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SCÈNE IV Mme DE MARLIEW et LE PRINCE, s. uls

PHILIPPE Vous l'avez entendue? Êtes-vous édifiée? Elle n'a pas nié! Comment raurail-elle pu, d'ailleurs?

Mme DE MARLIEW

Je suis anéantie !... C'est donc vrai ! Elle m'a caché, eu effet, toute une vie double... Depuis quand?... Oh ! je vous jure, prince, que je l'ignorais ! Je suis toute honteuse !

PHILIPPIN

Je ne mets pas en doute votre parole.

Mme DE MARLIEW Dans ce désastre... qui m'accable... j'essaie en vain de comprendre comment il se fait qu'elle m'ait dupée à ce point... Je ne m'explique pas comment elle a pu en arriver là !

PHILIPPE

Eh bien, moi, je reconstitue. A la façon dont elle vient de prononcer ces quelques mots, j'ai compris tout à coup. Cette femme distinguée et raffinée est à la fois la femme du plaisir vulgaire et subtil. On trouve chez de jeunes êtres trop libres cette requête aux baisers des hommes I

Mme DE MARLIEW Mais vous, monsieur, en admettant qu'une mère confiante manque de perspicacité ou de surveillance, vous vous en seriez aperçu ! Vous n'auriez pas éprouvé cette impression de pureté indubitable !

PHILIPPE Ah ! moi, c'est difTérent î Je l'aimais !...

Mme DE MARLIEW Une enfant si exceptionnellement douée, si royalement délicate... elle si raffinée dans ses moindres désirs I

PHILIPPE Il y a dans le ralTinoment des détours de celle

sorte ! Ah !... un tel monstre est rayé de ma vie et de mon souvenir à tout jamais !... Je garderai de ce galvaudage, je vous prie de le croire, un souvenir cuisant î... La belle anecdote à raconter !

Je ne vois qu'une explication plausible. . . Elle est navrante... mais c'est la seule!...

PHILIPPE Laquelle ?

Mme DE MARLIEVV

Écoutez... puisque c'est irrémédiablement fini entre vous deux...

PHILIPPE

Comptez-y !

Mme DE MAKLIEW

Il faut que je vous fasse un aveu dont autrement je ne me serais jamais senti le courage.

PHILIPPE Ah ! ah I nous approchons de la sincérité !

Mm(' DE MARUEW

Je ne m'en suis jamais départie, croyez-le ! Cet aveu, je ne pouvais pas vous le faire... Non... je ne le pouvais pas... Nulle mère n'y aurait d'elle-même consenti !... Mais peut être Iroiiverez-vous là une explication au désordre moral de ma pauvre enfant. Peut-

être pèse-t-il sur elle une fatalité dont elle est irresponsable. Mais jurez-moi, jurez-moi, puisque vous partez, que vous ne lui répéterez jamais ce que je vais vous confier, car elle ignore tout, vous entendez 1... Et, quand vous saurez, vous aurez peut-être pitié d'elle !

PHILIPPE, impatienté.

C'est promis. Dites, dites...

Mme DE MARLÏEW, monte encore l'escalier, entr'ouvre la porte du haut de l'escalier, puis redescend.

Bon. Elle est montée dans sa chambre. {Elle redescend.) Depuis quelques années, la santé de ïhyra a présenté des symptômes alarmants. Vous n'ignorez pas qu'à la suite d'une pleurésie, à Nice, elle a perdu sa voix et, sans être gravement atteinte (elle s'arréle, puis, s'ejjorçant de prendre un ton sans importance), elle est touchée du côté droit.

PHILIPPE Et vous ne m'avez rien dit !

Mme DE MARLIEW Oh ! je me réservais de vous en parler... 11 s'agit de quelques petits soins, surtout de quelque repos. Mais elle...

PHILIPPE Oui, elle?...

Mme DE MARLIEW

...ignore tout. Elle met sur le compte d'une irritation des cordes vocales, du surmenage, une affection

qu'il est nécessaire qu'on lui cache. Je ne pouvais pas vous en parler... j'étais liée... Comprenez-vous, maintenant ?

PHILIPPE, froidement.

Non. Je ne saisis pas le rapport, je l'avoue.

Mme DE MARLIEW

Eh bien, on dit... c'est une hypothèse... que dans ces sortes d'affections il existe... certaine irresponsabilité... physique. Je l'ai entendu dire, du moins... vous aussi, n'est-ce pas? Comment peut-on expliquer autrement cette vie mystérieuse, trouble, agitée, que la malheureuse a dû me cacher ! Ah ! je vous livre tout cela au hasard, sans certitude, mais infiniment troublée... Vous voyez là une pauvre mère qui reçoit le coup le plus cruel de son existence ! Promettezmoi, je vous en supplie, que vous ne la reverrez plus, maintenant, car vous vous feriez du mal tous les deux inutilement... Laissez-moi toute la responsabilité de l'avenir. Laissez-nous toutes les deux. Hélas! Hélas! 11 faut que je me charge d'elle, maintenant!...

PHILIPPE Soyez trancpiilh', je ne la reverrai pas. Je ne pourrais, malgré tout, que lui dire des choses cruelles et trop mortifiantes !... A quoi bon ! tout est fini...

Mm.- l)K MMlLir.W Mais plus lard, n'est-ce pas... si vous la revoyez, pas un mot de ce que je viens de vous révéler. Je vous

demande même, par pitié, pas un mot à qui que ce soit...

PHILIPPE

Ce serait indigne de moi. {A voix basse.) Prenez garde.

La porte vient de s'ouvrir en haut de i'escuiicr.

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