‹ Le phalèneChapitre 8 sur 42 · SCENE III Mme DE MARLIEW, THYRA, puis GREEN · texte numérisé non relu

SCENE III Mme DE MARLIEW, THYRA, puis GREEN

Mme DE MARLIEW Eh bien, il était temps!... Tu avais donné rendezvous à ce journaliste? S'il t'avait vue dans ce costume !... Et tu osais te présenter à lui !... Mais, enfin, qu'est-ce qui t'a pris?... tu perds la tête? Et sans me prévenir... D'où viens-tu, dans cet accoutrement?...

TIIYRA

Cela me regarde !

Mme DE MARLTKW, suffoquée.

Oh I ces souliers!... On dirait que tu as marché

pendant des heures. Et celte mine ! C'est effrayant. Tu

as l'air d'une morte... Je t'en prie, donne-moi une

explication.

THYRA

Aucune... je fais ce que je veux.

Mme DE MARLIEW, bas.

De plus, tu as enfilé la robe de ta femme de chambre. Si propre que soit cette fille, tu n'es vraiment pas dégoûtée...

TIIYRA

Le corsage est à moi... Encore une fois, je fais ce que je veux... (Green rentre.) Tais-toi, pas devant les domestiques !

Mme DK MARLIEW, les hras au ciel.

Ah 1 cette recommandation de ta part est admirable !

THYRA, à Green.

Tenez. (Elle enlève son chapeau de paille noir.) Prenez ceci. Le modèle est venu ?

GREEN

Oui, mademoiselle. Il attend dans la petite pièce. Mademoiselle ne l'a pas vu en entrant?...

THYRA

Non. C'est bien.

Mme DE MARLIEW

J'ai donné, comme j'ai pu, quelques renseignements au journaliste. (Devant la physionomie irritée de sa fille elle s'arrête^ tout de suite, timide et docile.) Du reste, cela n'a aucune importance. Tu vois le bouquet que t'a envoyé Philippe ?

THYRA

OÙ ça ?

Dans le seau. Nous Pavons mis là en attendant que tu l'arranges toi-même. (Un temps.) Alors tu ne veux pas me dire... tu es si pâle, si défaite !

THYRA, l'interrompant.

Je t'en supplie, maman, je désire travailler et je suis en retard. Je vais m'habiller.

GREEN Mademoiselle veut-elle que je l'accompagne?

THYRA

Non. Préparez ma blouse de Iravail.

Elle monte l'escalier intérieur et sort. Lu mère et la femme de chambre scuIls.

Mme DE MARLIEW Vous y comprenez quelque chose?

GREEN Je répète à madame que mademoiselle a dû visiter un quartier pauvre !

Mme DE MARLIEW

Ce n'est pas possible. Dans ce cas elle aurait acheté des robes au u Bon Marché » ou à la a Samaritaine », je ne sais pas où, mais elle ne vous aurait pas emprunté une robe. Il faut qu'elle se soit trouvée dépourvue à la dernière minute. Je n'ose pas insister pour le moment : vous avez vu son humeur... et cette mine!... Ecoutez, Green, je compte absolument sur votre discrétion. Vous connaissez depuis longtemps Mlle Thyra. Vous savez qu'elle est parfois un peu excentrique : il ne faudrait pas que des fantaisies de ce genre arrivent aux oreilles du prince... Eu lin, je dis cela pour les domestiques à l'office.

GREEX

Le nègre a ouvert la porte, en bas. (Sentencieux.) Mais un nègre peut ne pas très bien faire de distinction entre un costume à la mode et un costume douteux I

THYRA, rentre ; les deux femmes se taisent. Accrochez ma robe, Green... (Un temps.) Tu ne reçois pas aujourd'hui, maman?

Mme DE MARLIEW, ne voulant pas s'en aller. Si, si, je descends à la minute.

THYRA

Le chien n'a pas mangé ?

GREEN

Non. mademoiselle. Mademoiselle a toujours l'habitude de faire la pâtée elle-même...

THYRA

Eh bien, qu'on la lui fasse ! Il est ridicule qu'à deux heure de l'après-midi ce chien n'ait pas mangé. Descendez-le.

GREEN

Bien, mademoiselle.

Elle aide Thyra à passer sa blouse do ♦ravail, une longue blouse grise de sculpteur.

THYRA, une fois que Green est sortie.

Maman, il faut que je rattrape le temps perdu. Veux-tu me laisser seule? Je vais faire entrer le modèle. (Mouvement -de la main.) Ne parlons plus de rien, je t'en prie... Et que personne ne me dérange... Persorme, n'est-ce pas?

Mme DE MARLIEW Même si la comtesse Stéphanie vient?.-.

THYRA

Non, bien entendu. Si la comtesse Stéphanie vient, tu me feras avertir. Mais pour elle seule... Philippe ne doit venir qu'à quatre heure.

Mme DE MARLIEW Mais si la baronne...

TIIYRA

Ah! non, maman, je t'en prie! Ni la baronne, ni personne. A tout à l'heure... {La mère, hésitante mais timide, est sortie. Thyra se laisse tomber dans un fauteuil, les mains au visage. Elle a l'air de sangloter désespérément. On entend : « A mon âge I A mon âge!.., » Puis elle a un grand geste de poing vers le ciel. Ensuite elle se lève et reste la main au menton appuyée à la selle. Elle considère avidement sa sculpture. Brusquement, elle ouvre la porte de gauche.) Entrez, Pinatelli.

entrez !...

Qui>lques secondes. Le modèle italien entre.

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