CONCLUSIONS GENERALES
I. — Dans un certain nombre d'infections expérimentales et humaines, le sérum possède la propriété de réunir en amas les microbes infectants épars dans une culture (phénomène de l'agglutination) .
Cette propriété parait être assez générale. Elle a été constatée dans le sang des organismes infectés et vaccinés par le bacille d'Eberth, le vibrion cholérique, le A^brion Metchnikovi, le bacille pyocyanique, le proteus, le pneumocoque, le streptocoque, le coli-bacille, le bacille de Nocard, le bacille de Lœffler, le cocco-bacille de \ersin, le microcoque de la fièvre de Malte, le bacille de la fièvre jaune (Sanarelli), le pneumo-bacillus bovis, le bacille du choléra des porcs et celui du tétanos. Dans certaines de ces infections le sérum des organismes infectés n'acquiert que difficilement et d'une façon inconstante le pouvoir agglutinant (streptococcie, colibacillose, etc.).
Quelques recherches faites dans le charbon, les staphylococcies n'ont donné par la technique actuellement en usage que des résultats négatifs.
Les recherches sur l'oïdomycose prouvent que le phéno-
mène de l'agglutination peut s'étendre à des parasites plus élevés que les bactéries.
II. — Le phénomène de l'agglutination des microbes a conduit à deux applications pratiques fort importantes : la première consiste dans la distinction des types microbiens par le sérum des animaux infectés expérimentalement ; la deuxième consiste dans le diagnostic de la nature des infections par le sérum des malades.
a) La méthode du sérodiagnostic est applicable en bactériologie à la reconnaissance de tous les microbes qui confèrent la propriété agglutinante au sérum des organismes infectés ou vaccinés. Cette méthode constitue un réactif très sensible pour la différenciation des diverses espèces microbiennes. Elle permet même de séparer les unes des autres dans une même espèce microbienne des races ne se distinguant guère parles caractères des cultures usuelles (proteus, pneumocoque, colibacille).
b) En pathologie humaine la séro-réaction est applicable au diagnostic des maladies non seulement pendant la période d'état, mais encore pendant la convalescence et après la guérison. La méthode du sérodiagnostic a été étendue aux maladies suivantes :
1° Fièvre typhoïde. — La fièvre typhoïde est la seule affection dans laquelle la méthode du sérodiagnostic repose sur une base solidement éprouvée. Une seule fois, dans un cas rigoureusement observé, la réaction agglutinante a fait constamment défaut (Widal). Dans la grande majorité des cas, elle apparaît dans le sang des typhiques dès les premiers jours de la maladie. Exceptionnellement, elle ne se montre
que tardivement pendant la défervescence ou même après l'apyrexie à un moment où elle ne peut plus être utilisée en clinique.
Une réaction positive obtenue avec une dilution de sérum suffisamment étendue et chez un sujet n'ayant pas eu de fièvre typhoïde permet d'affirmer la maladie. Un résultat négatif ne saurait jamais constituer un élément de certitude, mais il fournit une probabilité contre la fièvre typhoïde. (( La probabilité est d'autant plus grande que l'examen est pratiqué à une époque plus avancée de la maladie » .
Dans la pratique, la méthode du sérodiagnostic a fait preuve de son incontestable utilité. Elle a rendu des services au diagnostic des formes normales de fièvre typhoïde (au début), des formes légères et anormales et de tous les états typhoïdes qui accompagnent les maladies diverses (la tuberculose aiguë, la grippe, etc.). Elle a servi à établir tardivement ou rétrospectivement le diagnostic de fièvre typhoïde et à rattacher à leur origine véritable certaines localisations lointaines de l'infection éberthienne.
2° Choléra. — Les recherches encore peu nombreuses établissent que la réaction agglutinante existe dans la période d'état et dans la convalescence du choléra. Elles montrent aussi que la réaction agglutinante peut rendre des services au diagnostic du choléra, mais nous ne sommes pas encore en mesure d'évaluer exactement l'étendue de ces services. Il y a cependant tout lieu d'espérer qu'elle pourra être substituée avec avantage à l'examen bactériologique des selles pour déterminer promptement la véritable nature d'une épidémie suspecte.
3" Fièvre de Malte. — La séro-réaction a été appliquée
avec succès au diagnoslic rclrospcclif de la fièvre de Malle. Elle jDaraît appelée à rendre des services dans le diagnoslic différentiel de la fièvre de Malte, de la fièvre typhoïde et de la fièvre intermittente. La réaction agglutinante a permis de découvrir que cette affection n'est nullement limitée au bassin de la Méditerranée, mais existe également dans l'Inde.
4° Peste. — La réaction agglutinante a été constatée dans un assez grand nombre de cas de peste à partir du 2" septénaire. Il n'est pas douteux qu'elle pourra être utilisée pour le diagnostic clinique de la maladie dans les foyers d'épidémie et en dehors d'eux.
5° Infections par le bacille de Nocard. — La séroréaction a permis d'affu-mer une fois chez l'homme une infection généralisée par le bacille de Nocard. La netteté et l'intensité de la réaction chez l'homme et les animaux autorisent à croire qu'elle pourra être utilisée pour le diagnostic clinique de ces affections.
6° Infections par le pneumocoque. — L'application de la méthode du sérodiagnostic aux infections pneumococciques humaines n'est pas aussi simple que dans la fièvre typhoïde, à cause de la pluralité des races pneumococciques et de la difficulté de la culture du pneumocoque dans le sérum humain.
7" Les rares résultats positifs obtenus chez l'homme dans les infections coli-bacillaires, streptococciques et dans la morve ne permettent encore aucune conclusion.
8" Tétanos. — Le sérodiagnostic a donné un résultat positif dans le tétanos humain : i fois sur 8 cas. Il est impossible de se prononcer dès maintenant sur la valeur de cette méthode dans le tétanos humain.
9° Diphtérie. — Le sérum des sujets injectés avec du sérum antidiphtérique acquiert passagèrement la propriété d'agglutiner le bacille de Lœffler.
c) Les résultats obtenus dans le choléra des porcs, la péripneumonie, le tétanos et la morve permettent d'espérer que la méthode du sérodiagnostic pourra également être appliquée au diagnostic des affections vétérinaires .
IV. — Le sérum des malades atteints de la fièvre typhoïde, du choléra, de la peste, etc., etc., est seul capable d'exercer à un degré élevé l'action agglutinante sur les microbes respectifs de ces maladies infectieuses. D'autre part, le bacille d'Eberth, le Adbrion de Koch, le cocco-bacille de Yersin, etc., etc., sont les seuls microbes qui se laissent fortement agglutiner par le sérum typhique, le sérum cholérique, le sérum des pestiférés, etc. Cette action réciproque constitue donc une preuve de plus en faveur du rôle joué par ces microbes dans l'étiologie de ces diverses maladies infectieuses.
La propriété agglutinante paraît relativement indépendante des autres propriétés qu'acquiert le sérum des organismes infectés ou immunisés (propriétés bactéricide et antitoxique). Elle paraît aussi distincte de la propriété lysogène (capable de transformer les bacilles en granules). La transformation granuleuse ou phénomène de Pfeiffer serait même d'après certains auteurs entièrement différente du phénomène de l'agglutination ; le premier ne s'observe qu'avec le concours d'un organisme vivant, tandis que le phénomène de l'agglutination se produit exclusivement en dehors de l'organisme (Salimbeni). La nature des substances agglu-
tinanles est inconnue. On sait seulement que ces substances sont retenues par diverses albumines du plasma et des humeurs. On sait aussi qu'elles résistent à l'action de la chaleur modérée, de la lumière solaire prolongée, de la putréfaction et qu'elles sont généralement arrêtées par le filtre de porcelaine et les membranes usitées par la dialyse.
Le lieu de formation et de destruction des substances agglutinantes dans l'organisme n'a pas pu être déterminé. Tous les modes d'inoculation peuvent lui donner naissance chez l'animal. Chez l'homme les injections sous-cutanées de cultures stérilisées ou non confèrent au sang la propriété agglutinante.
Les leucocytes vivants séparés du plasma primitif ne retiennent pas en eux les substances agglutinantes.
C'est toujours le sang qui les contient au maximum et c'est du sang qu'elles passent secondairement, en proportions variables dans les diverses humeurs et parfois même à travers le placenta.