RESUME DES RECHERCHES ORIGINALES CONTENUES DANS CE TRAVAIL
Les recherches originales exposées dans ce travail et entreprises sous la direction de M. Achard peuvent être ainsi résumées :
I. Fièvre typhoïde. — La réaction agglutinante a été retrouvée dans 83 cas de fièvre typhoïde authentique vérifiés 3 fois à l'autopsie et 12 autres fois pendant la vie par la constatation du bacille d'Eberth dans la rate ou le poumon.
La réaction recherchée par le procédé extemporané dans une dilution de i pour 10 et contrôlée par la mensuration du pouvoir agglutinatif est apparue 23 fois avant le S*' jour; 2 fois elle ne s'est montrée que tardivement au 39^ jour de la maladie et au 6*^ de la convalescence.
La disparition de la propriété agglutinante du sérum est survenue chez deux malades déjà au 10" et au 16" jour de l'apyrexie. Chez une malade cette propriété persiste à un degré élevé depuis 8 mois 1/2. Elle a d'autre part été constatée chez des sujets guéris d'une fièvre typhoïde depuis 22 et 27 ans!
Le pouvoir agglutinatif du sérum typhique, habituelle-
ment très élevé, n'a pas dépassé dans un cas i pour 20 et I pour 10. 19 échantillons de bacille d'Eberth examinés au point de vue de leur sensibilité à l'agglutination par le sérum typhique n'ont fait voir que des différences légères.
La présence de la réaction agglutinante a permis entre autres de reconnaître l'existence de typhoïdettes et de certaines fièvres typhoïdes anormales ( pneumo typhus , fièvre typhoïde des vieillards, fièvre typhoïde à début apyrétique). L'absence de la réaction agglutinante, constatée à plusieurs reprises, a particulièrement rendu service dans le diagnostic différentiel de la granulie, de la grippe, de l'embarras gastrique.
IL Choléra. — Les recherches faites avec le sang de ili sujets atteints de choléra (vérifiée en partie per l'examen bactériologique des selles) établissent que la réaction agglutinante existe chez l'homme dans la période d'état et dans la convalescence du choléra. Elles montrent aussi que cette réaction est utilisable pour le diagnostic, bien que sa recherche présente des difficultés un peu plus grandes que pour la fièvre typhoïde. La réaction se produit sur les vibrions morts et avec du sang desséché. L'importance des échantillons du vibrion cholérique paraît un peu plus grande que dans la fièvre typhoïde. Sur 11 échantillons essayés, le vibrion de Massouah seul n'a pas réagi. Ce vibrion se distingue d'ailleurs aussi des vibrions cholériques ordinaires par la méthode des réensemencements : il se développe faiblement sur les cultures préalablement grattées de ces vibrions, tandis que ceux-ci réensemencés les uns sur les autres ne fournissent que des résultats négatifs.
IIL Infections par le bacille de Nocard et psitta-
cose (maladie des perruches infectieuses). — Le bacille de Nocard, microbe très voisin du bacille typhique, se distingue de ce dernier par la faculté de croître sur les milieux ayant déjà servi à la culture du bacille d'Eberth. Il fait fermenter la glycose et la maltose mais pas la saccharose. Ce bacille a été rencontré pendant la vie 2 fois chez des sujets ayant des maladies autres que la psittacose (infection générale avec pyélo-néphrite et arthrite sterno-claviculaire).
Le bacille subit l'action agglutinante du sérum typhique mais à un degré moindre que le bacille d'Eberth. Nous avons constaté que le sérum d'un sujet et des animaux infectés par le bacille de Nocard agglutine fortement ce bacille et exerce une légère action agglutinante sur le bacille d'Eberth. Cependant dans 3 cas de psittacose humaine examinée au Bonjour de la maladie et au /ii" et Si" jour de la convalescence le sérum n'exerçait aucune action sur le bacille de Nocard.
IIL Streptococcie. — Sur une dizaine de cas examinés, le sérum des sujets atteints d'infections par le streptocoque n'a agglutiné que 2 fois ce microbe, mais d'une façon typique. Le sérum antistreptococcique de Marmorek n'agglutine qu'un nombre restreint d'échantillons de streptocoque. D'autre part, la propriété d'agglutiner le streptocoque existe également pour d'autres sérums (de chevaux, mulets, ânes).
IV. Infections coli-bacillaires. — Chez les animaux infectés avec le coli-bacille le sérum n'acquiert que difficilement la propriété agglutinante. Lorsqu'il possède cette propriété, l'action du sérum est élective. Elle ne s'exerce que sur un nombre restreint d'échantillons de coli-bacilles. Bensaude. 18
V. Staphylococcie, charbon, tétanos. — La réaction aoo^lutinante, recherchée avec le sérum des individus
oo
atteints de ces diverses infections, a été négative : 5 fois dans les infections par le staphylocoque, 2 fois dans la pustule maligne et ^ fois dans le tétanos (elle a été nettement positive chez un cheval tétanique).
VI. Distribution de la substance agglutinante dans l'organisme. Nature. Origine. Spécificité. — C'est toujours le sang qui contient la substance agglutinante au maximum et c'est du sang qu'elle passe secondairement en proportions variables dans les diverses humeurs. C'est aussi dans le sang qu'elle paraît se conserver le plus lontemps. Cette substance existe dans le plasma du sang vivant et les leucocytes ne la possèdent pas en eux d'une façon exclusive ou même prédominante.
Le passage de la propriété agglutinante dans les divers liquides organiques paraît sans rapport avec la présence ou l'absence des leucocytes.
La propriété agglutinante existe dans le lait des nourrices atteintes de fièvre typhoïde, alors qu'elle manque dans le sang de leurs nourrissons. Elle passe également dans le lait des lapines en lactation infectées par le bacille d'Eberth ou le vibrion cholérique.
La réaction est inconstante dans le contenu intestinal des typhiques et elle manque dans celui des cholériques. Elle n'a pu être constatée dans la salive, la bile, le suc gastrique. L'urine des typhiques même albumineuse peut ne pas posséder la propriété agglutinante. Chez les animaux inoculés avec le bacille d'Eberth la réaction a été rencontrée dans le pus des abcès stériles ou renfermant des microbes. Elle
existe aussi dans le liquide clair des kystes liydaliqucs du lapin .
La propriété agglutinante du sang ne disparaît pas toujours quand on y cultive le microbe infectant.
Le j)assage de la propriété à travers le placenta est inconstant dans les infections expérimentales produites par le bacille d'Eberth et le vibrion cholérique. Les petits nés avec le pouvoir agglutinant peuvent le conserver un certain temps après la naissance.
La substance agglutinante résiste à l'action de la chaleur modérée (60°), de la lumière solaire, de la putréfaction. Elle ne traverse en général pas les membranes usitées pour la dialyse, ni le filtre de porcelaine (lait).
Tous les modes d'inoculation de microbes vivants ou morts 23euvent lui donner naissance chez l'animal: l'ingestion de cultures en grande quantité est restée sans effet à ce point de vue.
La substance agglutinante se montre ordinairement dans le sang de l'animal le 3" ouïe 4" jour qui suit l'inoculation des microbes. Elle n'apparaît pas au point d'inoculation avant d'exister dans le sang.
La propriété agglutinante n'est pas rigoureusement limitée au microbe infectant; elle s'exerce aussi, mais à un degré moindre, sur les espèces microbiennes voisines.