Scène IV
THYRA, PINATELLI
Thyra. DésabilleZ-VOUS. (Sans faire attention au
modèle qui enlève sa veste et son tricot jusqu'à la ceinture, elle commence les travaux ordinaires du sculpteur, elle dépouille les statues, préparc sa glaise, etc.. KHe se lave les mains, gratte les cbauchoirs pour la séance. Le modèle prend la pose, nu
jusqu'à la ceinture. Elle s'installe devant l'ouvrage commencé, et alors c'est une longue confrontation du regard entre l'Œuvre et la nature. On sent tout l'effort de sa volonté tendue. Elle se
recule. Puis, au modèle.) Donnez bien le sentiment de la pose. Le bras n'y est pas.
Le Modèle. — Plus haut?
Thyra. — Non, pas plus haut.
Lb Modèle. — Comme ceci?
Thyra. — Oui. (Elle ne travaille pas, elle contemple. Tout à coup, elle se redresse, jette brusquement Tébauchoir, va à la verrière de la fenêtre, l'ouvre et appelle.) Lepage ! Lepa^e!... (Au-dessus des quinconces, de l'autre côté, apparaît à l'atelier d'en face la tète du sculpteur Lepage.)
La Voix de Lepage. — Qu'est-ce qu'il y aî Thyra. — Venez. J'ai un conseil urgent à vous
demander.
Lepage. — Bon I J'avais séance, mais tant pis, je
descends une minute.
Thyra, referme la verrière. Au modèle. RepoSeZ-
vous une seconde en attendant M. Lepage. Tenez;
prenez l'accessoire. (Elle va elle-même à une coupe d'albâtre où il y a des raisins artificiels. Elle passe les raisins au
modèle.) Quand M. Lepage arrivera, vous reprendrez
la pose. (Elle sort le bouquet du seau et le jette sur une table. Puis elle s'appuie sur un meuble, la tète dans les mains- On entend du bruit. Au modèle.) \oilà.
Elle ouvre la porte. Lepage entre. C'est un sculpte ur à figure énergique, grosses moustaches poivre et st-i, mains rouges. Il mâchonne une cigarette en entrant.