CHAPITRE III
M^DIUMNITES DIVERSES
Lm mediums ccrivains — Quelques communicalions remarquables. — Fuble», vers, musique. — Incorporation on incarnation. — Un (rarcon dc comploir. — La fille dii juge Edmonds. — Anesthesie pendanl la transe. — Lea objections. — M. Binet. — Les exp^ rionces do M. Janet. — Mediumnile voyanle. — Mediuranite auditive. — Ecriture directe on psychographle, — Experiences de Wallace. — Oxon. — Zoollner. — Le docleur Oibier. — En Amerique. — Hemarques.
Les Mediums ecrivains
* Nous avons vu d6ja, dans Thistorique, comment les Esprits indiquerent eux-mftmes un mode de communication plus rapide que la table : c'est de prendre un crayon et de laisser la main compl^tement passive ; si rexp6rimenlateur est medium, au bout de quelque temps sa main trace automatiquement des points, desligneset enfin des caracl^res que Ton pent lire et qui constituent le message spirituel.
Voici comment la m^diumnit6 par I'^criture s'est dovelopp6e chez le docleur B. Cyriax, directeur du Ntie'SpmtKalistische Blatter, ieBerUu. Ce r6cit est extrait de sa brochure Wie ich ein Spiritualist geworden bin.
L'auteur raconte que, r^solu a 6tudier le ph6nomfene, il voulait faire des recherches chez lui, dans
MEDIUMNITES DIVEIISES 113
le sein de sa famille, afln d'fitre pleinement convaincu que nulle supercherie ne se produiraiL Pendant diX'Uenf seances, \\ n*obtint aucun r^sultat ; ce a'est qu a la vingtieme que des mouvements de table vinrent rencourager a poursuivre cette enqu6te, qu*il6tait sur le point d'abandonner. Nous lui c6dons la parole :
« Dans cette vingtifeme seance, je ressenlis a I improviste une sensation toute particuli6re, tantot de chaleur, tantot de froid ; je pergus ensuile une sorte de courant d*air froid qui passait sur roon visas^e et sur mes mains, puis il me sembla que mon bras gauche s'endormait, comme Ton dit ; mais Timpression 6tait toute diff^rente decelle de fatigue que j'avais ressentie dans les autres stances et que je pouvais faire passer, soit en changeant de position, soil en remnant les bras, les mains ou les doigts. Actuellement, mon bras 6tait, pourainsi dire, paralyse, et ma volonte 6tait impuissante a le faire bouger, pas plus que mes doigts ; j'eus ensuite le sentiment que quelqu'un mettait mon bras en mouvementet, quelle que fut la rapidity avec laquelle il s'agitait, je ne parvenais pas a Tarrfiter.
« Comme ces mouvements avaient de I'analogie avecceux que nous faisons pour ecrire, ma femme alia chercher du papier et un crayon, qu*elle mit sur la table ; tout d*un coup, ma main gauche s'empare du crayon et, pendant quelques minutes, trace des signes dans le vide avec une incroyable rapiditd, en sorte que mes deux voisins 6taient obliges de se jeleren arri^re pour ne pas 6tre atteints ; apr^s
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quoi, ma main s'abat brusquement sur lo papier, le fruppe violemmentetbrise la pointe du crayon. A ce moment, ma main reposant doucement sur ia table, je comprenais fort bien que ma volont6 avail 616 tout k fait innocenle des mouvements que je venais d'ex^cuter, de m6me qu^elle n'^tait pour rien dans la phase actuelle de repos ; le fait est que je n avals pu arrfiter mes gestes et qu'a present je ne pouvais pas davantage remuer le bras, qui restait insensible et comme s'il ne m'appartenait plus.
« Mais, lorsque le crayon, taill6 de nouveau, fut remis a ma port6, ma main s'en saisit et commenga aabimer plusieurs feuilles de papier, les couvrant de grandes barres et de d^chirures; puis elle se calmaet, a notre profond 6tonnement, se mit h (aire desexercicesd'^criture tels qu'on en fait faire aux enfants : des traits d abord, des jambages, puis des N, M, A, G, etc., puis enfin TO, sur lequelje restai longtemps,jusqu'aceque la force qui animaitmon bras fut parvenue a le faire mouvoir en cercle, toujours le m6me, avec une grande rapidite. Apres ceia, la force, paraissant 6puis6e, I'agilation de mon bras cessa ; je sentis un nouveau courant d'air froid passer atravers et sur ma main, et bienlot toute fatigue et toute douleur avaient disparu,
« Le calme s'^tant r6tabli, nous levames la stance, heureux d'avoir constate la manifestation dune force independante de notre vulonte propre et a laquelle il ne nous 6tait pas possible de r^sister; que cette force fat magn^tique ou spirite, ou qu'elle provlnt deractivit^ inconsciente du cerveau, c'6tait une ques- ' '=irv6e jusqu'a nouvel ordre.
MEDIUMNITlfes DlVERSES 115
« Queique mince que fiit le resultai obtenu, nous ne fumes pas tranquilles avantd'avoir tent6 d'aulres experiences. Le iendemain soir, nous nous remetlions a Toeuvre, et, cette fois, Tattenie ne fut pas longue, A peine cinq minutes s'6taient-elles 6coul6eS| qued6ja je sentais I'air froid et que la mfime sensation 6lait 6prouv6e par mes collogues; puis survinrent des mouvements brusques et souvent douloureux de ma main gauche, qui frappaitparfois pendant plusieurs minutes de suite ie bord de la table a coups pr^cipit^s^avec une telle violence que je croyais devoir 6lre 6corch4 ; a ma surprise, je ne d^couvris pas ensuite la moindre blessure, et toute trace de douleur disparut comme par enchantement.
a Des ce jour, ma m6diumnit6 se developpa d'autaiit plus rapidement que, suivant ies conseils de mes amis Am^ricains, nous nous 6tions adjoints deux dames et un monsieur. Je commengai k ^crire de la main gauche, d'abord comme exercice ; puis vinrent des communications de diff^rents Esprits> et, un soir, je dessinai une corbeillede fleurs. Je dois dire que je suis tr&s maladroit de la main gauche a T^lat normal, ne sachant pas seulement m'en servir pour manger, a plus forte raison pour 6crire; quant au dessin, je m*y entends fort peu, mSme avec la main droile.
« J'avais maintenant acquis la plus enliere certiludeqae la force qui 6crivait et dessinait par m on entremisedtait indt§pendante de moi, etqu'elledevait r^sider dans une intelligence autre que la mienne, car, pendant ces manifestations, je conservais toute
no LE PHENOMKNE SPIRITE
ma lucidity ] je ne ressentais aucan inconvenient, sauf en ce qui concernait raon bras gauche, qui, pendant toute la s6ance, ne semblait plus m'appartenir, et me faisait i'effetd'fiire utilise par quelqu'un d'autre, k mon insu, etcontre ma volonlt^ mfime. Mon esprit y 6tait pour si peu de chose que, tandis que ma main ecrivait, je pouvais faire tout a mon aise la conversation avec les autres personnes dn cercle. Un collogue, qui assistaitun jour h. la stance, ayant voulu arrfiter le mouvement de ma main et ayant, pour cela, placd ses mains de maniere a faire porter sur la mienne tout le poids de son corps, n'y r^ussit pas du tout; ma. main poursuivit son travail avec force et r^gularite, tandis que c'est a peine si je senLais le poids des mains poshes sur la mienne. »
Nous avons reproduit tout au long Tobservation du docteur Cyriax parce qu'elle est typique ; elle monlre bien les phases di verses par lesquelles passent le plus grand nombre d'exp^rimentateurs et, de plus, elle pr(§sente cet avanlage d'etre relat^e par un homme competent, que les phenom^nes produils sur luimfime ont seulsamen6 a la croyance aux Esprits.
Voici une autre observation de William Crookes relative a I'ecriture automatique (!) :
« En ma presence, plusieurs phdnomfenes se sont produits en mfeme temps, et le medium ne les connaissait pas tous. II m*est arrive de voir M^*^ Fox 6crire automatiquement une communication pour Tun des assistants, pendant qu'une autre communi-
(1) Crcokes. Recherches sur le spiritualisme, p. 161.
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oation, sur un autre sujet, lui 6tait donn6e pour une autre personne, au moyen de Talphabet et pa.r coups frapp^s, et, pendant tout ce temps, le medium causaitavec une troisieme personne, sans le moindre embarras, sur un sujet tout a fait different des deux autres. »
Quelques Communications.
Le caractfere autoniatique de T^crilure, obtenue dans les conditions relat^es plus haul, est sans doute tr6s important pour juger de la bonne foidu medium, mais il ne faut pas oublier que, dans ce cas, comme danstous les autres, la veritable caract^ristique de la m6diumnit6 est dans les preuves.d'identil^ fournies par I'Espritqui se manifeste. Lorsque cet invisible vous parle d*6v6nements donl lui seul et vous avez 6t6 l6moins,vousaurezd6ji une probability que c'est bien la personnalit6 que vous avez connue sur la terre. Dans ce cas, il ne faut pas craindre de faire des interrogations multiples et r6il6r6es, jusqu'Si ce que votre conviction soit pleine et entifere.
II peut arriver aussi que, sans obtenir de noms
connus de T^vocateur, la communication ait cepen-
dant un caractfere probant; c'est lorsqu'elle t6moigne
d'une intelligence notoirement sup6rieure icelledu
medium ou qu'elle est 6crite avec une spontaneity,
une Vitesse telles, qu'on ne peut les attribuer h Tin-
term^diaire, carces communications sont parfois de
v6ritables tours de force lilt6raires. Nous allons voir
diff6rents exemples de ces cas.
118 LK FHi:NOMfeNE SPIRITE
Voici d'abord une fable, obtenue au moyen de la table, avec une rapidite extreme, par M. Timoleon Jaubert, ancieii vice-president du tribunal civil dd Carcassonne; elle est tir^e de son ouvrage : les Deux Commandements du Christy et a obtenu le prix aux Jeux noraux de Toulouse :
LA CHBNILLE ET LE PAPILLOI<f
D*an bosquet de jasmin, laboorant les contoura, Tremblante, une chenille, au d^clin de ses jours,
Se disait : « Je suis bien malade ; 4 Je ne dig^re plus les feuilles de salade; « A peine si le chou tenie men app^tit,
c Je me meurs petit k petit.
« G*est triste de mourir... Mieux vaudrait ne pas naitre,
€ Sans murmure, il faut se soumettre.
« A d'autres, apr^s moi, de tracer leur sillon. »
« Mais tu ne mourras pas, lui dit un papillon ; « Nagu^re, il m'en souvient^ sur la mdjie charmille, (( Avec toi, j'ai ramp^ ; je suis de ta famille. « Si tu traines ce corps lourJ, ddbile et poudreux, € L'avenipte reserve un destin plus heureuz. - « Esp6re!... Du sommeil le passage est rapide ; i( Tout comme je le fus, tu seras clirysalide ; « Comme moi tu pourras. briUante de couleurs, € Respirer le parfum des fieurs. »
La vieille r^pondit : « Imposture! imposture! « Rien ne saurait changer les lois de la nature ; € L'aub^pine jamais ne deviendra jasmin.
« A mes anneaux brises, a des ressorts si fr6les, " Quel habile ouvrier viendrait fixer des ailes?
< Jeune fon, passe ton chemin. »
-^ « Chenille, bien touch^! le possible a ses bornvs, » Reprit un escargot triomphant sous ses cornes.
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— Un crapaud appiaudit. — De sen dard un tvelon Insulta la beau papillou.
Nob, ce n'est pas toujours la v6rit6 qui briile. Niez Vkme des morts^ aveugles obstini^.
Prenez garde !. . Vous raisonnez
A peu pr6s qomme la chenille.
Voici une autre po6sie obtenue par une daoie, au moyen de r6eriture aulomatique. Ces vers furent did6s au monnent ou parut la nouv.elle inlilul6e : Spirile, de Th6ophile Gautier.
Me sToici revenu. Pourtant, j'avais, Madame, Jur^ SUP mes grands Dieux de ne jamais rimer. C'est un triste metier que de faire imprimer Les oeuvres d'un auteur r^duit k I'^tat d'lime*
J'avais fui loin de vous, mais un esprit charmant Risque en parlant de nous d'exciter le sourire ! Je pense qu*il en salt bien plus qu'il n'en veut dire, Et qu'il a, quelque part, trouv6 son revenant.
tin revenant ! vrainient cela parait strange. Moi-mdmej'en ai ri quand j'^tais ici-bas, Mais, lorsque j'affirmais que je n'y croyais pas, J'aurais, comme un sauveur, aceueilli mon bon ange.
Que je Taurais aim^, lorsque, le front jauni, Appuy^ sur ma main, la nuit, dans la fen^tre, Mon esprit, en pleurant, sondait le grsind peut-^ire, En parcourantau loin les champs de Tlnflni I
Amis, qu'esp6rez-vous d'un siMe sans croyance? Quand vous aurez pressd votre fruit le plus beau, L'homme tr^buchera toujours sur un tombeau, Si» pour le soutenir, il n'a plus Tesp^rance.
Mais ces vers, dira-t-on, lis ne sent pas de lui. Que m*iraporte, apr^s tout, le bl^me du vulgaire : Lorsque j'^tais vivant, il ne m'occupait guere, A plus forte raison^ en rirais-je aujourd'hui.
A. DB MUSSBT.
120 LK PHKNOMKNK SPIRITE
Ces vers, publics par Iql Revue Spirite, flrent sensation dans le monde des letlres surtout, car ii 6taLt difficile, quel qne fut le m6dium, de ne pas reconnallre le contact du po6te.
Alb^ric Second, k qui lis avaient 6t6 envoy^s, 6crivait dans le Gra?id Journal, qu'U dirigeait alors, num6ro du 7 juin 1866 :
« II m'6tait difficile de ne pas interroger Th^ophiie Gaulier au sujet de la pifece de vers en question ; el justement, ayant eu le plaisirde me renconlrer avee lui Chez M"* Binskz-KorsakofT, j'ai cdd6 a une tentation bien naturelle.
« Voici sa r^ponse : « Une dame qui n'a jamais commis un seul dislique de sa vie, m'a envoys des vers que r Esprit d' Alfred Musset lui aurait dict6s a mon adresse.
« J'ai lu des pages attribj^es-i Balzac et h M""* de Girardin, des chansons attributes a B6ranger, des maximes attributes k la La Rochefoucauld, qui sont de pures inepties.
« Avant de lire les vers d'Alfred Musset dont renvoi m'avait 6t6 annonc6, je supposais quails seraient du mftme tonneau, et, lecture faite, j'ai du changer d'avis. L'auteur du Spectacle dans tin fauteiiil, mis a part, je ne connais personne, — personne qui soit capable d'avoir 6crit ces vers. J'avoue que c'est une 6nigme qu'il m'est Impossible de d6chi(Trer. »
La critique de Th^ophile Gautier, au sujet des morls illustres auxquels on fait tenir parfois un Iangage ridicule, dans les communications, est parfaitement juste. II arrive de rencontrer dans certains
MEDIUMNITES DIVKRSES 121
groupes de chercheurs peu 6clair6s, des mediums qui vous produisent triomphalement des ^lucubrations dans lesquels Victor Hugo fait des vers de dix-sept pieds, sans doute pour plaire aux decadents, ou Bossuet estropie la langue frangaise avec une impudeur remarquable, oil Lamennais, Chateaubriand, de Maistre, parlent comme aurait pu le faire leur concierge D'autrefois, ce sont des saints, et m6me J6sus et la Vierge Marie qui, avec une emphase grotesque, prodiguent des conseils moraux d'une banalit6 6coburante.
II ne faut pas trop s'6tonner de ces anomalies et conclure de suite a une grossifere supercherie : elle existe 6videmment, mais pas du cdl6 des m6diums» car les esprits qui dictent ces inepties savent a quel public ils s'adressent ; c'est done eux qui sont les vrais coupables. Mais tout-investigateur impartial ne s'arrfitera pas devantces r6sultats, sinon pour constater que les Esprits sont bien des humains, moins le corps ; c'est dire que la moyenne intellectuelle n'y est pas plus 61ev6e qu'ici-bas et que le nombre des mystiflcateurs et des imbeciles n'a pas diminu6 dans rerraticit6. Nous reviendrons sur ce point h la troisi&me partie.
Dans son livre si documents : Choses de Vautre monde, Eugene Nus fournit une preuve 6vidente de rintelligence du ph^nomfene, car lui et ses amis demandferent k la table de formuler ses d^flnitions en phrases de douze mots :
« Notre gu6ridon n*6tait pas embarrass^ pour si peu, dit-il. Je d6fle toutes les Academies litt6raires et
savantes rSunies de formuler brusquement, instanlan6ment, sans preparation, sans reflexion, des d6flnilions circonscrites en douze mots, aussi compl&tes et souvent aussi elegantes que celles improvis^es par notre table, k qui nous accordions tout au plus, et h grand'peine, la facult6 de faire un mot compos6 au moyen d'un trait-d*union. »
Void quelques-unes de ces definitions :