CHAPITRE III
g I". — Peuples co.vsus des anciens Chinois.
Les documeuts ethnographiques que renferment les anciens auteurs chinois sont assurément 1res imparfaits, et hien souvent on est porté à émettre des doutes sur leur valeur scientifique!. Cependant, ces documents sont parfois d'une valeur inappréciable, car ils sont souvent les seuls qui subsistent sur des nations ou des peuplades peu soucieuses de transmettre à la postérité les faits essentiels de leur histoire et qui simt restées inconnues du reste du monde. En outre, ils peuvent servir, en bien des cas, à contrôler certaines indications vaguos recueillies par les voyageurs contemporains et â caractériser, jusqu'à un certain point, l'étal de civi- I lîsation des peuples qu'ils s'étaient donné la 1. mission de décrire, à l'époque où ils ont été iféâîgés.
I Xe5/)nuf/jialos uolîeijs c\ùqo\sûs ï.Vk.vX^û'vîtv-
ELEMENTS ETRNIQUES 33' ^H
nographie du Siam se Irouvcnl dans la col- ^H lection des g;randGs Aonales officielles de la ^H Chine, et elles ont été veproduilcs d'une fa-'^| çon plus ou moins complète, plus ou moins ^H exacte, par divers écrivains de ce pays. ^|
' Ces notices sont d'autant plus intéressantes ^H
[ qu'elles nous rapportent des événements sur ^f lesquels les auteurs indigènes sont absolu- ^H
I ment muets, ut nous permettent de faire re- ^| monter l'histoire positive du Siam au-delà ^| des périodes menlionnëes par les écrîvaias^H
! du pays. Nous y trouvons notamment le récitflH d'une ambassade qui fut envoyée de ChineJ^H en l'an 607 de notre ère, et les chroniques^^l siamoises ne prennent un caractère véritable-! ^H ment historique qu'à partir du :lIv° siècle,, ^| c'esl-à-dire huit cents ans plus tard. ^|
, Nous ne sommes cependant pas encore à,-^| même de tirer des grandes Annales de Ui^H Chine tout le parti désirable, parce qu'il &q^^Ê présente des difficultés non encore résolucs^H
' pour l'identiScation des noms de peuples ci-^H lés parles Chinois avec ceus^ des peuples dont^H nous conuaissons l'cxislencc dans cette pé- ^H ninsule. 11 peut se faire que quelques-uns dg^^l ces peuples n'aient point laissé ailleuïa liata'si.- ^B
I ces de leur existence, clmie,çixï tovAt»^'*'^^ ■
36 ETHNOOR&PBIE DU SIAU
sible. Mais alors, les donDées des écrivains du Céleste -Empire sont presque toujours insufrisantcs pour déterminer d'uno manifere précise leur place sur la carie géographique et ethnographique de l'Indo-Chine,
Le Siam propreraenl dit est appelé, de now jours, Sini-lo par les Chinois; je crois avoir démonlré que l'un de ses anciens noms était Tdàk-tou, c'est-à-dire i< Terre-Rouge' ». On le voit figui'or, sous celte dénomination, dans les plus anciens testes des Annales chinoises-, où nous pouvons puiser quelques précieuses indications pour nos études.
Les habitants de Tchih-tou formaient un rameau particulier de la race du Fou-nan, ce qui signifie qu'ils présentaient avec celleci de grandes affinités. Or le Foii-tian a été un état fort étendu à certaines époques, et dont le centre répondaitau royaume actuel de Tchieng-inai, situé dans la partie septentrionale du Siara. Il cfimprenait, pendant un temps, la majeure portion, sinon la totalité,
2. Voir, pour plu? de détails, mes Peiipks orientaux cDiinuj d^ gneiens Chinait, travail daos lequel j'ai donuË
ÉLÉJIENTS ËTnSTOtlBS 27
des paysLao, cL se pi-olongRait jusqu'au ciEur du Cambodge.
D'après la grande Encyclopédie GhiDoise, les Sien (Siamois) seraionl les descendants des rebelles dits « Sourcils-Rouges », dont il est question sous la dynastie impériale des Han (deux sièclc^s avant et deux siëcles ol demi après notre ère).
Dans le récit qui nous a été conservé de l'ambassade chinoise envoyée en l'an 607 de notre ère, le Slam nous est représenté comme un pays jouissant déjà d'une civilisation ramnée. II y est question de palais à plusieurs enceintes et richement décorés, de costumes somptueux et de bijoux ornés de pierres précieuses, de tout un système de fonctionnaires publics et de magistrats, de brahmanes et de bralimines, elc. Le bouddhisme était la religion la plus révérée, A la mort du père, de la mère ou du frère, il était d'usage de se faire raser la tète et de porter des vêtements blancs. On brûlait les cadavres et, quand il s'agissait du Roi, on recueillait les cendres pour les déposer dans un (cbaitra. Il y avait ^i la cour des plais et des coupes d'or ; mais la vaisselle était communément faîte avet iftîs \c\ïS\*i'^ '*'^' plantes.
Dans les anciens temps, les rois de Siam avaient étahlî des relations avec le Japon où ils envoyaient chaque année trois navires pour y faire le commerce.
Un autre pays, qui étail probablement une dépendance du Siam, figure sous le nom do Po-li-lo-tchah ou Po-lo-tchah; il était situé à l'ouest du Tcbih-lou. Il en est de même du Lou-koiini qui était considéré comme tributaire de ce dernier royaume.
Les notices chinoises sur le Tchîn-lah ou Cambodge sont également à consulter pour l'élude de l'ethnographie du Siam, puisque les annales indigènes nous montrent que ces deux contrées ont été sans cesse en rapport l'une avec l'autre et qu'à certaines époques elles ont été réunies eu nn seul royaume. Il on est de même des notices sur le Lao [Laotchoiia) dont le peuple a eu, de tout temps, de fréquentes relations avec les pays siamois au sein desquels il se livrait à de fréquentes incursions. Enfin les narrations des pays annamites [An-nan, Tchen-tching , Kiao-tchi, Lin-Î, etc.) foumissent une foule de détails qui se rattachent étroitement à l'ethnographie du royaume de Siam.
§ 2. — Principaux éléments de lk populatioitJ
DU SlAM.
Les Siamois proprement dils se désignent*!
aujourd'hui sous le nom de Thaï, c'eat-à-dire
Jeune fille Siamoise de Bangkok.
« hommes libres », en. cornîtifeTROTa-Kx'^'^ î*-*^
30 ETHNOGRAPHIE DU SrAM
SOUS leur roi Pra-Ruang- (vers l'an 4o0 de notre ère). Ils occupent principalement la partie cenlralo du royaume; car, dans les localités qui environnent le golfe de Siam, et autour de Bangkok, capitale actuelle, ils sont presque partout moins nombreux que les Chinois.
A la seule exception de quelques grands ■seigneurs, qui tendent à adopter le costume européen, tous les Siamois vivent à peu prfes nus. Leur seul vêtement consiste dans une pîfece d'étoffe appelée langotiti, dont ils se ceignent les reins. Les femmes portent, en outre, une petite écliarpe de soie qu'elles rejettent sur l'épaule. Quelques-unes font usage d'unpctil caleçon qui ne dépasse guère le genou. Ils n'ont point de chaussures et restent presque toujours la tête à découvert. Les paysans se servent cependant, pour se garantir des ardeurs du soleil, d'une sorte de chapeau en feuilles de palmier, dont la forme est celle d'une corbeille rondo, A l'époque où écrivait l'évoque Pallegoix, le roi et les princes ne se distinguaient » nullement de leurs sujets par la forme, mais seulement ^ar la ijchesso du costume; )> ils portaient ori/inairemcni des sandales cïiinoVsfts.
i^es colliers, les braceleLa, \es cVa-WcsA^a
boucles d'oreiliû, les bagnes, en un mol les bijoux do toutes sortes sont 1res goûtés des femmes qui, à moins A'àtre esclaves, en possèdent toujours un certain nombre. Les petites filles, jusqu'à l'âge de douze à treize ans, époque où on les marie fort souvent, couvrent leurs parties sexuelles avec un ornement d'or ou d'argent qui a la forme d'un cœur. A cela prfcs, les enfants restent d'ordinaire absolument nus. Les jeunes femmes, au bout d'un an ou deux de mariage, vivent également nues dans leur intérieur.
" Les Thaï, dit Pallegoix, sont d'un caractère doux, léger, irréfléchi, timide et gai; ils n'aiment point les disputes, ni rien qui sente la colère ou l'impatience. Ils sont paresseux, inconstants, distraits el surtout grands demandeurs. Us ont l'esprit aumônier et ne laissent jamais partir un pauvre sans lui donner des cauries, du riz ou des fruits. A l'extérieur, ils sont très réservés en ce qui concerne les rapports avec les femmes, et leurs lois sont très sévères sur cet article. Celui qui est convaincu d'avoir pris quelque liberté avec la fille ou la femme d'un autre, court risque de se voir vendu comme un \Àl «*«clave. Spirituels cl mVu\V\çcu\.%,SVV\TO\\.'i^'^'v«^ hiea cerUUia obiela (\\û N\,eaaeoN. ^^'«*=*^
La plupari désireraient beaucoup s'exercer daas les métiers et les arts industriels; mais comme le roi prend à snn service tous ceux qui réussissent dansunc profession, ils n'osent pas produire leurs talents et ne travaillent, pour ainsi dire, qu'en cachette. ■»
Les voyageurs sont unanimes pour vanter les qualités hospitalières des Siamois, la reconnaissance dont ils professent le culte pour quiconque leur a rendu service, et leur profonde honnêteté dans l'accomplissement de leurs promesses. Comme les Chinois, ils tiennent à cœur de s'acquitter de tous les devoirs de la piété filiale et se montrent très respectueux pour les vieillards. Le vol est à peu près inconnu chez lus gens du peuple.
Zélés bouddhistes, ils ont un grand respect de la vie, même chez les animaux.
Ainsi qu'on l'a dit plus haut, la base de la nourriture des Thaï, comme de tous les peuples de race Jaune, est le riz. On consomme également du poisson, des légumes, des fruits et un peu de volaille, des tortues, des chauves-souris, des rats, des crocodiles, des grenouilles et des vers à soie, En fait de viande de boucherie, on ne fait guère usage que de fAa/r de buffle séchée an so\&\\-,\eî>C\\v- "ois etJes riches mangent égaVem.en\.i«-^oîc,
ELKMESTS ETHNIQUES
l'Les Chinois forment à eus seuls un tiers bviron de la population du Sîam. C'est à leu près exclusivement entre leurs mains que se trouve placé Ip commerce de la contrée. Ils font société entre eux et fréquentent peu les indigènes, si ce n'est pour les intérêts de leurs affaires. B'ordinaire fort sobres et très économes, ils arrivent aisément, par des épargnes quotidiennes, à acquérir des fortunes assez considérables, et se soutiennent par un système d'assistance mutuelle et de solidarité. Bien que quelques familles chinoises se soient complètement établies dans le pays, la plupart d'entre elles ne songent qu'à amasser un petit pécule pour retourner un jour dans leur mère patrie, La terrible habitude de fumer l'opium contribue à hébéler un grand nombre d'individus de celte race qui, sans cette funeste passion, n'aurait pas lardé à supplanter l'élément indigène et à former le contingent principal de la population dans toute la contrée.
On rencontre les Chinois partout où existe un débouché pour les nnarcliandises, au cœur même de la monarchie et jusque dans les parties malayes de \açfemQ%\à«i vr^t^^'^sw*"^ du Siaai,
ti "ETBhoCRAPBIB fit BIAU
Leurs principaux émules pour les affaires et le négoce, sont les Arabes qui s'adonnent, comme les Chinois, k loutes les branches du commerce et se livrent à l'importation dos denrées étrangères. Ils chargent d'ordinaire CES denrées sur de petits navires qui font le cabotage depuis Singapourjusqu'à Bangkok , et ils les transportent dans les provinces du Nord, par voie fluviale. Parmi ces Arabes, il en est qui vont échanger les produits de l'Indo- Chine dans les îles de l'archipel Malay, à Sumatra, à Java, et même plus loin. A l'époque où Kœmpfer visita leSiam (1G90), il y avait à la cour plusieurs grands officiers musulmans, sans doute arabes, et l'un des principaux ministres, Constantin Phaulcon, était Grec de naissance.
Il faut citer aussi, parmi les éléments ethniques de la vallée du Më-nam, quelques familles issues de Japonais qui étaient venus pour commercer, il y a environ deux siècles, dans le royaume de Siam et ont fini par renoncer à l'idée de revenir dans leur pays d'origine.
Les Cambodgiens sont au nombre des peuples qui se sont trouvés le plus souvent eu contact avec les Siamois. On croit assez généralement que la civilisation leur a été impor- ^ée dû J'Iade à une époque anVériaMte ^\a.
Il nréd
péninsule. ■
{irédicaliou du bouddhisme dans la péninsuli Le pays était alors occupé par des tribus inlles etmème sauvages. L'une de ces tribus.
fio. 3. — Cninboclgieii.
celle dos Kdm, parait avoir dooné son oom à Cambodge qui. d'après les aulcur» chinois" était appelé par les indigènes (tan-pou-ttUi .V» WMQ de A'énj)ouichna si gm^ic ii' iivW'iM'î* •*■ ^'w»
36 tTHNotmApmE nv Suù
de Kâm ». Les frères ou les descendants de ces Kâm primitifs habitent eacore aujourd'hui les montagnes qui environnent le Grand- Lac : on cite surtout, parmi ceux-ci, les Kotiij et les Sâmrê.
Les ruines si rcmarijuableset si grandioses qu'on a découvertes dans la contrée, sont attribuées à un certain peuple khmer qui serait venu de fort loin et aurait apporté au Cambodge une grande et brillante civilisation. Malgré les savantes recherches que ces ruines ont provoquées, cette civilisation demeure à l'état d'énigme dans les annales de l'Asie Orientale. De nombreuses légendes, conservées parmi le peuple, nous ont cependant gardé le vague souvenir des principaux personnages de cette époque inconnue, et ceux des fondateurs des aucicnnes cités somptueuses de l'empire Khmer. Ellesmenlionnenl notamment BàuUtmo Saiirk'ong, dont le nom indien signifie » le Lotus lils du Soleil » et qui fut le constructeur d'Angkor, Prea-en « le bien-aimé d'Indra •> qui éleva Angkor-Vâht, Sdach Komluitg, le cpi Lépreux, etc.
De nos jours, il ne reste plus, ailleurs que
dans les ruines des Tieilles cités, aucune
iraec àela splendcar des Khmer, et les Cam-
hodgiens, guise disent leurs succe83Cui;ft,s.o^\.
ÉLÉMENTS ETUNIQnES 37
tombés très bas dans un élat de décadence dont l'origine remonle évidemment à une époque assez reculée. Leur condition s'est léfièremcnt améliorée, depuis qu'on les a soumis au protectorat français.
Parmi la population Cambodgienne, on complo d'assez nombreux métis provenant de l'immixtion du sang siamois, annamite et même portugais.
II existe au Cambodge deux castes héréditaires ; celle des Bakou et celle des Preavonfjsa. Les premiers, qui ont des frères au Siam, descendent des Brahmanes; ils portent les cheveux en chignon à ia manière cochinchinoise, et sont chargés de la garde de la j3rea-/./i«/i ou épée sacrée. Les seconds sont censés appartenir de loin à la famille royale. Les uns et les autres n'ont plus guère aujourd'hui que des privilèges honorifiques.
Les Cambodgiens pratiquent le bouddhisme, suivant le rite singhalais.
Les Malaijs, qui comptent au nombre des éléments ethniques les plus importants du Siam, occupent surtout quatre États tributaires de la cour de Bangkok : Patani, Quedali, Katantan et TrJuganu, dans la presqu'île de Malâka. Suivant Pallcgtivx., wv^-osM'i'^ de h grande Ue lie 'àuïaa.VTa., vX^ ^w:•i^.^^^
ETailOGKAPHIE DU SUM
le produit d'un mélange d'éléments mongoliques et nègres. Celle théorie clhnogénlque estconlestée par quelques savants, d'après les-
t G i MaUj
quel? les Malays proviendraient, au contraire, du conliuent asiatique. On croît, en effet, gue la nation malaye est venue s'établir dans l'archipel ladien à une époque T:e\a.\ÀNûmfti\\.
récente, el qu'elle a rencontré partout une ou deux couches de population qu'elle a refoulées dans l'intérieur des îles, conservant pour elle la possession des rivages de la mer. <■ Le Malay du Siam, dit l'évêque de Mallos, a le teint brun, le front bas, un nez large, épais h son exlrémité, ses narines sont écartées, ses pommelles médiocrement élevées, la bouche large et la mâchoire supérieure avancée. Il a l'aspect farouche, le naturel traître, fourbe et hypocrite; il est hardi, entreprenant, féroce dans la guerre, audacieux, ardent au gain, rusé, trompeur, habile marchand, enclin à la piraterie qu'il exerce avec des pirogues très légères. »
Autant les Siamois ont horreur de la mer, autant les Malays ont les aptitudes qui constituent d'habiles navigateurs,
La partie centrale de la presqu'île de Malika est occupée par dos Négrilos ou Nègres Péiasgiçues, que Berghaus et d'autres ethnographes considèrent comme les autochtones de cette contrée et de la plupart des lies de l'archipel Indien.
hpsPf'gouamoa^foan, qui habitent surtout^ la région située aux embouchures de l'Irrawadi, et dont le teint est très foncé , toTWi;V«^!&. aussi parmi les éléments iiûïi&\À.\i\v\i.^'î«^^^»''^^'
r 40 ETHNOGRAPHIE DD SIAM
pulation du Siam. Oa en trouve un grand
nombre dans la partie occidenlalt; de ce
royaume. Ils sont acli£s et intelligents. Dans
le nord-otiesl du pays, on rencontre éga-
ilemeut des Barmans, qui se distinguent par
llcur stature élevée, et se sont signalés à cer-
f taines époques par leurs goûts belliqueux et
I la ficrlé de leur caraclëre. On les nomme
[ Mien, Mienmaï et Mrammas.
Les Talaing, originaires du Pégou, ont ' émigré en masse sur le territoire siamois où ils se sont mêlés aux classes inférieures de la nation.
Une population très différente de toutes
celles qui les environnent, est désignée sous
le nom de Silong ou Salones. Elle habile,
, dans un état complet de sauvagerie, les
îles de l'archipel de Mcrgui, oii elle se nourrit
de poissons, de coquilluges, de tortues, de
riz, de racines el do fruits. On ne croit pas
I qu'elle se compose de plus d'un millier d'in-
' dividus. Sa langue, peu connue, ne semble
' pas présenter d'aflinilés sensibles avec les
idiomes de l'Indo-Cbine et de la Malaisic. 11
n'existe chez les Sïlong aucune espèce de
culte ou de religion.
hes LûQ, Léo ou Leao (souvent appelés Laos ^r les Eurqpéens) occupent, ua espace. e.(ina\.-
dérablû depuis le Cambodge jusqu'à Luang Prabang qui est silaé à la limite septentrionale des pays dépendants ou tributaires de la cour de Siam (un peu au-dessus du 20° degré de lat. nord), Cette popuLatiou est désignée par les Barmans sous le nom de Chan. Dans l'Etat de Tchieng-long, on rencontre un rameau do ces Lao que les habitants du roj'aume do Tchieng-maï appelleol communément Khian ou Khien,
Après une longue période de guerres avec les Khns, aborigènes de cette contrée, les Lao sont parvenus à fonder un empire puissant, au milieu duquel s'était développée une certaine somme de civilisation. Les Khas euxmêmes paraissent être un moment sortis de la sauvagerie et avoir établi, parmi eus, un élat assez important, celui dos Momphas, auquel les Lao furent contraints de payer un tribut. Leur capitale était Mitong-yotig, au sud-est de Tckieng-tong. Aujourd'bui les Lao ont reconquis presque partout dans le sud, une véritable indépendance. II en est do même des Khas, avec lesquels ils engagent fréquemment des luttes de tribu à tribu. Dans le nord, les Lao sont plus civilisés, plus industrieux, plus to\i\i'i,\.ii% t'^'^ïs». aclUs que leurs frères au, Ca.œtûo^ï.'û. «N- ^
49 FTHWoosApmH OtT srw
la Basse-Cochinchine ; ils ont su donner i leur commerce nne certaine importance. Le tatouage est usité parmi eus. Au dire de Kœmpfer (1690), ils se faisaient peindre les jambes depuis la cheville jusqu'au genou, h comme marque de leur religion et de leur courage. »
Au nord du royaume de Luang-Prabanq, habite une population sauvage de latribudes Khmou.
Les Kariengs, considérés comme les autochtones du Siam, vivent aujourd'hui à l'état sauvage dans de misérables cabanes de bambou, où ils n'ont pour tout mobilier que quelques nattes, des calebasses et des corbeilles grossièrement tissées. Ils portent les cheveux longs et se percent les oreilles d'un trou dans lequel ils introduisent des plumes d'oiseaux et de petits cylindres d'argent creux. Leur vêtement consiste en une robe à manches courtes et larges qui leur descend jusqu'à mijambe. Les femmes portent une jupe, surmontée d'une veste qu'elles ornent de fragments de verroterie ; elles font usage de colliers et de petits bijoux d'or et d'argent. Hommes et femmes s'entourent la tète avec un morceau d'étofl'e.
Pour tout gouvernement, lesKariengs élisûnt un chef auquel ils tèmo'\gttett\. Ve çWa
grand respect. Us croient h l'existence d'un bon et d'un mauvais Génie; mais ils ne pratiquent aucun culte pour le premier qui, disent-ils, ne saurait leur faire du mal; ils font, au contraire, des sacrifices de volailles, de fruits et de fleurs au second, afin d'apaiser sa colère et d'éviter les maladies dont il frappe les pauvres humains. D'ordinaire, ils s'adonnent à lâchasse ou à la pfiche, et cultivent un peu de riz et de légumes.
Ils brûlent les morts, et leur retirent un os du crâne qu'ils suspendent k un arbre ainsi que leurs vêtements et leurs armes. Puis Us se livrent à des danses et à des chants funèbres, et vont ensuite enterrer l'os du défunt, avec ce qui lui avait appartenu, au pied d*une colline.
Au point de vue moral, les Kariengs sont, suivant Pallegoîx. d'une grande honnêteté; ils ont horreur du vol et du mensonge. Tous monogames, ils se montrent très hospitaliers pour les voyageurs, et partagent volontiers les vivres qu'ils possèdent avec ceux qui viennent à en manquer.
A cCité des Kariengs, il faut citer plusieurs autres tribus qui. comnae ceux-ci, oatdit céder le territoire aux vainqueurs venus du Nord et chercher, dans les moii\a.çafeî.,>sû.TO(yi'«».
ii ETIlNOGBAPniE DC SI,V«
d'érhapper à l'asservissement. Ces tribus, encore peu connues, comprenncnlentre autres les groupes de populiilioo suivants :
4° Les Mot ou Kti~moï, qui se distinguent par la teinte très foncée de leur peau et par une chevelure qui rappelle celle des Papous;
2" Les Lava, que Pallegoix donne comme des descendants ilcs Lao cl en même temps comme très rapprochés des Kariengpar leurs mœurs et coutumes;
3° Les Tchong, dont le nom semble indiquer une origine chinoise, et qui sont, dit-on, mélangés de Kariengs, de Siamois, de Lao et de Cambodgiens (?) ;
4° Los Sî'nni/JC ou Tchampa , ^m paraissent avoir entretenu, à différentes époques, des relations considérables avec divers peuples de l'archipel Malay. Au milieu du xv' siècle, les chroniques de Java rapportent que la reine du principal souverain de celte île fut une princesse de Tchampa, d'où l'on suppose , qu'il y avait alors des affinités entre la religion et les mœurs des deux peuples. Une émigration de Tchampa semble s'être établie, à une époque reculée, sur la côte orientale du golfe de Siam, entre le ii" et le 12° degré de latitude nord, où elle se môla aux Malays àe Ja péninsule et adopta la reUg^on mviîivA-
ÉLÉMEMTS ETHSIQUE3 45
ine pratiquée par ces derniers. Lemalayet tchampa, suiviint Crawfurd, sont encore 'lés simultanément par la population de Ite colonie mixte.
Ces peuples, dont le nom exact parait être 'iam [ou Cham, suivant l'orthographe portugaise), vivent disséminés çà et là, parmi les populations cambodgiennes et annamites, au milieu desquels ils ont su conserver leur langue, leurs religions et la plupart de leurs anciennes coutumes. Ils ne contractent point d'alliance avec les étrangers et aucune fille du pays ne consent à s'unir à un Européen, fût-ce pour quelques jours. Scclatours de l'Islamisme, ils ne mangent point de chair de porc, et s'abstiennent de boire des liqueurs fortes. Ils sont plus énergiques et de taille plus élevée que la plupart des peuples qui les environnent. On les considère comme des marcheurs infatigables et comme des hommes très habiles à la chasse. L'habitude est, chez eus, de porteries fardeaux sur la tète.
La peau des Tiam est généralement plus foncée que celle des Annamites et leurs cheveux sont taillés en brosse comme ceux des Cambodgiens.
Au point de vue iinguiatii\«.c, W'bXv&.xa.-ïR. iront des autres '[»oç^lW\o^^^ ^^ ^^^
Chine el de la Chine qui font usage d'un idiome raonosyllabiqiie. Dans leur langue^ on rencontre un très grand nombre de mots malays, à côté de vocables dont Torigine est jusqu'à présent tout à fait inconnue.
On croit que les Tiam ont dominé pendant un certain temps dans la région cambodgienne.
On compte encore plusieurs autres peuplades importantes qui habitent principalement du côté du Cambodge et de l'Annam.
Les Stieng vivent dans un état de sauvagerie qui oblige à les placer à un rang beaucoup moins élevé que les Annamites, les Cambodgiens et même les Tiam. A part le langonli. ils n'ont pour ainsi dire aucun vêtement. Un usage particulier à leur» tribus est de porter un petit rouleau de bois dans le »lobe de l'oreille, dont les dimensions sont Htelles qu'elles tombent parfois jusqu'au bas ^mu cou. Leurs pommettes sont très saillantes, Bet la couleur de leur peau d'un brun sale. Le ^Byslèrae pileux est, cbeK eus, fort peu déve- Koppé. Quant à leur langue, elle contient beau- Heoup de mots cambodgiens.
m. D'un caractère farouche et peu sociable, ■les Stieng demeurent au milieu des forêts el ^m'eDïrenl en rapport avec les auVrca çaçu-
lations du pays que pour faire un peu de commerce. Us ne paraissent pas avoir de notion d'une divinité quelconque.
Les Penoiiff ou Bunotig forment plusieurs tribus sauvages de ia même région. Ils vivent en commun sous de misérables tanières ; et, dans ccrtainiis localités, ils se conslruisentparfoisdes habitations sur les arbres afin d'éviter les attaques des animaux, féroces. Aucune espèce de gouvernement n'a été établie parmi eus; tous se considèrent comme égaux et ne reconnaissent point de chefs. Ils pratiquent le culte des génies, particulièrement celui des génies des forêts et des montagnes. Leur croyance à la vie future est affirmée par quelques voyageurs. Les morts sont l'objet d'un grand respect, et ils ornent les tombeaux de sculptures grossières représentant des éléphants et des esclaves. L'infidélité des femmes et le vol sont sévèrement pnnis. Bouillevaux raconte que l'un de ces sauvages fit enterrer vivesa nièce par le frère de celle-ci, pour la punir d'avoir volé du sel en vue d'assaisonner ses aliments. Le même voyageur rapporte qu'ils se cassent les dents, afin, disent-ils, de ne pas ressembler à des singes, ils parlent plusieurs dialectes qui parai.=,ç,en^. Vx't'îs icffiareats les uns des aulrea.
48 ETHNOGRAPHIE DU SIAM
Un peu plus au nord, on rencontre les Charaîy qui ont un chef auquel ils donnent le titre de « Roi du Feu et de l'Eau ». Ces peuples passent pour avoir été du nombre des anciens aborigènes de la contrée refoulés dans les montagnes par les Siamois, les Cambodgiens et les Annamites.
Il faut ajouter encore, parmi les tribus incivilisées du Cambodge, les Bannar, les Rade ou Moï-dê, les Bon-gao, les Bannam^ les Proou et les Sedan.
Enfin, il existe, dans le contingent de la population du Siam, un certain nombre de métis provenant des alliances de divers Européens avec les femmes indigènes. Les métis portugais paraissent être les plus nombreux.
CMl.VCTEBES PHYSIQUES