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VIE ET DOCTRINE DE DAMASCIUS

Le philosophe Damascius fut le dernier représentant de la doctrine néoplatonicienne. Depuis la fin du troisième siècle après Jésus- Christ, cette doctrine avait revêtu, comme on le sait, un caractère particulier. « Le nouveau platonisme, écrit un historien de la philosophie, se forma au sein de l’école toujours nombreuse du platonisme d'Alexandrie et fut l'ouvrage d’un zèle ardent et enthousiaste. Ses partisans étaient jaloux d'atteindre les dernières sommités de la science ; ils prétendaient à la connaissance de l'absolu et à une intime union avec lui (ἕνωσις), comme à la destination finale de l'homme. Le moyen qui devait y conduire, c'était la contemplation de l’absolu (θεωρία) (4). »

(1) Manuel de l'histoire de la philosophie, traduit de l'allemand de Tennemann, par M. V. Cousin. Paris, 1829. 2 vol. in-8°. Tome [°, $ 201, p. 280. — Tennemann ajoute : « Les causes qui amenèrent dans la science ces habitudes nouvelles furent premièrement la décadence du véritable esprit grec, et sa fusion toujours plus intime avec l'esprit oriental; en second lieu la manie toujours croissante, introduite par l’imitation des Orientaux, de l’exaltation et de l’enthousiasme que J’on fortifiait par de fréquents appels aux révélations célestes, tout en déprimant le mérite philosophique de Platon (Plotin. Enr. Il, 1x, 6); en dernier lieu le génie dominant de l’époque et l’état de dissolution où était tombé l’empire romain. Deux autres causes contribuèrent aux progrès de la nouvelle école, savoir : les contradictions des nouveaux sceptiques, qui repoussaient toute prétention à une connaissance rationnelle,

Nous n'essayerons pas d'ajouter une page à l'histoire de la philosophie néoplatonicienne, ni mème de toucher aucune des questions qui se rattachent à la période éclectique de cette philosophie, bien que ce soit à cette période finale qu'appartienne Damascius. Nous nous borncrons à remarquer ici que les doctrines aristotéliques et platoniciennes, tint affaiblies, ainsi que les doctrines secondaires, par les bouleversements de l’empire romain, avaient reçu un nouvel éclat et retrouvé une vigueur nouvelle dans les tendances éclectiques qui caractérisent Penseignement du néoplatonisme, depuis Ammonius Saccas et Plotin, jusqu'au moment où l'arrêt prononcé par l’empereur Justinien contre les phi!osophes vint fermer la bouche à celui d'entre eux dont nous avons à parler.

Ammonius Saccas, le premier, avait cherché (on croit que ce fut sous l'inspiration du philosophe Potamon) à concilier le système d’Aristote, la théorie de Platon et les doctrines orientales; il fonda une école dans la ville d'Alexandrie, et les traditions de son enseignementse continuèrent,avec de légères variations, près de deux cent cinquante ans. Il s'est rencontré parmi ses successeurs et ses autres disciples des hommes dont la célébrité a franchi le domaine de la littérature philosophique : Longin, Plotin, Porphyre et Jamblique, l’empereur Julien, les deux Olympiodore, Proclus, Marinus, Syrien, Zénodote. Cette école a compté aussi plusieurs femmes illustres : Asclépigénie, la docte et malheureuse H\patie, Sosipatra, lune et l’autre disciples de Proclus, Édésia, femme de Syrien. C'est avec notre Damascius que l’on voit se rompre cette chaîne d'or.

Damascius n’était pas indigne de ses principaux prédécesseurs, autant que l’on peut en juger par une lecture rapide mais complète de son grand ouvrage, intitulé Doutes et solutions sur les premiers principes.

La première partie de ce livre a été publiée en 1826, par le professeur Kopp, à Francfort sur le Mein. La seconde partie, regardée le plus souvent comme un ouvrage distinct, est restée inédite. C’est à M. Egger que nous devons la connaissance de ce fait important; il

et les appréhensions que la marche victorieuse du christianisme faisait concevoir pour la religion jusque-là dominante, et menacée désormais d’une ruine complète. - Enfin l'importance toute nouvelle qu avait prise le platonisme parmi les païens dans leur lutte contre le christianisme, jointe à ce contact plus habituel des idées orientales, firent paraître et se développer avec un éclat rouveau cette philosophie enthousiaste, relevée par l'esprit scient'fique de la Grèce et réunissant diverses

doctrines déjà connues, » (P. 281.)

l'avait signalé dès 1836 (2). Mais ce qui donne le plus de prix à l’œuvre de Damascius, ce n’est peut-être pas la manière dont il soulève les questions abstraites et dont il en fait l'examen; c’est l’abondance et la valeur des notions que son livre renferme sur la théologie orphique et orientale, sur les principes des philosophies assyrienne, égyptienne, chaldaïque. Nous avons réuni la plupart des textes inédits où se rencontrent ces nolions éparses; nous nous sommes borné à les publier et à les traduire, d'autres sauront les meltre en œuvre. Bien des philologues ont fait mention et de Damascius et de ses œuvres. Nous citerons parliculièremeut, au seizième siècle, François Patrizzi, Aug. Steuchus; au dix-septième, Th. Burges, H. Dodwell, Gale, Hyde; au dix-huitième, l'Espagnol Iriarte, les deux savants italiens Muratori ct Morelli; Luce Holst.in, l'oncle de Lambécius, ainsi que ce dernier, J. Chr. Wolf et surtout Brucker; en France, notre Villoison, et parmi les contemporains, MM. Egger, Vacherot, J. Simon et Barthélemy Saint-Hilaire. Quelques-uns de ces érudits, nous le verrons plus loin, ont publié des extraits du livre des Premiers principes, extraits qui tantôt se composent de plusieurs pages, tantôt n’excèdent pas un petit nombre de lignes. Les articles consacrés à la vie de Damascius et à ses écrits dans les divers ouvrages d'histoire liltéraire et de bibliographie sont la plupart très-incomplets ou remplis d’inexactitudes (3). La meilleure biographie de Damascius est encore aujourd'hui celle dont M. Kopp a fait précéder son édilion partielle des Premiers principes. Le savant éditeur ἃ rapporté plusieurs textes grecs dont les précédents biographes n'avaient pas tenu compte, et qui jettent du jour sur la vie de Damascius et sur son époque. En reprenant le même sujet, nous ne dépasserons pas non plus le cercle des connaissances préliminaires : des notes biographiques sur le philosophe, quelques morceaux empruntés à la partie encore manuscrite de son grand ouvrage et qui intéressent l’histoire des religions et de la philosophie, un tableau sommaire des questions traitées par notre auteur dans ce livre et en d’autres écrits; enfin une notice abrégée mais aussi complète que possible des manuscrits que devra consulter l'éditeur, non plus d’une partie, mais de la totalité de Damascius, tel est le programme que nous avons à remplir. Nous terminerons par l’ex-

(2) Coup d'œil sur quelques travaux de la philologie grecque contemporaine, dans le Journal général de l'instruction publique, tome V, n° 86.

(3) Pour ne citer qu’un exemple, les détails bibliographiques insérés dans l’Histoire de la littérature grecque profane, de Schæll (édition de 1825, tome VII, p. 117), sont presque tous inexacts.

posé rapide de quelques idées touchant la publication définitive du traité des Premiers principes.

Damascius naquit en Syrie, à Damas (4). On ignore la date exacte de sa naissance, mais il est permis de la placer avec M. Kopp entre les années 480 et 490 de notre ère.

Il passa son enfance dans sa ville natale et vint ensuile faire ses premières études au centre même des lumières, dans les écoles d’Alexandrie. Pendant trois ans il y suivit les leçons de rhétorique d’un certain Théon, qu'il ne faut pas confondre avec les philosophes mathématiciens Théon de Smyrne et Théon d'Alexandrie. Damascius professa la rhétorique à son tour pendant une dizaine d'années ; mais la philosophie le réclamait, et l'avenir montra que telle était sa vocation vérilable.

La chaire éclectique d'Alexandrie, à l’époque où Damascius vint en cette ville, était occupée, non sans éclat, par le pla‘onicien Ammonius, fils du philosophe Herméas (ou plutôt Hermias), qui, dans l’école d'Athènes, avait succédé à Syrien (5). Cet Ammonius, disciple lui-même de Proclus, a laissé des commentaires sur divers traités aristotéliques, entre autres sur le livre De l'interprétation; on lui attribue aussi la biographie d’Aristote publiée sous son nom dans cette belle édition des œuvres du Stagirite que Buhle avait entreprise. Zacharie, l’évêque de Mitylène, l'ancien disciple d’Ammonius, écrivit un dialogue auquel il donna le titre d’Ammon, pour combattre ses opinions sur l'éternité du monde. Ammonivs, que l’on qualifie généralement de philosophe péripatélicien expliqua néanmoins à Damascius les ouvrages de Platon et lui donna aussi des leçons d'astronomie; il exposait cette science d’après le système de Claude Ptolémée. (Photius, Biblioth., cod. 484.)

(4) On nesaurait dire sans trop s’avancer, croyons-nous que l’on ignore le véritable nom de notre philosophe, et que Damascius était un surnom tiré de sa ville natale. (Voy. Nouv. biogr. générale, article Damascius). Le mot Δαμάσχιος est plutôt un nom propre d'homme, et Δαμασχηνός l'adjectif immédiatement dérivé du nom grec de la ville de Damas. C’est ainsi que dans notre langue on distingue le nom de Francois et l'adjectif français.

{5) Voyez dans 16 Dictionnaire de Bayle un article a-sez court maïs intéressant sur Hermias, qui était «un fort honnête homme, » — Voycz aussi dans le Magasi encyclopédique (3° année, p. 21 et suiv.) une notice sur ce philosophe, par Sainte- -Croix.

Dans le catalogue de la bibliothèque impériale de Vienne, rédigé par Lambécius {édition de Kollar, tome VII, p. 42), on lit qu'Hermias, auteur, comme on sait, d’un précieux commentaire sur le Phèdre, fut un des maîtres de Damascius.

paul ἐς.»

LE PHILOSOPHE BAMASCIUS. .

Mais Damascius ne pouvait borner aux leçons d'Ammonius son instruction philosophique; il sentait le besoin de comparer les doctrines, d'étendre le champ de ses observations et de ses études : il partit pour Athènes. Depuis Hiéroclès, le dixième ou onzième successeur de Plotin, qui professait vers la fin du quatrième siècle, le néoplatonisme, sans disparaître entièrement dans les écoles d’Alexandrie, avait son siége principal sous les ombrages des jardins académiques. Damascius y trouva Marinus, autre disciple de Proclus et son biographe. Marinus lui enseigna la philosophie, à ce que disent les uns, les mathématiques, disent les autres, tels que Photius (lieu cité). Ce dernier écrivain présente Marinus comme ayant enseigné la philosophie aristotélique à Isidore de Gaza, qui devait devenir le professeur de notre philosophe. Il est donc probable que la première opinion est plus fondée que la seconde. Elle est adoptée par Brucker (Hist. crit. philosoph., t. IL, p. 349).

Damascius reçut ensuite, ou peut-être même simultanément avec les leçons de Marinus, celles d’[sidore de Gaza, qui à cette époque n'avait pas encore quitté Athènes pour Alexandrie. Isidore lui enseigna la dialectique. et le traité des Premiers principes nous permet de juger que ces leçons ne furent point perdues. Au milieu des difficultés inhérentes à la matière que traitaient les philosophes néoplatoniques, les juges les plus sévères ont reconnth dans ses écrits une force de raisonnement qui semblerait, au premier abord, incompatible avec des subtilités presque insaisissables. Tout nous induit à supposer qu'isidore était son maître de prédilection. Nous savons qu'une étroite amitié les unit, et Photius nous a conservé les débris d'une Vie d'Isidore écrite par Damascius, où celui-ci fait un grand éloge de son maître. Nous ajouterons que le portrait d'Isidore. tel qu'il est tracé dans ce fragment de biographie, atteste que le philosophe de Gaza n'était pas un dialecticien pur et simple, mais plutôt un véritable stoïcien, un moraliste.

On croit que Damascius avait également suivi les leçons d'Hégias, successeur immédiat de Marinus, et celles d'Héliodore, frère d’Ammonius. Quoi qu'il en soit, après la retraite d’Isidore, Damascius n'en resta pas moins auditeur à l’école d'Athènes, où Zénodote, le successeur de son maître et ami, lui enseigna la philosophie, s’il est vrai qu'il eût Marinus pour professeur de mathématiques, ou cette dernière science, suivant la tradition la plus admissible.

C’est ainsi que Damascius, renonçant à l’enseignement de la rhétorique, était redevenu disciple lui-même, et consacrait toute son attention à la doctrine philosophique qui, depuis Plotin, se transmet-

tait d'âge en âge. Aussi, lorsque la mort ou la retraite de Zénodote rendit vacante la chaire éclectique, notre philosophe se trouva tout naturellement désigné pour être le successeur, le diadoque (διάδοχος), et le nom lui en est resté, comme il est resté à Proclus, comme ilrestait peut-être à tous les héritiers de l’enseignement néoplatonique. Mais, selon toute apparence, il ne put jouir longtemps de cet honneur.

L'an 529 de notre ère, l’empereur Justinien ferme l’école philosophique d'Athènes, et trois ans plus tard, en 532, après avoir banni les principaux philosophes, il confisque les biens fort considérables que possédait l'association des platoniciens.

C’est dans les textes grecs de l’histoire contemporaine, écrits sous l'impression des événements mêmes, qu’il faut voir le conflit des diverses puissances qui, pendant deux siècles, livrent à la philosophie une guerre opiniâtre et finissent par lui disputer jusqu’à son existence légale. « Vers cette époque, lisons-nous dans les Chroniques de Jean Malala (tome If, p.184; citation de Kopp), vers cette époque, une grande persécution eut lieu contre les païens; une foule d’entre eux eurent leurs biens confisqués...; alors moururent Asclépiodote, Phocas, Thomas le Questeur.. Ces événements répandirent partout la terreur...» — Ἐν αὐτῷ δὲ τῷ χρόνῳ διωγμὸς γέγονεν Ἑ) λλήνων μέγας, χαὶ πολλοὶ ἐδημεύθησαν.... χαὶ ἐκ τούτου πολὺς φόθος γέγονεν. --- Vient ensuite le décret qui frappe les philosophes; écoutons encore Malala : «Sous le consulat de ce même Décie (lJ’an 529), l'empereur Justinien fit un décret et envoya des instructions qui tendaient à défendre que personne n'enseignât la philosophie dans la ville d'Athènes, ne commentât les lois, etc. » — ὃ αὐτὸς βασιλεὺς θεσπίσας πρόσταξιν ἔπεμψεν EN AGHNAIE χελεύσας ΜΗΔΈΝΑ AIAAZKEIN ΦΙΛΟΣΟΦΙΑΝ, μήτε νόμιμα ἐξηγεῖσθαι.....

Les écoles athéniennes du néoplatonisme furent donc tout à coup, d’un trait de plume, privées de leurs professeurs et de leurs auditoires. Élèves et maîtres, dispersés, ruints, exclus du vaste empire où domine Justinien, sont réduits à chercher auprès de Chosroës, son plus grand ennemi, un asile qui les puisse protéger contre leurs persécuteurs (ὃ bis). Procope, Théophane, la Chronique d'A-

(5 bis) Saint Thomas d'Aquin fait de ce système de persécutions une condition d’existence pour certains pouvoirs, lorsqu’il écrit : « Ad salvationem tyrannidis... expedit interficere sapientes. nec scholas nec alias congregationes per quas convenit vocare circa sapientiam permittendum est.» Comment. sur le quarantième chap. du cinquième livre de la politique d'Aristote. Sur l'authenticité de ce passage, voy. La Philosophie de Saint Thomas d'Aquin par M. Ch. Jourdain, t. Ier, p. 89, 1858.

lexzandrie, Photius, Zonaras, Malala, et surtout Agathias, en un mot tous les Grecs qui ont écrit l’histoire de ce temps, fourniraient quelques traits à ce tableau. Du reste, la philosophie pouvait, jusqu'à un certain point, s'en prendre à elle-même de ses malheurs : pourquoi avaitelle introduit dans les systèmes rationnels de Platon et du Stagirite cetélément qui n’est, on l’a dit (6), que l’abdication de la philosophie, le mysticisme? Pourquoi était-elle devenue « un mélange de dialectique, de morale, d'enthousiasme et de théurgie? (7) »

Quoi qu'il en soit, nous ne saurions admettre avec M. Kopp (p. vu) que Damascius ait établi une école clandestine à peu près vers cette époque, après qu'Isidore et Zénodote eurent interrompu leurs leçons. D'un autre côté, les biographies qui mentionnent ces divers détails sont presque unanimes pour ajouter que le philosophe et quelquesuns de ses amis allèrent immédiatement après l’édit de Justinien se réfugier en Perse aüprès du roi Chosroës; mais il faut observer qu’en 529, ce prince n’était pas encore monté sur le trêne, et que son règne commence en l’année 531, c’est-à-dire plus d'un an après la suppression de cette école éclectique d'Athènes. Ce fut donc plutôt vers 532 qu'une nouvelle pléiade, sept philosophes néoplatoniciens, sortirent de l'empire grec etse dirigèrent avec confiance vers le royaume de Perse. — Agathias, cité par M. Kopp, nous ἃ conservé leurs noms: c'étaient Damascius de Syrie (notre Damascius), Simplicius de Cilicie, Eulalius le Phrygien, Priscien de Lydie, Hermias et Diogène. tous deux Phéniciens, et Isidore de Gaza (8). — Le seul titre de banuis, de fugitifs romains devait être pour eux une puissante recommandation. Les rois Sassanides n'avaient jamais pu rester en paix avec les. empereurs d'Orient, malgré les concessions de Constantinople. Le désir d'accroître leur territoire aux dépens de l'empire romain, et les dangers que faisait craindre la propagation de la religion chrétienne, devenue, depuis Constantin. la religion officielle de l'empire, étaient pour eux des motifs perpétuels de guerre. On devait voir en Damascius et dans ses compagnons d’infortune [65

(6) Voy. Barthélemy Saint-Hilaire, Rapports sur le concours relatif à l'école d'Alexandrie. 1845.

(7) Voy. dans l'Encyclopédie, l'art. Éclectisme.

(8) Suidas, 5. v. Πρεσβεῖς, cite ur passage d’Agathias où les faits sont présentés autrement. Après avoir nommé les sept philosophes, l’auteur ajoute : οὗτοι ἧσαν οἱ φιλόσοφοι οἱ εἰς Περσίδα διαπρεσθευσάμενοι σὺν Ageo6ivôw.— «Tels furent les philosophes députés en Perse avec Aréobinde pour traiter de la paix. » Le nom d’Aréobinde figure plusieurs fois dans Procope ; mais rien ne prouve qu’il y soit question. du personnage nommé par Agathias et Suidas,

derniers débris de la philosophie antique, le dernier rempart que le paganisme püût opposer encore aux conquêtes de la loi nouvelle.

Mais ce n’est pas tout : la terre, suivant la remarque d’un philologue, était alors gouvernée par trois princes philosophes, le roi des Romains, Justinien le Grand, Chosroës, roi de Perse, et le roi des Goths, Théodebald ou Théodat. Ce spectacle est admirable, si l'on se borne à le voir de loin, mais supporterait-il une analyse attentive et sincère (9)? Pour ne parler que de Chosroës, on pourra lire, dans le petit nombre de pages que lui consacre M. Dubeux, une double relation de son règne, d’après les historiens grecs et d’après ceux de l'Orient; là, plus d’un trait donne à croire que la philosophie, qui remplissait les discours de ce prince, ne dirigeail pas toujours ses actions (10).

(9) Alamannus, qui a fait ce rapprochement dans le Procope au P. Maltret ( Tetras altera, 1729, p. 371), se fondait sur le témoignage de trois auteurs contemporains, Agapet, Agathias et Procope. Le dix-septième chapitre de la Scheda regia, adressée à l’empereur Justinien par Agapet, « diacre de la grande Église, » contient ce passage : «Nous voyons reparaître l’âge de bonheur qu’un ancien annonçait pour le temps où les philosophes seraient rois, ou bien les rois philosophes. Et eh effet, c’est en aimant la sagesse que vous vous êtes rendus dignes de la royauté, et la royauté ne vous a point fait renoncer à l’amour de la sagesse. » Kai γὰρ φιλοσοφοῦντες ἠξιώθητε βασιλείας χαὶ βασιλεύσαντες οὖχ ἀπίστητε φιλοσοφίας. --- Quant

à l’historien Agathias, on va voir tout à l'heure ce qu’il rapporte de la réputation de-

Chosroës comme roi philosophe. — Enfin Procope, au livre Ier de ses Gothiques, dit bien que Théodat avait étudié la doctrine du platonisme; mais il ajoute malicieusement que le roi des Goths regardait comme une calamité d’avoir des voisins (Procope, éd. Hæschel. Gofh. I, p. 168).

(10) La Perse, par L. Dubeux, 1841, Univers pittoresque. « Chosroës (dit Procope dans son Histoire secrète) était toujours prêt à promettre toutes choses, et à confirmer ses promesses par des serments, mais il était encore plus porté à oublier ce qu’il avait promis. Quoiqu'il eût sur le visage l’image de la piété et dans la bouche des paroles qui ne témoiguaient que de l’éloignement pour les mauvaises actions, il n’y en avait pas qu'il ne commiît, quand il pouvait en tirer de l’utilité.» (La Perse, p. 293.) D’autre part, d’après le témoignage des historiens orientaux, Chosroës, qu’ils appellent Noushirvan le Juste, inaugure son règne par cette déclaration sur la liberté de conscience : « Mon autorité ne s’étend que sur les corps et non sur les cœurs ; en effet, le dieu qui connaît les pensées secrètes de tous les hommes peut seul juger les intentions de chacun. Je veux dire que ma vigilance et ma sollicitude ne doivent avoir pour objet que vos actions et non vos consciences. » (Ibid., p. 325.) Ces historiens disent encore : « Noushirvan, qui surpassait en sagesse et en science tous les rois de Perse ses prédécesseurs, aimait à attirer auprès de sa personne les savants et les philosophes.» (Jbid. page 318.) Ce 1émoignage a été consacré par la poésie : «Noushirvan exerça la justice : aujourd’hui encore les peuples répètent son nom avec enthousiasme. » Saadi, Pend-Nomèh (livre des Conscils, chap. 1x, De lu justice. Trad. Garcin de Tassy, 1828, p. 113.

On peut voir une preuve de la curiosité philosophique de ce roi dans 165 neuf

Cependant nos exilés « prirent leur chemin vers Suse » avec la pensée qu'ils allaient y trouver la réalisation du rêve de Platon : des peuples gouvernés par un prince philosophe. Agathias déclare que tel était leur espoir, mais il ajoute qu'arrivés en Perse, ils furent cruellement déçus et qu'ils saisirent la première occasion de rentrer sur le territoire de l'empire : elle ne se fit pas trop attendre. A peine remonté sur le trône, Chosroës, malgré les concessions nouvelles de Justinien, avait repris les hostilités avec ce prince, et vers 533 la guerre se termina d’une manière avantageuse pour la Perse; Chosroës, vainqueur, dicta ses conditions à l’empereur de Constantinople. La première intéressait particulièrement Damascius et les autres philosophes qui avaient partagé sa fortune : cette condition, c'était le rappel de nos exilés et peut-être la réouverture de leurs écoles.

Doit-on chercher dans l’acte de Chosroës un mouvement généreux en faveur de la liberté de conscience, ou faut-il y reconnaître une intention secrète et moins pacifique? Aux veux du roi de Perse, et à considérer la question au point de vue politique, l'enseignement de la philosophie néoplatonicienne, inséparable alors d’une certaine théologie hellénique et orphique, pouvait être un présent assez peu désirable pour l'empire chrétien de Constantinople.

Quels que fussent les motifs du roi de Perse, voilà nos sept philosophes revenus d’exil (11). On ἃ dit que Damascius, dès son retour,

questions de psychologie, de physique ct de physiologie publiées pour la première fois par M. J. Quicherat dans une notice intitulée : Solution des problèmes proposés par Chosroës, Traité inédit de Priscien le philosophe (Biblioth. de ΤῸ. des chartes, 1853, 3e série, t. IV, p 248), et insérée, avec des notes de M. Dübner, dans la Bibliothèque grecque-latine de MM. Didot, à la suite de Plotin et de Porphyre, 1855. M. 1. Quicherat cite et traduit dans cette notice le récit d'Agathias relatif aux philosophes exilés, et réfute ce que ce récit contient de défavorable pour le roi de Perse.

En ce qui regarde Justinien et les différentes mesures par lesquelles il croyait servir la religion, on peut voir dans /a Palestine (Univers pittoresque), page 610, le passage où M. Munk, à l’occasion des rigueurs exercées contre les Juifs comme à l'égard des paiens et des hérétiques, s'appuie sur les autorités que rappelle le chapitre xLvir de Gibbon : Procope, Jean Malala, Théophane et en particulier les Annales ecclésiastiques de Baronius sous l’année 537 et l’année 565, où l’orthodoxie même de Justinien semble mise en doute.

(11) Moréri (article Damascius) ne dit pas un mot de son bannissement ; il ne mentionne pas même son ouvrage le plus important, le Traité des premiers principes. Il se contente de nous renvoyer au livre de Vossius, De kistoricis græcis, $22, p.272.

Agathias, qui raconte le retour des philosophes dans l’empire (Voy. le Damascius de Kopp, p. x, ou Agathias, édition de Venise, 1. II, p. 49), nous cite untrait qu'ilne faut pas négliger, et qui prouve que les derniers héritiers grecs de Platon n'étaient pas tout à fait dignes de leur premier maître, C’est une aventure singulière, un mi-

alla se fixer en Égypte, et M. Matter suppose même qu’à cette époque il professa dans les écoles d'Alexandrie. (École d'Alexandrie, 1840, t. I, p. 351.) C’est dans cette ville qu'il composa, dit-on, ses divers ouvrages et qu'il termina ses jours.

La date précise de sa mort est demeurée inconnue. Tout ce que l'on peut affirmer, c'est que Damascius avait cessé de vivre lorsque Simplicius écrivit son Commentaire sur da physique d’Aristote. (Voy. Simplic., In phys. auscult., 1. IV, fin.) Avec Damascius disparaissait l’école néoplatonicienne, dont les professeurs, nous l’avons dit, avaient constitué la chaîne d’or.

Il nous serait impossible de retracer le caractère du philosophe Damascius, de raconter sa vie privée : les documents font défaut; mais s’il est vrai que le style soit l’homme, nous avons le moyen de rectifier certaines opinions qui nous paraissent mal fondées.

Damascius n’était pas dirigé par un esprit de dénigrement, comme on l’a cru d’après Photius; il apportait même une juste modération dans sa critique philosophique. C’est ainsi du moins qu’il nous apparaît dans ses œuvres. On ne peut contester, il est vrai, cet enthousiasme mystique, cet amour des subtilités qui, depuis Plotin, caractérisent l’école d'Alexandrie, mais il faut reconnaître que jamais son langage ne lui donne l'extérieur d’un hiérophante ou d’un thaumaturge. Il expose des idées étranges, il raconte des faits merveilleux, mais il sait aussi manier la critique; il s'explique, il se résume, et tout ce qui pourrait le faire sortir de son sujet est soigneusement écarté par lui. Très-rarement il parle de sa personne, de ses opinions ou de ses ouvrages. « C'était un homme avide d'apprendre et rempli de l’amour du vrai, un chercheur par excellence (ζητητικώτατος)». ἃ dit Simplicius (/n phys. ausc. Aristot., text. 49 ; ed. Ald., f. 116 r°). Nous ajouterons que son style est généralement pur, quelquefois même assez vif; on trouve dans ses écrits plus d’une tournure animée, notamment l'interrogation oratoire (12).

racle dont nos voyageurs deviennent l’occasion. Ils trouvent sur leur chemin un cadavre resté sans sépulture ; ils l’ensevelissent pieusement; mais un vieillard leur apparaît pendant leur sommeil et leur dit ou plutôt leur chante, en deux vers grecs : « Qu'il n’y a pas de sépulture pour les parricides; que laterre, mère de toutes choses, ne veut pas recevoir dans son sein la dépouille d’un homme qui a tué sa mère. » Le jour suivant, ils repassent au même endroit; le cadavre était hors de terre.

(12) « Damascius, écrit Schæll, que nous citons ici comme l’interprète de l’opinion générale, Damascius était un homme d’un excellent jugement qui le préserve de quelques-uns des écarts de ses devanciers, sans pouvoir l’en garantir tout à fait, Il aimait la science et nommément les mathématiques, et s’efforçait de leur rendre la considéra-

Quant à sa doctrine, les anciens, et d’après eux les modernes, ont fait de lui tour à tour un philosophe académique, un péripatéticien et un stoïcien (13). Il eût été plus court, et plus exact en même temps, de dire qu'il était un peu tout cela, et qu'il professait l’éclectisme.

Avant de nous arrêter sur les doctrines de Damascius, nous devons rappeler que Photius, en plusieurs endroits de sa Bibliothèque, et notamment au numéro 181, lui reproche vivement ses impiétés à l'égard de la religion chrétienne; mais la critique a fait justice de cette imputation (14). Pour notre part, nous affirmons qu'elle ne peut avoir trait au grande ouvrage qui nous reste de Damascius : nous

tion dont le fanatisme de l’école d’Athènes avait travaillé à les dépouiller., » (Hist. de la littér. gr. prof., éd. de 1825, t. ΥΠΗ p. 117.)

(13) Fabricius (éd. Harles, t. III, p. 170) l’admet d’abord au nombre des platoniciens et s’appuie du témoignage de Jonsius (Hést. philos., III, 19, 4, p. 104-399). Harles signale à cette occasion un passage d’Olympiodore (1 prim. Alcib.) relatif à Damascius, d’après la dissertation de Ruhnken sur la vie et les écrits de Longin. — Fabricius compte ensuite Damascius parmi les disciples d’Aristote (t. III, p. 483) : « Damascius Syrus, Ammonii, Hermeæ et Heliodori peripateticorum discipulus…; » et il ajoute : « Stoicos etiam audiit et platonicos, quibus utrisque magis adsentire est visus. » Enfin on voit plus loin (t. III, p. 558) Damascius figurer dans le tableau des stoïciens, d’après le Lexique de Suidas et le Violarium d’Eudocie.

(14) « S'il s’agit bien de notre Damascius dans ce passage de Photius, écrit M. 1. Simon (Dict. des se. philos., art. Damascius), on peut dire du moins que ce jugement est d’une témérité excessive, »

De son côté, Brucker ajoutait foi au témoignage de Photius; mais ce savant h storien de la philosophie ancienne était fortement prévenu contre les disciples de Platon, « quibus hominibus, dit-il quelque part, neque impudentiores nec audaciores fuisse nemo negaverit. » (TJ. II, p. 350.)

Schæll prétend que, s’il faut en croire le lexique de Suidas (v. Ὑπατία), Damascius attribue à Saint Cyrille la mort d'Hypatie, massacrée par une populace fanatique. Hâtons-nous de le dire, le passage de Suidas ne fait aucune mention de Damascius; de plus, l’article Hypatie, dans le petit traité d'Hésychius de Milet, intitulé Vie des philosophes, où se retrouve une phrase de Suidas, ne contient pas la moindre mention de notre auteur, ni de Saint Cyrille. L’assertion de Schæll est donc inexacte. Cette erreur a pu venir de ce que, dans son édition de Suidas, Kuster attribuait sans hésitation à Damascius la notice d'Hypatie. Reinesius partageait l’opinion de Kuster ; Gaisford ne l’a pas combattue dans son édition de Suidas, mais personne n’a pris le soin de la motiver. Du reste, Schæll n’est pas le premier qui l’ait admise; Voltaire non plus, sans doute, lorsqu'il écrit à ce sujet (Dict. ph., art. Hypatie) : « C’est ainsi que le racontent Damascius et Suidas. » — Il faut reconnaître que l’évêque d'Alexandrie, rempli d'horreur pour les opinions des hérétiques (=vocôuevos, dit Saint Euloge cité par Photius, Biblioth., éd. in-fo, p. 862), pouvait ne pasassister desang-froid au spectacle que donnait cette femme, philosophe et païenne, dont la dangereuse éloquence attirait de toutes les contrées de la Grèce et de l’Asie une foule immense d’auditeurs. Saint Euloge, dans Photius, n’appelle-t-il pas mainte fois Saint Cyrille «le champion, le gardien vigilant de la vérité, ὃ τῆς ἀχριδείας φύλαξ » ?

avons lu en entier ce traité des Doutes et solutions sur les premiers principes, sans y trouver une seule phrase qui soit hostile au christianisme , nous dirons plus, sans y noter une seule fois le mot χριστιανός. À ce titre, comme à beaucoup d’autres, Damascius est à rapprocher du chef de l’école éclectique. « Quant à Plotin, dit M. N. Bouillet, qui publie en ce moment la première traduction française des Ennéades, quant à Plotin, on ne trouve pas dans ses écrits une seule ligne dirigée contre les chrétiens (t. [, p. xxx1) » (45). C’est ici le lieu de rappeler l’affinité du platonisme et du christianisme. « Cette affinité, écrit M. Bouillet, était reconnue univgrsellement dans les premiers siècles, et les propagateurs les plus zélés de la religion s’accordaient pour voir dans les platoniciens des auxiliaires utiles et presque des frères. » (Ennéades, t. I, p. xxx.)

M. Alfred Maury, dans son Histoire des religions de la Grèce antique (Paris, 1857-59, 3 vol. in-8), vient de montrer savamment les emprunts nombreux que le christianisme, de l’aveu même des Pères, a faits aux platoniciens. Il faut lire, au point de vue de l’histoire philosophique, tout le troisième volume de son livre, et notamment le dix-neuvième chapitre, où l’auteur examine l'influence exercée par la philosophie sur la religion des popuiations helléniques.

Nous l'avons diten commençant, ce n’est pas à nous qu'il appartient d'exposer les doctrines du philosophe Damascius; il nous suffira dereproduire quelques appréciations empruntées à des plumes exercées.

« On sait, dit M. J. Simon (Dictionn-des sc. philosoph., article Damascius), on sait la double origine de la spéculation alexandrine. Plotin et ses successeurs suivaient Platon dans son ascension dialectique et arrivaient sinon avec lui, du moins par sa méthode, à l'unité des Éléates; mais une fois parvenus à celte hauteur, au lieu de se perdre dans le relatif faute de pouvoir l'expliquer, ils acceptaient au contraire les données de l'expérience et mettaient tous leurs soins à

(15) On a remarqué (Schæll, t. VII, p. 134) que le Florileqium de Stobée, entre plus de cinq cents auteurs, ne cite aucun écrivain chrétien. — D’une autre part, nous sommes fondé à croire que Proclus n’a jamais écrit directement contre les chrétiens. — Sur les rapports des philosophes néoplatoniciens avec les chrétiens primitifs, voyez une dissertation très-intéressaute publiée à Leipzig vers la fin du dix-huitième siècle et intitulée : De causis alieni platonicorum recentiorum a religione christiana anima ; 1785; in-49, L’auteur de cet opuscule, C. A. G. Keil, donne une riche bibliographie de la question qu’il examine.—Plusieurs lettres de Saint Augustin, 2otamment celies qu’il adresse à Maxime de Madaure, montrent le travail d'élimination par lequel le polythéisme, dès le cinquième siècle, tendait à se rapprocher de ia doctrine chrétienne. M. Eugène Rendu, à qui nous devons cette remarque, nous signale particu- Jièrement les lettres 16, 19, 118, 232, 233 et 234.

concilier les résultats opposés de ces deux méthodes, c'est-à-dire le dieu puissant et intelligent auquel le spectacle du monde nous conduit, et le dieu absolu, supérieur à l'intelligence et à l'être, que nous donne la dialectique. Cette conciliation s’opérait dans l’école d’Alexandrie au moyen de la théorie des hypostases, qui sauvait l’unité de Dieu par l'unité substantielle du principe, et la pluralité des points de vue par la Trinilé. On avait même poussé si loin l'abus de ces divisigns inintelligibles que Plotin et Porphyre n’admettaient pas seulement une Trinité, maisune Ennéade. La solution proposée par Damascius fut toute différe2te. [l repoussa cette supposition d'une pluralité hypostatique qui n’altère pas l'unité substantielle ; il faissa tout entière l'unité absolue de Dieu, qui le rend incompréhensible et ineffable ; mais il soutint que, si nous ne connaissons pas sa nature, nous connaissons du moins son gouvernement el son efficace par rapport au monde et à nous-mêmes.

«Selon lui, noussavons clairement que Dieu est et qu'il est infini. Par l'idée que nous avons spéculativement de Dieu, Dieu est infini et incompréhensible; par les preuves que nous avons de la Providence, Dieu est bon, intelligent, puissant. Ce n’est pas que nous arrivions par cette voie détournée à comprendre Dieu; mais nous jugeons, par les effets de sa puissance, qu'il n'y ἃ rien en lui qui ressemble à la négation de l'intelligence, de la bonté, de la puissance. Nous lui donnons ces attributs parte qu'ils expriment ce que nous connaissons de plus parfait après lui, avec cette réserve qu'il ne les possède pas sous la forme que nous connaissons. Damascius, en parlant ainsi, était tout près de pénétrer le mystère qui a tant troublé cette école, et de rendre au dieu mystique des Alexandrins, à ce dieu qui n'est pas l'être, le vrai caractère du dieu qui n'est pas la raison, c’est à dire de l’Étre absolu, incommunicable, sans commune mesure avec l'être que nous sommes ; mais cette spéculation incomplète et inachevée resta sans écho dans une école qui n'avait plus de souffle, et dont Proclus avait clos sans retour les brillantes destinées. »

M. Barthélemy Saint-Hilaire ἃ défendu notre auteur d’une accusation portée contre lui, et d'après laquelle «le néoplatonisme se serait éteint dans le scepticisme avec Damascius. » Celte assertion figurait dans un des mémoires présentés au concours ouvert par l’Académie des sciences morales, en 1844, sur l’histoire de l’école d'Alexandrie. M. B. Saint-Hilaire, nommé rapporteur dans l’examen du concours, releva en ces termes la phrase que nous venons de citer :

« Il y a, dit-il, une très-grande différence entre prétendre que nous ne pouvons connaître Dieu à cause de son infinitude même, ct

douter de Dieu. Plotin, bien plus encore que Proclus, plus encore que Damascius, avait soutenu que l'Être fini ne peut connaitre l'Étre. infini. Y eut-il jamais un philosophe moins sceptique que Plotin? Damascius ne l’est pas plus que lui : et la philosophie grecque, après mille ans et plus de puissance et de fécondité, ne succombe pas du moins à ce suicide honteux. » (Rapport à l'Acad. des sc. mor.,27 avril 1844.— Paris, 1845, in-8°.)

M. Vacherot. dans son Histoire critique de l'école d'Alexandrie, publiée en 1846, s'étend plus longuement qu'on ne l'avait fait jusquelà sur la doctrine et les écrits de Damascius ; nous ne le suivrons pas jusqu’au bout dans son exposé du traité des Premiers principes; nous en citerons seulement quelques lignes. Notons d’abord ce grave témoignage (livre ΠῚ, p. 197) :

« L'école d'Alexandrie excelle à tout expliquer; elle possède une science incomparable ; elle est douée d’un sens critique bien supérieur à Lout ce qui la précède; mais elle manque d'inspiration et de puissance créatrice; elle perd même jusqu'à un certain point, dans la subtilité de ses explications philosophiques et mythologiques, le sens intime, vivant, fécond de la vérité. C’est toujours la grande lumière d'Alexandrie, mais la lumière sans cette flamme intérieure qui pénétrait la pensée de Plotin. »

« Sur les trois points fondamentaux de la philosophie alexandrine. écrit plus loin M. Vacherot (p. 384), savoir : la doctrine théologique, l’explication philosophique des mythes, la conciliation des idées de Platon et d’Aristole, on trouve dans Damascius, dans Olympiodore, dans Simplicius, des développements d’une certaine importance. Damascius, au témoignage de Simplicius (]n phys. auscult. Aristot., 1. IV. text. 140), n'avait pas craint, dans son extrême prédilection pour Jamblique, de contredire sur plusieurs points son maître Proclus. Mais le seul traité qui ait été conservé de ce philosophe ne révèle point ces divergences (Damascii Quæstiones… ed. Kopp). Dans ce livre, Damascius résume avec précision la doctrine de Proclus, et sans y rien ajouter pour le fond, soulève et résout avec une certaine force les principales difficultés de la théologie alexandrine. »

Plus loin encore (p. 385) : « Damascius, sur tous les points, complète ou approuve la doctrine de ses maîtres. »

M. Vacherot insiste aussi (p. 390) sur l'importance philosophique du grand ouvrage de Damascius. « .. Cette discussion, dit-il, sur la nature de l’Un et sur les rapports de l’'Un avec le Tout, est la seule partie originale du Περὶ ἀρχῶν; quant à la portée philosophique, sur tout le reste de la doctrine, Damascius semble n'avoir fait que

reproduire, en la résumant, la pensée de Proclus. C'est la même théorie de l'Être et du ternaire, la même doctrine des nombres, le même système d’émanations.

« Il est encore un point sur lequel le livre de Damascius nous ἃ paru mériter une attention particulière : c'est sa doctrine mythologique… Damascius ἃ pu, grâce à son séjour en Perse, étendre le cercle de ses études mythologiques (16). Il est le premier philosophe de cette école qui ait parlé avec quelque précision des doctrines des grands peuples de l'Orient. Du reste, s’il les fait connaître, c’est pour les invoquer à l'appui de sa propre théologie. »

Telles sont les appréciations de la critique contemporaine sur les doctrines de Damascius (17). Elles sont unanimes en ce qui touche l'importance de ses œuvres. Les citations qui précèdent justifieront sans doute aux yeux du lecteur le vœu que nous émettons ici, après beaucoup d’autres, de voir publier et traduire Damascius; elles expliqueront les soins et l'étendue que nous avons donnés à la bibliographie, si peu complète, si fautive jusqu'ici, des ouvrages qu'il ἃ composés.

Les principaux disciples de Damascius furent Simplicius, de Tralles en Cilicie, et Olympiodore le jeune, d'Alexandrie, tous deux célèbres commentateurs, le premier, d’Aristote, l’autre, de Platon.

M. Cousin, dans ses Notices sur deux commentaires platoniques d'Olympiodore restés inédits (Journal des savants, juin et juillet 183% et mai 1835), nous montre Damascius cité par ce philosophe et invoqué même comme une autorité, de préférence à Proclus.

Quant à Simplicius, c'était non-seulement le disciple, mais l’ami particulier de Damascius, et nul doute que la communauté d’infortunes n’eüût resserré entre eux les liens de l’amitié (48).

(16) M. Vacherot dit ailleurs que Damascius, en Perse, fut persécuté par les mages. * (17) M. AI. Pierron, qui ἃ consacré quelques lignes à notre philosophe dans son Histoire de la littérature grecque (p. 462), l'appelle «un écrivain élégant dont l’imagination enthousiaste s'était éprise d’une vive passion pour les doctrines particulières à Jamblique. »

On ἃ bien voulu nous signaler l'excellent ouvrage allemand intitulé PArlosophie der Griechen (Marburg, 1852; 3 vol. in-8°), par feu M. E. Zeller. En ce qui concerne Damascius (p. 954), cette histoire n’a rien ajouté aux documents que nous avions déjà recueillis; mais l’auteur paraît accorder une très-grande valeur aux écrits de notre philosophe.

Nous mentionnerons simplement aussi l’ouvrage de Ritter et Preller, publié par ce dernier : Historia philosophiæ græco-romanæ ex fontium locis contexta ; Hamburgi, 1838. Mais Damascius occupe une très-petite place dans ce recueil de textes originaux concernant la philosophie et les philosophes de la Grèce et de Rome.

(18) On a écrit plusieurs fois « Damascius, disciple de Simplicius ». Ouvrez Mo-

On se rappelle que Damascius avait, parmi ses compagnons d’exil, son maître de dialectique, Isidore. Une étroite amitié unissait aussi les deux philosophes, et Damascius, après la mort de son cher professeur, écrivit sa biographie. Photius nous en ‘a conservé, dans sa Bibliothèque, un fragment assez étendu.

L'opinion générale, nous l’avons vu plus haut, fait cesser l’enseignement régulier de l’école philosophique d'Athènes avec le décret impérial de 529. Frappé au cœur dès cette époque, faible, languissant, mais encore vivant tant que vécut notre auteur, que devint le néoplatonisme après la mort de Justinien, arrivée vers 566? Faut-il, parmi les actes qui signalèrent l'avénement de Justin If, compter l’abrogation du rigoureux décret par lequel son oncle avait interdit l’exégèse platonique? On sait que, loin de suivre la politique adoptée dans le cours du règne précédent, Justin IT cassa plusieurs décrets de Justinien. Quoi qu’il en soit, le néoplatonisme fut officiellement condamné vers le milieu du sixième siècle, et l'histoire littéraire des cinq siècles suivants n’en fait pas, croyons-nous, la moindre mention. C’est à peine si Jean Philopon rappelle une fois le nom de Damascius; par exemple, dans son livre In meteor. Aristot. (ed. Ald., p. 86). — Au dixième siècle, Photius le cite, mais ce n’est que pour l’accabler de malédictions (19). « L'école, dit M. Alexandre, dans son

réri : «Damascius.., disciple de Simplicius et d’Elamite, tous deux Phrygiens » ; deux erreurs en une ligne, dirait Bayle. Suidas et Eudocie — ou plutôt leurs copistes — avaient écrit: Δαμάσχιος.... Σιμπλικίου χαὶ Ἐλαμίτου (aliter : Εὐλαλίου, Ἑὐλαμίου. Εὐθαλίου] Φρυγῶν ὁμιλητής... — Fabricius, ed. Harl., t. III, p. 196) : « Damascium Isidori et Simplicii discipulum... » — Cependant Simplicius lui-même s'explique ainsi en nommant Damascius : « notre chef d'école, » ὁ ἡμῶν χαθηγεμών. Il le mentionne aussi quelque part comme n’existant plus.

(19) Philopon, cité par M. Lobeck (Aglaoph., p. 935), rappelle un passage de Damascius qui ne se retrouve pas dans la partie de ses écrits arrivée jusqu’à nous. Voyez Philopon. in Metaph. T, p. 104. Montfaucon, dans son catalogue de la bibliothèque Coislin, décrit (p. 589) un codex en parchemin, du dixième siècle (Biblioth. impér., fonds Coislin, n° 387), qui avait appartenu au monastère de Saint-Athanase; plus loin (p. 598), il cite le nom de Damascius parmi ceux des principaux philosophes commentateurs. Le titre de l’opuscule où se trouve cette mention est ainsi conçu : Collectio, Deo juvante, diversorum interpretum in Aphthonii Progymnasmata. — Montfaucon avait déja signalé plus haut (p. 328) un manuscrit du quinzième siècle (B. I. f. Coisl., n° 178) renfermant une sorte de lexique grammatical, où il avait vu le nom de Damascius. — Enfin Damascius figure, parmi un certain nombre de philosophes, dans un manuscrit du dixième siècle conservé à la bibliothèque de Milan, et traitant de divers sujets religieux et philosophiques. Tel est du moins le témoignage de Muratori (Antiquit. ital. m. æ., etc., t. III, p. 843).

édition princeps des Lois de Pléthon (20), l’école s’éteignit dans l'exil ou dans le silence. Au moyen âge, le seul qui remua ses cendres, Psellus l’ancien (vers 4100), fut obligé, dit-on, de composer un poëme pour se justifier du reproche de paganisme. Elle renaît au quinzième siècle avec Pléthon.…. Cette fois elle n’essaye plus de se déguiser : c’est la restauration du polythéisme ; ce sont les anciens dieux avec leurs noms et leurs attributs, affublès seulement du manteau d’une philosophie qu’on croyait morte, venant redemander leurs temples, leurs autels et leur culte.» (P. LxxxIr.)

M. Alexandre dit encore : « Ses idées (celles de Pléthon) re furent pas sans influence, du moins en Italie : ce fut par l'inspiration de ses souvenirs que s'établit à Florence la plus ancienne de toutes les académies, et d’abord sous la direction de Marsile Ficin. Les idées panthéistiques de l’école néoplatonicienne se font assez jour dans les écrits de ce dernier à travers l'obscurité mystique de son style, pour qu'on puisse le regarder comme le disciple et le successeur immédiat de Pléthon (21). » (P. LxxxIv.)

La partie purement métaphysique du néoplatonisme a laissé quel-

(20) Pléthon, Traité des lois, publié par M. Alexandre, de l’Institut, traduit par M. À. Pellissier, 1858.— Cette publication, que provoqua la découverte de fragments inédits faite par M. Vincent, de l’Institut, est du plus haut intérêt pour ceux qui se livrent à l'étude de la philosophie hellénique, ainsi que pour les historiens qui cherchent à ressaisir les origines du mouvement littéraire et philosophique en Europe, aux premiers jours, disons mème à la veille de la renaissance.

(21) ΠῚ n’est pas douteux que Pléthon n’ait puisé abondamment dans les écrits néoplatoniques, ainsi que M. Alexandre en fait la remarque. Gennadius, l’adversaire de Pléthon, apostrophe le hardi novateur en ces termes, dans sa Lettre à Joseph l'Exarque : « Ce Zoroastre et tant d’autres dont tu invoques les noms, Minos, Eumolpe, Lycurgue, Polyides; Tirésias, tu n’as pu voir leurs livres, ni leur emprunter leur doctrine. Le peu que nous savons d’eux, tu as pu seulement l’apprendre, comme tout le monde, soit par les témoignages d'écrivains beaucoup plusrécents, soit par les faux ouvrages publiés sous leurs noms. Mais après eux, et par-dessus tout, ton maître, c’est Proclus, dont tu as glané les idées éparses dansses longs et nombreux ouvrages; cartu cites bien à l’appui de tes opinions Plutarque (le néoplatonicien), Plotin, Jamblique, Porphyre; mais Proclus, dont tu t’es le plus servi, tu ne le nommes pas une seule fois, sans doute pour n’avoir pas à partager avec lui la gloire de tes inventions; vaine précaution, s il est encore des hommes qui aient lu Proclus, qui aient compris et condamné (oi χατεγνωχότες : nous aurions simplement traduit : qui aient compris] sa doctrine, et si ces hommes voient et reconnaissent la source de tes erreurs. » — Voyez dans la publication de M. Alexandre la présente citation, p. LXXX, et le texte grec de la lettre entière, appendice x1x, p. 412 à 441.

Sur ce passage de Gennadius, M. Alexandre s’exprime ainsi : « Proclus, en effet. présente des rapports frappants avec la théodicée et la théologie de Pléthon : les détails diffèrent, mais il y a proche parenté d'idées. »

ques traces de son existence dans la philosophie religieuse des Hébreux, dans la kabbale, considérée au point de vue théorique. Des deux côtés se fait voir l'alliance du rationalisme hellénique et du mysticisme oriental (22). Nous signalerons une autre analogie qui existe entre le néoplatonisme et la kabbale, et qui se rencontre dans l'abus que l’on a fait de ces deux théories; c’est que l’une et l’autre eut ses thaumaturges. Et sous ce rapport, il serait permis d'observer que le néoplatonisme pratique, ou l’art du kabbalisie, ce qui est, on le sait. presque la même chose, n’est pas, aujourd'hui même, entièrement disparu. Mais revenons au sujet principal de la présente notice.

Le lecteur a sous les veux tous les détails que nous avons pu re- ‘cueillir sur Damascius et sur ses doctrines. C’en est assez, nous l’espérons, pour faire voir que ce philosophe occupe une place importante dans l'histoire littéraire de son époque. Il nous est présenté comme nourri à l’école de Platon οἱ ἃ celle d’Aristote, initié aux mystères du polythéisme, instruit dans les traditions orphiques, assyriennes, chaldaïques et dans celles de l'Égypte. Il se retrouve avec ces divers caractères dans les morceaux inédits que nous publions. Doué d’un esprit éminemment critique, auquel il devait déjà une certaine considération, il appartient en outre à l’une de ces époques de transition où la célébrité. en philosophie comme ailleurs, semble se partager entre les derniers représentants de l'ère qui s'achève et les iniliateurs de l'ère nouvelle.

Mais ceux qui cullivent la philosophie ancienne auraient une idée bien incomplète encore de ce que fut Damascius et de la valeur que pouvaient avoir ses doctrines, si leur étude se bornait aux données sommaires qui précèdent. Cette étude fait, en quelque sorte, à ceux qu’elle n’a point rebutés, une loi d'aborder le texte même du philosophe.

On connaît depuis fort longtemps les œuvres de Platon, d’Aristote, de Cicéron, de Sénèque ; on commence même à connaître celles des philosophes postérieurs. A l'égard de Damascius, la portion de ses œuvres qu'on ἃ publiée, bien qu'elle n’occupe pas moins de 390 pages dans le volume dont nous avons parlé plus haut, ne représente qu'un simple fragment, selon l'expression énergique et vraie de M. Egger, et ce fragment est la première partie seulement du livre des Pre-

(22) Cette opinion, que nous avons entendu exprimer par un Israélite éclairé, n’est |

pas admise par l'historien de la philosophie hébraïque, M. Franck, de l’Institut, qui, plusieurs fois dans son savant ouvrage intitulé /a Kabbale, tend à mettre en doute l'influence du néoplatonisme sur la doctrine kabbalistique.

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miers principes. Outre cela, aucune biographie, aucune bibliographie même, n’a donné encore une liste complète de ses écrits. Parmi ceux que l'histoire littéraire a enregistrés, quelques-uns sont perdus, mais la littérature de l’époque à laquelle ils appartiennent en revendique tout au moins la mention. Quant aux écrits qui nous sont restés, presque aussi peu connus que les premiers, ils reposent paisiblement dans les coins les plus sombres et les plus solitaires des bibliothèques publiques. Il suffit cependant de les parcourir pour se convaincre du droit qu'ils ont aux honneurs de l'impression, aussi bien que les autres ouvrages néoplatoniques dont l’Europe savante gratifie chaque jour le public lettré.

C’est en France que s'achève, au moment où nous écrivons ces lignes, une traduction annotée des Ennéades de Plotin: c’est en France que pa ut pour la première fois une édition complète des œuvres philosophiques de Proclus(23) ; peut-être aussi devra-t-on à la France une édition de notre philosophe. Si les ouvrages de Plotin, ceux de Porphyre et de Jamblique, ceux de Marinus trouvent des lecteurs attentifs parmi les amateurs des études de mythologie et de philosophie anciennes, un tel publie, éclairé déjà, mais jaloux de l'être encore davantage, n'accueillerait pas sans l’encourager un travail qui lui révélerait Damascius, et lui permettrait d'apprécier par ses propres yeux la valeur historique du philosophe. Ce public, il est vrai, n’est pas bien nombreux, mais pense-t-on que préparé à ce spectacle par de fortes études. il vit avec indifférence briller jusqu’à la dernière heure cette noble philosophie qui, telle qu'un flambeau consumé, jette en s'éteignant une plus vive lumière?

Pour notre part, nous nous estimerons fort heureux et payé enticrement de nos arides recherches, si l'utilité d’une belle édition complète de Damascius, texte, traduction et commentaire, doit ressortir des précédentes considérations et des extraits inédits qui accompagnent notre travail.

(23) Il est à regretter, pour le dire en passant, qu’un savant, à la fois helléniste et mathématicien, ne se soit pas occupé de publier après une nouvelle récension. et de traduire en français les écrits géométriques de Proclus, tels que son Commentaire sur le 15 livre des Éléments d'Euclide. Incompétent nous-même pour apprécier ayec autorité l’importance de ce commentaire, qu’il nous soit permis de nous associer aux vœux exprimés en faveur de cette entreprise par M. Vincent, qui a fait entrer la traduction de quelques morceaux du livre de Proclus dans un mémoire publié en 1858, et intitulé : Sur un point de l'histoire de la géométrie chez les Grecs, in-8o.

Il, — OUVRAGES DE DAMASCIUS.

Parmi les écrits dont on a fait honneur au philosophe Damascius, quelques-uns ne nous semblent pas mériter cette attribution; quant à ceux que nous croyons authentiques, ils sont perdus presque tous; une partie seulement s’en est conservée à l’état de fragments ou d’extraits; un seul ouvrage nous est parvenu à peu près entier; nous l’avons déjà mentionné : ce sont les Doutes et solutions sur les pre-

miers principes.

Tous ces divers écrits peuvent être classés de la manière suivante :

ÉcRITS AUTHENTIQUES.—Conservé presque intégralement : À. Doutes et solutions sur les premiers principes; examen du Parménide.

— Conservés en extraits : 2. Extraits divers de Damascius ou Commentaire abrégé sur le Traité aristotélique du Ciel.

3. Histoire philosophique (Vie du philosophe Isidore), en 60 articles. — Vies d’Aristote, d'Eudème, de Dorus.

— Perdus : 4. Commentaire sur le Timée de Platon.

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