‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 91 sur 158 · V. Phénomènes volcaniques · texte numérisé non relu

V. Phénomènes volcaniques

Le mythe de Typhée a essentiellement trait à des phénomènes volcaniques ou plutoniques. « Tout mont ignivome, a dit un écrivain grec, brûle sur Typhon *. » € Le feu jaillissait de ses yeux, et il jetait contre le ciel des montagnes enflammées. Ayant enlacé Jupiter dans ses plis, il lui coupa les tendons des pieds et des mains',» c'est-à-dire il contraignit pour un temps à l'inaction le dieu suprême qui ne put plus maintenir Tordre dans le monde physique. Le théâtre du combat de Typhée et des dieux, fut la Phrygie Brûlée, la Gilicie, et surtout la vallée de TOronte. Frappé de la foudre, le monstre, en sillonnant profondément la terre dans sa fuite, creusa le lit de rOronte, qui portait primitivement le nom de Typhon, et s'enfonça sous terre dans l'endroit où jaillirent les sources de ce fleuve'.

La vallée de l'Oronte fait le pendant de celle du Jom^ dain, et nous rapportons les faits géologiques que pe^ sonnifie le mythe de Typhée, à la période où Sodome el les villes de la plaine furent consumées par le feu, et la contrée en partie engloutie dans les eaux de la mer Morte. Cette ruine, avec l'histoire de Loth, transportée en Phrygie par les Lydiens du Jourdain, a donné naissance au mythe de Philémon et de Baucis *.

Le monstre ^Ëgide, qui fait partie, dans Diodore, en

YÎen. Mais ce mythe fait le pendant de celui de Thrym, dont le»* est mis hors de toute contestation par celui de Typhon.

* Fragm. Histor. Grœc. V. iv, p. 341 . Artémon. « Apollod. Biblioth. i, 6.

5 Strabon, xvi.

* Yojez plus haut, p. VOÔ. I V:

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jythe de Bacchus libyen, est au fond le même être que ■yphée. Né de la Terre, il vomissait, comme Gacus, une pouvantable quantité de flammes. Il avait paru d'abord ans la Phrygie, qu'il avait brûlée; puis il avait consumé )utes les forêts depuis le Taurus jusqu'aux Indes, et isqu'au Liban ; et enfin dépeuplé l'Egypte et l'Afrique, ù Minerve le tua. La Terre, irritée de sa mort, enfanta » Géants, qui, plus tard , furent détruits pur Jupiter vec l'aide de Minerve, de Bacchus et des autres dieux. Ainsi s'explique pourquoi Nitocris, la reine diluvienne e l'Egypte, après avoir noyé ses sujets, périt elle-même ans les cendres de quelque grand incendie ; pourquoi iu-va, la Nitocris de la Chine, fait avec des cendres des igues contre les eaux qui ravageaient les plaines depuis i cataclysme universel ; pourquoi Thiassi , le génie des împétes postdiluviennes, périt dans un feu allumé par îs Ases; pourquoi au Japon, des hommes méchants •rûlent, en mettant le feu à une forêt, un grand nombre le dieux qui s'y livraient au plaisir de la chasse; pour- [uoi, dans cette même mythologie japonaise, Amatsu- **iko met au monde ses trois enfants au milieu d'un p*and incendie.

Une des grandes fêtes du Tunquin se célèbre en la mémoire d'un homme consciencieux (l'humanité postdiluvienne), que tourmentait le souvenir de quelques mensonges qu'il avait faits au roi (à Dieu), et qui, pour échapper à son châtiment, s'enfuit dans une forêt (qui figure la surface de la terre dans les temps qui suivirent le Déluge). Le roi n'ayant pu l'y surprendre, dans sa colère, fil brûler la forêt , et le malheureux y fut réduit en cendres*.

Le mythe de Cacus est formé de deux éléments dis-

* Marin?, p. 269 sq.

tincts. Ce géant est d'abord un Ahi qui dérobe les nuées au temps de la sécheresse antédiluvienne. Il est ensuite un Typhée, comme le dit le poëte des Fastes, qui vomit du feu et des tourbillons de fumée contre Hercule, le vainqueur de tous les monstres. Cacus est fils de Vulcain ou du Feu, et son nom , dans les langues sémitiques, a précisément le sens de /Vm*.

Les contrées volcaniques de,ritalie et de la Grèce, les champs Phlégréens en Gampanie, une contrée de TArcadie, Pallène en Macédoine , passaient pour avoir été le théâtre des combats entre les géants et les dieux, que nous rapportons à la période typhéenne et posldiluvienne.

Aucun peuple n'a désigné la date et défini la nature de cette période avec autant de précision que les Kymris, qui, dans leurs triades, plaçaient après la première calamité du Déluge, « le tremblement du torrent du fea « lorsque la terre fut déchirée et entraînée dans le grand « abîme, et que fut détruite la majeure partie de toute « vie. »

Le Kalévala, qui mérite d'ailleurs peu de confiance 'i par sa rédaction toute récente , place au temps de l'em- ' prisonnement du soleil et de la lune, le grand fléau du \ feu qui consuma les hommes et les arbres.

VL Les terres qui s'affaissent dans l'Océan.

Nous verrons dans notre Histoire de ta Terre combiei sont nombreuses les traditions d'isthmes qui se brisent

< Remarquez la précision du langage mythique : Cacas, le Feu, vomit des flammes depuis la terre : phénomènes volcaniques, ^ diluviens. Vulcain, le Feu, tombe du ciel sur la terre, qu'il consume: phénomènes atmoBpliériqu«ft> %ècYL«t««&« «nX^àîl^iL^lenne.

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; de terres que la mer engloutit dans la période postdiivienne. Ici nous devons citer deux mythes, Tun hindou, lutre javanais, en nous permettant d'appeler sur le •emier l'attention toute spéciale de nos lecteurs. L'awatar de Vichnou-poisson sauvant Manou=Noë est lîvi d'une incarnation du même dieu dans des circonsnces si extraordinaires, que M. de Bohlen a cru l'ordre îs awatars interverti , et voulu faire du second le prelier, pour le rapporter aux temps cosmogoniques. Voici 1 peu de mots et dépouillé des fables accessoires le lythe en question : « Les Génies barattaient la mer à lide du mont Mérou, autour duquel ils avaient enroulé Q câble immense. Les eaux de la mer, aussi loin que la le s'étendait du rivage, se chargeaient de limon et prelient l'aspect blanchâtre du lait. C'était le temps où les leux inférieurs sentaient leurs forces s'en aller. Ils Dulaient, en remuant ainsi la mer, produire l'amrita ou I boisson de l'immortalité. Mais leurs efforts étaient mtiles, la fatigue les gagnait, et déjà la terre commenait à s'affaisser dans l'Océan, quand Vichnou, changé en artue, se glissa sous elle et la releva. » Il est certainenent impossible de mieux résumer une période où la terre ntière aurait semblé descendre insensiblement au-dessous lu niveau de l'Océan, et aurait été sauvée d'une destrucion imminente parla puissante intervention de la Divinité, ibis en quel temps les Hindous placent-ils ce fait? Quand les génies sentaient la mort les envahir. Et qui sont ces génies, si ce n'est les Noachides dont les pères avaient vécu hrii et neuf siècles, et qui voyaient avec effroi leur vie se rtduire à quelques dizaines d'années? Le second av^atar ^e Vichnou ne peut donc avoir eu lieu qu'après le Déhige, et le critique allemand aurait dû tenter de com- Pi^ndre la tradition sous sa forme authentique, au lieu fe l'altérer pour l'expji^uar à sa manière.

L*amrita va s'oflrîr à nous de nouveau dans le mythe javanais, où IVlêment indigène s'est combiné, sans se dénaturer, avec des emprunts faits à linde.

« Le dieu Gourou, à son retour du monde souterrain, dont il avait réglé les afl^ires (et qui date du Déluge, comme nous le dirons en son lieu), s'aperçut que Java n était pas en équilibre et s'enfonçait vers l'occident sous le poids d*une montagne qui était trop lourde. Il résolut de la transporter vers l'orient, et ordonna aux dieux inférieurs d'exécuter ce travail. Des fragments de cette montagne ont formé la grande chaîne qui parcourt Tile de l'ouest à l'est dans toute sa longueur, tandis que les débris qui tombaient des charges que les dieux po^ taient, ont produit les deux séries de collines qui suivent la côte sud et la côte nord. Les dieux , fatigués de leur tra\-ail, se désaltérèrent aux eaux d'un fleuve qui était empoisonné, et moururent tous. Gourou seid échappa à la mort en vomissant le poison, qu'il avait reconnu de suite, mais son cou en devint bleu *. Il découvrit ensuite une source (l'anirita) qui donnait la vie, et avec cette eau il rappela les autres dieux à l'existence. Enfin, à sa requête, le dieu qui était avant lui, Wisésa, lui donna on volcan, le Ramadi, qui est en même temps un dieu, le Vulcain des Ja\'anais, dont la bouche est le feu delà forge, les genoux l'enclume, et les bras le marteau et les autres instruments. **

Ce mythe est tout javanais, tout local, tout géologique mais il sert à prouver que les Javanais plaçaient, conuDe nous, après le Déluge, l'essai de produire la boissoi d'immortalité.

* Emprunt ùàt à Tlnde.

* G. de Uumboldt, Langu Cawi^ 1. 1, p. 70 et sniv.

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VU. La nature pacifiée.

Dans les l^endes, les symboles el les mylbes du Dcuge, retentit, puissante et distincte, la voix de rÉternel lui a, dans sa justice, condamné à mort le genre Imnaîn, et, dans sa force, exécuté lui-même sa sentence. iu\ ne songe à lui résister; les géants antédiluviens ne ni ont point livré bataille avant de périr dans les flots, )t si le Déluge provient des puissances malfaisantes, dles l'ont produit avec le tacite consentement du Dieu apréme.

Les mythes, au contraire, qui ont trait aux révolutions ihysiques de la période typhéenne, ont tous revêtu la innne d'une guerre entre les puissances malfaisantes et es divinités du ciel. Ce n'est qu'après de rudes combats pie Jupiter triomphe de Typhée et des Géants, Minerve r^Egide, Hercule de Cacus, Apollon de Python, Thor de rbrym et de sa race, Wâinâmôinen de Louki et du peujde de Pohjola, au Japon les Esprits du ciel de ceux de la terre. Ces combats symbolisent fort bien l'impression i|o'a dû faire sur les Noachides le spectacle du désordre qui, pendant plusieurs générations, a régné dans le monde physique après le Déluge. Ils savaient, par l'Éternel lui-mâaae, qu'il n'y aurait plus de cataclysme et qu'ils pouvaient habiter en paix la terre ; mais la terre sem- Uait se complaire à donner démenti sur démenti au Dieu ^vant, et les puissances malfaisantes refuser de se sou- Mtre à ses ordres. Il y avait de leur part rébellion, agression, guerre ouverte. Leur défaite toutefois était inévitable, puisque Dieu avait fait connaître son décret ; ^t la nature, en s'apaisant, indiqua elle-même à l'homme '6 triomphe de Dieu sur ses invisibles ennemis.

T. II. V

tM) HÉVOLUTIONS

Vlll. La sécheresse postdiluvienne.

Les mythes nous apprennent que la terre a été désolée par une grande sécheresse dans les temps qui ont suivi le Déluge. Ce fléau du feu s'est parfois confondu dans la iradition avec celui des temps de Méhujaël. Mais ils ont d'ordinaire chacun leurs héros particuliers, et le plus récent a été bien moins redoutable que le plus ancien. Il est d'ailleurs diflicile de déterminer l'époque de cette sécheresse posldiluvienne. La période typhéenne avec son excessive humidité et ses grands froids n'a pas de place pour un temps d'ardeurs tropicales, et les annales (les Chinois, tout aussi peu que les mythes des autres peuples, ne nous permettent d'identifier ce fléau du feu avec les sept années de famine qui ont eu lieu du vivant de Joseph. Nous devons donc supposer que la fin de la pluvieuse période typhéenne a été suivie, comme par une violente réaction, d'un long temps d'aridité.

Les Grecs et les Latins placent Phaëthon tantôt avant, tantôt après Deucalion.

En Sicile, les Paliques, dieux diluviens, font cesser une sécheresse qui avait rendu l'île stérile.

Théron, roi de l'Espagne citérieure, qui, daus sa fureur, voulait à tout prix détruire le temple d'Hercule a Gadès, vit ses vaisseaux mis en fuite par la flotte des Gaditains, et consumés subitement par les rayons du soleil, ou par des lions rayonnants et solaires qui avaient apparu sur la proue des navires ennemis*.

Hercule, fatigué des rayons du soleil, décoche des flèches contre cet astre.

* Macrobe, Sattiin. , \,^0.

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Niu-va et l'empereur postdiluvien Yao tirent des flèches contre dix soleils, c'est-à-dire contre le soleil dont l'ardeur s'est décuplée. Ce mythe n'a rien de commun avec ceux d'Hoang-ii = Adam et de Chinuong=Seth luttant contre Tchi-yeou * . '

En Perse, autre est la sécheresse de Taschter du vivant de Meschia=Adam, autre celle de Féridoun et de Zohak longtemps après Dchemchid.

Féridoun est le Trîta des Védas dont le nom se lie aussi à un fléau du feu, et ce fléau ne doit donc point se confondre avec celui que figure la guerre des Asouras el d'Indra.

Les Persans célèbrent aujourd'hui encore la victoire de Féridoun sur Zohak, par la fête des aiguières, où Ton se visite et s'asperge d'eau de rose. L'eau de rose a sans doute pris la place de l'eau ordinaire, et celle-ci rappelait évidemment une pluie qui avait été un grand sujet de joie pour la nation , et qui n'a rien de commun avec les pluies lugubres du Déluge ^

^ Peut-être ces dix soleils de Yao sont-ils les mêmes que ceux dont il est question dans les Tablettes chronologiques (ou le Tschouehou-ki-nien). On y lit que sous le treizième empereur de la dynastie des nia (en l'année 1614 avant Jésus- Christ), « il y eut dans le ciel un phénomène de mauvais présage : dix soleils se levèrent ensemble. • Cinquante-sept ans plus tard a commencé la sécheresse de six ou sept

innées dont la date coïncide sensiblement avec la famine de l'Egypte

«I temps de Joseph.

* Kazwini, qui nous apprend (voyez plus haut, page 136) que le

jour de Hithra les Perses avaient ramené les vaches (les nuées)

«ilevées par les Turcs (les dews), ajoute : « Ou prétend aussi que

* Féridoun en ce jour-là s'assit sur le taureau. La nuit du même

* jour apparaît le taureau du char de la lune, taureau dont les deux

* cornes sont d'or et les pieds d'argent. Ce taureau se montre un " moment et disparait un autre moment. Celui-là seul Faperçoit qui

' «st né heureux. » On voit par là i io que les Persans dvsXm^xi'dÀftuX.

292 RÉVOLUTIONS POSTDILUVIENNES.

Cette même fête s*est conservée chez les Arméniens, quoique chrétiens. Elle se célèbre avec de Teau leiule en rouge chez les Hindous et les Birmans, et dans les temps du paganisme elle existait chez tous les peuples slaves jusqu'en Bohême du côté de l'occident.

le retour des nuées^ de la ploie et de la fertilité dû à Mithras avant le Déluge, et celui qui était dû à Féridoun après le Déluge (le taareau symbolisant Thumidité féconde de la nature) ; 2o qu'on célébrait au même jour la fin des deux fléaux antédiluvien et postdilavien, parce qu'ils étaient de même nature; oo que la lune, en Perse comme ailleurs, préside à la pluie fertilisante ; et Afi que le retour de la pluie est pour les Persans le comble de la félicité.

le

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