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L INTELLIGENCE DE LA FORCE PSYCHIQUE

Voili qui est raisonner, et nous sommes pleinemen t de Tavis de M. Varley, car nous allons constater que les theories pr6sent6es par les adversaires du spiritisme, pour rendre compte de ces ph^nomfenes, sont ou simplement impossibles, ou elles n'expliquent qu'un nombre de fails tr^s restreint, ou elles s'appuient sur des hypotheses plus dlfficiles k admettre que rintervention des esprits.

Les Objections.

En premier lieu, nous avons affaire au clerg6 qui nous dit :

« Vous croyez converser avee I'dme de vos parents ou amis disparus, quelle erreur ! c*est Satan qui revfit des formes multiples pour vous*tromper et vous d6tourner de TEglise, en laquelle, seule, reside la v6r\i6 »

Nous r6pondrons , simplement, que Texistence d'un Esprit du mal est purement hypoth6tique, et que, si nous devons choisir entre deux croyances, il est plus rationnel d'admettre, apr^s verification, que ce sont bien les esprits des humains qui ont surv^cu qui se manifestent, puisqu ils nous donnent des preuves de leur existence.

De plus, si Ton croit a Texistence du diable, nous ferons remarquer qu'il agit d'une mani^re illogique en ramenant des mat6rialistes k la croyance a une vie future. Enfin, comme les communications spiriles enseignent Tamour du prochain, le m6pris des biens de ce monde, la repression des vices et la pratique des vertus, I'ange du mal se combat lui-m6me,d'ou, en

bonne logique, ce n*est pas k lui qu*il faut attribuer ces manirestations.

La Transmission de la pens6e

Le spiritisme, de ni6me que le magn^tisme, est une science nouvelle qui a eu le grand tort de nattre en dehors des sanctuaires savants, de sorte que faeces lui en est dispute avec un acharnement sans ^gal.

Nous avons constats que le ph6nom^ne physique, abstraction faite de toute autre consideration, 6tait altribu^ par les sceptiques h. des mouvements inconscients des op^rateurs; il a fallu une somme considerable d'exp6rieoces , ayant lieu devant des t^moins irr6cusables, pour 6tablir Taction a distance des mediums sur des objets inanimc^s.

Lorsqu'il ne fut plus possible de nier ces faits, sans mettre en Evidence un parti pris de mauvais aloi, on fut oblig6d'admetfrequ'une intelligence 6taitassoci6e au ph6nom6ne et le dirigeait ; mais quelle 6tait cette intelligence?

La premiere \d6e qui vient est incontestablement que c*est Tintelligence d'un ou de plusieurs des assistants, qui opere d*une mani^re encore inconnue et qui produit les r6sultats relates plus haut.

II est possible aussi, ajoutent les incr6dules, que la pens6e de Top^rateur se transmette au medium et que, dfes lors, celui-ci, agissant sur la table, puisse lui faire 6peler des noms propres, donner des dates d*6v6nements passes, etc. ; vous attribuerez a Tesprit d'un mort les r<5ponses, alors que ce sera tout sim-

l'intelligence de la force psychique 91

plement un reflet de voire pens6e. D'aillears, ne savez-vous pas que des experiences tr&s precises ont ^i6 faites a ce sujet, et qu'il est presque universellement reconnu aujourd'hui que la transmission de la pensile est bien un ph^nomfene r6el ? Voila pourquoi vous obtenez des noms propres, des dates, etc. ; mais Join d'attribuer ces ph^nomfenes i des esprits, il ne faut voir la qu'une t'acult6 nouvelle qui s'est r6v6l6e Chez certains individus et qui n'a rien de surnaturel.

Voyons done les travaux entrepris au sujet de la transmission de la pens^e, et cherchons dans quelle proportion ils peuvent rendre compte des ph6nom^nes spirites.

Depuis dix ans, il existe en Angleterre uneSoci^t^ connue sous le nom de Society for Psychical Researches, qui a pour objet de recueillir et de contrdler minutieusement les faits que Ton designe sous le nom de TiUpathiques.Onoom'^TQVi^ sous cette d6noniination tous les ph^nom^nes d'actions psycbiques k distance, c*est-a-dire un groupe d'actions ou d'impressions qui peuvent se transmettre d*une personne k une autre, sans le secours des sens.

Dans les comptes rendus de la Society, qui se pu« blient tous les six mois et quo Ton nomme proceedings^ on peut relever dix-sept mille six cent cinquanletrois experiences de transmission de pensde. Voici comment on procfedo :

L'op6rateur est s^par^ du sujet par une certaine distance, et celui-ci doit lui tourner le dos et 6tre place de manlfere h ce que nul mouvement, nul bruit, ne puisse le troubler on lo renseigner.

Dans ces conditions, Topdraleur concentre sa pens6e sur des noms ou des chiffres, et le sujet doit r6pf§ter les nomsou les chiffres pens^s. Dans loutes les experiences cities dans les proceedings^ le nombre de r^ponses exactes a toujours 6t6 de beaucoup sup^rieur aceluiqu'indique lecalcul des probabililus. 11 y a done eu transmission de la pens^e.

On a cherchiS h varier le ph6nom6ne : au lieu de noms, de chiffres ou de nombres h transmettre, on a imagine de faire reproduire par le sujet des dessins vus ou fails par Topfirateur, et la encore les resultats ont 6te satisfaisants (1). Au congr^s de psychologic physiologique tenu en 1889, ces phdnom^nes ont 6te Tobjet d'une discussion tres nourrie entre MM. Marillier, Charles Richet, Ochorowicz, Janet, repr^sentant la Prance, et MM. Sidgwick,et Myers pour TAngleterre, Riley pour TAmerique et Delbceuf pour la Belgique. 11 r^sulte des preuves fournies, que la transmission de pens6e est un ph6nomfene r6el.

Des hypnotiseurs connus, comme MM. Beaunis et Li6baut de Nancy, Tavaient d^ja constats sur des sujets en sommeil, confirmant ainsi les experiences du baron Du Potet. Lombroso a rfipete avec Pickmann les experiences anglaises. Les yeux bandes^ les oreilles bouchees, sans aucun attouchement, Pickmann devina juste, neuf fois surdix, des cartes touchees par Lombroso (2).

En Amerique,unesocietederecherches psychiques

(1) Voir les Annales psychiques, 1891, pp. 65 & 97.

(2) Lombroso, la Transmission de lapensde; Gazette litt^raire, vol. XIV, p. 12. Turin, i«9«.

l'intelligence de la force psychique 93

s'est fond6e ^galement en 1885, et le r^sullal de ses travaux confirme le fait de la transmission de la pens6e. Retenons cependant cette conclusion imporlante formulae par la commission de C(.*lte Soci6t6 : « II resulte des essais pour la commission, comme pour M. Sidgwick, qu'un 6tat sceptique de Vagent (c'est-^-dire de ropcrateur)est d^favorable a la transmission, car cet 6tat d'esprit empfiche, par exemple, la participation intensive aTaclivit^ de conception. »

Discussion.

Examinons maintenant une experience spirito, et voyons si la transmission de la pensde pent expliquer les faits constates.

Prenons les trois stances rapport^es par Russel AVallace, page 8^ afin de raisonner sur des faits positifs. Dans la premiere experience, il obtint le nom de son fr^re mort, le lieu ou cet 6v6nement s*est pass6, et enfin un autre nom propre, celui d'un ami commun.

Pour que la transmission de la pens6e fut admise comme cause effective de ces r^sultals, il serait n6cessaire :

1°. — Que le medium, M™* Marschall, fut un sujet sensible k ce genre de manifestation, ce qui n'est nullement ^iabli;

2^ — II faudrail voir en M. Wallace un exp^rimentateur cherchanl, par la concentration de sa pens6e, a imposer un nom au mi^dium. C'est pr6cis6ment le contraire qui a lieu, car Tilluslre naturaliste applique

O'i LE PH]£:N0M£NE spiritk

simplement son esprit k parcourir I'alphabet avec une conslaote rt^gularit^, done on ne peut lui attribuer le rdled*un opSrateur voulant imposer une pens6e quelconque, puisquo lui mdme ne sail pas ce qui va arriver ;

3». — Supposonscependanl, malgr6 toute Evidence, que le nomde Herbert Wallace fut transmis raentalement a M"** Marschall, il faudrait encore expliquer comment celle-ci peut, k son insu, car elle ignore completement, demfimeque tous les autres mediums de table, le nom qui vafitre epel6, 11 faudrait, disonsnous, expliquer comment il se produitdes coups dans la table correspondants a chacune des lettres qui composent le mot.

Notons bien que les coups sont tout-a-faitind<^peudants de la volenti des opSrateurs ; cela est constats par tous ceuK qui ont dtudid le ph^nom&ne. Done, nous pouvons, sanscrainte d*6tre dementi, af!irmer que dans ce cas, la transmission de la pens^e n'entre pas comme facteur de Texp^rience. ,

Mais ou cette demonstration acquiert une valeur absolue, c'est dans la troisi5me experience, celle oix le nom de Henry Jeffeock arrive 6peie a Tenvers. La dame qui faisait revocation, bien loin d'imposer ses pens6es, apr^s les trois premieres letlres, y r n^ declare que cela n'a pas de sens! On voit qu*ici la transmission de la pensee n'a absolument rien a faire pour expliquer cette communication.

Nous pourrions prendre tous les cas rappories par nous ct y appliquer le m6me raisonnement, d'od cette conclusion qui s'impose, qu'il fautchercher une

\.\>iTlE.\.l.lG¥.NCE DE LA F(

auVre cause au ph6nomfene, ot, qvu se mauUesle u*6inane pas celle inlelligence d6clare6tre ce nom, nous ne voyons pas pour a nier son existence. .

D'aiileurs,nous n'avons pas er

a peine quelques-uns onl-ils (161

pendant la presence des invisibl

Ddsorniais, la masse 6norme •

lence des Esprits va aller en

de plus en plus probant, et null

capable de combaitre I'^vidence

esprits dans ces m'anifeslations

Preuve absolue de Texist

Afin qu^il ne reste aucun doui teursur le r61e des Esprits com] festations spirites, nous alien; manifestations dans lesquelles I'intelligence qui se manifeste sc I II est Evident que si nous eta

sages regus par la table ne sont reflets de I'esprit des assistants

! lions relalent des 6v6nements

connus des op6rateurs, il faudi

I ces dict^es proviennent d'intelli

qui en ont volontairement donni qu*il sera possible de verifier de coritrfiler leur identity.

Nous r^p6tons, ici encore, que

(K> LE PHENOMKNE SPIRITE

nir un nombre bien plus considerable d'exemples, mais que notre cadre ne nous permet pas de nous 6tendre trop longuement sur ces fails, car nous en avons dautres a 6ludier. Nous nous bornerons a choisir des experiences failes par des observateurs comp6tents,quiont pris toutesles precautions ndcessaires pour produire un t6moignage a I'abri detoute critique.

Nous empruntons a Eugfene Nus la traduction d'un passage du livre de M. Oxon, reminent professeur d'Oxford, Spirit Identity,

Les Enfants morts dans Tlnde.

w Le 10 fevrier 1874, nous fiiines attires parun triple friippement, nouveau et tout parliculier, sur la table, et nous resumes un r^cit long et circonstancie de la niort, de I'Sge, — m6me les mois, etles petitsnoms : quatre pour deux d'enlre eux, et trois pour Tautre, — de trois petits 6tres, enfants du mfime pfere, a qui lis avaient 616 enlev6s subitement par la mort. Nul de nous n'avait connaissance de ces noms peu communs. Us etaient niorts dans un pays 61oign6, Tlnde, et, quand le message nous fut donne, nous n'avions aucun moyen apparent de verification. Cette rev61ation fut cependant verifiee peu de temps apres, d*une singuli^re manifere.

a Le 28 mars de la mfime annee, je renconlrai, pour la premiere fois^ M. et M*' A. Walts, dans la maison de M. Cowper-Temple, docteur-medecin. Notre conversation roula principalement sur I'evidence des

l/lNTELLIGENCF DF, LA FORCE PSYCHTQUE 97

ph^noinfenes psychiques. Je racontai plusieurs fails,

entre aulres celui de ces trois enfants. M"*' Walts fut

trfes frapp^e de ce r^cit, qui correspondaif, dans son

esquisse, avec une p^nibie hisloire qu'elle avail r6-

cemment entendue. Le lundi d'avant, M. et M™" Watts

avaient dine chez une vieille amie, M""* Leaf, et

avaient appris d'elle Thisfoire d'une perte doulou-

reuse qu'avait faile le parent d'une connaissance de

M™' Leaf. Ce gentleman, r^sidant dans Tlnde, avait,

dans un court espace de temps, perdu sa femme et

trois enfants. M"« Leaf elait entree dans de grands

ddtails tristes, mais n'avait fait aucune mention des

noms ni du lieu de ce douloureux 6v6nement. En ra-

contant I'incident des trois jeunes enfants qui avaient

communique avec moi, je donnai les noms et le lieu,

telsqu'ils avaient 6t6fournis par le message. M«i* Watts

se chargea de s'informer auprfes de M"' Leaf des par-

licularitds du r^cit que celle-ci lui avait fait, ce qu'elle

fit les jours suivants, et les noms ^talent les mftmes.

« Je dus a Tobligeance de M"® Watts de faire la

connaissance de M"« Leaf, et je fus trfesimpressionn6

de la parfaite coincidence dechaque detail qu'elle me

donna sur les faits en question. »

Dans ce cas, la transmission de la pens6e est notoirement hors de cause, puisque aucun des op6rateurs ne connaissait les Esprits qui venaient donncr leurnom.

Nous demandons alors, si Ton n'admet pas I'existence des Esprits, a quelle intelligence attribuer cette r6v61ation?

Voici un cas rapports par Williams Crookes qui

98 LE PUfeMOMKNE SPIRITE

monlre bien que Tintelligence qui se manifeste est complblement ^trangfere aux assistants.

Un TSlegraphiste d'outre-tombe.

« Pendant une stance avec M. Home^ la petite laite dont j'ai parl6 iraversa la table pour venir a moi, en pleinelumi^re, et me donna uno communication en me frappant sur la main. J'^pelais Talphabet, et la iatte me frappait au moment qu*il fallait. L'autre bout de la Iatte reposait sur la table k une certaine distance des mains de M. Home.

« Les coups 6taient si nets et si precis, et la rfegle 6ii\\i si fividemment sous I'lnfluence d'une puissance invisible qui dirigoait ses mouvements, que je dis : L'inlelligenco qui dirige les mouvements de cette r6gle peut-elle changer le caraclfere de ses mouvements et me donner, au moyen de coups frapp^s sur ma main, un message t^ldgraphique avec i'alphabet do Morse?

« J'ai toutes les raisons possibles pour croire que I'alphabet de Morse 6tait tout h fait inconnu des personnes pr(5sentes, et moi-mftme jenc le connaissais qu'imparfaitement. J'avais h peine prononc6 ces paroles que lo caracl6re des coups frapp^s changea, et le message fut continue de la mani^re que j'avais demand^e Les lettres me furent donn^es trop rapidement pour pouvoir faire auire chose que de saisir un mot par-ci par-la, et par consequent ce message fut perdu; mais j'cn avais vu assez pour me con-

l'intelligknce de la force psychique 99

vaince qu'a I'autre extremilo de lu laltc il y avail un bon op6rateur de Morse, quel quMI pfll 6tre d*ailleurs. »

La Planchette clairvoyante.

Kncore un autre exemple du mfeme auteur : «Une dame ^crivaitautomaliquement au moyen de la planchelle. J'essayais do dt^couvrir le moyen d^ prouver que ce qu'elle ^crivait n'6tait pas dil h Taction Inconsciente du cerveau. La planchette, comme elle le fait toujc\urs, afflrmait que, quoiqu'elle fiit mise en mouvement par la main et le bras de cette dame, VinMiij^^nc* qui la dirigeait 6lait celle d'un 6lre invisible, qui jouait du cerveau de la dame comme d'un instrumentde mu8ique,et falsaitainsi mouvolr sea muscles.

« Je dis alors a cetle intelligonco : Voyez-vous ce qu'il y a dans cetle chambro? — Oui, ^crivitla planchette. — Voyez-vous ce journal et pouvez-vous le lire? ajoutai-je en mettanl mon doigt surun num^ro du Time^qui 6tait surune table derri6re mol, mats sansle regard.er. — Oui, r6pondit la planchette. — Bien,dis-je, si vous pouvez le voir, ^criyez le mot qui est maintenant convert par mon doigt, et je vous croirai. « La planchBlle commenQa h se mouvoir lenlement> et avec beaucoup de difficultd elle dcrivit lemot hotmeur. Je me tournai, et je vis quale mot honneur 6tait convert par le bout de mon doigt.

« Lorsque je fls cette experience, j'avals 6vit6 ik (lessein de regarder le journal, et il 6tait impossible i la dame, Teut-elle essayt^, de voir un seul des mots

imprimis, car elle itait assise k une table, le journal 6tait sur une autre table, derrifere moi, et mon corps lui en cachait la vue. »

Ce fait d6montre encore que lorsque Ion serre d'un peu pres les objections que font les incr6dules aux ph6nom^nes spirites, on demeure surpris du peu de consistance qu'elles pr6sentent.

La transmission de pensee, qui est rep6e de chevet des contradicteurs, est invoquee souvent pour expliquer la r^ponse qu'un medium fait a une question mer^tale. Un peu de reflexion sufflt a faire comprendre comblen cette hypothfese est peu fondle.

11 est bien Evident qu'elle ne rend pas compte de tous les ph6nom6nes, car, lorsque la communication r^vfele des 6v§nements completement inconnus des assistants, il est notoire qu'on ne saurait invoquer une transmission quelconque de la pensee. Nous avons vu d6}h le cas des enfants moHs dans Tlnde, rapport6 par M. Oxon, qui est tout a fait typique ; en voici un second, aussi bien constats, toujours par le mftme auteur. Nous en empruntons la traduction a M. Gardy, de Geneve (1)

Le Cas d'Abraham Florentine

M. Oxon {2), se trouvant en s^jour a Shanklin, tie de Wight, au mois d'aoiit 1874, avait organist, avec M. le docteur Spur et sa dame, des s6ances assez r(§-

(1) Gardy, Cherchons. — Un volume tr^s int^ressant et tr6s bien fait, que nous e»igageons fort h nos lecteurs h consul ter souvent -

(2) Oxon ^tait le pseudonyme du r^v^rend Staiton Moses, profesieur h runiversit<S d'Oxford.

^'intelligence de la force psychique iOl

guliferes. Un Esprit vint se communiquer un jour sous le nom d'Abraham Florentine. La table qui servait aux experiences semblait Stre, dit le narrateur, dans un 6tat de grande surexcitaliori ; ses pieds frappaient avec violence, en sorte que la conversation differait du mode habituel, car c'^tait plutotau moyen de coups r6sonnant dans le bois que nous communiquions g6n6ralement. Get esprit d^clarait 6tre d6c6d6 a Brooklyn (New- York), le 5 aout 1874, h Tage de 83 ans, 1 mois et 17 jours, et avoir pris part a la guerre de 1812.

M Kpes Sargent, a qui cet incident fut communique, I'envoya au Banner of Light y qui, le 12 d^cembre, demanda si qi;elqu*un pourrait fournir des renseignements a ce sujet.

A peine ce num^ro du journal avait-il paru que redjteur recevait de M. Wilson Millar, a Washington, Tavis que le nom d'Abraham Florentine existait sur les tableaux dresses pour les soldats de 1812 qui avaient des reclamations h faire, et qu'en s'adressant au bureau de Tadjudant general de TElat de New-York, on pourrait oblenir de plus amples renseignements.

Ayant ^crit h cet effet a Tadjndant general, la redaction en requi cette r^ponse :

102 i.r: iMi/':N()MkNK spirite

£TAT DE NEW-TORK Albany, le 25 Janvier 1875,

Quartier Oto^ral

D^partgmsnt de

Vadjudant gdn^ral

tfMMWMMW*

« En response a voire communication du 22 Janvier, je viens vous donner les ren^eignemenls suivants, qui sont extraits des archives de ce gouvernement :

<« Abraham Florentine, simple soldat de la compagnie du capilaine Nicole, !•' regiment de la milice de New-York, colonel Dodge, s*6tait engag6 le2oU' vers le 2 septembre 1812; aprfes avoir servi pendant trois mois, il obtint un ccng6 honorable. On lui accorda une concession de terrain numdro 63,365. Ces d($lails ressortent des declarations faites sous serment par le soldat et non des regislres offlciels.

« Tres respectueusement,

M Franklin Townsknu »

adjudant gen&al.

Celte note ayant 616 pabli^e, le docteur Crowel, qui connaissait M. Oxon, eut encore I'obligeance de faire des d-marches en vue d'obtenir des details suppl6menlaires. Consultant Tindicateur de Brooklyn et y trouvantle nom d*AbrahamFlorentine, domicilii 119, Kosciusko street, il se rendit a celte adresse et fut regu par M"*' Florentine, qui, sur les questions qu*il lui posa, lui dit que son marl 6tait mort le 5 aoiit precedent, et quMl avail eu 83 ans le 8 juin auparavanl ;

l/lNTEM.lGENCR DE T.A FOnCE PSYCHIQUE 108

qu'il 6tait, de sou vivant, d'un caractire cmporW, et que, pendant une ann^e au molns qu'il avail dfi gari der le lit, 11 avail beaucoup souffert.

Tout ce qui avail 616 dit k Shanklin 6tait dopQ rigoureusement vrai, ace seul detail prfes que M"' Florentine donnail k son mari 83 ans, 1 mois et 27 joups, landis que Tesprit s'attribuait 10 jours de raoins d'existence. Maiscetle l^gfere difference n'inflrme en rien leresuUat des autres renseignements, parfaitement conflrm6s.

Voici les conclusions de M. Oxon quant k ce fait et k rimporlance qu'il lul atlrlbue.

« En ce qui me concerne personnellement, j'ai &t6 trfes heureux de voir mes recherches couronn^es de succes. Je n'ai jamais mis en doute que nous arriverions k 6ciaircir celte affaire, comme nous Tavions fait en mainle autre occasion ; mais le principal a 6t6 pour moi de pouvoir constater la justesse des deductions que j'avais tirdes de la manifere insolite dent cette communication avail 616 faite.

« La v6h6mence des coups, le mode de correspondanceemploy6 et qui 6tait, pour nous, entiferement nouveau, le s6rieux incontestable de Tesprit et I'obstination quMl avail mise k se falre entendre, 6laient des plus remarquables.

« II y a dans le caractfere de la preuve singuli&rement significative que nous avons oblenue k cette occasion, une demonstration si ^vidente du relour de ceux qui nousont quitl6s,qu'elle ne peutmanquer de fournir aux lecteurs mali^re aux plus s6rieuses reflexions. Un fait positif, c'est que mil dentre nous

i04 LE PHKNOMEXE SPIRITE

n' avail jamais entendu parler d Abraham Florentine; nous n'avions pas d'amis en Am6rique charges de nous donner des nouvelles de ce qui s'y passait, et, lors mfime que nous en aurions eu, ils n'auraient certainement pas parl6 d'une circonstance qui ne nous int6ressait en aucune fagon. En term i nan t, /'a/firme de nouveau, dans VintMt de la vMte, que le nom, aussi bien que les fails, nousetaieni entierement inconntis a tous trois. »

11 n*y a pas de th^orie, en dehors du spiritisme, qui puisse expliquer de tels ph6nomenes ; ils sont la preuve la plus certaine de rimmortalit^ de Tdme et des communications de ceux qu*on s'obstine a appelerles morls, alors qu'ils sont parfaitement vivants.

L'Angieterre n'a pas le monopole de ces fails bien constates; le 11 Janvier 1883, les Spirilualistische Blatter publiaient Tarticle suivant, rapportant un ph6nomfene aussi probant que le pr(5cedent (1).

Le Tailleur ecrase.

Nous sommes redevables a M. le conseiller S., dont nous avons regu rdcemment la visits, d*un int6ressant rapport qu'il a eu Tobligeance de nous communiquer et que nous sommes heureux de mettre sous les yeux de nos abonn^s ; ils y trouveront une preuve d*identil6 qui, en raison de sa simplicity, de sa clartd et des t6moignages sur lesquels elle s\ippuie, pent 6tre consid^r^e comme une des meil-

(l)Gai'Uy, C/icrc/ion^, pp. 88 et suiv.

l'intelligencf de la force psychique 105

leuros demonstrations que Ton ait obtenues en Allemagnede la possibility des communications directes avec les Esprits.

Des circonstances qui, malheureusement, se pr6sentent trop souvent encore, nous empfichent de livrer les noms a la publicity; mais, pour obvier a cet inconvenient, nous avo.ns soumis h qualre personnes le protocole de la stance, les rapports des autoril^s et quelques autres documents , et ces Messieurs ont bien voulu attester, par leurs signatures, Tauthenticite de la r^v^lation suivante :

« Dans la petite ville de G., trois messieurs se plagaient, le soir du 3 aout 1882^ autour d*une table pour essayer d'obtenir les ph^nomfenes de d^placements ou des coups frapp^s. lis n'eurent pas longtemps a attendre ; bientot la table se mit en mouvempnt, et Ton comprit, en la questionnant, que les esprits d^siraient se manifester; la conversation suivante s'engagea au raoyen de Talphabet :

« — Qui est la? — Un tailleur 6crasd. — Comment, 6cras6? — Un train m'a pass6 dessus. — Quand? — II y a trois ans. — Ou? — Unterbarmen. — Quel jour? -- 29 aout 1879. — Ton nom ? — Siegwart Lekebusch.

— Ton domicile? — Barmen. — Tes parents viventils encore? — Oui. — Elais-iu patron ou ouvrier? — Apprenti. — A quel age es-tu mort? — Dix-sept ans.

— Es-tu heureux? — Oh ! oui. — Devons-nous faire c *tto communication a tes parents ? — Non. — Pourquoi pas? — Ne croient pas a la survlvance apres la mort. — Ceci les convaincrait peut-§tre? — Vous n'arriverez qu'a vous faire tourner en derision.

lOrt i.K ph^:nomenk spiritk

« Comment Taocident est-il amv6 ?

« Je voulais rendre visile k des parents dans TAuerstrasse a Unterbarmen ; suiv:int la vole et ayant la vue basse, je n'ui pas vu aniver le train ; c'^tait la nuit, j*ai 616 6cras6.

« A quoi t'occupes-tu acluellement ?

« Je ne peux pas vous ddcriro mon travail.

*Celte conversation se prolongea assez longtemps^ mais elle n'offrait pas d'inl6r6t positiT, et lo.projrsverbal ne fait pas mention de la suite.

« Ges messieurs, fort surpris de cette communication, r6solurentde prendre des informations et d"6claircir ce myslfere. Dans ce but, le mallre ma^on K. 6crivit le lendemain k la mairie de Barmen, et, en date du 17 aoAt 1882 Tinspecteur de police lui envoyai t celte r6ponse :

« Suivanl la demande que vous me faites par votro leltreduS courant, j*ai Thonneur de vous informer que, d'aprfes les actes d6pos6es ici, Tapprenti taiUeur Siegwart Lekebusch, &g6 de 17 ans, a 6t6 atteint le 26 aoAt 1879, k 11 heures i4 minutes de la nuit, par un train de la ligne des montagnes de la Marche, et 6crasd dans le voisinage de la gare d' Unterbarmen. La cause de Taccident a 616 atiribu6e k ce que le d6c6d6 circulait indAment sup la voie. »

« Les renseignements officlels cotncidaient done parfailement avec la communication qui nous avail 6t6 faite; il ne restait qu'un point k contrfiler, savoir: Texislence d'une Auertrasse. M. E. s'adressa pour cela le 10 aotlt k la r6daction de la Reinisch Wesihal Post, k Barmen, demandant, qu'on voulfit blen lui

l/lNTELLIGENCE DE TA FORCE PSYCHIQUE 107

donner tous les details possibles sur cet 6v^nement. La rSponse fut :

« Nous ne pouvons pas dire autre chose que ce que nous avons raport6 le 28 aoiit 1879, si ce n'est qu'il existe k Unterbamen une Auerstrasse. »

Cette observation i comme les prec^dentes, r6unit toutes les conditions voulues pour d^montrer Vexislence des Esprits, car aucun de ces messieurs ne connaissait Unterbarmen ; ils ignoraient done h plus, forle raison, qu'il y eut une Auertrasse et surlout un apprenti tailleur ecras6 trois ann^es auparavant. La leg^re difference de jours qui existe entre la date donn^e par TEsprit comme 6poque de la mort, et celle qui lui est attribute par le document de la police, .n'infirme en rien la valeur de ce fait comme preuve de la survivance de l'fi,me.

Le journal poursuit.

« M. S. ayant d6sir6 que les faits seuls fussent inserts ici, et que Ton ne publiftt pas les noms des messieurs qui ont pris part k cette stance, nous soussign6», sur la d-marche de la redaction du Spiritualistische Bloetter, apr^s avoir examine, s.oit les procfesverbaux qui d6signent les noms des personnes et des localit^s, 9oit les documents offlciels, constatons par noB signatures Texactitude du r6cit ci-dessus.

« A. W. Sellin ; Ludw. Tisghkr « Carl Baomann ; C.-E. Noesslbr. »

Ce r^cit montre qu'il n'est pas n^cessaire d'etre un savant pour faire des constatations scientiflques. Ce document a une grande valeur, lout simplement

1<>8 I.F. PHENOMKNE SPIRITF-:

parce qii'un proces-verbal de la stance a 6t6 imm6dialement dress6, que les affirmations de Tesprit ont 616 reconnues vraies par un document officiel, et que des invesliKaleurs ont v6rlfi6 qu'il existait bien one ville et dans cette ville une rue porlant le nom indiqu6 par TEsprit.

Nous engageons les chercheurs a proc6der toujours ainsi, car, de celte manifere, on umasse des documents pour Tavenir, et Tonapporte sa pierre k T^difice de la science future.

Nous termlneronsces citations par le fait suivant, rapporl^ par Richard Dale-Owen dans son livre \n['\[u\6 : Faux pas sur la limite dun autre monde, page 299.

Le Capitaine Wheatcroft.

Lanuitdu 14 novembre au 15 novembre 1857, la femme du capitaine G. Wheatcroft, habitant Cambrigde, rfiva qu'elle voyait son mari, alors dans rinde. Elle s'^veilla imm^diatement, et, levant les yeux, elle apergut la mSme figure debout aupres de son lit. Le capitaine apparaissait dans sonuniforme, les mains press^es sur la poitrine, les cheveux en d^sordre, la face ivbs pale. Ses larges yeux noirs etaient fixes droit sur elle ; leur expression 6tait celle d'une grande Amotion, et il y avait une contraction sp6ciale de la bouche, habituelle a cet officier lorsqu'il 6tait trouble. Elle le vit, m6me dans chaquc detail particulier de sa toilette, aussi distinctement qu'elle I'avait jamais vu durant sa vie. La figure

l'jntelltgf'Ince de la force psych ique 109

sembla se pencher en avant comme si elle eut 6t6 en peine, et faire un effort pour parler, mais nul son ne se fit entendre. Elle resta visible, pense la dame, r- space d'une minute, puis elle disparut. M"® Wheatcroft ne se rendormit point cette nuit. Le matin suivant, elle conta toutcela a sa m^re, exprimant sa croyance que le capitaine 6taittu6 ou bless6.

Apr^s le temps n^cessaire, un t616gramme fut regu, an nongant que Tofficier avait 6t6 tu6 devant Lucknow, le 15 novembre. La veuve informa M. Wilkinson, J'avou6 de son mari, qu'elle avait 616 tout a fait pr6par6e a la fatale nouv&Ue, mais qu'elle 6tait siire qit'ily avait nne errenr cCiin Jonr dans la date de la mort; M. Wilkinson obtint alors du Ministere de la o-iierre un certificat qui ^tait ainsi congu :

MINISTfeRE DE LA GUERRE 30 Janvier 1858.

a Ceci est pour certifier qu'il parait, d'apres les

rapporlsau Ministere, que le capitaine G. Wheatcroft,

du 6" dragons-gardes, a 6i6 tu6 dans Taction dul5

novembre 1857. »

S\gn6 : « B. Hawes. »

Or, un remarquable incident se pr^senta. M. Wilkinson 6lait en visite a Londres, chez un ami dont la femme avait eu loiite sa vie perception d'apparitions, pendant que son mari 6\3.\i medhim. II leur racontait la vision de la veuve du capitaine et d6crivait la figure comme elle apparut Ji cette dame»

110 LE ph#:nomene spirite

lorsqueM"*V.dit8ubit6ment : « Cedoitdtre lamftme personne que je vis,lorsque nous parldmes de rinde.)>

En r^ponse aux questions de M. Wilkinson, ellc ditqu'elle avait obtenu, par I'interm^diaire de son mari, une communicalion de cette personne, qui lui nvait annonc6 qu*elle venalt d'dire tu^e dans Tlnde cet apr5s-midi, par une blessure k la poitrine. II 6tait environ neuf heures du soir; elle ne recueillit point la date. En cherchant davantnge, elle se souvieni d'avoir 6t6 inlerrompue par un fournisseur el d'avoir sold6 une facture ce soir-li; et, en soumettant le re^u. h Tinspection de M. Wilkinson, on constata qu'il portait la date du qttntorze novemiire.

En mars 1858, la famille du capitaine Wheatcroft regut du capitaine 0. C. une lettre dat6e deLucknow, 29 d^cembre 1857, ou cet officier disait qu'il se trouvait h cdt6 du capitaine Wheatcroft, lorsque celui-ci 6tait lomb6, et que c'^tait le quatorze dans Vapresmidi/ei non pas le 15, comme le relataient les d6pfiehes de sir Colin Campbell. Le d6funt avait 616 frapp6 dans la poitrine par un fragment de bombe.

On I'avait enterr6 k Dilkaosha, et sur une croix de bois,plant6e au chevet de.la tombe, avaient dit6 grav6es les iniliales G. W. et la date de la mort, 14 novembre.

Le minist^re de la guerre corrigea son erreur. M. Wilkinson obtint, en avril 1859, une autre copie du certiflcat et la trouva congue dans les mdmes termes que celle d6j& donn6e,sauf que le 14 novembre avait 6i6 substitud au 15.

M. Owen tient les faits complels diractement des narties elleS'inimes. La veuve du capitaine Wheat-

l'intelligenxe de la force psychiquk Hi

croft examina et corrigea son manuscrit, ei lui mon- Iraunecopie de la lettre ducapitaine C; M. Wilkinson fit de m6me, et M"® V. lui raconta elle-mfime les fails qui s*6taient oEferts a elle. M. V. avait aussi ' d6taill6 ces circonstances, avant les investigations de M. Owen, & M. Howit, commeen l^moigne celuici dans son Histoire dii surnahirely p. 225 du vol. II. M. Owen declare, en outre, qu'il a en sa possession les deux certifloals du minislfere de la guerre, le premier montranl la dale erron6e^ le second la donnant corrig^e.

Dans ce cas, nous avons la m6me apparition, se pr^sentant la m^me nuit, h deux dames ineonnues et ^loign^es Tune de Tautre; la communication, obtenue par une troisieme personne, d^signafit I e moment et le genre de la mort, et le tout coincidant exactement avec les 6ventualit6s survenues h bien des milliers de lieues de distance. Nous pr^sumons, avec Wallace, que des PAITS aussi bien certifies ne seront pas discut^s et, pour attribuer tout cela a une coincidence, il faudralt cerlaineraent un trop grand effort decr6dulit6, mfime pour des incr6dules.

II respite done dea experiences pr6c6dentes, la preuve rigoureuse de la commi*nication des Esprils. Nous constatons ausei que la transmission de la pens^ene pent 6tre invoqu6e dans ces experiences, que 86ule, la doctrine spirite en offre une solution simple el rationnelle, en attribuant ces communications aux draes d^sincarn^es. Nous allons voir qu'on peut arriver a la mfime constatalion en suivant d'autres voies.

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