FÊTES COMMÉMORATIVES
Les unes sont historiques, les autres mythiques. Dans ces dernières , on représente dramatiquement le mythe par lequel le peuple a résumé toutes les idées et les croyances que le souvenir du déluge a fait naître en lui. Les premières se rapportent au Déluge même qu'elles reproduisent sous différents aspects physiques ou moraux.
Fêtes de l'Arche,
Qu'on nous permette de placer en tête des fêtes de l'ÀPche celle d'un peuple de cette Amérique du Nord qui semble avoir été TArarat où les traditions véritables se ^nt réfugiées pendant le long Déluge des mythes païens. ^8 Mandans célèbrent tous les ans la Retraite des eaux autour d'un canot sacré.
Le canot des Mandans est le bateau des Suèves. Tacite nous dit qu'une partie des Suèves sacrifiait à une déesse qui était représentée par un bateau , et qu'il prit pour Isis.
Le vaisseau qui accompagne Isis, et celui qu'on voit porté en procession sur les murs des temples égyptiens, sont certainement des images de TArche diluvienne: leur nom de baris en est la preuve. D'autres ont vu avant nous une tradition ou une imitation de l'Arche dans cet immense vaisseau de bois de cèdre, de deux cent quatre-vingts coudées de longueur, que consacra an grand dieu de Thèbes ou de la ville de l'Arche , le roi Sésostris , qu'on a probablement confondu avec le Sisithrus, Xisuthrus des Chaldéens.
Des colonies sémitiques, venant d'Egypte, ont emporté avec elles en Crète et en Grèce le souvenir du culte d'Osiris enfermé dans son coflFre : de là le coflFre des mystères de Zeus et des Curetés, de ceux de Bacchus elde ceux de Samothrace.
Les Phrygiens avaient aussi un coffre sacré,celuid'Attis.
Cérès a de même son arche ; car les traces du Déluge étaient encore visibles sur toute la face de la terre qu'elle errait déjà de lieux en lieux , cherchant sa fille Proserpine ravie par Pluton et enseignant l'agriculture à 1 humanité nouvelle. Aussi Cléobée, qui avait apporté de Paros à Thasos les mystères de la déesse, était-elle peinte à Delphes avec une arche (kibôtos) sur les genoux, et celte arche, dit expressément Pausanias, ^ différait point du ciste , qui est l'un des attributs ordinaires de Cérès *.
L'Arche est tout aussi reconnaissable dans les Panathénées , où le cortège suivait en habits blancs un vais-
* Diod. de Sic, i, 57.
' Pau8. X, 28.
au qu'on traînait sur terre avec des machines. A ses Tes était suspendu, comme une voile , le riche vôteent de Minerve, où était représentée en broderie la vicire des dieux sur les Géants, c'est-à-dire sur les désores physiques qui ont été la conséquence du Déluge. En Élide, Junon avait un voile comme Minerve d'Athè- !S ; on célébrait en son honneur des courses de jeunes les, dont le prix avait été remporté pour la première is par Chloris, la seule des filles de Niobé qui eut conrvé la vie, et Ton gardait dans le temple le coffre en lis de cèdre dans lequel Cypsélus avait été caché par
mère*.
Ce coffre, confié à la garde de Junon en Élide, rap-
ille le vaisseau sacré de Junon qu'on adorait sur le mont
bain dans le Latium*.
Le vaisseau de Janus est encore l'Arche; car le Déluge
l'il figure est le chaos dont est sorti le monde nouveau,
Janus est le dieu de toutes les origines et des deux laos.
Le culte de l'Arche occupait une large place dans les ystères hypothétiques du néobardisme, tandis que, à nre connaissance , il existait aussi peu chez les Slaves ne chez les Perses. En Inde, nous connaissons déjà hiwa Arghanatha, le Seigneur de l'Arche.
Fêtes de l'écoulement des eaux^ ou Hydrophories.
Aux Hydrophories d'Hiérapolis , on versait dans un gouffre diluvien des vases qu'on était allé remplir sur es rives de la mer.
A Athènes, une cérémonie pareille se célébrait en un jour néfctëte près d'un autel de Jupiter sauveur y qui avait
' Paus. V, 16. 17.
' Dio Cass. 59.
été dressé par Deucalion , et Ton jetait dans le gouffire des gâteaux de farine et de miel pour apaiser les dieox infernaux (ou les mânes des Antédiluviens) '.
Égine avait aussi ses Hydrophories. Elles étaient suivies de jeux en l'honneur d'Apollon.
La descente à la mer.
Ici encore, c'est le culte tout diluvien d'Hiérapolis qui nous explique les fêtes des autres nations. On y portaitcbaque année, sur les bords d'un lac, la statue de la Nature, en mémoire du temps où la Terre avait été plongée tout entière dans les flots du cataclysme universel.
En Egypte, Isis descendait de même vers la mer dans les mystères diluviens d'Osiris.
Les mystères de Cérès à Eleusis avaient leur descente à la mer.
La grande fête de Vénus à Éryx avait aussi la sienne.
Isis, Dercéto, Cérès et Vénus, qui sont des déesses de la nature, vont visiter chaque année la mer dans laquelle la nature semblait avoir péri, et elles en reviennent assurées qu'elles n'ont plus rien à craindre du redoutable élément. Mais on aurait pu tout aussi bien précipiter leurs statues ou leurs images dans les eaux en codudÂ' moration du Déluge. C'est aussi ce qui a lieu chez les Slaves et en Inde. Les Polonais, les Silésiens, les Bohèmes jettent, aujourd'hui encore, dans un fleuve ou ud étang une figure de femme qui porte le nom de leur ancienne déesse de la Terre, qui s'appelait à la fois Ziéwonie ou la Vie, et Moréna ou la Mort, et qui se nommait aussi Baba, la mère de toute choses*. Cette déesse c(N^ respond d'une manière frappante à l'épouse de Clii^>
*■ Paus. I, 18.
. * fianusch, p. 140 Bq.
ali ou Dourga, dont l'image est jetée dans le Gange au ^temps et en automne. Mais le sens primitif de ces tes s'est perdu dans l'esprit des peuples pour qui elles 3 sont plus que des fêtes des saisons. Moréna est l'hiir qui s'en va, et Ziéwonie est le printemps qui approle. Dourga est précipitée dans le Gange après avoir iomphé, dans des espèces de drames, de tous les déions ses ennemis , contre-sens'qui ne peut s'expliquer ue par quelque inextricable confusion qui s'est faîte ans l'esprit des Hindous.
Fêtes des révolutions diluviennes.
Les Ânthestéries d'Athènes, qui se célébraient à dater u seize de février en l'honneur de Bacchus, réunissent DOS les caractères d'une fête diluvienne : la fondation ttribuée à Deucalion; des libations pour les ancêtres lonl les âmes revenaient sur la terre pendant ces jourshVouverture du tonneau, de joyeux banquets où l'on «vait avec excès, et les esclaves à table avec les maîtres.
Cette égalité de tous les rangs formait le trait essentiel es Hermées de Crète, des Hyacinthies de Sparte, d'une !te de Trézène *, ainsi que des Pélories de Thessalie intituées par Pélasgus, (ils d'Inachus, en faveur de son eslave Pélorus qui le premier l'avertit que les eaux qui ^couvraient la contrée s'écoulaient par la vallée de empé. Ici le maître sert ses esclaves dans l'excès de la )ie que lui cause la retraite des eaux diluviennes.
En Italie, où régnait le même usage, les Saturnales ^^ssaient pour une commémoration de l'âge d*or. Mais B genre des offi*andes qu'on faisait alors aux dieux, at- ^te que cette fête du dix-sept de décembre était une
^ Hermann, Manml des antiquités grecques ^ t. u, p. ^V^ («\\«ia^^.
fête de palingénésie et d'expiation \ Il ne serait même point impossible qu'elle reproduisit, comme les Sacées, l'état de licence et d'anarchie où les terreurs du Déluge avaient plongé la société impie qui allait périr*.
Chez les Babyloniens, la lête Sacée, ou des Tabernacles , durait cinq jours, pendant lesquels les serviteurs commandaient aux maîtres. Cette fête, à en juger d'après Bérose, remontait aux temps les plus anciens. On y revêtait d'un manteau royal soit un esclave, soit un criminel. Celui-ci, après un court règne où il disposait en maître absolu du palais, était pendu.
Cette fête asiatique avait pénétré à Rhodes, où elle cofr tait la vie à un homme '.
Le roi des Saturnales de l'Orient a survécu au paganisme. Les peuples chrétiens ont leurs rois de l'Épipbanie; et chez les Tartares, au nouvel-an, le vainqueur an jeu de l'arc est roi pendant un jour *.
Fêtes mythiqiies
La plus remarquable de ces fêtes est celle de Sais, où l'on faisait de nuit, aux flambeaux sur un lac, une représentation dramatique de la mort et de la résurrection dn dieu diluvien Osiris.
* Sur le faîte des temples de Saturne, eu Italie, on plaçait dei Tritons, la trompette en bouche. (Macrobe, Satum,, i, 8.) Les Tritons dont la queue est cachée dans Veau, symboliseraient-ils la terre que recouvraient encore à demi les eaux diluviennes, et la trompette, le jugement que Satume=Élohim a exercé par le Déluge wff rhumanité?
• Strabon fait des Sacées la fête d'une victoire de Cyrus sur 1« Saces ou Scythes. Mais Kazwini nous a montré (p. 136) commentiez faits et les mythes du monde Primitif se convertissaient chei Itf Perses en événements historiques.
s Boulanger, t. i, p. l*î%, ^ Boulanger, 1. 1, p. il^.
lette fête avait été transportée avec le culte de Bacs dans TAttique et dans TArgolide.
Jle avait pour pendant : en Phénicie, celle d'Adonis ; Phryg^e, celle d'Attis, et en Chine la fête des flamux où l'on cherche Peiroun. Seulement Peiroun a disu comme Xisuthrus, et n'est pas mort comme Osiris ; si ne renaît-il pas, et sa fête n'oflFre-t-elle pas les vio- :es péripéties de celles de l'Egypte et de l'Asie Antéire. Elle n'a d'ailleurs, de nos jours, rien de lugubre, ^eiroun est bien connu au Japon. Au Tunquin, on célè-
fort gaîment , par des jeux sur les fleuves , la méire d'un mandarin extrêmement ambitieux qui s'était, désespoir, précipité dans la mer quand il vit qu'il ne ait aucun progrès à la cour*.
iCS Persans et les Turcs célèbrent pendant dix jours, au ouvellement de l'année arabe, une fête de deuil et de ne en mémoire du Déluge, ainsi que d'autres événents sinistres qu'on a supposés avoir eu lieu à cette me date. L'origine de cette fête est inconnue ; mais
lamentations extravagantes qui la signalent rappelt celles des Égyptiens et des Syriens sur Osiris et Ado- , et les mascarades d'hommes armés, les combats des ans*.
Vinive avait certainement aussi, comme la Syrie etl'É- [)te, son dieu mort et ressuscité ; car, aujourd'hui en- 'e, les habitants de Mossoul, mnhométanj et chrétiens, èbrent trois jours de jeûne suivis d'un jour de réjouisice. Ils le font en commémoration de la pénitence des livites qu'avait effrayés la parole de Jonas ' ; mais
' Marini, p. 271.
' Boulanger, t. i, p. 101 sq.
' En face de Mossoul est la mosquée qui recouvre le prétendu
ibeaa de Jonas. Le Coran renferme d'ailleurs un chapitre tout
ier consacré â ce prophète, qui est ainsi en gruade -^éTi^tv^Ssii
'^Jeg Mabométans,
nous ne douions pas que cette fête ne soit une très-ancienne fête païenne toute pareille à celle d'Adonis.
Le dieu des Moabites et des Madianites, Baal-Péiior, présidait à la fois à la mort et à la génération. On comparait sa statue à celle de Priape, et le Psalmiste dit qae ses adorateurs offraient des sacrifices aux morts, aux mânes. Philon ajoute que les initiés aux mystères de ce dieu précipitaient dans Teau le chef Nous , c'est-à-dire Noë, le chef de la nouvelle humanité, qui avait été comme perdu dans les flots du Déluge.
Le souvenir du Déluge entrait pour beaucoup dans les mystères d'Eleusis, qui avaient leur Hydrophorie et leur descente à la mer, et dont les principales déesses étaient Proserpine et sa mère.
Si les fêtes des Grecs en mémoire du rapt de Proserpine célébraient tout spécialement la mémoire de b destruction des Antédiluviens, la renaissance du monde au contraire était l'objet de la grande fête d'itbome e« Messénie. On y disait que les Curetés ayant soustrait Jupiter enfant (le dieu de l'humanité postdiluvienne) à b barbarie de Saturne (faisant périr les hommes , ses enfants , par le Déluge), deux nymphes, Ithome (l'OrpAf- Une, de l'hébreu iatham) et Néda (V Errante, de nadab, NADAD) furent ses nourrices et le lavèrent dans la fontaine Clepsydre (ou VEau cachée du Déluge qui était rentrée dans le sein de la terre) *.
Dans le culte des Béotiens, l'époque du Déluge était celle où Héré s'était soustraite à l'amour de Zeus et vivait solitaire sur le Cithaeron , c'est-à-dire où la nature avait fait divorce avec la Divinité, et où la discorde régnait dans l'univers. Le rétablissement de l'ordre était figuré par la réconciliation des deux époux, qu'on céi^ brait dans une fête solennelle. Leurs nouvelles noces
' Paus. IV, 33.
avaient été ménagées par la prudence d'un héros, Alalcomène, qui n'est pas autre que Pallas, ou la Sagesse de Keu dans la création et la conservation du monde S Pour ne pas laisser de doute sur le sens diluvien de ce mythe, jutons qu'une certaine Alalcoménie était fille d'Ogygès=Noé et de Thébé = l'Arche , et qu'elle était une déesse des serments (en mémoire de l'alliance conclue par l'Étemel avec Noë).
A Samothrace, autre centre des cultes secrets de l'Aniquité, se voyaient des autels élevés en mémoire d'une rrande inondation *.
Les mystères que les aborigènes d'Italie célébraient me fois l'an sur les bords du lac Gutylie, se rapportaient certainement au Déluge.
Selon Artémidore et Denys, les mystères de Gérés, de ^roserpiue et de Bacchus étaient célébrés avec les rites le Samothrace par les Celtes des îles Britanniques. Or, lans le néobardisme, Hu est Bacchus, Greirwy Proerpine, Géridwen Gérés, et les mystères des Kymris resemblent d'une manière frappante à ceux des Grecs et les Égyptiens. 11 y avait des lacs sacrés, des îles flottanes, des flambeaux, un fleuve de la mort à traverser, et L y était fait constamment allusion à l'Arche.
Au Japon, les habitants sintoïstes de Nangasaki célèbrent, en l'honneur de leur grand dieu Suwa, une fête lolennelle où l'on représente des pièces de théâtre dont ies sujets sont pris dans l'histoire des dieux ou des héit)8. Nous faisons de Suwa une divinité diluvienne, parce que c il se plaisait à voyager » comme Isis, et surtout parce que « la musique qu'on exécute dans son temple ^ exactement la même que celle dont on se sert pour
* Eusèbe, Prœp. Evang. lu, 2.
' Diod. Sic, v, 47.
apaiser le suprême dieu du pays (le soleil), qui de colère s'était caché dans une caverne t (après le Déluge)'.
IL FÊTES d'expiation.
Le dieu suprême, qui a fait périr toute la race tiumaine, a soif du sang humain, et puisqu'il exerce ses jugements par l'eau, on précipitera dans la mer, dans le fleuve, les victimes humaines par lesquelles seules on peut espérer d'apaiser sa colère. Telle a été la pensée de la haute Antiquité , ainsi que le montrent les rites suivants :
A Rome, on immola dans les premiers temps à Saturne, et jeta dans le Tibre, des hommes , auxquels on substitua par la suite des figures nommées Argées. Ces Argées n'ont de commun avec les habitants d'Argos que le nom de l'Arche, qui atteste leur nature diluvienne. Les sacrifices humains passaient pour avoir été abolis par Hercule, le dieu sauveur.
A Athènes, on jetait à la mer non les victimes encore vivantes, mais leurs cendres, et on le faisait pour apaiser Neptune (le dieu diluvien). Cela se passait aux Tbargélies, ou fêtes de la naissance d'Apollon (qui est ici sans
* Kœmpfer, t. ii, p. 138 sq. Au Japon, la religion de Bouddha» aussi sa fête à grands spectacles : le dieu et sa maltresse y sontpro* menés dans la ville, et rencontrent l'épouse légitime qui s'enfuit à 1* vue de sa rivale, au milieu des lamentations et des pleurs de ceux qui la portent et l'accompagnent. (Charlevoix, t. i, p. 124.) Le die» qui semble accabler du poids de sa majesté les hommes qui portent le brancard, est un Jupiter pareil à celui d'Hiérapolis. Sa maître»* est l'humanité coupable, que Dieu aime malgré ses fautes. L'épooft est une Junon qui ne comprend pas un tel amour. Noos yerroii ailleura le culte analogue d*liiéxai^o\Â&%
loute le vainqueur de Python, le réparateur des maux ^usés par le cataclysme). On immolait un homme et une ëmme qu'on avait nourris à dessein aux dépens du public. On les insultait en leur jetant sept fois des oignons il des figues sauvages. Les enfants portaient des rameaux Volivier entourés de laine.
Étaient pareillement diluviens : le culte de Leucade »ù Ton jetait chaque année, du haut d'un rocher dans la aer, un homme ; celui de Syracuse où Gyanippus, le dieu es eatix azurées^ exigeait le sacrifice d'une vierge que on précipitait dans la source de Cyané ; celui de Mareille qui nourrissait pendant un an un malheureux ne la mer engloutissait vivant, et en général celui de ous les fleuves dont on racontait qu'on leur avait jadis ffert des victimes humaines.
En Egypte, où l'on noyait chaque année dans le Nil me jeune fille au commencement de la crue des eaux, la îte diluvienne et humanitaire s'était convertie en une Ste nationale qui devait assurer au pays une année erdle.
Du Halde parle d'une île des Indes Orientales, dont les labitants précipitent une jeune fille dans la mer au sepième mois de leur année.
Les Mexicains ofiraient chaque année, aux trois divilités spéciales du lac d'Anahuac, qui étaient celles de la ruerre, de la nature et de la pluie, un jeune homme et me jeune fille, qu'on conduisait au mi lieu du lac à l'endroit >ù s'était formé jadis un tourbillon. On les plaçait dans m petit bateau qui disparaissait avec eux dans les eaux ttins que jamais on en vit reparaître le moindre débris.
A ces cultes sanguinaires se rattachent les cultes moins barbares, et peut-être moins sérieux, où l'on espérait apaiser le dieu du Déluge par de simples sacrifices d'animaux, ou même par des offrandes non saii(\^\i\j^
d'objets plus oa moiiis prédenx. Mais pour que nous soyons en droit d'affirmer que ces cérémonies religieuses tirant leurs origines des souvenirs du grand cataclysme, il Ctut que les victimes soient jetées dans des mègar^s conune à Potnies, ou du moins que ranimai innmoiê soit un porc.
Parfois, au gouffine se substituait im marais, un lac profond qui était comme une image permanente de l'antique inondation. Tel celui de Laconie, où Fou jetait des offirandes laites de pâte, lors de la fête Inoa (c'est-à-dire de Noé, Noach i.Tels les lacs Acbénisies d'Egypte et de Grèce; lebc d'Aveme en Italie; le lac des Deux Corbeaux [des deux ai seaux de FArche) dans les Gaules où, d'après Strabon, les Celtes se livraient à diverses pratiques superstitieuses. Peut-être même faut-il ranger au nombre des lacs dilsviens : le lac sacré de Toulouse, qui recevait en oflraaide Tor et l'argent pris sur l'ennemi ; le lac du Gévaudan,oi les Gaulois, du temps de Grégoire de Tours, jetaient, pea* dant une fête de trois jours, des pièces de toile, de la laine» du fromage, de la cire ; les nombreux lacs du nord de la Scandinavie dans lesquels les Lapons faisaient couler le sang des victimes qu'ils éf^i^^ient sur leurs rives; le lac ou gouffre sur le mont Bogdo, près du Volga, qo recèle dans ses eaux les offrandes des Kalmouks. MaiSt dès que la tradition se tait, il est plus prudent d'expSquer le culte des lacs par la simple adoration de b nature.
Entre le sacrifice expiatoire d'une vie d'bomme et celui d'un animal ou d'un objet de prix , est celui de b chevelure, qui est pour l'homme le signe de sa force physique et de sa santé prospère, le symbole de sa puissance et de sa joie, et pour la femme sa plus belle, se plus riche parure. Se raser la tête est donc un acte dlwi" miliatiouy de repentaucô , ^«^ VcVs\«ssft^ de deuil. Or L»-
en nous apprend que les habitants de Byblos cèleraient la mort d'Adonis, comme les Égyptiens celle de iir Âpis, en se rasant la tête. Mais Adonis est, ainsi l'Osiris figuré par Apis, la victime du Déluge. Le deuil 3 ces peuples avait donc pour objet la grande ruine 1 monde antédiluvien, et c'est sans doute aussi ce même otif qui portait, dès les temps d'Homère, les Grecs à ire à des dieux des*eaux, aux Fleuves, l'offrande de leur levelure. ^
Cependant, à Byblos, les femmes qui , par une crimiïlle légèreté, se refusaient à prendre part au deuil tmmun et à se dépouiller de leur parure naturelle, aient condamnées à se livrer un seul jour aux seuls rangers pour un prix qu'elles devaient offrir à Vénus, imante d'Adonis.
Ce qui était l'exception à Byblos était la règle ailleurs. Insi , à Babylone, d'après Hérodote, toutes les femmes t non les jeunes filles) étaient contraintes , par la relion, de se rendre une fois dans leur vie au temple de Vé- 3S pour s'y livrer chacune à un étranger. Dans les temps î décadence, l'acte sérieux d'une monstrueuse superstion n'était plus, comme nous le lisons dans Baruc, qu'une x^asion pour la beauté de triompher de ses prompts iccès. Mais certainement la haute Antiquité avait vu ins ce sacrifice fait à Vénus de tout ce que la femme a B plus précieux, dans cette violence faite à tous les senments de la pudeur , dans ce douloureux renoncement la chasteté, le moyen le plus efficace d'apaiser la colère e la déesse de la nature, qui avait, elle aussi, concouru la destruction du genre humain par le Déluge, et de 'assurer pour l'avenir ses plus abondantes bénédictions. Le même sacrifice était imposé, avant le mariage, aux canes filles, en Arménie d'après Strabon, en Lydie d'à- H^ Hérodote et ^ïien, en Pbénide d'après muX ku^wv
tin , et dans les pays colonisés par les Phéniciens , tels que Cartilage et Chypre. Justin nous apprend que dans cette dernière île c'était sur les bords de la mer que devaient se rendre les jeunes filles nubiles, et cette descente vers la mer est le critère infaillible d'un culte diluvien.
11 est digne de remarque qu'au Nicaragua, où l'on eugeait des femmes une très-grande chasteté, une fête atnuelle les autorisait toutes à s'ab^donner au premier venu ^ Ce qui n'étaU permis dans l'antique Orient qu'une fois pendant la vie, l'était ici une fois chaque année.
Cependant ce même Orient avait jadis, et l'Inde a encore, des prêtresses d'un rang inférieur, hiérodules oa bajadères, pour qui la plus vulgaire prostitution s'abrite sous le voile d'une sainte consécration.
Un pas de plus dans la voie de l'abîme nous conduirai! à ces assemblées nocturnes où se célébraient les infâmes mystères de Vénus-Cotytto.
Ces mystères se sont reproduits au sein du christianisme, chez certaines sectes pareilles à celles des Adamites ; aux confins de l'Islam, chez les Nézeires de Syrie et chez les Yézides du Sindjar.
Peut-être même faut-il mettre en rapport avec les ttttiques cultes des déesses de la nature la débauche à laquelle , chez plusieurs peuples sauvages, se livrent les jeunes filles, qui, une fois mariées, sont fidèles à leurs époux.