‹ Le phalène: pièce en quatre actes et deux partiesChapitre 38 sur 47 · Scène IX · texte numérisé non relu

Scène IX

THYRA, M"' DE MARLIEW

M"' DE Marliew. — Thyra, n'entends-tu pas, ma chérie?

IHYRA, un peu égarée, comme si elle voulait reprendre

pied. — Comment se fait-il que tu sois là? Tu n'es donc pas descendue avec elles?

M°* DE Marliew. — J'ai bien senti qu'il allait se passer quelque chose de grave... Je ne voulais pas m'éloigner de toi... J'ai guetté... mais la voiture va venir nous reprendre. Tu vois, j'ai même un manteau pour toi.

Thyra. — Mais alors, tu as entendu?... là... tu viens d'entendre?

M"' DE Marliew. — Tout.

Thyra, avec effroi. — Tu as entendu ce que j'ai dit de moi?

M"* DE Marliew, grave et simple. — Oui, Thyra.

Thyra. — De ma santé, de...

Elle s'arrête.

M"" DE Marliew. — Oui, mon enfant.

Thyra, la regarde fixement, puis, tout à coup, elle pousse

un cri. — Ah! tu savais, tu le savais!

. M"' DE Marliew. — J'ai toujours su !...

Thyra. — Et tu n'osais pas me le dire, et tu me le cachais?

M'"* DE Marliew. — Et toi aussi, ma chérie, tu te cachais de moi... Philippe nous avait bien gardé le secret !

Thyra. — Et nous vivions dans ce mensonge!... Quelles folles nous étions de nous imaginer que l'autre ne savait pas!... Comme si c'était possible!.., Mamita !...

M"" de Marliew, la serrant tendrement dans ses bras.

— Mais ce n'est rien! Je viens de t'entendre... Tu 't'exagères aussi!... Ce n'est rien! Tu dois guérir... Je le sais... on me l'a dit dernièrement encore... Oh! vois-tu, c'est un bienfait que cet affreux sileuce qui étaient entre nous n'existe plus!

Thyra, voluptueusement. — Ah! que c'est bon de te retrouver tout à coup... Mère, mère, pourquoi m'avoir donné la vie, si tu devais me donner la mort!

M""' DE Marwew. — Oh! quel trop juste reproche!... Je n'en sais rien, moi... Que veux-tu? c'est la fatalité !... Ton père était bien portant... Ah ! si je t'avais soignée aussi, au lieu de te laisser vivre à ta guise... Enfin, je te reprends, maintenant, moi! Je serai là, toujours... Que tu le veuilles ou non, je ne te quitte plus...

Thyra. — Oui, reprends la petite fille dans tes bras... Redonne-moi ma première place dans tes coudes; la place qui m'a bercée et qui me bercera encore au dernier moment... Mère chérie, toi d'où tout vient et où tout retourne!... Ah! je ne me rappelais pas que c'était si bon ! Maman ! Mamita ! Mamita ! Calmemoi, j'ai tant de chagrin! Ah! si tu savais ce que j'ai pu avoir de chagrin!... Je te raconterai tout... comment j'ai découvert... Mon Dieu ! qu'il est doux d'avoir encore sa mère quand l'ombre monte !... Non^

LA PETITE ILLUSTRATION

non, ne pleure pas ainsi, ne te désole pas et serremoi fort.

M"** DE Marliew. — Si fort que maintenant plus rien ne pourra t'arracher de moi.

Thtba. — Je suis petite, heinf... Regarde ce que c'est que le hasard ?... Nous sommes toutes deux seules dans une prairie et tu me berces sur une tombe... Tu te souviens, quand j'était t<nite petite et que je voulais être bercée près de la grande albia qui sentait le sapin frais... Tu avais peur pour moi de la neige... déjà!... et Vladu passait avec ses brebis, les buffles et le chien Hotzu, si maigre, qui me mettait la buée de son museau près de la joue... C^est loin... Tu vois ce sera pareil... tu seras là, plus tard, pour m'empêcher de pleurer?... Va! mère, imprime à la tombe le r3rthme des berceaux... Plus que nous deux, comme autrefois!... Je ne veux plus que cette douceur que je retrouve... Chante, comme autrefois, mama doïca... en berçant... j'aimerai me souvenir de ta voix d'alors... quand tu chantais...

M"** DE Marliew. — Ma chérie, ma chérie, que me demandes-tu là!...

Thyra. — Fais l'effort, calme-moi, comme, autrefois lorsque j'avais du mal., dans le jardin... Nani- Nani, mama... Dieu qu'il était maigre, le chien Hotzu!... Tu te souviens? Chante!...

M"** DE Marliew. — Mes vieilles lèvres ne savent plus ta chanson, mon enfant...

Thyra. — Force-toi ! Pour me faire souvenir, doïca... Rapprends... Comment était-ce, déjà... dis?... Comment était-oe donc! Rapprends...

M"* DE Marliew, brisée. — Je ne peux pas!...

Thyra. — Mais si, mais si, essaie... Berce... avant qu'il neige dans le jardin... berce toujours...

M*"** DE Marliew, avec une vieille grosse voix qui

pleure. — Nani, nani... puiu mami!

Ulle chantonne ainsi les premiers mots de ces chansons qui, dans tous les pays du monde, veulent dire : « Dodo, l'enfant do... » pendant qu'on entend les grelots de la voiture qui remonte et que, de loin, un yoiturier crie à travers les branches : « Il est tard...

On fait dire à ces dames... qu'il est temps de rentrer... »

BIDEAn

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