‹ Le peuple souverain histoire populaire de la révolution de 1848, écrite sous le feu des barricadesChapitre 20 sur 47 · ARMAND MARRAST · texte numérisé non relu

ARMAND MARRAST

A ce moment, un arbre immense de la liberté s’élève, soutenu par les bras des citoyens et les baïonnettes des fusils. Le tambour bal au champ, le clergé donne la bénédiction. Les cris de Vite la République ! vive le Gouvernement provisoire ! éclatent de toutes parts sur le passage du cortège, qui rentre à l’ Hôtel-de-Ville.

Nous croyons devoir aussi rapporter, sur ce sujet, une chanson qui a eu assez de succès dans nos rues, cl dont l’auteur, M. Dalès, paraît comprendre l'union qui peut exister entre la religion et la liberté.

La voici :

Enfin te progrès nous éclaire.

Et le* peuple* sont las des rois ! ‘

L'union descend sur 1a terre,

Et du Christ apporte les lois, {bit.)

Le plomb, chasse par le salpêtre,

Au creur frappe la royauté;

Et l’esclave, devenu maître.

Plante l'arbre do liberté.

Nous chassons cette race impure ' Uni trop longtemps riva nos fers.

Il n’est qu’un roi dans la nature* * ;

C'est Dieu, qui créa l'univers, {bis.)

Tombuz, tyrans, l’orage gronde,

Le peuple, dans sa volonté,

A greffé le bonheur du inonde j Sur l'arbre de la liberté.

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Aux roi», pour jeter un divorce.

Lorsque nous disions ; l.evons-nous!

Vainement comptant sur leur force,

Ils s'écriaient : Ce sont des fous, [bis.) Fourbes ! qui teniez ce langage,

. Aujourd'hui, voyez en galle *

Les vainqueurs danser sous l'ombrage L)c l’arbre de la liberté.

Mais, généreux dans nos colères, l'ar respect pour le nom français.

Du sang précieux de nos frères Ne souillons jamais nos succès. v l»s* ) Nous refondons la république Au creuset de l’humanité,

El sous un soleil pacifiquo Fleurit l'arbre de liberté.

Et vous, sergents de La Rochelle, Souillés par la main du bourreau.

Ah! d’une couronne immortelle, Nous ornerons votre tombeau! [bis.) Martyrs, qui tombiez sur la Grève, Et dormez dans l'éternité,

Votre sang à Bcrvi de sève A l'arbre du la liberté !

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Sur la place du Carrousel, oti un arbre de la liberté a élé également planté en présence du clergé, M. le curé de Saint-Germain l’Auxerrois a dit: «Chers concitoyens, c’est avec bonheur que la religion, appelée par vous, vient de bénir cet arbre de la liberté. Cette liberté, le plus bel attribut de l'homme, avait élé gravée par Dieu lui-méme, dès le commencement, dans le cœur de sa créature. En vain, avec le temps, on voudrait l’étoufTcr dans nos cœurs : les racines indestructibles que Dieu y a plantées lui feront toujours produire des fruits et répareront sur le front de 1 homme le noble caractère de créature libre que Dieu y a marqué dès son origine. La religion sera toujours la première è faire entendre cos nobles accents de liberté. Le membre harmonieux du gouvernement rcprésenlalif, ce cygne mélodieux dont

1rs chants ont le secret de charmer les multitudes. Lamartine, a dit naguère un beau mot: « Dieu soiilfle au milieu de nous; « il est captif dans nos cœurs; » mais aujourd’hui, grâce à la liberté, ils sort de son temple, et l'image sacrée de la croix paraît au milieu des multitudes, environnée de respects et d’honneurs. Eu venant bénir cet arbre, muet symbole de cette liberté éternelle que Dieu a mise dans le cœur de l’homme, elle vient lui rappeler que la liberté, pour être vraie, doit être ce que Dieu l'a faite pour l'homme, c'est-à-dire sainte, pure, respectueuse pour les droits de tous, et ne faisant, de tous les enfants de Dieu, qu'une seule et même famille constituée dans l égalité et la fraternité, hase solide que Jésus-Christ, (Ils de Dieu, est venue développer, compléter parmi les hommes, et sanctionner nu prix •de son sang, répandu sur la croix pour le salut de tous. Vivent donç au milieu de nous, et la liberté, et l’égalité et la fraternité, selon l’Evangile et Dieu ! Vive la république, qui les aura consacrées au milieu de nous pour toujours ! »

M. le général Courtais, qui assistait à la cérémonie, dit à M. l’abbé Dcmerson :

a Monsieur le curé, je vous prie de vouloir bien vous rendre à Sainl-Germain-l’Auxerrois pour y chanter un Te Deum en actions de grâces de cette grande journée, de celte éclatante et indestructible union de la république et de la religion. (Oui! oui ! à l’église ! ) » uj »w 4in*|q

M. le curé de Saint-Germain. — a Général, comme simple pasteur, je ne suis pas revêtu de l’autorité nécessaire pour célébrer dans mon église des prières extraordinaires; mais , sué votre demande , appuyée des acclamations de tous ces nobles cœurs, de cet admirable peuple de Paris, je prends sur moi d’obtempérer, et je suis convaincu que le vénérable chef du diocèse approuvera ce que j’aurai fait. Je suis convaincu aussi que cet immortel pontife, qui préside en ce moment aux destinées de l’Église universelle, s'il nous voyait et s'il entendait toutes ces acclamations, nous pousserait lui-même dans le temple, pour remercier Dieu de ce que la religion, au milieu du peuple fran-

çais qu’il aime, tient de prodamer la liberté sainte et chrétienne à laquelle il a lui-méme imprimé l'impulsion. Concitoyens, Vive la République ! vive Pie IX! vive cet immortel pontife! (La foule répète ces acclamations avec enthousiasme.) Eh bien ! marchons au temple ; allons remercier Dieu de celte sainte union entre la liberté, l'égalité, la fraternité et la religion. »

Le clergé, la garde nationale et le peuple se mettent en marche, mais on le» prie de venir inaugurer un autre arbre de la liberté, planté sur la berge du quai des Tuileries, près des bains Yigier.

Après la bénédiction, M. l’abbé Demerson a encore pris la parole en ces termes :

« Chers concitoyens, un mot seulement. J’admire le noble instinct du peuple français, qui, en plantant cet arbre de la liberté sur le bord du fleuve, a reproduit une des plus belles images consignées dans les psaumes du roi David, de ce roi populaire, si aimé de son peuple, et dont les livres inspirés ont toujours fait l’admiration du monde. Il compare l'homme placé sous la bénédiction de Dieu à un arbre planté sur le bord des eaux et cjui en reçoit cette sève vivifiante qui lui fait porter des fleurs et des fruits. Eh bien ! concitoyens, vous accomplissez en ce moment ce qu’a dit le roi David. Vous plantez votre arbre de la liberté sur les bords de ce fleuve majestueux, afin que ses eaux viennent en vivifier et en rafraîchir les racines, comme pour désaltérer cette soif de liberté qu'éprouvent tous les cœurs. J’admire l'idée, et désormais la Seine, en roulant ses flots, saluera la liberté, dont le peuple de Paris vient de planter le symbole sur ses rivages.

« Quant à nous, n’oublions jamais le moment heureux qui nous rassemble, et conservons toujours l’esprit d’union, de paix, de liberté, d’égaKté et de fraternité qui nous anime tous en ce moment. »

Le cortège se remet en marche aux cris de : Vive la République! pour se rendre à l’église Sainl-Germain-l’Auxerrois. Le drapeau tricolore et la croix marchent en Klc, à côté l’un de

l’autre, cl reçoivent. dons le trajet, 'le salul et les acclamations de la foule, qui devient de plus en plus considérable. Mais lo plus grand ordre règne dans les rangs -, on entre dans l’église sans confusion et en observant le plus religieux silence. •

Les stalles du chœur sont occupées par les généraux Courtais et Guinard, entourés de tout l’état-major et des délégués des élèves de toutes les écoles. Le Te Deum , entonné par M. le curé, est chanté par le clergé et par le peuple d’une voix unanime.

Après la bénédiction, solennellement donnée, M. le curé reconduit l’état-major jusqu’à la porte de son église.

M. le préfet de police Caussidière, en présidant une cérémonie de ce genre, sur la place Dauphine, s’est écrié :

« Oui, l’esprit de Dieu est descendu parmi nous. Vous saurex le garder toujours, et la république universelle naîtra de vos efforts fraternels. »

Imprimerie <le RAYNAI., à Rambouillet.

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