‹ Le phénomène de l'agglutination des microbes et ses applications à la pathologie (le sérodiagnostic)Chapitre 31 sur 79 · III. Infections par le bacille de Nocard · texte numérisé non relu

III. Infections par le bacille de Nocard

Le bacille de Nocard a été rencontré plusieurs fois chez des psittacés malades, d'abord par M. Nocard dans la moelle osseuse desséchée des ailes de perruches mortes pendant la traversée d'Amérique en France, ensuite par MM. Gilbert et Fournier dans le sang du cœur, la rate et la moelle osseuse d'un perroquet mort en quelques jours après avoir présenté la diarrhée. MM. Gilbert et Fournier ont. d'autre part, trouvé dans le contenu intestinal de plusieurs psittacés sains un bacille qui s'en approche, ce qui les conduit à émettre les deux hypothèses suivantes: ou bien le bacille de Nocard n'offre aucune communauté d'origine avec le bacille intestinal normal des perroquets, ou bien ce bacille peut acquérir dans certaines conditions une virulence particulière et engendrer la psittacose.

Chez l'homme, MM. Gilbert et Fournier l'ont cherché 6 fois dans la psittacose. Une fois ces auteurs ont réussi à l'isoler dans le sang du cœur d'une malade morte de psittacose dans le service de M. Mathieu. Nous l'avons rencontré d'autre part avec M. Achard pendant la vie chez deux sujets atteints de maladies autres que la psittacose : une fois dans le pus d'une arthrite sterno-claviculaire (Obs. I), l'autre fois dans l'urine d'une femme atteinte de pyélo-néphrite (Obs. II). Nous avons comparé nos deux échantillons

à deux échantillons du bacille de Nocard qui nous ont été très obligeamment donnés par M. Nocard et par MM. Gilbert et Fournier et nous avons constaté que tous les quatre offrent les mêmes caractères de culture et subissent au même degré l'agglutination par le sérum typhique dilué à i pour lo. Une seule différence concernant la virulence existait entre nos échantillons et ceux de M. Nocard et de MM. Gilbert et Fournier.

Ces deux derniers échantillons présentaient une virulence extrêmement grande et persistante : la virulence était très élevée aussi pour notre échantillon (D) du bacille de Nocard retiré de l'urine, puisque 3/4 de centimètre cube de bouillon de culture injecté dans le péritoine d'un cobaye de 5oo grammes le tuaient en moins de 12 heures et que, pour obtenir une survie suffisante chez les animaux, nous avons été obligé d'injecter de petites doses de cultures mortes ; mais graduellement la virulence de ce microbe s'est atténuée au point que l'injection intrapéritonéale d'un centimètre cube de bouillon n'amenait plus la mort des cobayes qu'en plusieurs jours. La virulence de notre deuxième échantillon (C) n'a pas été recherchée au début, mais elle était assez faible.

On ne saurait cependant à l'heure actuelle baser sur l'intensité et la persistance plus ou moins longue de la virulence un caractère distinctif absolu entre deux types microbiens, et séparer du bacille de Nocard les deux échantillons trouvés par M. Acliard et par nous dans des maladies autres que la psittacose. « Si donc, écrit M. Achard, le bacille de Nocard est la cause de la maladie appelée psittacose, il faut admettre qu'il peut produire encore d'autres états morbides,

différant par les conditions étiologiques et les symptômes. La psittacose ne serait alors qu'une partie des infections produites par ce bacille, et ces infections formeraient un groupe comparable à celui des streptococcies qui comprennent, à côté d'une maladie bien définie comme l'érysipèle, toute une longue série de manifestations très différentes )).

IV. Action du sérum des organismes infectés par le bacille de Nocard sur le bacille de Nocard.

Le sérum des organismes infectés par le bacille de Nocard agglutine ce bacille aussi fortement que le sérum typhique le bacille typhique ou le sérum cholérique le vibrion cholérique.

On peut donc, en employant des solutions suffisamment diluées, différencier le bacille de Nocard des types micro-, biens voisins à l'aide du sérum. On peut aussi appliquer la séro-réaction au diagnostic des infections humaines par ce bacille. Nous n'avons eu qu'une seule fois l'occasion d'utiliser l'agglutination du bacille de Nocard pour le diagnostic d'une maladie humaine.

Il s'agissait d'une femme âgée de 2 4 ans entrée dans le service de M. Achard, atteinte d'une maladie fébrile aiguë, présentant une certaine analogie avec la fièvre typhoïde qui en différait cependant par l'absence de stupeur, d'insomnie, de taches rosées. Il y avait en même temps chez cette malade une pyélo-néphrite à bacille de Nocard (v. obs. II).

Nous avons pu nous assurer qu'il s'agissait, dans ce cas, non pas d'une fièvre typhoïde un peu irrégulière, com-

pliquée de pyélo-néphrite à bacille de Nocard, mais bien d'une infection générale à bacille de Nocard. En effet le sérum de la malade ne réagissait pas comme celui des sujets qui sont à la période d'état de la fièvre typhoïde : il possédait la propriété d'agglutiner très fortement trois échantillons de bacille de Nocard, alors qu'il ne pouvait agglutiner que faiblement k échantillons sur i/i de bacille typhique. D'autre part chez les animaux inoculés avec le bacille de Nocard, le sérum se comportait de la même façon : il agglutinait fortement tous les échantillons de bacille de Nocard et n'agissait que faiblement sur quelques échantillons du bacille typhique.

Il était intéressant après ces résultats de rechercher si la méthode du sérodiagnostic pouvait être également appliquée à la (( psittacose ». Nous avons pu pratiquer avec M. Achard l'examen du sérum de 3 sujets atteints de psittacose. Deux de ces malades, le mari et la femme, soignés à l'hôpital de Saint-Denis (i) dans le service de M. Dupuy, sont tombés malades à la suite de la mort de deux perruches.

Le 3" malade (v. obs. III) était soigné par le D' Arrivot qui a bien voulu nous permettre de l'examiner et de lui prendre du sang à plusieurs reprises. C'était un homme de 2 5 ans, sans antécédent pathologique, qui fut pris assez brusquement de fièvre, d'un état typhoïde sans phénomènes abdominaux, de plaques diphtéroïdes de la bouche et du pharynx, et de poussées de broncho-pneumonie avec cra-

(i) Leur sang a été fourni à M. Achard par M. Weinberg, interne à cet hôpital .

chats sanglants. Sa mère qui lui donnait des soins a contracté une broncho-pneumonie double avec des phénomènes généraux graves et est morte en quatre jours. Le malade avait deux perruches qui moururent dans la semaine qui a précédé le début de son affection ; deux oiseaux occupant la même cage et un chat ayant mangé le cadavre d'une des perruches ont succombé également (i).

Le sérum des deux premiers malades recueilli pendant la convalescence, 43 jours après le début de la maladie chez l'un, 5 1 jours chez l'autre n'avait aucune action sur les différents échantillons de bacille deNocard, même dans des dilutions concentrées (à 2 pour lo). Il en était de même du sérum du 3" malade qui a été examiné au 30" et au 39" jour de la maladie (2).

MM. Gilbert et Fournier ont obtenu également des résultats négatifs avec le sérum de malades atteints de psittacose et se trouvant au 4" et au Séjour de la maladie.

Mais il faudrait se garder à l'hem^e actuelle de tirer une conclusion quelconque sur la nature de la psittacose, du fait que le sérum de 5 malades examiné au début, et à une période avancée de cette affection, n'ait exercé aucune action sur le bacille de Nocard. Nous savons, en effet, à quelles variations sont soumises l'apparition et la disparition de la réaction agglutinante dans la fièvre typhoïde et rien ne nous autorise à croire qu'il n'en est pas de même dans la psittacose.

(i) Cette épidémie de psittacose nous avait été indiquée par M. Landrieux.

(2) Ce sérum donnait, au contraire, une réaction nette (à i goutte et surtout à 2 gouttes pour lo de bouillon) avec plusieurs échantillons de bacilles d'Eberth. Nous signalons ce fait sans vouloir en tirer une conclusion quelconque. Bensaude. 12

V. Action du sérum des organismes infectés par le bacille de Nocard sur le bacille d'Eberth.

Nous avons vu que le bacille de Nocard se laisse agglutiner à un degré léger par le sérum des organismes infectés par le bacille d'Eberth.

L'observation, résumée plus haut, montre que le sérum des hommes infectés par le bacille de Nocard provoque aussi l'agglutination du bacille d'Eberth. Il faut remarquer toutefois que cette action agglutinante était faible : elle ne s'est exercée que sur un nombre restreint d'échantillons de bacille d'Eberth et seulement dans des dilutions de sérum fait dans la proportion de i pour lo.

Il en a été de même du sérum des animaux inoculés avec le bacille de Nocard qui n'agissait au début que sur un petit nombre d'échantillons du bacille d'Eberth. Ce n'est qu'en renforçant par des inoculations successives la propriété agglutinante chez ces animaux que nous avons vu leur sérum devenir actif pour la presque totalité des échantillons essayés (dans des dilutions de i pour lo par le procédé extemporané) .

Cette action du sérum des organismes infectés par le bacille de Nocard sur le bacille d'Eberth cesse lorsqu'on emploie des dilutions suffisamment étendues. L'erreur qui pourrait en résulter pour la pratique du sérodiagnostic de la fièvre typhoïde (i) ou du sérodiagnostic du bacille de Nocard se trouve donc écartée.

(i) V. notre chapitre : Valeur du sérodiagnostic de la lièvre typhoïde.

Ces résultats ne sont pas moins intéressants au point de vue théorique. Ils montrent que sous l'influence d'une infection le sérum d'un animal acquiert la propriété d'agglutiner non seulement le microbe infdtrant mais aussi à un faible degré les types microbiens très voisins. Ils confirment de plus ce fait établi par MM. Lannelongue et Achard (i) que lorsqu'on renforce par des inoculations successives le pouvoir agglutinant du sérum, celui-ci devient actif pour des échantillons de microbes voisins qu'il n'influençait pas primitivement .

Faut-il voir dans ces faits un argument en faveur de la spécificité de la réaction agglutinante ou contre cette spécificité .^^ Voilà une question que nous ne faisons que poser actuellement. Nous y reviendrons en traitant de la partie théorique des phénomènes de l'agglutination.

Résumé. — Le bacille de Nocard est un microbe intermédiaire entre le coli-bacille proprement dit et le bacille d'Eberth. Il se distingue de ce dernier par l'aspect de ses cultures, par sa virulence et surtout par ce fait (Achard et Bensaude) qu'il possède la faculté de croître sur les milieux ayant déjà servi à la culture du bacille d'Eberth. Ce bacille subit l'action agglutinante du sérum typhique, mais à un degré bien moindre que le bacille d'Eberth (Gilbert et Fournier, Achard et Bensaude), et même cette différence de degré est telle qu'elle peut servir à différencier les deux microbes. (Widalet Sicard).

Ce bacille a été rencontré plusieurs fois chez les perruches malades par M. Nocard et MM. Gilbert et Fournier. Chez

(2) LA^^•ELO:sGUE et Achard. C. B. de l'Acad. des Se, 5 octobre 1896.

l'homme, le bacille de Nocarda été rencontré i fois dans la psittacose (Gilbert et Fournier), et deux fois pendant la vie chez des sujets ayant des maladies autres que la psittacose (Achard et Bensaude) .

Le sérum des organismes (homme et animaux) infectés par le bacille de Nocard agglutine le bacille infectant et exerce une légère action agglutinante sur le bacille d'Eberth (Achard et Bensaude). Dans cinq cas de psittacose humaine examinés (Achard et Bensaude, Gilbert et Fournier) le sérum ne possédait aucune action sur le bacille de Nocard, mais il serait prématuré à l'heure actuelle de vouloir tirer de ce fait une conclusion quelconque sur la nature de la maladie.

OBSERVATIONS

Obs. I communiquée par le D^ Martinet à M. Achard. Arthrite sterno-claviculaire à bacille de Nocard survenue chez un enfant de 7 mois dans la convalescence d'une affection générale [publiée par MM. Achard et Bensaude à la Société médicale des hôpitaux, 27 novembre 1896).

« Il s'agit d'une fillette, née au commencement de décembre 1895, aux Etats-Unis, dans la Floride, qui arriva en France en février 1896, avec sa famille composée de son père et de sa mère, de deux frères dont l'un de sept ans et d'une petite sœur de deux ans et demi. Cette dernière avait eu, en janvier, une broncho-pneumonie.

ce A Paris, l'enfant fut confiée à une nourrice qui bientôt n'eut plus de lait et c[ui, paraît-il, l'emmenait à la cuisine et lui donnait de l'eau sucrée et des aliments solides. Dans les premiers jours de mai, la nourrice fut renvoyée et depuis ce moment l'enfant n'a pris que du lait stérilisé.

(c Je la vis pour la première fois le 20 mai ; elle avait un peu de bronchite, c'est-à-dire les restes d'une bronchite plus grosse qu'elle avait eue quelque temps auparavant.

« Le 28 juin, je la vis de nouveau. Elle toussait, avait de la fièvre (38°), et je trouvai à l'auscultation quelques râles souscrépitants à la partie moyenne du poumon gauche, en arrière. Peu à peu, la fièvre s'élève et le 26 elle atteint /io°. A l'auscultation, rien d'autre que les râles déjà constatés, qui dispa-

raissent même tout à fait peu de temps après. En raison de l'état des bronches, je crois à une broncho-pneumonie à son début; mais les signes broncho-pubnonaires allant en diminuant, tandis cjue la fièvre se maintenait entre 89" et /jo", que le ventre se ballonnait, que la langue était sale et rouge h la pointe, je pensai plutôt à une fièvre typhoïde, d'autant plus qu'il y eut sur l'abdomen et les hypocondres des taches rosées en assez grande quantité. Deux ou trois jours avant leur apparition, il s'était fait dans le dos et au cou une éruption scarlatiniforme, un véritable rash, sans que rien apparût du côté de la gorge. Il n'y a jamais eu de diarrhée, mais plutôt de la constipation, et j'ai eu à trois reprises à donner un peu d'huile de ricin, le ventre étant toujours ballonné et peu douloureux.

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« Dès le 5 juillet, la température tomba à 38° le matin, restant encore à 89° le soir, et enfin le i3 juillet, le thermomètre était à 87° pour ne plus remonter.

(( Ce même jour, la mère appelait mon attention sur une tuméfaction rouge et douloureuse, située au niveau de l'articulation sterno-claviculaire droite ; le lendemain, il y avait de la fluctuation. Je fis venir M. Walther qui incisa la collection et donna issue h un demi-dé à coudre de pus, en s'assurant que ce pus venait exclusivement de l'articulation et que les os

étaient intacts. Pendant trois ou quatre jours on maintint l'orifice ouvert avec une petite mèche de coton hydrophile, puis de gaze iodoformée, et vers la fin de juillet, l'enfant était guérie et partait pour les bains de mer avec sa famille.

« Je l'ai revue plusieurs fois depuis; elle a notablement grossi et sa santé est restée parfaite ; elle est toujours nourrie au lait stérilisé.

« Ni ses deux frères, ni sa petite sœur n'ont eu quoi que ce soit, ni personne dans sa famille, parents ou serviteurs ».

Du pus venant de l'articulation sterno-claviculaire a été recueilli par M. Walther qui l'a envoyé à M. Achard. Nous y avons trouvé un bacille offrant les caractères du bacille de Nocard.

Bien que le diagnostic de la fièvre typhoïde chez les nourrissons soit toujours assez difficile, on ne peut nier que cette observation présente tous les caractères d'une fièvre typhoïde. Le sérum n'ayant pas été examiné dans ce cas et les recherches bactériologiques n'ayant porté que sur le pus de l'arthrite sterno-claviculaire, on ne pourrait éliminer complètement l'hypothèse d'une infection générale par le bacille d'Eberth. Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est l'existence d'une infection par le bacille de Nocard, au moins localisée.

Obs. II. Pyélo-néphrile avec phénomènes d'infection générale. Bacille de Nocard dans l'urine. Action agglutinante du sérum sur le bacille de Nocard et à un degré moindre sur (quelques échantillons du bacille d'Eberth [publiée par MM. Achdrd et Bensaude à la Société médicale des Hôpitaux, 27 novembre 1896).

Bl..., âgée de vingt-quatre ans, concierge, entrée le 8 sep-

— iSh terabre 1896, à l'hôpital Beaujon, salle Béhier, n° 33. Rien à relever dans les antécédents de famille. Cette femme a eu la scarlatine à quinze ans ; elle ne se rappelle pas avoir eu d'œdème ni aucune complication consécutive. Elle n'a jamais eu la fièvre typhoïde.

Depuis une quinzaine de jours elle soignait sa petite fille, âgée de deux ans et demi, pour une fièvre muqueuse, lorsque le 24 août elle fut prise brusquement de fièvre avec frissons et de courbature. Elle prit alors le lit et resta trois ou quatre jours dans un état d'accablement très grand ; elle dit avoir eu pendant ces quelques jours une surdité complète. Puis cette prostration diminua, mais la fièvre persista, avec de l'anorexie et un peu de diarrhée. Pas d'épistaxis, ni de céphalalgie, ni de douleurs abdominales.

A ce moment, la malade qui se croyait enceinte, parce qu'elle n'avait pas eu ses règles depuis trois mois, fut prise d'une légère métrorragie. Elle vint alors à la maternité de l'hôpital Beaujon, où, après examen, on la renvoya chez elle. L'écoulement sanguin cessa rapidement. Huit jours après, l'état général ne s'améliorant pas, elle entre à l'hôpital.

Examen de la malade à l'entrée. — La malade n'a pas de stupeur; elle répond bien aux cjuestions. Mais elle est fatiguée, sans énergie. La face est pâle. La langue est blanche et humide. L'anorexie est complète, la soif vive. Il y a un météorisme abdominal très accusé. La fosse iliaque droite est le siège d'une douleur spontanée peu intense, c[ui s'accroît par la pression ; pas de gargouillement en ce point. La rate n'est pas perceptible à la percussion. Pas de taches rosées. La diarrhée est abondante, noirâtre, très fétide. On n'a pu recueillir d'urine à cause de la frécjuence des selles. Température vaginale : 39°6. Pouls : 100, bien frappé, non dicrote. Pas de râles dans la poitrine ; la voix est légèrement en-

rouée. Le sommeil est conservé. La malade n'a pas de maux de tête.

10 septembre. — La malade a mal dormi. La langue est sèche et rôtie. La diarrhée est toujours très abondante; les selles sont mêlées de sang rouge foncé. Le météorisme a diminué. La matité splénique est appréciable, mais ne paraît pas très augmentée. Le pouls est à loo.

11 septembre. — La langue est toujours sèche. La diarrhée est un peu moins abondante et il n'y a plus de mélœna. Les bruits du cœur sont sourds, le pouls est affaibli.

Pendant la nuit s'est produite une parésie du deltoïde gauche : la malade ne peut élever le bras écarté du corps ; il n'y a pas d'anesthésie cutanée. Cette parésie persiste pendant quelques jours. On remarque un myosis assez accentué.

L'urine, dont on a pu recueillir une petite quantité, renferme beaucoup d'albumine et présente un dépôt abondant que l'examen microscopique montre être constitué par du pus. Aucun trouble de la miction.

i3 septembre . — La diarrhée diminue ; il n'y a eu que trois selles dans les vingt-quatre heures. Le sommeil est bon. Urine : 1/2 litre.

i4 septembre. — Il n'y a toujours aucune stupeur, et la malade réclame avec insistance la permission de lire. Le myosis a disparu. La température tombe à 87°, assez brusquement, sans qu'il y ait eu d'hémorragie intestinale ; puis elle remonte au-dessus de 38°.

Le toucher vaginal est pratiqué et permet de s'assurer que la malade n'est pas enceinte comme elle le croyait.

i5 septembre. — Le myosis a reparu. La langue est de nouveau sèche.

16 septembre. — L'état général est bien meilleur ; la langue est humide, le myosis a disparu.

Les jours suivants, le mieux continue, la diarrhée disparaît et la température est à 87" le 20 au matin. L'urine ne présente plus de dépôt purulent, mais il y a toujours de l'albumine.

Puis la température remonte graduellement, atteignant 39° le 28 au soir. La diarrhée reparaît moins abondante qu'au début; les selles sont très liquides. L'albumine, dosée le ik septembre, s'élève à o^'^yô.

La malade se plaint de ressentir de la douleur à la racine de la cuisse droite. Cette douleur, augmentée par la pression, est exactement limitée au trajet de la veine fémorale, à son origine, et de la veine iliaque externe, à sa terminaison. On ne perçoit pas de cordon d'induration à son niveau et il n'y a ni œdème, ni circulation collatérale. Les jours suivants, la douleur diminue et se localise au-dessous de l'arcade crurale.

i'^'" octobre. — On sent, à l'origine de la veine fémorale droite, un cordon dur régulier, douloureux h la pression. Il n'y a toujours pas d'œdème ni de dilatation des veines superficielles.

2 octobre. — La douleur a disparu à droite, mais du côté gauche, la malade en accuse une semblable, et une phlébite se développe symétriquement, avec cordon veineux induré.

Vers le 10 octobre apparaît un peu d'œdème malléolaire et prétibial.

L'apyrexie est définitive depuis le 5 octobre.

Le 25 oc/oZi/'g l'état général est bon, l'urine est claire et ne présente plus de traces d'albumine, l'œdème a disparu. La malade commence à se lever.

Le 2 novembre elle quitte l'hôpital.

Recherches bactériologiques. — Le sérum de la malade, examiné le 9 septembre, n'agglutinait pas le bacille d'Eberth

(nn seul échantillon fut essaye). Le i4, le sérum fut essayé de nouveau avec le même échantillon et avec le bacille retiré de l'urine de la malade; avec les deux on obtint la réaction, légère avec ce dernier seulement. Le 17 septembre, deux échantillons de bacille d'Eberth ont donné deux fois la réaction. Le 16 octobre, le résultat positif a été obtenu avec trois échantillons sur treize. A plusieurs reprises, le sérum a été essayé avec le bacille de Nocard et a constamment donné une réaction positive. Avec le coli-bacille, nous n'avons eu que des résultats négatifs.

Le sang, pris aseptiquement dans une veine du pli du coude, n'a pas donné de cultures.

L'urine recueillie aseptiquement avec une sonde, le 12 septembre, a fourni des cultures pures du bacille de Nocard, dont les caractères sont décrits plus haut. Même résultat le 28 septembre. Le 1°"^ octobre, l'urine est restée stérile.

L'urine et les selles, examinées le 18 septembre, n'ont pas provoqué l'agglutination du bacille retiré de l'urine.

Le sang frais, examiné par le procédé de M. Hayem, le 18 septembre, ne présentait pas de leucocytose abondante ni de réseau de fibrine. (Cette absence de caractères phlegmasiques existe aussi dans la fièvre typhoïde).

La rate a été ponctionnée; le sang qui en provenait a donné des cultures de staphylocoques, sans bacilles.

Les selles diarrhéiques, ensemencées sur le milieu d'Elsner, n'ont fourni que des colonies de coli-bacilles.

L'enfant de la malade a été vu par nous le 26 septembre, sept semaines après la fin de sa maladie. Son sérum n'a point provoqué l'agglutination du bacille provenant de la mère, ni de dix échantillons du bacille d'Eberth.

Après sa guérison, sept semaines après la cessation définitive de la fièvre, la malade est venue nous voir (28 novembre)

Le sérum produisait toujours l'agglutination du bacille retiré de l'urine et de deux autres échantillons de bacille deNocard, mais était sans action sur quinze échantillons essayés de bacille d'Eberth.

Il s'agit, dans cette observation, d'une maladie fébrile évoluant en deux temps ; la deuxième poussée a suivi immédiatement la première et en a reproduit les principaux caractères, à la façon d'une rechute, en se compliquant en outre d'une phlébite double.

La présence du pus dans l'urine sans troubles vésicaux, la persistance de l'albuminurie quelque temps encore après la disparition du pus, sont des symptômes qui attestent l'existence d'une pyélo-néphrite. La présence d'un bacille pathogène dans l'urine, constatée deux fois dans le cours de la période fébrile, permet de reconnaître h cette pyélo-néphrite une origine infectieuse. On pourrait rattacher à l'urémie déterminée par cette lésion rénale quelques-uns des accidents, tels que le myosis, la diarrhée et même le mélaena. Mais il est évident que d'autres phénomènes, que les complications de parésie deltoïdienne et surtout de phlébite, indiquent l'intervention d'une infection générale. Celle-ci, dans son ensemble symptomatique, présente une certaine analogie avec la fièvre typhoïde : la diarrhée, le mélaena, le météorisme, la fièvre, cette circonstance que la petite fille de la malade avait été soignée peu avant pour une fièvre muqueuse, tout cela pouvait faire songer à cette affection. Il y avait pourtant quelques différences, notamment l'absence de stupeur, d'insomnie, de taches rosées.

S'agit-il d'une fièvre typhoïde un peu irrégulière et compliquée de pyélo-néphrite h bacille de Nocard? Cette hypothèse mérite d'être discutée pour deux raisons : d'abord parce que le sérum des typhiques agglutine, comme le faisait celui

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de la malade, le bacille de Nocard, ensuite parce que la présence des microbes appartenant au groupe du coli-bacille a été signalée dans les voies urinaires au cours de la fièvre typhoïde. L'un de nous a trouvé, avec M, Jules Renault, un coli-bacille dans un cas de cystite et pyélo-néphrite typhoïdique, publié par M. Louis Guinon (i); MM. Chantemesse et Widal ont observé un cas semblable (2). Enfin M. Péréa retiré le coli-bacille de l'urine de plusieurs malades atteints de fièvre typhoïde (3).

Mais il y a un motif pour lequel on doit rejeter l'idée d'une fièvre typhoïde vraie, produite par le bacille d'Eberth : c'est que le sérum de la malade ne réagit pas comme celui des sujets qui sont à la période d'état de la fièvre typhoïde. En recherchant la réaction agglutinante, nous ne l'avons constatée qu'avec 4 échantillons sur i4 de bacille d'Eberth dans une dilution de i pour 10 par le procédé instantané. Au contraire la réaction existait avec les 3 échantillons de bacille de Nocard. D'autre part, chez les animaux inoculés avec le bacille retiré de l'urine de la malade, nous avons vu le sérum agglutiner aussi les échantillons du bacille de Nocard et seulement quelques échantillons de bacille d'Eberth. Ce n'est qu'en inoculant à plusieurs reprises ces animaux, de manière à renforcer chez eux la propriété agglutinante, que nous avons pu faire acquérir à leur sérum le pouvoir d'agir sur la presque totalité des échantillons essayés. On peut donc conclure que le sérum de la malade se comportait comme celui des animaux inoculés avec le bacille de son urine, que, par conséquent, l'infection par le bacille de Nocard doit être admise,

(i) L. Guinon. Rev. des maladies de l'enfance, décembre 1892. (3) Chantemesse et Widal. Soc. méd. des hop., 3o décembre 1892. (3) Péré. Annales de l'Institut Pasteur, juillet 1892, p. 5:5.

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mais que l'infection par le bacille d'Eberth doit être mise hors de cause.

Observation III. Psittacose [Fausses memhranes de la gorge et broncho- pneumonie à poussées successii>es). Observation recueillie par M. le Z)'' Arrivât. Etude microbiologique par MM. Achard et Bensaude.

M. P..., 25 ans, marchand de vins h Paris, est un homme robuste, légèrement obèse, qui dit n'avoir jamais été malade. Pas de tuberculose dans ses ascendants.

Le 20 octobre 1896 sans aucune raison apparente, il commence à se sentir fatigué, cependant son appétit est conservé et il continue ses occupations et surtout les soins de sa cave.

Cet état dure jusqu'au 28 octobre. Ce jour il est pris brusquement de frissons, d'une courbature violente, d'une douleur lombaire vive et de maux de tète. 11 fait venir le D*" Arrivot qui constate ce qui suit : Température axillaire : 89°. Langue sale, large, étalée; déglutition difficile; pharynx rouge, vernissé ; amygdales très saillantes ; absolument aucun exsudât. Dyspnée vive et des râles de bronchite disséminés dans la poitrine ; rien d'autre à l'auscultation. Cœur normal.

24 octobre. — • Les amygdales des deux côtés présentent des lisérés de fausses membranes blanc-grisâtres qui se laissent aisément enlever. Dyspnée vive; râles de bronchite disséminés ; expectoration peu abondante, muqueuse, sans caractères particuliers. Insomnie. Céphalée moins vive que la veille.

26 octobre. — Les exsudats de la gorge enlevés la veille se

sont reproduits.

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26 octobre. — Les fausses membranes de la fforp-e sont plus abondantes. Elles recouvrent entièrement les deux amygdales et embrassent le sommet de la luette. Il n'y a pas trace d'adénopathie.

27 octobre. — Même état de la gorge. Bronchite modérée. Céphalée légère. Injection de 20 ce. de sérum de Roux.

28 octobre. — La gorge se délerge. Dyspnée très vive, accompagnée d'un point de côté droit. Apparition d'un foyer de râles fins à la partie moyenne du poumon droit en arrière. Fièvre (la température axillaire se maintient autour de 89°; elle a été prise journellement mais à des heures irrégulières et le plus souvent elle n'a pas été notée).

État typhoïde. Absence complète de signes abdominaux : pas de taches rosées, pas de ballonnement du ventre ni de douleur dans les fosses iliaques, ni d'hypertrophie de la rate. Garde-robes régulières. Pouls rapide, mou, dépressible. Cœur indemne. Le malade s'alimente volontiers et autant que l'état de sa gorge le permet. Lait, œufs, bouillons, grogs.

2g octobre. — Crachats visqueux, sanglants. Toux.

3o octobre. — Les fausses membranes ont paru céder au sérum; mais se sont reproduites, plus abondantes. 2'^ injection de sérum de Roux de 20 ce.

3i octobre. — Les fausses membranes recouvrent toute la gorge; elles s'enlèvent en partie avec les badigeonnages. Dyspnée. Air absolument hébété.

i'^'" et 2 novembre. — Dyspnée vive; points de côté à gauche ; apparition vers la partie moyenne et postérieure d'un foyer de broncho-pneumonie analogue à celui du côté droit.

3 au 7 novembre. — Les foyers de broncho-pneumonie (à droite et à gauche) s'éteignent peu à peu, mais on continue à

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entendre des deux côtés de la colonne dorsale sur une petite étendue des râles fins et du souffle. Dans toute l'étendue de la poitrine existent de gros râles de bronchite.

8 novembre. — Les amygdales et la luette sont toujours couvertes de fausses membranes. L'urine contient un nuasfe d'albumine.

9 îioveinbre. — Le D"" Boncour, appelé en consultation, constate l'existence de foyers de broncho-pneumonie qui ne disparaissent que lentement. Il est extrêmement frappé de l'état de pâleur et de bouffissure de la face et porte tout d'abord un pronostic défavorable.

10 à II novemhie. — Les amygdales et la luette, tantôt l'une, tantôt l'autre, sont toujours recouvertes de fausses membranes. Persistance de l'état pulmonaire. Disparition de l'albumine. L'état général s'améliore.

i5, i6, 17 novembre. — Nouvelles poussées congestives autour des foyers pulmonaires. La toux est parfois incessante.

21 novembre. — Expectoration sanglante. Le foyer du poumon droit est plus étendu.

28 novembre. — Crachement de sang assez abondant.

ik et 25 novembre. — Douleur très vive et persistante à l'angle de l'omoplate gauche. A ce niveau existe de la submatité et un peu d'obscurité respiratoire. Crachats toujours sanglants.

27 novembre. — Nouvelle poussée congestive vers la partie moyenne des deux poumons accompagnée de dyspnée, de points douloureux.

i®"" décembre. — Les amygdales sont à peu près détergées, mais il existe toujours de petites fausses membranes, minces, presque transparentes au niveau de la pointe de la luette. Le foyer de broncho-pneumonie gauche persiste ; à droite l'auscultation est très variable d'un jour à l'autre.

Jusqu'au 12 décembre. — Les phénomènes pulmonaires diminuent; il y a cependant de temps à autre des reprises de la toux et de la dyspnée.

17 et 18 décembre. — La gorge est complètement débarrassée. Les signes pulmonaires ont disparu.

6 janvier 1897. — M. P... revient de province où il est allé en convalescence pendant quelques jours. Il est toujours pâle, bien qu'entièrement rétabli. Il n'y a rien dans la gorge ni dans les poumons. Il ne tousse pas. Il a repris entièrement toutes ses occupations.

Madame D..., mère de M. P..., âgée de /i5 ans, habituellement bien portante, venait passer plusieurs heures par jour auprès de son fils et c'est principalement elle qui lui donnait des soins.

Le 16 novembre (au moment où le malade avait de nouvelles poussées congestives autour de ses foyers de bronchopneumonie) elle est prise brusquement de phénomènes généraux graves et meurt après 4 jours de maladie. M. le D'" Landrieux, appelé en consultation par le médecin habituel de la malade, avait porté le diagnostic de broncho-pneumonie infectieuse double.

Madame P..., femme de M. P..,, âgée de 20 ans, reste parfaitement bien portante, bien qu'elle ait couché dans le même lit que son mari pendant toute la durée de la maladie.

Enquête étiologique. — M. P... avait plusieurs oiseaux dont il prenait soin lui-même et lui seul; c'étaient des serins, des chardonnerets et deux perruches, celles-ci achetées au marché aux oiseaux fin septembre. Dans les premiers jours d'octobre une des perruches mourut après avoir été malade pendant peu de jours; puis deux oiseaux occupant la même cage qui avaient été apportés d'Amérique et étaient bien acclimatés depuis 5 à 6 mois; puis l'autre perruche. M. P... raconta avoir gardé un jour cette dernière perruche quelque temps Bensaude. 13

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dans sa main, puis pris de répugnance pour Tanimal malade, il l'avait jeté dans la cage où il ne tarda pas à mourir. Un chat ayant mangé le cadavre d'une des perruches qui traînait dans une des pièces de l'appartement de M. P..., succomba également.

Examen bactériologique. — 28 novembre. — Le sérum du sang pris par piqûre au bout du doigt n'agglutine pas le bacille de Nocard. Il donne une réaction nette à i goutte et surtout 2 gouttes pour 10 gouttes de bouillon avec plusieurs échantillons de bacille d'Eberth. Le malade affirme n'avoir jamais eu la fièvre typhoïde.

25 novembre — La recherche du bacille de Koch dans les crachats est néirative. L'ensemencement des crachats sur les divers milieux habituels donne des cultures des micro-oro-anismes les plus divers. Sur le milieu d'Elsner on constate des colonies d'une levure et d'un bacille court extrêmement mobile qui liquéfie la gélatine (se distinguant ainsi très nettement du bacille de Nocard) et qui n'est pas agglutiné par le sérum du malade.

26 novembre. — L'ensemencement du mucus de la gorge donne des colonies de nombreux micro-organismes sans prédominance d'aucun type.

2 décembre 1896. — La réaction du sérum sanguin recueilli de nouveau, confirme les résultats obtenus auparavant.

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