‹ Le philosophe sans le savoir;Chapitre 17 sur 105 · ACTE II. SCÈNE IV. I · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE IV. I

M. Vanderk père. Non ; à l'épée. Je fus forcé de ^ quitter la province : vçtre mère me . joira. iine^ ronstgrirfi^ /n^iNpiTp^ajP^^ qajne. Je m'embarquai. Un bon Hollandais, propriétaire du bâtiment sur lequel j'étais, me prit en affection. Nous fûmes attaqués, et je lui fus utile (c'est 5 là oîi j'ai connu Antoine). Le bon Hollandais m'associa à son commerce, il m'offrit sa nièce et sa fortune. Je lui dis mes engagements ; il m'approuve, il part, il obtient le consentement des parents de votre mère, il me l'amène avec sa nourrice : c'est cette bonne vieille qui est ici. Nous nous 10 marions ; le bon Hollandais mourut dans mes bras ; je pris, à sa prière, et son nom et son commerce. Le ciel a béni ma fortune, je ne peux pas être plus heureux, je suis estimé. Voici votre sœur bien établie ; votre beau-frère remplit avec honneur une des premières places dans la robe. Pour 15 vous, mon fils, vous serez digne de moi et de vos aïeux : j'ai déjà remis dans notre famille tous les biens que la nécessité de servir le prince avait fait sortir des mains de ^ nos ancêtres : ils seront à vous, ces biens ; et si vous pensez que j'aie fait par le commerce une tache à leur nom, c'est à vous de l'effacer. Mais^dans un siècle aussi ^££lâiré celui-ci, ce qui peut donner la noblesse n'est pas capable de

rgt^. ^

M. Vanderk fils. Ah ! mon père, je ne le pense pas ; mais le préjugé est malheureusement si fort... 25

M. Vanderk père. Un préjugé! l^n M préjuge n'est rien auxj^eux de la raison.

M. Vanderk fils. Cela n'empêchp pas que le 'com-, merce ne soit considéré comme un état. ^CC^^^'^^-'^^^^' j

M. Vanderk père. Quel état, mon fils, que celui d'un 30 homme qui, d'un trait de plume, se fait obéir d'un bout de l'univers à l'autre! Son nom, son seing n'a pas besoin, comme la monnaie d'un souverain, que la valeur du métal

serve de caution à Tempreinte : sa personne a tout fait ; il a signé, cela suffit.

M. Vanderk fils. J'en conviens; mais... M. Vanderk père. Ce n'est pas un peuple, ce n'est 5 pas une seule nation qu'il sert ; il les sert toutes, et en est I servi : c'est l'homme de l'univers.

M. Vanderk fils. Cela peut être vrai ; mais enfin en lui-même qu'a-t-il de respectable ?

M. Vanderk père. De respectable ! Ce qui légitime lofdans un gentilhomme les droits de Ja ^^naiss^nce, ce qui / fait la base de ses titres : la '^roiture,'^^%onneur, la / probité. y^^cLti (t-

M. Vanderk fils. Votre conduite, mon père. M. Vanderk père. Quelques particuliers audacieux 15 font armer les rois, la guerre s'allume, tout s'embrase, l'Europe est divisée ; mais ^e négociant anglais, hollandais, russe ou chinois, n'en est pas moins l'ami de mon cœur: nous sommes, sur la surface de la terre, autant de fils qui lient ensemble les nations, et les ramènent à la paix par la 20 nécessité du commerce. Voilà, mon fils, ce que c'est qu'un honnête négociant.

M. Vanderk fils. Et le gentilhomme donc.?^ et le militaire ?

M. Vanderk père. Je ne connais que deux états au- 25 dessus du commerçant (en supposant encore qu'il y ait ^ quelque différence entre ceux qui font le mieux qu'ils peuvent dans le rang où le ciel les a placés); je ne connais que deux états : le magistrat qui fait parler les lois, et le guerrier qui défend la patrie.

30 M. Vanderk fils. Je suis donc gentilhomme.

M. Vanderk père. Oui, mon fils ; il est peu de bonnes maisons auxquelles vous ne teniez, et qui ne tiennent à vous.

Page 1