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« Examinons la chose sous un autre point de vue, et abstraction faite de toute intervention des Esprits (mettons ceux-ci de c6l6 pour un instant), supposons que cette th^orie ne soit pas un fait, supposons mfime qu'il n'ait jamais 6t6 question d'Esprits ; plaQonsnous done momentan^ment sur un terrain neutre, admettons au inSme degr^ la probabilit6 de deux hypotheses, savoir : la plurality et I'unit^ des existences corporelles, et voyons de quel c6t6 nous portera la raison et notre propre ioterftt.
« Certaines personnes repoussent I'id^e de la reincarnation par ce seul motif qu'elle ne leur convient pas, disant qu'elles ont bien assez d'une existence et qu'elles ne voudraient pas' en rencontrer une pareille; nous en connaissons que la seule pens^es de repa* raltre sur la terre fait bondir de fureur.
« Nous avons entendu faire ce raisonnement ; Dieu, qui est souverainement bon, ne pent imposer h Thommede recommencer une s6rie de misferes et de tribulations. Trouverait-on, par hasard, qu'il y a plus de bonte a condamner Thomme a une souffranc6 perpetuelle pour quelques moments d'erreur, plut6t qu*a lui donner les moyens de r^parer ses fautes ? La pens6e que notre sort est a jamais fix6 par quelques ann6es d'6preuve, alors mfime qu'il n*a pas toujours d6pendu de nous d'atteindre a la perfection sur la terre, a quelqae chose de navrant, tandis que Tid^e
modernes : Delormel, Charles Bonnet, Dupont de Nemours , Constant, Savy, Ballanche, Jean Raynaud, Henri Martin, Esquiros, Flammarion, sont partisans de vies succesfiives sur notre terre ou Bar d*autres plan^tes.
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contraire est ^minemment consolante : elle nous laiase Tesp^ratice. Aussi, sans nous prononcer pour ou contre la puralit^ des existences, sans admeltre une hypothfese plutut que I'autre, nous disons que, si nous avions le choix, il n'est personne qui pr6f6rat un jugemeotsans appel.
(( Sil n'y a pas de r^iriearnalion, il n'y a qu'une existence corporelle, cela est Evident ; si notre existence corporelle est la seule, I'aoie de chaque homme est cr6ee a sa naissance. En admettant, suivant la croyance vul^'aire, que i'dme pread naissance avec le corps, ou, ce qui revient an mfinie, qu'anli5rieurementa son incarnation, elle n'a que des facult^s negatives, nous posons les questions suivantes :
< 1°, — Pour qui I'ainQ montre-t-elle des aptitudes si diverses, et ind^pendanles des idSes acquises par l'6ducation ?
(c 2°. — D'oCi vient I'aptitude extra-normale de certains enfants en has cLge pour tel art ou pour telle science, tandis que d'aulres restent inMrieurs ou m^diocres loute leur vie ?
H 3", — D'oCi vieiincnt chez les uus les id^es intuitives ou inn6es qui n'existent pas chez d'autres ?
11 4°, — D'oii viennent, chez certains enfants, ces iiisliiicts pr^coces de vices ou de vertus, ces sentiments inn^s de dignity ou de bassesse qui contrasteiit avec le milieu dans lequel ils sont n6s ?
« 5°. — Pourquoi certains homtnes , abstraction faite de I'Sducation, sont-ils plus avanc^s les uos que les autres ?
a 6". — Pourquoi y a-l-il des sauvages et des lioni- 9'
mes civilis6s ? Si vous preiiez un enfant hottentot a la mamelle et si vous r^levez dans nos lyc6es les plus renotQm6s, enferez-vous jamais un Laplace ou un Newton ?
« Nous demandons quelle est la philosophie ou la th^osophie qui peutr^soudre ces probl^mes ? Ou les ftmes a leur naissance sont 6gales ou elles sont in6gales, cela n*est pas douteux. Si elles sont 6gales, pourquoi ces aptitudes si diverses ? Dira-t-on que cela depend de Torganlsme? Mais alorsc'estla doctrine la plus monstrueuse et la plus immorale. L'homme n'est plus qu'une machine, le jouet de la mati^re ; il n'a plus la responsabillte de ses actes ; il pent tout rejeter sur ses imperfections physiques. Si elles sont in^gales, c'est que Dieu les a cr^ees ainsi ; mais alors pourquoi ? Gelte partiality est-elle conforme h la justice et a r6gal amour qu'il porlea toute ses creatures ?
a Admettons, au contraire, une succession d'existences ant6rieures progressives, et tout est expliqu6. Les hommes apportent en naissant Tintuition de ce qu*ils ont acquis ; ils sont plus ou moins avanc6s, suivant le nombre d'existences qu'ils ont parcourues. Dieu, dans sa justice, n'a pu creerdes a.mes plus ou moins parfaites, mais, avec la plurality des existences, rin6galit(§ que nous voyons n'a plus rien de contraire a I'^quit^ la plus rigoureuse ; c'est que nous ne voyons quele present et non le pass6. Ge raisonnement repose-t-il sur une hypoth^se, une supposition gratuite ? Non, nous partons d'un fait patent, incontestable : Tin^galit^ des aptitudes et du d6ve-
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loppement intellpcluel el moral, et nous trouvons ce . fait inexplicable par toutes les theories quiontcoura, landis que I'expiicalion en esL simple, natureile, logique par une autre Ih^oriu. Erit-il rationnel de pr6fdrer ceile qui n'explique pas k celle qui explique ?
u A I'l^gard de la sixifeme question, on dira sans doute que le HoLtentol est d'une race inf^rieure ; alors nous demandercins sile Holtenlot est unhumme ou non. Sic'estun homme, pnurquoi Dieu I'a-t-il, lui et sa race, d6sh6r!ti5 des privileges accord^s a la race caucaslque ? Si ce n'est pas un homme, pourquoi cherclierale faire cliriilien ? Ln doctrine spirite est plus large que cela ; pour elle, 11 n'y a pas plusieurs espfeces d'liommes, il n'y a que des liommesdont I'esprit est plus on moins arri(5r6, mais susceptible de progresser : cela n'esl-il pas plus conforme il ia justice de Dieu 1 »
La croyance aux vies successives ^tait le fondement de I'enseignement des mysteres; les philosophes anctens, Plalon en t^te, croyainnt aux vies ant(5rieure3 ; n"esl-ce pas ce dernier qui disait : « apprendre, c'esl se souvenir ?
La plurality des existences del'&me a done pour elle I'aulorit^ de la tradition, de la raison el de l'oxp6rienct;, et il est logique qu'elle soil acceptee avec en- Ihousiasme par tons ceux qui out senti le vide des autres theories. Avec les vies successives, TUnivers nous apparall peupl^ d'fitres qui sillonnent dans '■ous les sens I'infini de I'^tendue. El combieii est petite el mcsquine la th^orie qui circonscrit I'iiumanil6 sur uii imperceptible point do I'espace, qui nous
la montre commeriQant a un instant donn6 pour fmir 6galement un jour avec le monde qui la porle, n'embrassant ainsi qu'une minute dans Teterniti^ ! Quelle esttriste, froide et glaciale. quand elle nous montre le reste de TUnivers avant, pendant et apr^s Thumanit6 terrestre, sans vie, sans mouvement, comme un immense desert plough dans le silence 1 Quelle est d^sesp^rante par la peinture qu*elle fait du petit nombre des 61us, vou^s ^.la contemplation perp§tuelle, tandis que la majority des creatures estcondamn^e a des souffrances sans fin ! Quelle est navrante, pour les coeurs aimants, par la barri5re qu'elle pose entre les morts et les vivants !
Gombien est sublime, au contraire, la th6orie spirite 1 Gombien sa doctrine agrandit les id6es, 61argit I'entendement 1 La terre nous offre le spectacle d'un monde essentiellement progressif. Sorti de I'^tatcosmique, il s'est transform^ et modifi6 a mesare qu il avangait dans sa course s6culaire. Les 6tres apparus a sa surface ont suivi la mfime loi de progression, et leur structure s'est perfectionn^e harmoniquement avec les conditions ext6rieures qui devenaient meilleurcs. L'homme, enfin, sortant des bas-fonds de la bestiality, s'est 6\e\6 jusqu'a la connaissance du monde ext^rieur.
Est-il possible de supposer qu*il n'y a aucun lien entre les dmes qui vdcurentaux 6poques pass6es et a lanotre? Etant donn^e la nature si imparfaile de rhomme, peut-on croire qu'apr^s la mort, il va s'arr6ter et jouir d'un repos ^ternel ? Et celte station, ce terme du progr^s s'accorde-t-il avec les notions que
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Dteu nous pennetde prendre de lui et do ses cEuvres ? La nature tnarche loujours, elle travaille, parce que Dieu est la vie et qu'il estSternel et que la vie est !e mouvement progressif vers le souveruin bien, c'esti-dlrevers Dieu !ui-m6me; et I'homme seul dans la nature arrSterait sa marche pour se trouver brusquement aussi parfait que possible, et sans sa participation, lui qui est cr66 libre ! Cela est incomprehensible.
Entre deux doctrines, dont I'une amoindrit et I'autre 6tend les attributs de Dieu, dont I'une est en disaccord et I'autre en harmonie avec laloiduprogres, dont I'une resle en arrifere et I'autre marche en avant, lebon sens iudique de quel cflle se trouve !a v^rite. Que chacun interroge sa raison : elle r^pondra, et sa r^ponse sera confirmee par un guide certain qui ne peut jamais nous Iromper : la conscience.
Si notre manifere de voir est la bonne, on peut se demander pourquoi la puissance crcatrice n'a pas, des le principe, r^v^l6 h rhomme sa veritable nature et ses destinies. Par la mfime raison que Ton n'enseigne pas a I'enl'ance ce qu'on enseigne a I'^ge milr. Lar6v(51ation restreinte 4tait suffisanle pendant une cerlaine p6riode de rhumanit^; Dieu la proporlionne aux forces de I'esprit. Geux qui reooivent aujourd'hiti une r6v61ation plus complete sont \esmimes Esprils qui en gnt tcQu d6ja une partielle en d'autres temps, mais qui, depuis lors, ont grandi en intelligence. Avanlque la science leur eut monlr^les forces vives de la nature, la constitution des astres, le veritable r6le et !a formation de la terre, auraient-ils
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compris rimmensit(5 de Tespace , la plurality des mondes ? Avant que la g^ologie eut fait connaltre la formation de la terre, auraient-ils pu d^loger I'enfer desonsein? Avaiit que rastronomie eut d^couvert les lois qui r(^gisseiit I'Univers, auraient-ils pu comprendre qu*il n'y a ni haut ni bas dans I'espace, que le ciel n'est pas au-dessus des nuages ni born6 par les 6toiles ? Avant les progrfes de la science psychologique, auraient-ils pu s'identifier avec la vie spirituelle ? Concevoir apr^s la mort une vie heureuse ou mallieureuse, autreuient que dans unlieu circonscrit et sous une forme niat^rielle ? Non, comprenant plus par les sens que par la pensee, TUnivers 6tait trop vaste pour leur cerveau ; il fallait ler^duirea des proportions moins 6tendues, sauf a I'^largir plus tard. C'est ce que nous faisons aujourd'hui en d^montrant, non pas Tinanite, mais Tinsuffisance des premiers enseignemenls.
Les spirites n'admeltent done pas de paradis, suivant I'acceptation que Ton donne ordinairement a ce mot. lis ne peuvent comprendre qu'il existe un lieu special de delectation spirituelle ou les 61us soient afflig(5s d'uno etornelle oisiveie^ pas plus quMls ne supposent qu'il puisse exisler un p^nitencier ou des ftmes seraient ^ternellement tortur^es.
II n'y a, suivant les Esprits, aucune race maudite, etles demons n'existent pas ; il y a des esprits mauvais en tr6s grand nombre, mais ils ne sont pas 6ternellement voues au mal, et ils ont constamment la faculty de s'ameliorer par des reincarnations successives. Dans ce cas encore, le t^moignage des fails