CHAPITRE m
RÉPARTITION DE LA SUBSTANCE AGGLUTINANTE DANS l'organisme (ij.
I. Présence de la propriété agglutinante dans les divers liquides de l'oi-ganisnie.
La propriété d'agglutiner les microbes ne réside point uniquement dans le sang ; les diverses humeurs la possèdent mais avec une diversité vraiment imprévue. Elle varie non seulement suivant les humeurs, suivant les sujets, mais aussi d'un jour à l'autre chez un même sujet. Les recherches sur la présence de la substance agglutinante dans les diverses humeurs de l'organisme ont surtout été faites chez des malades atteints de fièvre typhoïde. Quelques résultats obtenus dans les infections par le Promeus (Lannelongue etAchard), dans les infections coli-bacillaires (Achard), dans le choléra humain et expérimental (Achard et Bensaude), dans la péripneumonie (Arloing), le tétanos (Sabrazès et Rivière) autorisent cependant à croire que le passage de la propriété agglutinante dans les diverses humeurs obéit partout aux mêmes lois que dans l'infection typhoïde.
La propriété agglutinante existe d'abord dans une caté-
(i) V. Achard et Bensaude. C. R. Âcad. des sciences, 28 septembre 1896 ei Arch. de méd. expérim., novembre 1896. p. 755 et suiv., et VVidal et SicARD, Acad. de médecine, 2g septembre 1896, et Annales de l'Institut Pasteur, mai 1897.
gorie d'humeurs dont la partie liquide dérive plus ou moins directement du plasma sanguin et qui parfois même contient en suspension des éléments figurés du sang.
La réaction agglutinante s'observe par exemple dans le pus (i), comme nous l'avons constaté avec M. Achard chez les animaux et comme M. Gatrin l'a vu chez l'homme.
Nous l'avons rencontré quelquefois dans les selles diarrhéiques des typhiques évacuées spontanément qui renferment du sang et du pus provenant des ulcérations intestinales. Elle manque au contraire dans les selles évacuées par lavements qui difîerent par conséquent du contenu de l'intestin grêle ulcéré. Elle faisait défaut également dans les déjections intestinales de 6 malades atteints de choléra, même lorsqu'on poussait le mélange à 2 ou 3 gouttes pour i o d'émulsion vibrionienne (2). Dans ces derniers cas l'absence de la réaction agglutinante peut être attribuée au défaut de transsudation à travers les glandes intestinales, soit peutêtre à la végétation abondante des vibrions cholériques qui auraient enlevé au milieu intestinal son pouvoir agglutinant (3) .
Les diverses sérosités possèdent la propriété agglutinante et nous l'avons constaté dans le liquide du péricarde, du péritoine et de la plèvre (4) ( i fois pendant la vie et 2 fois après la mort). xMM. Widal et Sicard ont obtenu la réaction d'une façon intense avec la sérosité des vésicatoires.
(i) Chez les animaux infectés avec le bacille dEberth, la réaction existait aussi bien dans le pus des abcès stériles que dins celui des abcès renfermant des bacilles typhiques, des staphylocoques, etc.
(2) AcHABD et Bensaude. Société méd. da hop., 28 avril 1897.
(3) V. plus loin les expériences faites à ce sujet par M. Paul Courmont.
(4) Achard. Soc. méd. des hop., 4 décembre 1896.
La sérosité de l'œdème obtenue par la compression expérimentale produit aussi le phénomène de l'agglutination. Il est cependant à remarquer qu'il n'est pas facile de recueillir cette sérosité sans mélange d'une petite quantité de sang.
Chez les animaux l'humeur aqueuse nous a parfois donné la réaction agglutinante, ainsi qu'à MM. Widal et Sicard. Nous l'avons aussi obtenue chez l'homme i fois sur 3 examens faits à l'autopsie; dans ce cas l'humeur aqueuse recueillie 9 heures après la mort ne donnait qu'une faible réaction à i pour lo.
La réaction a fait constamment défaut dans le liquide céphalo-rachidien des typhiques (Widal et Sicard, 3 cas ; Achard et Bensaude, i cas).
MM. Sabrazès et Rivière viennent cependant de rapporter un cas oii cette sérosité agglutinait le bacille de Nicolaïer chez un chien inoculé avec le tétanos.
On a cherché d'autre part la réaction agglutinante dans les sécrétions proprement dites dans lesquelles se manifeste l'action élective d'un épithélium glandulaire.
Dans l'urine, MM. Widal et Sicard n'ont retrouvé la propriété agglutinante que d'une façon inconstante et variable.
Comme nous l'avons observé avec M. Achard (i) et comme l'ont vu ensuite MM. Thiercelin et Lenoble (2), le lait des nourrices atteintes de fièvre typhoïde exerce une action agglutinante sur le bacille d'Eberth. Nous nous
(i) Achard et Bexsatjde. Soc. méd. des hôp., 3i juillet i8g6, p. 679. (2) Thiercelin et Lemoble. Presse médicale, 1896, p. 374-
sommes naturellement assurés que la réaction faisait défaut avec le lait des nourrices saines ou atteintes de maladies autres que la fièvre typhoïde. Nous avons obtenu également des résultats positifs avec le lait des lapines en lactation infectées par le bacille d'Eberth ou le vibrion cholérique.
Il importe dans ces recherches que le lait soit pur et fraîchement recueilli, sinon on observe des dilïérences notables dans le phénomène de l'agglutination. Ces modifications ne dépendent pas seulement des changements de réaction du liquide car l'acidification ou l'alcalinisation légère du lait n'altère pas son pouvoir aggiutinatif.
Les larmes possèdent ce pouvoir d'une façon intense, MM. Widal et Sicard ne l'ont vu manquer que 4 fois sur i4 dans la sécrétion lacrymale naturelle. Par contre ces auteurs ne l'ont constaté que rarement et à un faible degré dans les larmes provoquées artificiellement.
La bile recueillie à l'autopsie de 2 malades morts de fièvre typhoïde nous a fourni des résultats négatifs ; dans un de ces cas ce liquide contenait le bacille d'Eberth à l'état de pureté. Mais cette absence de la réaction dans la bile n'est pas constante, car nous l'avons observé une fois chez le lapin et MM. Widal et Sicard l'ont constaté une fois sur 2 dans la bile humaine.
Les résultats obtenus par M. Achard et par nous ont toujours été négatifs dans la salive, dans le suc gastrique retiré à jeun de l'estomac de plusieurs malades et dans l'expectoration bronchique. Le liquide des vésicules séminales (Widal et Sicard), la sueur (Thiercelin et Lenoble) ne seraient pas non plus doués du pouvoir agglutinant.
M. P. Courmont a fait porter ses recherches sur le suc
des différents organes recueillis ù l'autopsie. Il a pu ainsi démontrer l'existence de la propriété agglutinante à des degrés variables dans le sang du foie, de la rate, dans le suc des ganglions mésentériques, des reins, des ovaires et du corps thyroïde.
Pour terminer cette revue des diverses humeurs de l'organisme nous devons mentionner un fait curieux que nous avons observé avec M. Achard : c'est l'existence de la propriété agglutinante dans le liquide clair comme de l'eau de roche des kystes hydatiques du lapin.
La répartition de la substance agglutinante est donc soumise à de grandes variations. Mais comme l'ont fait remarquer M. Achard (i) et M. Widal, comme divers auteurs l'ont précisé par des mensurations (2), c'est toujours dans
(i) Achard et Bensaude. Arch. de méd. exp. et d'anat. pathol., 1896, no 6, p. 769 et 760 et C. R. de l'Acad. des sciences, t. GXXIII, p. 5o3.
(2) Les mensm-ations pratiquées par MM. Widal et Sicardsont très démonstratives à cet égard :
Humeurs. Sérum.
Urine (homme) i/io 1/700
Sérosité péricardique (homme) 1/60 i/35o
Lait (chèvre) i/4oo 1/600
Dans le tableau suivant (Gourmont), les divers liquides ont été recueillis à l'autopsie d'un homme mort d'une fièvre typhoïde grave.
Dose maxima de culture de bacille d'Ebertli agglutiné par une goutte :
Sérosité pleurale 200
Sang du cœur 100
Sang de la veine rénale 100
Suc de l'ovaire 100
Sérosité péritonéale 100
Sang de la veine porte 5o
Sang des veines sus-hépatiques 10
Sang de la veine splénique 10
Suc splénique 10
Bile.. 10
Suc des ganglions mésentériques 10
Sérosité péricardique 10
le sang que cette propriété paraît exister au maximum et c'est du sang qu'elle passe secondairement en proportions variables dans les diverses humeurs.
Au cours de ses recherches sur la répartition de la substance agglutinante, M. Courmont a été frappé de la faible proportion de cette substance dans les organes ori se localise le bacille d'Eberth. M. Ménétrier a, d'autre part, rapporté l'observation d'une fièvre typhoïde compliquée de pleurésie où le sérum sanguin donnait la réaction agglutinante tandis que l'épanchement pleural qui renfermait des bacilles d'Eberth ne la donnait pas. Rapprochant ces diverses constatations, M. Courmont émet l'hypothèse que le bacille typhique s'oppose par lui-même ou par ses toxines, à la production de la substance agglutinante et qu'il la détruit même dans les organes infectés. Il appuie cette façon de voir sur ce fait expérimental que le pouvoir agglutinant d'un sérum de typhique diminue considérablement lorsqu'on y cultive du bacille d'Eberth.
L'hypothèse de M. Courmont n'est pas à l'abri de toute critique ; M. Achard a vu (expérience inédite) le sang d'un cobaye agglutinant le Proteus conserver pendant trois semaines son pouvoir agglutinant intact après avoir été ensemencé avec le Proteus (même échantillon) ou avec du staphylocoque doré.
MM. Widal et Sicard ont conservé dans un flacon du pus d'un âne fortement immunisé qui fourmillait de bacilles d'Eberth. Après être resté pendant i5 mois en contact avec le bacille typhique, ce pus possédait encore un pouvoir agglutinatif de i pour i3,ooo. Le pouvoir agglutinatif
du sérum sanguin de cet animal conservé également pendant i5 mois était de i pour i4,ooo (i).
La présence du bacille infectant dans une humeur ne suffit donc pas toujours à expliquer l'absence ou la diminution de la réaction agglutinante. Nous avons vu que la sécrétion provoquée la fait disparaître dans les larmes, que dans une même humeur et chez un même sujet elle peut varier, sans raison apparente d'un jour à l'autre, presque d'une heure à l'autre (Widal) .
Les conditions qui régissent le passage des substances agglutinantes dans les divers liquides de l'organisme sont donc, dans l'état actuel de nos connaissances, impossibles à préciser. On sait seulement que ces substances sont retenues par le fdtre de porcelaine lorsqu'on opère avec l'urine ou avec le lait, qu'elles le traversent au contraire lorsqu'on opère avec le sérum. Nous avons recherché aussi avec M. Achard quelle résistance leur opposent les membranes usitées pour la dialyse. En disposant dans de petits dialyseurs stérilisés à l'autoclave du sérum agglutinant et du bouillon non ensemencé, nous avons vu exceptionnellement le bouillon acquérir la propriété agglutinante après un contact prolongé. Mais ces résultats étaient dus probablement à un vice d'expérience, car en opérant dans des conditions meilleures, avec des dialyseurs plus grands, non soumis à l'action de la chaleur, et en filtrant à travers la
(i) M GouRMONT (thèse de Lyon, 1897, 9 juillet) ne trouve pas l'expérience de MM. Widal et Sicard contraire à son hypothèse. « Il n'est pas dit, écrit-il, si, comme dans nos expériences in vitro les bacilles ont continué à se développer dans le sérum de ce pus ». L'expérience de M. Achard répond à cette objection.
membrane au moyen de la trompe afin de diminuer la durée de l'expérience, nous n'avons pas vu se produire le passage de la propriété agglutinante.
(( Il est évident, écrit M. Achard, que ces résultats, obtenus in vitro, ne sauraient s'appliquer tels quels à la diffusion qui s'opère dans l'organisme vivant. Le passage des éléments du plasma à traAers les membranes, vasculaires, séreuses, glandulaires, est infiniment plus complexe que celui qui s'accomplit à travers un fdtre ou une membrane à dialyse. Il se montre avec un caractère électif pour une membrane ou une catégorie de membranes analogues ; il comporte des variations parfois grandes et dont la raison n'est pas actuellement connue. Or, ces apparentes irrégularités se retrouvent précisément lorsqu'on étudie la propriété agglutinante ».
II. Passage de la propriété agglutinante à travers le placenta.
Le placenta, barrière pourtant si fragile, peut s'opposer au passage de la propriété agglutinante. M. G. Etienne, MM. Charrier et Apert ont constaté ce fait chez le fœtus humain et nous l'avons vérifié avec M. Achard chez le lapin. Mais à ces faits négatifs s'opposent les observations de MM. Chambrelent et R. Saint- Philippe et de M. Mossé qui établissent que, dans la fièvre typhoïde humaine, la propriété agglutinante peut se transmettre de la mère au fœtus. Des exemples de ce passage ont été observés expérimentalement par MM. A\idal et Sicard dans l'infection éberthienne, par MM. Lannelongue et Achard dans l'infection par le Proteus et par M. Achard et par nous dans l'infection cholérique.
Dans ce dernier cas il s'agissait d'nnc femelle de cobave soumise depuis 3 mois 1/2 aux inoculations et dont le sang possédait un pouvoir agglutinatif intense. Elle met bas deux petits: l'un mort-né, son sang donne une réaction très marquée, Thumeur aqueuse et la bile ne donnent rien, le contenu gastrique donne une faible réaction, mais il est mélangé d'un peu de sang; l'autre est vivant, son sang donne fortement la réaction, la conserve trois semaines. Le lait maternel donne la réaction. Cette même femelle vient d'avoir une nouvelle portée de 2 petits : l'un est mort-né, l'autre borgne. Ce dernier agglutine fortement le vibrion cholérique encore 7 jours après la naissance. Ce cas et un autre rapporté par M. Achard dans l'infection par le Proteiis rappellent la très intéressante observation de fièvre typhoïde humaine publiée par M. Mossé : comme dans celle-ci, les petits nés avec le pouvoir agglutinant l'ont conservé un certain temps après la naissance.
DaDS les faits expérimentaux positifs que nous venons de rapporter, le liquide amniotique possédait un pouvoir agglutinatif, en général supérieur à celui du sang fœtal. Les petits qui ont vécu n'ont présenté aucun signe d'infection et ceux mort-nés n'ont donné aucune culture après ensemencement. Le passage de la propriété agglutinante ne peut donc pas être attribuée à l'infection fœtale (Achard). (( C'est donc par diffusion des humeurs qu'a dû s'opérer la transmission fœtale de la propriété agglutinante du sang maternel, et il faut reconnaître que le placenta même sain et capable d'arrêter les germes n'oppose a cette propriété qu'une barrière imparfaite ; comme le fait un filtre de porcelaine, il n'en retient qu'une partie et la laisse passer à un degré moindre, dans le sang fœtal, qui peut garder ainsi, quelque
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temps encore après la naissance, l'impression et comme le souvenir de l'infection maternelle (Acliard) (i) ».
Ayant remarqué au cours de ses expériences que dans les cas négatifs il s'agissait d'animaux n'ayant subi qu'une ou deux inoculations : qu'au contraire, les cas positifs concernaient des animaux soumis à des inoculations répétées, M. Acliard émet l'hypothèse que l'intensité du pouvoir as^olutinant dans le sans: maternel est la raison — ou du moins l'une des raisons — de sa transmission au fœtus.
III. Présence de la propriété agglutinante clans le plasma sanguin.
Il paraît résulter de toutes ces recherches que c'est le sang de la circulation générale qui contient les substcuices agglutinantes au maximum. C'est le sang qui les répand dans tout l'organisme et c'est du sang qu'elles paraissent passer en proportions variables dans les diverses humeurs et parfois même à traders le placenta. C'est aussi dans le sang que les substances agglutinantes paraissent se conserver le plus longtemps : en effet, chez une nourrice atteinte de fièvre typhoïde, nons avons vu avec M. Achard la réaction, très nette dans le lait pendant toute la maladie, dispai'aître de cette sécrétion pendant la convalescence alors qu'elle persistait dans le sang.
11 était donc intéressant à rechercher quelle est la partie du sang qui renferme les substances agglutincmtes. Est-ce le plasma.^ ou est-ce les éléments figurés et en particulier les leucoc)i;es ?
(i) Ch. Achard. Sur le passage de la propriété agglutinante à travers le placenta. Société de biol., 6 mars 1897, p. 255.
2/il —
L'étude des divers liquides de l'organisme nous montre tout d'abord des faits qui nous semblent plus difficiles à interpréter par le passage des globules blancs que par la diffusion des substances répandues dans le plasma. Nous avons vu que certains liquides qui normalement sont dépourvus d'éléments figurés du sang ne sont nullement privés delà propriété d'agglutiner les microbes. L'existence de la propriété agglutinante dans le liquide clair comme l'eau de roche des kystes hydatiques du lapin nous semble impossible à interpréter autrement que par une transsudation à travers la membrane kystique. En tout cas ce n'est pas la présence ou l'absence des leucoc}i,es qui suffirait à expliquer pourquoi nons n'avons pas trouvé la propriété agglutinante dans la salive, le suc gastriqpje, la bile, l'expectoration bronchique alors qu'elle a été rencontrée dans le lait, les larmes, l'humeur aqueuse. Mais ce ne sont là que des arguments indirects.
Des expériences minutieuses que nous avons entreprises sous la direction de M. Achard montrent d'une façon évidente que les substances agglutinantes existent dans le plasma et que les leucocytes vivants séparés du plasma primitif ne retiennent pas en eux la propriété agglutinante.
La principale difficulté que nous avons rencontrée au cours de ces expériences résulte de la coagulation du sang. Pour l'éviter nous avons utilisé le pouvoir anticoagulant de l'extrait de têtes de sangsues. Lorsqu'on prépare cet extrait avec l'eau salée à 7 pour 1000 ou avec du sérum normal, on obtient un liquide qui n'altère point les éléments figurés du sang: les leucocytes conservent intactes leur vitalité, leur mobilité et la Bensalde. 16
faculté d'absorhfr les grains do carmin. Enfin, ce liquide ne met aucun obstacle au ph«înoméne d'agglutination.
Il est facile d'obtenir le sang par piqûre d'un doigt et de le recueillir directement dans un tube de verre qui renferme l'extrait de sangsues, afin d'éviter que le sang, coulant le long des parois, s'y coagule. Il importe, la prise de sang effectuée, d'agiter le tube pour que le mélange soit bien homogène et que la couche supérieure ne soit pas constituée seulement par du liquide anticoagulant. En général, le mélange avec lequel nos expériences ont été faites se composait d'une partie de sang pur pour une ou deux de liquide anticoagulant.
Si l'on abandonne quelque temps au repos ce sang incoagulable, dans un tube ou un récipient assez étroit, on voit bientôt se déposer les globules rouges, tandis que la couche supérieure s'éclaircit peu à peu, devient transparente et ne contient plus aucun élément figuré, comme on peut le vérifier par l'examen au microscope. On peut aussi plus rapidement obtenir du plasma sans globules en soumettant le sang à la centrifugation. Quel que soit le procédé employé, nous avons constaté que ce plas/na privé de tout élément figuré reste parfaitement doué du pouvoir agglutinant.
Comparant ensuite ce plasma à la couche profonde qui renferme les globules, blancs et rouges, nous n'avons pas noté de différence bien nette dans leur pouvoir agglutinant.
Nous avons cherché alors à isoler les globules blancs en proportion plus forte que dans le sang normal, par rapport aux globules rouges, lui abandonnant un certain temps à luimême du sang mélangé d'extrait de sangsues, nous avons vu quelquefois se former, peu de temps avant la coagulation, une couche intermédiaire, située immédiatement au-dessus dii dépôt rouge foncé formé par les globules rouges : cette couche, trouble et comme laiteuse, renfermait de très nom-
breux leucocytes, l'outefois la lormation de cette couche leucocytaire nous a paru très rare on opérant avec le sang humain. Lo sanc;" d'un àiic immunisé contre le bacille d'h^berlh, et mis fort obligcanmuMit à notre disposition pai- M. Widal, nous Ta donnée d'une laeon bien plus nette.
Mais le procédé qui nous a paru le meilleui" et le plus sûr pour obtenir des globules blancs du sang en proportion très grande, consiste à fdtrcr le sang, mélangé comme précédemment il de l'extrait de sangsues, sur un tampon d'ouate imbibé lui-même d'extrait de sangsues et retenu pai' un léger étranglement dans un tube de verre ayant environ un centimètre de diamètre. Le tampon d'ouate doit être très modér(''ment tassé et permettre Técoulement du liquide sanguin sans qu'il soit besoin de recourii' ;i i'asj^iralioii au moyen de la trompe. On verse dans le tube, petit à petit, avec une pipette le sang à filtrer, qui s'écoule au fur et à mesure, après avoir traversé le tampon d'ouate où sont retenus la plupart des leucocytes. Pour plus de sûreté, on fait repasseï' une ou deux fois de suite le sang déjà fdtré, et il est facile de s'assurer par l'examen au microscope (ju'il renferme beaucoup de globules rouges et d'hématoblastes, mais qu'il est ;i peu près dépourvu de leucocytes. La liltration terminée, on relire avec précautions le tampon, après avoir coupé le tube de verre il son niveau, puis on en exprime aussi complètement que possible, avec une pince ii forcipressure, le liquide qui l'imbibait, et on le recueille dans un petit godet de veiic. Ce liquide exprimé contient toujours beaucoup de globules rouges et d'hématoblastes, mais aussi une très fort(! piojxjition de globules blancs.
Or, en comparant ce plasma très riche en leucocytes au plasma privé d'éléments ligures, obtenu comme il a été dit plus haut, après dépôt des globules ou centrifugatiou, nous
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avons trouvé que le pouvoir agglutinant est sensiblement le même pour l'un et pour l'autre. Quelquefois seulement, dans nos expériences, une difFérence légère s'est montrée en faveur du plasma contenant beaucoup de leucocytes ; mais cette difFérence s'expliquerait d'ailleurs aisément, car l'extrait de sangsues étant moins dense que le plasma, la couche superficielle du mélange de sang et d'extrait de sangsues, dépourvue d'éléments figurés, peut renfermer une proportion un peu plus forte de cet extrait que la couche profonde. Nous n'avons pas trouvé non plus de difFérence entre le plasma sans globules et le sérum, pour un même échantillon de sang, dilué dans les mêmes proportions avec le liquide anticoagulant.
Ainsi, dans ces expériences, la présence de très nombreux globules blancs et rouges n'a pas augmenté d'une façon notable le pouvoir agglutinant du plasma.
Toutefois, ces expériences sont passibles de quelques reproches. Tout d'abord, la mesure du pouvoir agglutinant n'a pas une rigueur mathématique, et s'il s'agit d'un sang le possédant à un degré assez élevé, il est nécessaire de faire des dilutions assez étendues pour atteindre le point auquel il ne donne plus ou donne à peine la réaction, et apprécier ainsi les différences qui j)euvent exister entre le plasma pur et le plasma riche en leucocytes. Cette dilution, qui doit être rigoureusement égale pour les deux échantillons comparés, peut être déjà une cause d'inexactitude. En outre, il est malaisé de saisir d'une façon précise le point oii il convient de s'arrêter, la réaction ne cessant pas brusquement, mais décroissant progressivement à mesure que la dilution augmente. La comparaison de deux
réactions très atténuées est alors fort délicate et souvent incertaine.
A cette première cause d'erreur s'en ajoute une seconde. On pourrait, en effet, objecter que, malgré la survie de la plupart des leucocytes, un petit nombre d'entre eux ont succombé pendant la durée assez longue du dépôt des globules ou pendant la centrifugation, et soutenir cpie ces quelques leucocytes morts ont communiqué au plasma la propriété agglutinante.
Il importe donc de faire une expérience complémentaire qui élimine entièrement l'erreur pouvant provenir du plasma doué d'une propriété d'emprunt, et qui permette d'apprécier les qualités qui subsistent dans les seuls leucocytes. Mais il est nécessaire pour cela de débarrasser complètement les globules blancs du plasma doué du pouvoir agglutinant.
On réalise l'expérience en filtrant le sang comme précédemment sur un tampon d'ouate, de manière à recueillir les leucocytes en grand nombre, puis en lavant ce tampon et les leucocytes qvi'il renferme par un courant de sérum normal mélangé d'extrait de sangsues. Pour cela, on introduit le sérum destiné au lavage dans le tube même qui renferme le tampon et qui a servi à filtrer le sang. Le liquide traverse le filtre d'ouate et entraîne un assez grand nombre de globules rouges, ce qui fait que le tampon se décolore assez vite, mais la plupart des globules blancs restent adhérents au tampon. Pendant que s'accomplit le lavage, on essaie de temps en temps la réaction agglutinante avec le liquide qui s'écoule après avoir traversé le filtre. Lorsque ce liquide a cessé de donner la réaction, on arrête le lavage, on retire le tampon et on l'exprime comme il a été dit plus haut. On peut alor^
comparer d'une part les dernières gouttes du liquide de lavage, qui sont h peu près dépourvues d'éléments figurés, et d'autre part le liquide qui imbibait le tampon et qui renferme une proportion considérable de leucocytes (3,ooo environ pour 6,000 globules rouges, après filtration d'un demi-centimètre cube de sang). Or, ce dernier liquide, si riche en leucocytes, ne produit pas plus que le liquide de lavage l'agglutination des bacilles. Pourtant les leucocytes restent bien vivants, ce dont on peut s'assurer par l'absorption des grains de carmin ; d'ailleurs, l'expérience ne demande que peu de temps (h peine une demi-heure) et le liquide employé au lavage est en petite quantité (2 ou 3 centimètres cubes).
On peut donc conclure que les leucocytes vivants, séparés du plasma primitif, n'ont pas retenu en eux la propriété agglutinante.
Cette perte est, d'ailleurs, définitive, car si, après l'expérience précédente, on laisse vivre les globules blancs quelque temps dans du sérum à l'étuve, on constate qu'ils ne récupèrent pas la propriété disparue. Si on les tue alors par un chauffage à 50", le sérum dans lequel ils ont pu, en mourant, exsuder leur contenu, ne l'a pas non plus acquise.
C'est donc dans le plasma et non dans les éléments figurés que s'accumulent les substances agglutinantes du sang.
MM.Widal et Sicard(i) sont arrivés, en même temps que nous, aux mêmes résultats. En laissant déposer le sang rendu incoagulable par l'addition d'oxalate de potasse, ces auteurs ont constaté que le j)lasma sanguin pur et le plasma
(i) WîDAL et SicARD. Académie de méd., 29 septembre 1896.
riche en leucocytes avaient un jDouvoir agglutinant sensiblement égal.
Mais ni nos expériences avec M. Achard, ni celles de MM. Widal et Sicard, n'autorisent à croire que les leucocytes ne jouent aucun rôle dans la formation des substances agglutinantes. On sait d'ailleurs qu'ils prennent une part importante dans la production des substances bactéricides (alexines) et des substances lysogènes (qui amènent la transformation granuleuse des microbes).