et vient de magar, précipiter.
Mais, ù Potnies, Proserpine et sa mère étaient censées labiter dans le souterrain, et de là vient que dans la 4^aride les premiers temples de Cérès furent nommés Mégares^.
Ces Mégares avaient été construits au temps de Car, Kls de Phoronée. Phoronée est pélasge, et chez les Pelasses d'Arcadie, près de leur ville diluvienne de Lycosure, était Mégare où se célébraient les mystères de leur Proserpine, Despoïné.
L'intime relation de tous les Mégares, gouffres ou temples, avec le Déluge, est, de plus, attestée par la contrée toat entière à laquelle ils avaient donné leur nom. La Mégaride est pleine des souvenirs du cataclysme.
* Paas. 1, 39. 41 . — Mégaron est devenu le nom de toute '^lasl^ >^e, de tout palais, de toute demeure,
T. IL
ÎM LES FAITS
Près do mont des Groes, où s'était réfugié Mégaréos lors du déluge de Deucalion, était un bourg fondé pv Corœbus , qui avait tué un monstre nommé Pœné ou le Châtiment (du Déluge). Le fils de Mégaréus» Évippos, rhomme aux beaux chevaux , est déchiré par un autre monstre diluvien, le lion du Cythaeron , qui est le même que celui de Némée. Le vainqueur de ce lion, Alcathus, a un fils qui périt à la chasse du sanglier diluvien de Galydon. Les Mégariens avaient les premiers adoré, sous le nom de Leucothée, Ino, qui avait péri dans les flots. Itys, le fils de Procné, qui est un Attis=Adonis, était né ei mort parmi eux*.
Cependant, si Ton embrasse d'un regard la terre livrant par mille gouffres passage aux eaux diluviennes, elle vous offrira l'image d'un tamis. Aux Indes, un diea fit percer un van par une fourmi, et la mer, s'écoulant comme par un crible, rentra dans son bassin*. Ce van serait-il celui des mystères d'Eleusis?