I. — Caractères du bacille de Nocard
En 1892, M. Nocard a découvert et étudié chez les perruches infectées un microbe spécial dont il donna la description au Conseil d'hygiène publique et de salubrité (séance du a/i mars 1898).
. Ce bacille provoque une maladie mortelle chez les perruches et est également pathogène pour divers autres animaux.
Le bacille de M. Nocard est, d'après la description de cet auteur, une bactérie courte, assez épaisse, à extrémités arrondies, à la fois aérobie et anaérobie, extrêmement mobile ; cette bactérie se développe rapidement sur la plupart des milieux, solides ou liquides utilisés en microbiologie. Il ne prend pas le Gram, ne liquéfie pas la gélatine, ne fait pas fermenter la lactose et ne coagule pas le lait.
MM. Gilbert et Fournier (i) ont pu vérifier tous les caractères indiqués par M. Nocard et ont ajouté « que ce bacille ensemencé sur gélose lactosée tournesolée ne fait pas
(i) Gilbert et Fournier. ContriJjution à l'étude de la psittacose. Rapport de M. Debove. Bull, de l'Acad. de méd., 20 octobre 1896 ; — Gilbert et Fournier. Le bacille de la psittacose. Soc. de hioL, 12 décembre 1896 ; — Gilbert et Fournier. Etude sur la psittacose. Presse méd., 16 janvier 1897.
virer le tournesol, qu'il se développe dans les milieux phéniqués comme le bacille d'Eberth et le coli-bacille , qu'il possède 10 à 12 cils vibratils assez fragiles, qu'il ne produit pas d'indol, enfin qu'il pousse lentement et sous forme de petites colonies sur le milieu d'Elsner » .
Le bacille de Nocard est extrêmement virulent pour diverses espèces animales et il conserve sa virulence pendant un temps remarquablement long (Gilbert et Fournier) .
Ce bacille présente donc des caractères qui lui sont communs avec le coli-bacille et le bacille d'Eberth et d'autres au contraire qui permettent de le différencier nettement de ces deux bacilles.
I" Le bacille de Nocard difl^ère du coli-bacille par les caractères suivants : il ne fait pas fermenter la lactose, ne coagule pas le lait, ne donne pas d'indol; il est plus mobile et possède lo à 12 cils. Sa virulence est plus grande que celle du coli-bacille (i);
2° Le bacille de Nocard diffère du bacille d'Eberth par les caractères suivants : il pousse sur gélatine et sur pomme de terre comme le coli-bacille ; il fait fermenter le glycose, la maltose (Achard et Bensaude) ; il se développe en même temps que le coli-bacille dans un même tube de bouillon (Gilbert et Fournier), il est plus virulent que le bacille d'Eberth. De plus, on peut infecter les animaux en mélangeant à leurs aliments des cultures du bacille de Nocard,
(i) V. Mii.LiENNE. Contribution à l'étude de la psittacose. Thèse de Paris, 1897 et Revue générale sur la psittacose parue dans la Gazette hebdom. de méd. et de chir. du 18 avril 1897.
tandis qu'il est extrêmement difficile de les infecter par la voie digestive avec le bacille d'Eberth (Gilbert et Fournier)(i).
MM. Achard et Bensaude (2) ont indiqué un caractère distinctif d'une extrême sensibilité et d'une appréciation facile fourni par le réensemencement sur de vieilles cultures de bacille d'Eberth.
Rappelons en quoi consiste ce procédé. On a proposé, pour distinguer le bacille d'Eberth du coli-bacille, d'utiliser la faculté que possède ce dernier de croître sur les milieux ayant déjà servi à la culture du premier, alors que ces microbes ne poussent ni l'un ni l'autre sur les milieux ayant servi à leur propre culture. C'est ce procédé que nous avons appliqué, avec M. Achard, à la différenciation du bacille de Nocard, du bacille d'Eberth et du coli-bacille. Nous avons fait usage, comme l'ont déjà conseillé MM. Achard et Renault (3) pour la différenciation des divers types du coli-bacille, de cultures sur gélose ayant séjourné à l'étuve pendant 1 5 jours ou 3 semaines environ.
Ces cultures étaient dénudées avec soin sur une large surface à l'aide d'un fort fil de platine stérilisé à la flamme ; sur cette surface ainsi dépouillée de la première culture on fait avec un fil de platine fm trempé dans une culture liquide deux traits d'ensemencement à une certaine distance l'un de l'autre, l'un avec le bacille qui avait donné cette culture, l'autre avec le bacille qu'on veut comparer au premier.
(i) Gilbert et Fournier. Presse médicale, 1 6 janvier 1897.
(2) Achard et Bensaude. Soc. de hioL, 21 novembre 1896.
(3) Achard et Renault. Sur les bacilles de l'infection urinaire, 9 avril 1892 et Le Bactérium coli dans l'infection urinaire; — J. Renault. Thèse, Paris, 1893.
Pour le bacille de Nocard ensemencé sur des cultures de bacille d'Eberth ou inversement, ce procédé s'est montré d'une constance absolue. M. Achard l'a appliqué à i6 échantillons authentiques du bacille d'Eberth (i) (I-XVI) et à A échantillons de bacille de Nocard (2) (A-D). Or, ainsi que le montre le tableau suivant, cette recherche a nécessité /ioo ensemencements. Les 64 qui ont été faits avec les l\ échantillons du bacille de Nocard sur les cultures anciennes des 16 échantillons de bacilles d'Eberth ont seuls été suivis du développement d'une nouvelle culture.
(i) Voir la provenance de ces échantillons, page 65.
(2) Les échantillons A et B nous ont été très obligeamment fournis par M. Nocard et par MM. Gilbert et Fournier. Ils proviennent tous les deux de perruches mortes de psittacose. L'échantillon G a été recueilli dans le pus d'une arthrite sterno-claviculaire (v. obs. I) et l'échantillon D dans l'urine d une femme atteinte de pyélo-néphrite (v. obs. II).
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Pour mieux faire ressortir la sensibilité du procédé des réensemencements nous avons réuni dans le tableau suivant les résultats obtenus en cultivant les uns sur les autres : 6 échantillons de bacille d'Eberth, 4 échantillons de bacille de Nocard et 7 échantillons de coli-bacille.
Ce tableau montre d'une façon évidente : 1° que le bacille d'Eberth ne pousse pas sur les vieilles cultures du bacille d'Eberth, du bacille de Nocard et du coli-bacille ;
2° Que le bacille de Nocard pousse sur les vieilles cultures du bacille d'Eberth, mais pas sur celles du bacille de Nocard et du coli-bacille ;
3° Que le coli-bacille cultive presque toujours sur les vieilles cultures du bacille d'Eberth et rarement sur celles du bacille de Nocard et du coli-bacille.
Le bacille de Nocard pousse donc sur les vieilles cultures du bacille d'Eberth; le bacille d'Eberth ne pousse pas sur les cultures du bacille de Nocard et ce dernier ne pousse pas non plus sur les vieilles cultures du coli-bacille.
Le bacille de Nocard se comporte donc à l'égard du procédé du réensemencement comme le coli-bacille.
Doit-on le considérer, comme formant une espèce distincte, voisine du bacille d'Eberth, ou faut-il le faire rentrer dans un de ces types intermédiaires au coli-bacille et au bacille d'Eberth, désignés par MM. Gilbert et Lion (i) sous le nom de paracoli-bacille "^ Peu importe : ce qui paraît indéniable, c'est que ce type microbien se rapproche plus
(i) A. Gilbert et G. Lion. Contribution à l'étude des bactéries intestinales. Bull, de la^oc. de bioL, 18 mars 1898.
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qu'aucun autre du bacille d'Eberth et c'est pourquoi nous avons proposé de lui appliquer le terme de paratyphique .