SCÈNE IV
M, VANDERK pire. M, VANDERK fils. 5
M. Vanderk père. Hé mais ! mon fils, quelle pétulance ! quels mouvements ! que signifie...?
M. Vanderk fils. Ce n'est rien, mon père... C'est que .^e déclamais ; je... je faisais lejiéros.
jjZ M. Vanderk père. Vous ne représenteriez pas demain 10 quelque pièce de théâtre, une tragédie ?
M. Vanderk fils. Non, non, mon père.
M. Vanderk père. Faites, si cela vous amuse : mais il faudrait quelques précautions. Dites-le-moi ; et s'il ne faut pas que je le sache, je ne le saurai pas. 15
M. Vanderk fils. Je vous suis obligé, mon père; je vous le dirais.
M. Vanderk père. Si vous me trompez, prenez-y garde : je ferai cabale.
M. Vanderk fils. Je ne crains pas cela. Mais, mon 20 père, on vient de lire le contrat de mariage de ma sœur : nous l'avons tous signé. Quel nom y avez-vous pris? et quel nom m'avez-vous fait prendre ?
M. Vanderk père. Le vôtre.
M. Vanderk fils. Le mien ! est-ce que je porte...? 25 M. Vanderk père. Ce n'est qu'un surnom. M. Vanderk fils. Vous vous êtes titré de chevalier, d'ancien baron de Savières, de Clavières, de... M. Vanderk père. Je le suis.
M. Vanderk fils. Vous êtes donc gentilhomme ? 30
M. Vanderk père. Oui.
M. Vanderk fils. Oui !
M. Vanderk père. Vous doutez de ce que je dis? M. Vanderk fils. Non, mon père : mais est-il pos- 5 sible... ?
M. Vanderk père. Il n'est pas possible que je sois , gentilhomme !
J M. Vanderk fils. Je ne dis pas cela. Mais est-il |
A possible, fussiez-vous le plus pauvre des nobles, que vousi \ip ayez pris un état ?|j ' - ^ ^ ^
ç M. Vand^erk père. Mon fils, lorsqu'un homme entre dans le monde, il est le jouet des circonstances.
M. Vanderk fils. En est-il d'assez fortes pour descendre du rang le plus distingué au rang... 15 M. Vanderk père. Achevez : au rang le plus bas. M. Vanderk fils. Je ne voulais pas dire cela. M. Vanderk père. Écoutez : le compte le plus rigide qu'un père doive à son fils est ç^!^ de^ rhomieu]|: qu'il a reçu de ses ancêtres. Asseyons-nous. {Le pere s'assied ; le 20 fils prend un siège, et s'assied ensuite.) J'ai été élevé par votre bisaïeul : mon père fut tué fort jeune à la tête de son régiment. Si vous étiez moins raisonnable, je ne vous confierais pas l'histoire de ma jeunesse; et la voici. Votre mère, fille d'un gentilhomme voisin, a été ma seule et unique 25 passion. Dans l'âge où l'on ne choisit pas, j'ai eu le bonheur de bien choisir. Un jeune officier, venu en quartier d'hiver dans la province, trouva mauvais qu'un enfant de seize ans (c'était mon âge) attirât les attentions d'un autre enfant : votre mère n'avait pas douze ans ; il me traita avec 30 une hauteur... Je ne le supportai pas, nous nous battîmes. M. Vanderk fils. Vous vous battîtes ? M. Vanderk père. Oui, mon fils.
M. Vanderk fils. Au pistolet?