GoYAU, Chronolo(/ie de l'Empire romain, p. r
idées que Platon. » Très habilement du reste, Thémistios, dans le discours XVII, tire de cette union du pouvoir avec la philosophie une série de conseils à l'adresse du sénat : le sénat doit, pour être en harmonie avec le caractère du préfet, avec les tendances de l'empereur, s'orienter dans une voie toute philosophique de perfection morale.
nEPI nPOEAPIAS EIS THN SITKAHTON
L'hostilité que semblait prévoir le discours XVII ne larda pas à se manifester, et Thémistios se vit obligé d'y répoudre par le discours XXXI.
Il indique, au début, qu'il a souvent désiré entretenir le sénat du ressentiment que certains nourrissent contre lui. Il a choisi, pour répondre à ses adversaires, la trêve présente (352 a b). Des deux roules de la philosophie, qui conduisent, Tune aux choses divines, l'autre aux choses humaines, il a choisi la dernière comme plus utile à la cité; longtemps, il s'est occupé des affaires publiques ; il a pour elles prononcé des discours et rempli des missions (352 cd). Ce n'est pas pour lui, mais pour la dignité de la philosophie, qu'il a cru pouvoir accepter certaines distinctions des empereurs. Il en rappelle quelques-unes (353 a). On accuse d'être fausses les tablettes qu'il a reçues des empereurs. Thémistios réfute cette accusation (353 b). Il possède des insignes plus éclatants et plus durables que ceux qui accompagnent son titre de préfet : Ce sont ceux qu'il tient de la philosophie (353 d-354c.) S'il avait soif d'honneurs, il lui suffirait des distinctions que lui ont accordées les divers empereurs (Soi d, 355 a). Il acceptera avec joie les décisions des sénateurs, s'ils savent honorer comme il convient la philosophie; sinon, il ne voudra pas faire partie du sénat (355 a). Le culte que le sénat voue aux Muses, montre assez que ce ne sont ni les richesses ni les honneurs qui doivent distinguer les sénateurs.
94 deuxiëmf; partie.
Le litre et le sens même du discours mollirent qu'il a été prononcé devant le sénat de Conslantinople. Au début, p. 352 a, Thémistios s'adresse ainsi à ses auditeurs : mizcuxé^zç (T'jyYsypaixaévot. Qwelles sont les raisons qui l'amènent à prendre la parole? Dès le début, il les fait entendre: Souvent déjà il a désiré s'entretenir publiquement avec les sénateurs de l'irritation que certains nourrissent contre lui. Peut-être cette hostilité tient-elle à un malentendu que des explications dissiperont. Le début est donc assez net, et on s'attend à ce que Thémistios expose aussitôt la nature du mécontentement qu'il veut dissiper. Mais avant d'en venir aux 2:riefs de ses adversaires, il entame une apologie de sa vie publique. Cependant, à travers cette apologie, on commence à distinguer le sens du débat où il sengage. Ce débat doit se rapporter aux fonctions publiques qu'il exerce ou qu'il a exercées. On ne comprendrait pas sans cela pourquoi il se glorifie du dévouement qu'il a toujours montré à la cité. 11 a dû être accusé d'ambition, puisqu'il explique que les distinctions que lui ont conférées les empereurs, il les a acceptées non pour lui-même, mais pour la philosophie. Enfin voici un grief précis (31)3 b) : On dit que les tablettes sont fausses. La suite du discours montre que nous touchons ici à l'objet même du débat. On a fait courir sur ces tablettes des bruits contre lesquels Thémistios tient à protester.
Quelles sont ces tablettes (Trtvaxi'Seç) ? Ce sont évidemment les lettres impériales dont il vient de parler (353 b) : « Quand l'empereur m'accorda ces tablettes qui ont fait tant de bruit (riç ûeXtouç... T7.Ç TroXuôpuX-^îTouç). » Ces lettres lui conféraient de hautes fonctions publiques : àp/Zj (353 d). Ces fonctions sont encore désignées par le mot Tta/, plusieurs fois répété (Ttavi'v, Tt[x-/^v, T'.[ji.àç. . .). La suite indique clairement que Thémistios veut parler ici de la charge de préfet de la ville. Pour montrer qu'il est au-dessus de ce qui fait l'objet du débat, il déclare que la philosophie lui confère une dignité plus belle que les chars ornés d'argent et les hérauts à la voix éclatante (iTrapYiipwv ôy-r^- [xarcov, 353 d). Or, comme le remarque Ilarduin (p. 707), le préfet de la ville avait pour insigne de sa charge un char orné d'argent. D'autre part, il n'est pas douteux que les Ttivaxtosç dont il est question se rapportent à ces fondions de préfet. L'enchaî-
iiemeat des idées le démontre : Ou dit que les tablettes sont fausses. Je soutiens qu'elles ne le sont pas, pour telle et telle raison. D'ailleurs la philosophie me confère une dignité supérieure aux fonctions de préfet. — C'est, au reste, de ce mot-là que se sert Thémistios dans le discours XXXIV, en parlant de son élévation à la préfecture (Ch. XVI, p. 460 : Tàç ■kv/xy.îoxç. Remarquer qu'une ligue plus haut le mot osXto-' est employé, comme dans le discours XXXI, dans un sens analogue à 7iiva/.îo£;).
Ce n'est pas là l'avis dTIai'duiu. S'il reconnaît que les chars ornés d'argeut sont une allusion à la charge de préfet exercée par Thémistios, il estime que celte allusion n'a rien à voir avec les 7r'.vax!0£ç elles-mèiiies. Voici le sens qu'il donne à ce mot (pp. 7Q6, 707) : Ceci se rapporte, dit-il, à uue certaine catégorie de dignités, les unes accordées aux magistrats eu charge, d'autres aux Vacantes, qui s'étaient distingués dans leur administration; enfin les Honorarii ne jouissaient que d'une dignité fictive, d'un titre. C'est ainsi que les consuls dits Honorarii étaient revêtus d'un consulat imaginaire, en vertu de lettres impériales dont on trouve la formule chez Cassiodore I, Variar. X.— Harduin ajoute qu'il a eu l'occasion d'expliquer la nature de ces lettres impériales. Il veut parler sans doute du discours XXIII où se trouve sur certaines ocÀtoTç <7cp'jpT,À7.Tot; un passage assez obscur (182 b). Mais c'est Petau qui avait rapporté le sens de osXtoi aux Honorarii. Harduin, au contraire, voyait dans ces tablettes des lettres écrites au Trésor par l'empereur pour accorder une pension (p. 677). Nous avons dit ce que nous pensions là-dessus. En tous cas, Harduin ne saurait alléguer ici, pour appuyer son explication des Tiivaxiosç, les Ssàto-' du discours XXIII, auxquelles il a déjà attribué un sens très différent.
Noire explication du mot Ttivaxtos?, qui nous paraît se dégager naturellement de la suite des idées, nous fait rejeter sans hésiter l'interprétation d'Harduin. Cette interprétation a, du reste, le grand défaut de ne s'appuyer sur rien. Aucun endroit dans les discours de Thémistios ne fait supposer qu'il ait reçu une de ces dignités fictives dont parle Harduin. Enfin, le passage du discours XXXIV que nous avons cité confirme notre explication des TTiva/viSeç. Mais Harduin n'a pas connu le discours XXXIV.
Que reproche-t-011 aux lettres impériales qui nommaient Thémistios préfet de la ville? On les qualifie de 'J/euSe?;. L'explication qu'Harduin donne des irivax-'oe; doit lui avoir été inspirée par une interprétation évidemment erronée du mot 'j/e-joetç. Thémistios veut dire, selon lui, que les lettres impériales lui confèrent une dignité réelle, et ne le rangent pas parmi les Honorarii. ^''suoe?? signifierait donc : illusoires. Mais dans ce cas, ce que les lettres impériales auraient soulevé contre Thémistios, c'est du mépris et de la risée, et non pas de l'indignation, comme l'indique le début du discours (352 b : oucr/EpaivouTi). On ne s'irrite pas contre un homme qui reçoit une dignité fictive, on le tourne en ridicule. D'autre part, on ne comprendrait pas l'argumentation de Thémistios, qui s'efTorce d'expliquer par des intentions désintéressées, par son dévouement à la ville, son rôle politique. Cet endroit du discours s'éclaircit au contraire et permet de rétablir la suite naturelle des idées, si on explique <|/£uo£r<; par : qui sont de mauvais aloi. On accuse Thémistios d'ambition, et on estime que les lettres impériales, en lui conférant la charge de préfet, font mentir son titre de philosophe. De là l'indignation de ceux qui l'attaquent ; de là aussi la réponse de Thémistios : « On dit que ces tablettes sont de mau- « vais aloi. Admettons qu'elles le soient pour celui qui prétend « fonder sur elles la supériorité de sa vertu. . . Moi, je regarde « comme étant de mauvais aloi une dignité qu'on achèterait à « prix d'argent, ou à force de sollicitations méprisables, ou « encore qu'on réclamerait comme la récompense d'un métier « de courtisan. Celle qu'on reçoit comme prix de sa vertu et de c son savoir, et qui dépend seulement de ceux qui l'accordent, « celle qu'on s'attire sans intrigues ni basses supplications, je « la regarde comme au-dessous du mérite, mais nullement « comme de mauvais aloi. A moins qu'on ne considère comme « étant de mauvais aloi les honneurs rendus à la divinité, sous « prétexte qu'ils restent au-dessous de la majesté divine. » Ainsi cette dignité serait de mauvais aloi s'il l'avait achetée par de l'argent ou des bassesses (rapprocher, dans le discours XXXIV, le chapitre XIII). On voit ici l'impossibilité d'expliquer 'hvjodq par illusoires. Une charge à la(iuelle on arrive par des moyens méprisables ne perd rien de sa réalité, mais il s'y mêle
quelque chose de suspect, une idée de fraude. C'est le contraire, si la dignité reçue est le prix de la vertu. De même, on ne saurait dire du culte que l'on rend à Dieu qu'il est de mauvais aloi, parce qu'il reste au-dessous de la majesté divine. Il est simplement insuffisant.
Voilà donc les bruits malveillants qui ont couru sur l'élection de Thémistios. < >n lui en veut d'avoir accepté, étant philosophe, des fonctions publiques; on met en avant, pour le confondre, la dignité de la philosophie. Ce sont bien là les reproches que redoutait Thémistios, et qu'il avait tenté de parer dans le discours XVII. Quel est ici son plan de défense? Avant d'en venir aux griefs précis de ses adversaires, il explirpie pourquoi il s'est toujours intéressé aux affaires publiques. Il reprend cette théorie des deux routes de la philosophie qu'il exposait déjà dans le discours VIII, 104 a, et il place sous l'autorité des anciens philosophes la conception pratique de la philosophie qu'il a adoptée. Déjà dans le discours XVII, sans ramener comme ici la philosophie à deux directions essentielles, il avait relevé pour sa justification une série d'exemples illustres en remontant jusqu'aux sept sages. De cette énumération il retient ici Socrate, Aristote, les sept sages. Il ajoute qu'il ne s'est mêlé à sou choix aucune considération intéressée.
Sa défense se poursuit naturellement par le résumé de sa carrière politique, des services qu'il a rendus. Il parle de ses missions, des deux statues qui lui ont été accordées. Il ne fait que reprendre l'apologie déjà esquissée dise. XVII, 214 b, Toutefois, on sent ici que des accusations précises se sont formulées, et la défense de Thémistios est dominée par une préoccupation qui perce de loin en loin, celle de se défendre d'intentions intéressées. Pourquoi a-t-il accepté les faveurs impériales ? Ce n'est pas par amour de la gloire, mais parce que ces faveurs rehaussent le prestige de la philosophie (353 a).
Après avoir discuté, comme nous l'avons vu, l'interprétation malveillante qu'on donne de ses fonctions de préfet, Thémistios affirme sous une nouvelle forme son dédain des honneurs. 11 possède une dignité plus haute et plus durable que celle dont il a été revêtu -. c'est son titre de philosophe. Cette roj-auté de la philosophie est supérieure à toutes les souverainetés humaines
et ue périra pas. Faisant allusion aux lettres impériales, Thémislios parle de celles que la philosophie lui confère, et il s'écrie : Il est noble de se fonder sur les tablettes qui viennent de Platon et d'Aristote (354 b). Et il conclut : Je n'ai pas besoin de di;2uité himiaine.
La suite et la fin du discours nous éclairent à la fois sur la date et sur les adversaires. Thémistios dit aux sénateurs qu'il les ferait juges de son mérite (354 c), s'il désirait quelque honneur. Et il ajoute : Mais si vous n'étiez pas disposé en ma faveur, d'autres que vous m'honoreraient. Il rappelle les éloges des Romains, et les divers empereurs, de Constance à Théodose, qui ont reconnu sa valeur. Puis il reprend : « Si vous les imitez, « aucune décision ne me sera plus agréable que la vôtre. Si au « contraire on persuade à quelques-uns d'entre vous de faire « passer avant ceux qui se fondent sur leur mérite ceux qui a dépendent de la fortune, je ne veux pas faire partie de ce « chœur, etc. .. » (3o5 a). Les considérations sur lesquelles se termine le discours sont déjà ébauchées dans le discours XVII. Thémistios représente le sénat comme le temple des Muses. Mais ici il revient sur ce qu'il a dit plus haut : La présence des Muses doit signifier que les sénateurs admettent parmi eux celui qui l'emporte par la valeur de l'esprit, et non par la richesse (353 b).
Quel est le sens de cette partie du discours? D'où vient que Thémistios prenne pour juges de son mérite les sénateurs, et qu"il semble se préparer à un jugement défavorable? Voici vraisemblablement l'explication de cette attitude : en devenant préfet de la ville, Thémistios devenait prince du sénat (voir dise. XVII, 216 b, et la note d'Harduin, p. 826). Dans le discours XVII, Thémistios invitait les sénateurs à ramener au milieu d'eux l'ordre et la décence (216 b). Il est assez naturel que, voulant défendre contre les interprétations malveillantes sa charge de préfet, il s'adresse ici aux sénateurs dont il est devenu le chef et qu'il les fasse juges de sa valeur. Sa qualité de prince du sénat y est intéressée, et c'est ce qu'indique le titre du discours : 7:epi Ttposopt'aç. Mais une autre raison l'y amène : c'est que les bruits contre lesquels il proteste ont dû venir du sénat. Remarquons que c'est par cette apostrophe au sénat qu'il conclut sa défense : il est donc probable que les sénateurs sont
particulièrement intéressés au débat. F^nsuite, l'invitation que leur adresse Théraistios est singulièrement hautaine, presque agressive. Il prévoit le cas où ils ne porteraient pas sur lui un jugement favorable, et il déclare qu'il se consolera de ce jugement par les distinctions qu'il a reçues des empereurs : c'est une façon assez claire d'indiquer que l'avis du sénat passe pour lui au second rang. Plus loin il pose au sénat un véritable ultimatum (3o5 a). 11 ne se permettrait pas des suppositions si injurieuses pour les sénateurs, s'il n'attribuait à certains d'entre eux les bruits qui ont couru sur sa nomination. L'interprétation des it'.vaxîosç est sans doute venue d'eux, et voilà pourquoi Thémislios porte le débat devant le sénat. En outre, i-on titre de prince du sénat lui a suscité des rivaux; et la campagne qui se fait contre lui doit avoir été entreprise par des politiciens mécontents. C'est ce que Thémislios fait entendre, en invitant le sénat à choisir entre le mérite et les favoris de la fortune.
Le discours XXXI n'a pas dû être prononcé très longtemps après le discours XVII. En effet, la charge de Thémislios, comme nous le verrons dans le discours XXXIV, n'a duré que quelques mois. Or il est évident qu'ici il l'exerce encore, puisqu'il parle des TTtvaxioc; comme d'un sujet tout à fait actuel, et qu'il invite les sénateurs à repousser des accusations qui atteignent sa qualité de prince du sénat. Toutefois il a fallu que les bruits malveillants dont il se plaint eussent le temps de se former et de prendre consistance. Ils ne sont pas tout à fait récents, puisqu'au début du discours, il dit avoir souvent voulu s'en entretenir avec le sénat. Harduin place l'époque de ce discours aux calendes de janvier (p. 706), à cause de la trêve que Thémistios a attendue pour s'expliquer : « Le moment présent m'a paru être le plus « convenable, puisque la loi fixe comme trêve, même à ceux « qui sont animés les uns envers les autres de la défiance la « plus vive, ce jour férié de l'année » (352 b). Harduin allègue cette loi du Cod. Théod. Tit. VIII : De feriis, livre II : Kalendarum quoque Januariaruni consuetos diesotio sancimus, et rapproche les paroles de Thémistios d'un endroit où Libanios dit qu'en l'honneur des calendes, les procès et les accusations chôment. Ces textes sont-ils probants *? Je ne sais ; eu tout cas
l'hypothèse d'Harduin fixe une date assez vraisemblable au discours XXXI.
En somme, nous avons dans ce discours une réponse à des rumeurs hostiles qui ont circulé dans le sénat sur l'élévation de Themistios à la charge de préfet de Constantinople. Cette hoslilité, Themistios l'avait prévue dès son entrée en charge et il avait essayé de la prévenir. Néanmoins il a été accusé d'anibition par quelques-uns de ses collègues, qrii représentaient ces fonctions politiques comme peu convenables à un philosophe. Il a attendu quelque temps pour y répondre, et il profite d'un jour de fête pour s'expliquer devant le sénat sur ce qu'il considère comme un malentendu. Après une apologie de son pas?é politique qui rappelle sur plusieurs points le discours XVII, il en vient à l'objet précis du débat, et discute l'interprétation injurieuse qu'où tire contre lui des lettres impériales. Il montre que sa qualité de philosophe le met à l'abri des ambitions inférieures et lui confère une dignité plus durable que le titre de préfet de la ville. Dans la fin de son di.scours, il prend directement à partie les sénateurs : il leur enjoint de se prononcer pour ou contre lui, et de montrer s'ils savent rendre hommage à la philosophie : allusion au titre de prince du sénat qu'il a reçu avec les fonctions de préfet, et dont le prestige soufTre de ces insinuations malveillantes.
riPOS TOVi: AITIASAMENOr^ EIII TQI AEZAÏHAl THN APXHN
Le discours XXXI ne mil pas fin aux mécontentements et aux protestations qu'avait soulevés Themistios en acce|)tant la charge de préfet. Quelque temps après ce discours, il se vit amené, par des attaques venues d'ailleurs, à reprendre avec plus d'ampleur sa tentative d'apologie : ce fut le discours XXXIV.
Les anciens comnieiitateurs de Themistios, Petau et Harduin,
LE DISCOURS XXXIV. lOl
n'ont pas connu ce discours, qui a été découvert par Angelo Mai dans le manuscrit de Milan (A) et publié pour la première fois en 1816. Il permet de résoudre plusieurs diFfîctiltés laissées en suspens par Petau et Harduin, et de corriger certaines hypothèses qu'ils avaient proposées.
Quand Thémistios l'a prononcé, il n'exerçait plus les fonctions de préfet de Couslantinople. C'est ce qui ressort du ch. xi, p. 455. Sa charge n'a duré que quelques mois (ch. xi, p. 455). Or nous avons dit, à propos du discours XVII, que d'après les calculs d'Hardnin, il avait dû entrer en fonctions aux calendes de septembre o8i. Le discours XXXIV a donc été prononcé dans Us premiers mois de 385. Quant à l'auditoire qui l'entendit, c'était probablement le public ordinaire des conférences philosophiques. Aucune indication spéciale ne permet en effet de supposer que Thémistios s'adresse ici à un public particulier et choisi.
Thémistios s'ex[»lique dès les premiers mots sur l'objet de son discours. On l'a accusé de faire déchoir la dignité de la philosophie en acceptant les fonctions de préfet. Pour lui, dit-il ironiquement, il approuve fort ceux qui se font de la i)hilosophie une idée si haute que les charges les plus élevées leur paraissent indignes d'un philosophe. Une si noble conception de la philosophie dénote une âme généreuse. Mais que, sans avoir examiné ni même voulu apprendre les occupations convenables à la philosophie, on formule sur elles un avis, voilà qui s'accorde peu avec la haute opinion qu'on prétend avoir d'elle. Si l'accusation n'atteignait que lui, il s'en serait entretenu ailleurs avec ses accusateurs ; mais elle retombe aussi sur celui qui a accordé la faveur incriminée. Thémistios s'adresse donc à son accusateur, et le prend lui-même pour juge, avec les auditeurs pour témoins. Il lui pose ce dilemme : Ou bien ils ont tous deux — l'empereur et lui — élevé la philosophie, en la faisant passer de la théorie aux actes ; ou bien ils l'ont tous deux abaissée (ch. i, p. 444). Thémistios reprend ici les termes mêmes de l'accusation. En effet, comme le montre Mai (p. 444), ce discours est une réplique à une épigrainme4e Palladas qui est rapportée à la page 472 de l'édition Diiidorf :
AvT'jyoç o'jpavîY,; 67r£i'/,[/.îvo; eç -Ko^io'j y,ÀOï; "AvTuyoç àpYupeYjÇ, xiayoç aTretpéfTiov.
^Hcôot 7uoT£ xpsi'ffdCDv " aûô'.ç o'âyÉvo'j uoÀ'j yii^MW ' Aeuo' àv7,67]6[ x-/t(o, vjv yàp àvw xaré^Y,?.
Ma,ï a rappelé (p. 4b8) les erreurs d'inlurpretaliou qui avaient été commises sur cette épitzramme. Dans l'édition de Trincavelli (lo34) le titre de Tépigramuie élait rapporté sous cette forme : (")£a'.(7T''ùu (jT'.yoi c!; éauTov ore uTiapyov aùxôv ÈTtoiYjffsv ô ^aaiÀE'jç 'louXtavo;. Mai remarque que Suidas devait avoir lu l'épigramme avec ce titre, puisqu'il en parle dans les mêmes termes, à moins (jue le titre n'ait été emprunté au contraire à Suidas. Quoi (ju"il en soit, ce titre induisit en erreur Muret (v. p. 472) qui attribua l'épigramme à Thémistios (ad epistol. Senecie, 68 — cl", aussi la note de Petau p. 634), Bandini (Mss. grecs I, 2, p. 1)75), Brunck (Anthologie, t. II, p. 404, III, 219), Wernsdorf, qui dans son édition d'Himérios, à propos du discours VII, ch. 15 et 16, affirme que Thémistios a été préfet de la ville sous .Julien, enfin Harduin qui, dans son index chronologique note, d'après Suidas, que Thémistios fut préfet de Constautinople sous le règne de Julien en 362. Petau avait cependant entrevu la vérité. Dans son commentaire du discours XVIIl, p. 633, 634, où il rapporte à son tour l'épigramme, il ajoute : Si on ne disait que Thémistios a reçu plusieurs fois la charge de préfet, cet endroit conviendrait tout à l'ail à Théodose (il désigne cet endroit du discours XVIII, adressé en efTet à Théodose (224 a) : Ce n'est pas par ambition politique que j'ai accepté le gouvernement de la ville, etc. . .)
Le titre de l'épigramme avait été rapporté dans l'anthologie de Planude (Livre II, ch. 52, ép. 7), sous cette autre forme :
IlaÀÀxoà £:<; ©ôator-'.ov tôv ci'.XôïXOCiov Y£vôa£v&v uzap/ov KojvcravTtvo'j-
7r6X£Ojç £7tI OùaÀ£VT'.v'.avoîi y.xi OùâÀevxoî. Ce titre se trouve dans les deux manuscrits de Milan qui donnent le texte de l'anthologie, part. sup. A. 114, 161 (Mai, éd. Dind. p. 458). Il fit tomber dans une nouvelle erreur Harduin, dont l'index chronologique mentionne que Thémistios fut une seconde fois prpfet en 368, sous le règne de A''alens. Mai a donné des raisons sérieuses pour rejeter une partie de ce titre. L'épigramme est en etfet de Palladas,
mais on ne peut guère admettre que Thémislios ait été préfet sous Valens. Il n'a exercé cette charge qu'une fois, sous le règne de Théodose, en 384. Le fait paraît bien établi par les indications qu'on peut tirer de certains discours, le dix-septième et le trente et unième par exemple, et il est confirmé par le discours XXXIV que ne connurent ni Petau ni Harduin. Il ressort clairement de ce discours que Thémistios parle d'une fonction exercée sous le règne de Théodose, et l'éloge qu'il fait de l'empereur vers la tîn ne peut laisser aucun doute. Il n'est pas moins certain qu'il répond à l'épigramme de Palladas ; il en reprend les paroles dans Texorde, et deux ou trois fois ensuite dans le cours de son argumentation.
Les fonctions que Palladas reproche à Thémistios d'avoir exercées, sont clairement désignées par ces mots : avruyoç àsyupér,ç. Petau explique (p. 634) qu'ils font allusion au char orné d'argent qui était un des insignes du préfet de la ville (cf. Disc. XXXI, 353 d, et ce que nous avons dit plus haut p. 94). Palladas reproche donc à Thémistios d'avoir abaissé la philosophie, en acceptant par ambition des fonctions politiques. Il n'est pas sans intérêt de rapprocher cette épigramme d'un certain nombre d'autres où Palladas s'attaque à un nommé Gessius (ép. 681-687, éd. Fr. Jacobs). Ce Gessius avait obtenu le consulat dans des circonstances mal connues, et les événements ne lui avaient pas permis de jouir de cette dignité à laquelle il s'était péniblement élevé. Palladas se moque de cette ambition malheureuse, dans des termes qui rappellent ceux de son épigramme contre Thémistios. Ep. 683, il s'adresse ainsi à Gessius : « Tout spirituel que tu es, tu as reçu le plus sot affront pour avoir ambitionné de t'élever jusqu'aux cieux. » — Ep. 684 : « Mortels, ne cherchez pas à vous élever au rang des dieux. Par son exemple, Gessius vous a montré le danger d'un grand pouvoir et des honneurs suprêmes. A peine y était-il monté qu'on l'a jeté à bas, et de ses félicités éphémères, il n'a rien gardé. » L'ironie de Palladas prend, ou le voit, contre Gessius à peu près les mêmes formes que contre Thémistios. Tous les deux s'imaginaient s'être élevés : en réalité ils sont descendus. Palladas les condamne au nom de la réalité, du bon sens, et de la sagesse philosophique.
Avanl d'en venir à son apolotiie, avant même dannoncer les divers points d(^ son discours, Thémistios relève ce qu'il y a d'imprudent dans la critique de Palladas. Il fait sans doute allusioH à sa profession de grammairien, quand il parle avec dédain, ch. I, p. 444, de « ces gens qui tracent à la philosophie ses '< devoirs, sans avoir jamais examiné les actes qui s'accordent « avec son caractère. » La question est posée par lui avec beaucoup de décision. Par une brusque tactique qui dut faire grand effet sur l'auditoire, il prend son adversaire lui-môme pour juge du débat. Ce débat, il le ramène sommairement à un dilemme, et prend dès le début une position très avantageuse, en confondant sa cause avec celle de l'empereur 11 avait déjà senti, lors du discours XVII, l'intérêt qu'il y avait pour lui à engager fortement dans son élévation à la préfecture l'autorité de Théodose. Cette ampleur et cette gravité inattendues que Thémistios donne ici au débat vont lui permettre, eu plaçant son adversaire dans une posture périlleuse, de refaire l'éloge de Théodose. Défense personnelle, et réplique aux attaques de Palladas, d'une part, éloge de l'empereur d'autre part, ce sont là en effet les deux parties de ce long discours.
La première est naturellement pour nous la plus intéressante. Comment se défend Thémistios"? Il expose à la fin de l'oxorde le plan de sou argumentation : il va établir comment doit être conçu le rôle de la philosophie, le but qu'elle s'est proposé en entrant dans la vie humaine, la façon dont elle s'est développée, son étroite union avec la royauté et son éloignement de la tyrannie (fin du ch. i). Il conclut : « Vous pourrez apprendre « ainsi si je me suis tenu dans les limites fixées par les ancêtres, « ou si je les ai transgressées. » Il faut noter l'orientation spéciale qu'il impose déjà à sa démonstration. Il ne va pas examiner le débat d'un point de vue général, mais d'un point de vue très particulier, celui de la tradition et de l'opinion des anciens. C'est la même tactique que dans la polémique avec les philosophes : Thémistios transforme en dogme l'opinion de Platon et d'Aristote, et s'estime à couvert quand il a démontré sa fidélité aux enseignements de ces philosophes.
Voici l'enchaînement des idées qu'il expose : La raison seule fait la supériorité de l'homme sur les autres êtres vivants. En-
core lui faut-il une discipline, faute de quoi elle devient plus redoutable que les bêles sauvages. Le premier but de la philosophie a été de faire l'éducation de la raison (ch. u, p. 445, 446). Les sept sages furent célèbres, non par la subtilité de leurs disputes, ou par leurs recherches sur la nature, maispar les lois qu'ils établirent, fixant ce qu'il fallait faire et éviter. Ils disaient que l'homoie est un être sociable, et qu'il doit s'occuper des choses de la cité. Ils composèrent de beaux écrits, mais ils accomplirent surtout une infinité d'ambassades, délivrèrent et étendirent le territoire de leur patrie (ch. ni). Peu à peu, la philosophie se transforma et mêla l'agréable à l'utile ; elle s'enrichit, à la façon d'une parure, de diverses sciences qui servaient à relever sa beauté (iv). Toutefois, Socrate limitait ses recherches à ce qui concerne la morale humaine, le bien et le mal, le bonheur de l'homme, de la famille, de la cité. Ses disciples firent de même, sauf Platon qui orna la philosophie de sciences telles que l'arithmétique, la musique, l'astronomie, et chercha à pénétrer les lois de l'univers. Néanmoins, ce qui le caractérise, c'est d'avoir conçu le gouvernement humain sur le modèle du gouvernement qui régit l'univers (ch. v). Aristote a fait comme Platon : l'essentiel à ses yeux, c'est l'action, but de la connaissance et condition du bonheur. Mais la plupart ne découvrent pas cette signification profonde du système d'Aristote, et s'en tiennent aux dehors (ch. vi). L'empereur, lui, est allé au fond des choses. Il a rappelé aux affaires publiques la philosophie (jui pendant longtemps en était restée éloignée, et il a voulu que tous pussent jouir de sa vue. Il s'est ainsi révélé le véritable héritier de Platon, puisqu'il a réalisé cette union rêvée de la philosophie et du pouvoir. La postérité le célébrera pour avoir repris la tradition d'Hadrien, Marc Aurèle, Antonin (vu).
Ce développement rappelle sur plusieurs points les considérations exposées par Thémistios dans le discours XVII. Thémistios y présentait déjà comme une tradition de la philosophie remontant aux sept sages cette union de la pratique et de la théorie. Ce qu'il dit ici de Solon, Lycurgue, Pittacos, Bias, n'est que le développement d'une idée exprimée dans le discours XVII, 215 c : {( Je ne parle pas de Pittacos et Bias, etc. . . qui « furent plus volontiers des hommes d'action que des écrivains.»
106 ■ DEUXIKME PARTIE.
(Noter, à propos des sepl sa^es, que quand Thémislios dit, dans le discours XXXIV, qu'ils n'ont pas dû leur renommée à des disputes subtiles ni à de vaines recherches sur la nature, il reprend sous une forme particulière une idée exposée par lui dans le discours II, 30 h : « Vous vous figurez peut-être, y disait-il, « que le véritable philosophe est celui qui retourne des syllo- « gismes et s'applique à des recherches inutiles). « Ouant à celle glorification de l'empereur qu'il présente, el à l'interprétation qu'il donne de sou élévation à la préfecture, ce sont exactement les idées qu'il avait émises dans le discours XXII : rappel aux affaires de la philosophie, après un long intervalle de temps, réalisation d'un idéal rêvé par les anciens philosophes, reprise de la tradition observée par les Antonins. Seulement Thémistios dégage plus netlement encore la portée du choix fait par Théodose : l'empereur est le véritable héritier de Platon, idée déjà indiquée dise. XVIII (224 b).
Dans son ensemble, cette première partie de l'argumentation n'est pas sans ressemblance avec le discours XXVI. Pour démontrer que la philosophie s'était perfectionnée au prix d'innovations incessantes, et aussi pour prouver que ses théories venaient en droite ligne d'Aristole, Thémistios avait, on s'en souvient, retracé sommairement l'histoire de la philosophie. Il reprend ici cette esquisse, qu'il arrête, comme dans le discours XXVI, à Aristote son maître. Mais si nous rapprochons les deux discours, nous sommes frappés de difîérences caractéristiques. Dans le discours XXVI, Thémistios soutenait que la philosophie s'était transformée d'un mouvement continu, et il avait été amené ainsi à relever comme essentielles les difï'érences que présentent entre eux les systèmes successifs de la philosophie. Ici au contraire, il prétend que la philosophie a toujours regardé les questions morales comme l'objet propre de ses recherches, et il donne pour de simples embellissements les emprunts faits par elle aux diverses sciences. D'autre part, dans le discours XXVI, Thémistios commençait son expo.sé par les physiciens ioniens comme Thaïes, Anaximandre, etc. . . el il indiquait netlement, à i)lusieurs reprises, que la philosophie, d'abord appliquée à l'étude des phénomènes naturels, en vint avec Socrate à l'examen des problèmes moraux. Il disait nofam-
LE DISCOURS XXXIY. i07
ment de Socrate : & Presque tous ses prédécesseurs s'étaient « occupés du ciel, de la position et de la forme de la terre, de la « façon dont sont engendrés les êtres vivants et dont poussent c( les plantes. Socrate, lui, pensa que ces objets étaient inacces- « sibles aux hommes, et consumaient la vie en l'éloignant de ce « qui est utile » (318 a). Ainsi, dans le discours XXVI, Tliémistios montre la philosophie commençant par les recherches physiques pour aboutir à 1 étude des questions morales. C'est précisément suivant l'ordre inverse qu'il décrit l'évolution de la philosophie dans le discours XXXIV. Il y soutient que les premiers philosophes ont simplement recherché les lois qu'il fallait iixer aux hommes : C'est là, dit-il, et non ailleurs, l'origine de la philosophie. Aussi, s'il parle assez longuement des sept sages, il ne dit mot de Thaïes, sur lequel il s'était étendu dans le discours XXVI, non plus que d'Anaximandre ni d"Anaxagore('). Ce qu'il dit de Platon dans le discours XXXIV, ch. v, p. 448, est en contradiction llagrante avec les théories du discours XXVI. Platon, dit-il, a le premier donné à la philosophie la plupart de ses parures, et l'a enrichie de sciences, etc . . .
Voilà donc deux théories, non seulement très différentes, mais même tout à fait contradictoires, de l'histoire des systèmes philosophiques. Nous n'avons pas à rechercher laquelle est la plus exacte ; mais ce qu'il nous faut remarquer, c'est la désinvolture étrange qui permet à Thémisliosde présenter les mômes faits sous deux faces opposées, suivant les besoins de la cause. Cette virtuosité est proprement sophistique. C'est ainsi que Maxime de Tyr, après avoir soutenu, dans sa dialexis XXI, la supériorité de la vie active sur la spéculative, démontrait dans la dialexis suivante la supériorité de la vie spéculative sur la vie active.
Divers endroits du discours XXXIV, dans cette première partie, rappellent d'autres discours de Thémistios. Ch. v, p. 447, Thémistios dit que Socrate faisait porter toutes ses recherches sur le bonheur de l'individu, de la famille, de la cité. Dans le discours XXVI, 327 b, la Ville s'adressant à la Philosophie men-
(1; Celte idée que Solon, Lycurgue, et les sept sages ne passaient pas leur temps à aiguiser des sophismes avait été déjà formulée dans les mêmes termes, discours li, 30 b.
tioniie d"nno Itu'oii un pt-ii plus délailli'c celle Lrijilc division des doctrines philosophiques. — i'A\. vi, p. 448, Thémislios explique qu'aux yeux d'Aiistote le but de la philosophie, ce n'est pas la connaissance, mais l'action. Cf. dise. II, 31 c.
Thémistios termine sou exposé de l'histoire de la philosophie en montrant que Théodose continue la vraie tradition philosophique. Il est ainsi amené à un nouveau développement où il établit que Théodose, en l'appelant à des fonctions publiques, a renoué une autre tradition qui n'est pas moins glorieuse : tradition politique qui remonte aux Antonins. Il débute par une sorte de sjnkrisis entre Théodose d'une part, de l'autre Cyrus, Alexandre, Auguste, Tibère. Théodose leur est supérieur parce qu'il a su donner à la philosophie mieux qu'une place d'honneur, eu lui contiant un rôle politique. Il a imité l'exemple de ses ancêtres les Antonins qui remirent à des philosophes comme Areianus et Rusticus la direction de leurs armées. C'est ainsi que les choses se passaient au temps de la république romaine. Plus bas, Thémistios rappelle encore le cas de Xénophon et de Socrate. Ces considérations, nous les avons trouvées déjà dans le discours XVII. Thémistios se borne ici à les reprendre avec plus d'ampleur, et la place qu'il leur fait dans son argumentation semble bien montrer, encore une fois, que le discours XVII esquissait déjà contre des ci-itiques probables un essai d'apologie. Il faut noter d'ailleurs que Thémistios ne fait pas grand effort pour renouveler son éloge de l'empereur. Ce sont toujours à peu près les mêmes procédés, non seulement pour la glorification du môme empereur, mais pour la glorification de tous les souverains au pouvoir. Dans le dise. XI à Valens (en 373) il disait que les honneurs magnifiques accordés à Aristote par Philippe, à Xénocrate par Alexandre, étaient peu de chose comparés à l'amour de Valens pour la philosophie (liS b). Un nouvel argument est tiré par Thémistios des vertus personnelles de Théodose (ch. ix), de même que dans le discours XVII, et Thémistios le fait suivre de cette conclusion, qui reprend les termes mêmes de répigramme : « Tu viens dire que je suis déchu en '( me chargeant par ambition du gouvernement de la ville. Si je « l'ai fait en dehors des préceptes de l'Académie (sous-entendu : c mais ce n'est pas vrai, comme je l'aidémonlré), je »uisen etlet c( déchu; sinon, je me suis élevé. »
La suite est une apologie de radministralion de Thémistios durant sa préfecture. Cette apologie est naturellement absente des discours XVII et XXXI. Thémistios s'applique à faire ressortir qu'il s'est conduit en véritable philosophe, avec désintéressement, douceur, vigilance, justice, et il en prend à témoin ses anciens administrés (ch. xi). Ici encore, il confond sa défense avec la glorification de l'empereur : s'il y a eu quelque chose de bon dans son administration, il le doit à rempereur qu'il avait pris pour modèle. De là une série de rapprochements, où il reprend, à l'adresse de l'empereur, les éloges déjà formnlésdans le discours XYIl. 210 a. La tactique indiquée au début du discours est donc soigneusement suivie par ThiMuistios, (jui s'efforce de lui faire produire tout son effet.
Nous avons vu dans les discours XVII et XXXI que Thémistios présentait son élévation à la préfecture comme la suite naturelle des charges déjà remplies par lui. et aussi comme la récompense légitime de ses .services politiques. Il reprend ici un des principaux arguments du discours XXXI pour le développer. Tout jeune encore, il a préféré à une vie de spéculation stérile une vie active qui pût être utile î) la cité (ch. xii). Il rappelle la sollicitude qu'il a montrée pour le peuple, comme préfet des vivres (ces fonctions sont clairement indiquées ch. xin, p 45(j. cf. la note de Mai, p. 456), le zèle qu'il a témoigné pour le .sénat en qualité de censeur (Mai tire avec raison ce sens des paroles de Thémistios, p. 4o6). Thémistios fait mention, comme dans les discours XVIi et XXXI, des deux statues que lui ont accordées les empereurs; il y ajoute les lettres adressées par eux au sénat, et où ils faisaient son éloge (telle est la lettre de Constance, qui fait suite, dans l'édition Dindorf, au discours I de Thémistios). La charge de préfet lui a été offerte à plusieurs reprises de la façon la plus pressante. Ces sollicitations étaient tout à son honneur, puisqu'il n'avait fait aucune démarche.
Cet endroit du discours fait allusion à certains faits laissés dans l'ombre par les discours XVll et XXXI. Thémistios dit qu'il avait déjà refusé d'un autre empereur les fonctions de préfet de la Aille, et il se déclare prêt à expliquer pourquoi. En réalité, ses explications sont fort obscures, et cette obscurité doit tenir à l'embarras qu'il éprouve. L'empereur dont il veut parler paraît
être Julien (voir la noie de Maï p. 459), Thémistios le représente comme digne du renom le plus glorieux, et témoignant une bienveillance marquée à la philosophie. Il faisait asseoir Thémistios à sa Uible, le pi'enait pour compagnon de voyage (cf. dise. XXXI, 354 d). Et Thémistios ajoute cette phrase énigmatique, qui semble contenir l'explication de son refus : « Mais « les circonstances ont souvent sur les choses humaines des ft effets inattendus. » Que veut-il dire "! Le mot xatpot semble indiquer que l'hésitation de Thémistios fut étrangère aux sentiments qu'il éprouvait pour Julien, et qu'elle lui fut imposée par les événements. L'hypothèse d'un refroidissement dans les rapports de Thémistios et de Julien serait cependant soutenable, s'il faut voir une intention de contraste dans la phrase qui suit : « Mais devant cette sérénité et celte douceur (celles de Théo- « dose), qui donc aurait pu être assez inflexible pour refuser? » Ouoi qu'il en soit, il résulte de ce passage que la charge de préfet fut otTerte à Thémistios avant l'avènement de Théodose, et qu'il fut sur le point d'accepter. Plus tard il passa sans doute pour avoir accepté. .Si l'empereur visé est bien Julien, on a peut-être ici l'explication de l'erreur qui s'est glissée dans le litre de l'épigiamme (v. p. 102) et qui place sous Julien la charge de préfet exercée par Thémistios.
La suite de l'argumentation est un peu confuse. Thémistios rappelle le cas de Socrale, celui des philosophes Areianus et Rusticus, puis revenant sur l'éloge de l'empereur, il le félicite de son triomphe sur les Barbares. Il établit une rapide synkrisis entre le miracle réalisé par Théodose, qui a élevé un trophée sans l'aide de ses soldats, et le miracle d"Antonin (ch. xx et xxi). Le prestige de ce triomphe est relevé par des rapprochements allégoriques (ch. xxiii). Thémistios adresse aux Thraces et aux Macédoniens domptés une invitation à la paix et à la confiance (ch. xxiv). Nouvelle synkrisis, au profit de l'empereur, entre Théodose et Agamemnon (ch. xxv). Le même parallèle avait été tenté dans le discours X (132 a), au profit de Valens. — Des considérations assez longues y font suite sur la bienveillance dont le souverain digne de ce nom doit être animé envers tous les hommes (ch. xxv, xxvi, xxvii).
Puis reparaît, uni à l'éloge de l'empereur, un essai d'apologie
personnelle. Thémistios répète qu'appelé par un tel souverain à exercer le pouvoir, il n'a jias abaissé la philosophie; il y a ajouté l'action. Parallèle entre Héraclès et lolaos d'une part, Théodose et lui-même de l'antre (ch. xxviii). Cette conception d'Héraclès présenté comme un redresseur de torts, nous l'avons déjà vue dans le dise. XX (239 d, 2i(J a, etc. . .) où c'était Eugénios que Thémistios comparait à Héraclès.
Enfin, Thémistios aborde un arjjrument résiuné d'un mot dans le discours XVn (214 b) et repris dans le discours XXXI (332 d) : les services qu'il a rendus à la ville en accomplissant des missions à félraniier. U mentionne son récent voyage à Home (£vy.yyoç). Ce voyage est celui dont il parle dans le discours XXXI, (3:)4 (') en termes analogues. Ici, comme dans le discours XXXI, il rappelle l'accueil enthousiaste que lui a l'ait le sénat romain, pour en tirer une leçon à l'adresse du sénat de Gonstantinople.
La péroraison est brève. Thémistios, en matière de conclusion, invite Palladas à ne pas lui lancer comme une injure le mot dont se sert Platon pour ceux qui passent de la contemplation des choses divines à la pratique des affaires humaines. C'est une allusion évidente au septième livre de la République. Platon soutient que les philosophes, après avoir contemplé la lumière de la vérité, doivent redescendre dans la caverne pour éclairer les hommes. Thémistios n'entre pas dans les détails ; il se borne à affirmer que Platon et ses disciples sont toujours « en haut ». Au contraire c'est Epicure qui est bas, lui et ses partisans : allusion, dit Mai, à la vie dissolue que Palladas était accusé de mener. Quant à lui, quoique disciple de Platon, il se tient dans une réserve modeste : « Pour nous, nous sommes au milieu, 0 heureux si nous pouvons être tantôt en haut, tantôt eu bas. « Encore le mot « bas » n'a-i-il pas pour nous sa valeur exacte ; (' il se rattache aux choses d'en haut, et c'est elles qui le di- « rigent » (Comme le remarque Mai, Thémistios rappelle ici la chaîne d'or qui, chez Homère, relie la terre au ciel. Iliade, Vlli, V. 19; cf. dise. II, p. 32 d).
Le discours XXXIV est le dernier document que nous ayons sur cette polémique. Si elle eut des suites, nous l'ignorons ; en tous cas, il ne semble pas qu'elle eût pu se renouveler beaucoup en se prolongeant. Thémistios paraît bien avoir mis en avant
dans le discours XXXIV tous les arguments qu"il pouvait opposer à ses adversaires. Bien qu'il ne réplique qu'à Palladas, le discours XXXIV doit èlre regardé comme une suite plus oib. moins lointaine du discours XXXI : il répond à la manifestation des mêmes méfiances et des mêmes critiques. Ces méfiances étaient dans lair, lorsque ïhémistios accepta les fonctions de préfet ; il en prévoyait si bien l'explosion, et il en devinait si bien la nature qu'il essaya de les réfuter par avance dans son discours de remerciement. Un peu plus tard, les accusations prennent corps et commencent à circuler, venant du sénat ; quelques collègues font courir le bruit que la charge conférée à Thémistios est de mauvais aloi, peu convenable à un philosophe : Thémistios y répond dans le discours XXXI. Mais ces bruits malveillants n'en persistent pas moins ; Palladas s'en fait récho dans une épigramme où Thémistios est accusé d'avoir, en croyant s'élever, fait déchoir la philosophie. C'est alors que Thémistios, sorti de charge, reprend dans son discours XXXIV, avec plus d'ampleur, les divers points de son apologie. Ces trois discours : XVII, XXXI, XXXIV sont donc inséparables; ils représentent les moments successifs d'une même polémique, bien qu'ils ne répondent pas exactement aux mêmes adversaires.
Les accusations portées contre lui parurent assez redoutables à Thémistios. On ne s'expliquerait guère qu'il ait fait à l'épigramme de Palladas l'honneur d'une réponse si copieuse, ni qu'il ait engagé dans cette apologie la responsabilité de l'empereur, s'il ne s'était pas cru sérieusement menacé par les railleries persistantes qui couraient sur sa charge. 11 a évidemment ci'u que sa dignité de philosophe était compromise. Pour se défendre, il a recours à ses procédés habituels d'argumentation : il .se retranche derrière la tradition philosophique, dont il donne ici une interprétation assez fantaisiste; il allègue aussi les services rendus par lui à la cité, les témoignages de considération qu'il a reçus des empereurs; enfin, pour en imposer à l'adversaire, il met en avant l'autorité de Théodose, dont l'initiative l'a appelé au pouvoir.
Les deux polémiques (luc nous venons .l'eliuliei' (»iil entre elles des liens étroits, el des analogies marquées. Les discours <le Thémistios ne nous permettent pas d'allirmer qu'elles se sont produites h peu d'intervalle Tune de l'autre, puisque si la seconde est certainement de l'année :is:i, nous savons seulement de la ])remièi-e qu'elle est postérieure à ?.70, Mais;i <l('faut d'indications chronologiques indiscula])les, ces deux polémiques ont dans leusembleetdansle détail bien des ressemblances qui semblent indiquer qu'elles se sont suivies d'assez prés. Les critiques que Thémistios y réfute sont d'ordre semblable, et les arguments dont il se sert sont souvent les mêmes. Pour ma part, j'inclinerais à croire que la polémi<pie avec les philoso[)lies s'est produite vers l'année 383 ou 384, tout en reconnaissant que celte hypothèse n'est fondée que sur des impressions.
Eu tout cas, il y a entre ces deux polémiques un lien plus essentiel que la concordance chronologique, lien qui tient à leur caractère. Toutes les deux nous montrent Thémistios dans la même attitude devant un public qui éprouve les mêmes sentiments. La première fois, il nous apparaît dans le rôle de conférencier et d'éducateur public, la seconde, dans le rùle d'homme politique, mais ces deux fonctions accidentelles se subordonnent constamment à sa qualité de philosophe. Cette quahté détermine la nature des critiques qui lui sont faites et des arguments qu'il y oppose, et elle établit une rigoureuse unité entre les deux polémiques. Conférences publiques, fonctions politiques, ce sont simplement chez Thémistios deux faces ditTérentes de son activité philosophique, et voilà le fait essentiel qu'il importe de rappeler tout d'abord.
Ces deux rôles assumés par \\i\ i)hilosophe irritent les défiances du public, en faisant reflet d'innovations périlleuses : Thémistios est accusé d'y compromettre la dignité de la philosophie, et voilà le second fait qui doit être fortement mis en lumière. Remarquons d'abord l'attitude des philosophes. Si nous n'avons de la première polémique que les discours de Thémistios, nous y saisissons pourtant d'une façon très nette la physionomie de ses adversaires. Parmi eux, il en est beaucoup qui n'ont du idiilosophe que l'apparence et qui sont, selon le mot de Thémistios, des contrefaçons du philosophe. Mais il y a aussi les philosophes sincères, qui poursuivent au fond de leurs écoles des spéculations respectables. Ce sont eux dont l'atlilude est vraiment intéressante. Or que font-ils? Ils protestent de la façon la plus absolue contre toute tentative pour porter la philosophie devant le public. Ils s'en tiennent avec intransigeance à la théorie, et Thémistios qui essaie d'élargir la portée de son enseignement, ils lui refusent le titre de philosophe.
Thémistios s'oppose nettement par ce rôle de conférencier public, aux philosophes de son temps. (Juelles sont au juste ses intentions? Il veut, comme il l'expose dans le discours XXVI, enlever aux soi)histes l'éducation de la foule. A ses yeux, c'est entre la philosophie et la sophistique qu'existe l'antagonisme. I/une et l'autre donnent un enseignement; mais celui de la pliilosophie, sincère, sérieux, fondé sur le vrai, est seul capable d'éclairer le peuple et de servir la cité; l'enseignement sophistique est une affaire de phrases et ne recouvre que le vide. Au fond, toute la philosophie se ramène pour Thémistios à la morale, et la morale, à la morale sociale ; il en résulte qu'à ses yeux, le salut de la philosophie ne peut être assuré que par ce l'Ole d'éducatrice publique résolument entrepris. La philosophie contemporaine au contraire s'éloigne de phisen plus de l'action ; l'essentiel à ses yeux est de pouvoir s'abandonner librement à des spéculations qu'elle soustrait jalousement à la foule. L'antagonisme, pour elle, réside non pas entre deux méthodes d'enseignement public, mais entre la spéculation philosophiq\ie, et l'action, quelle qu'elle soit. Si elle méprise les sophistes, c'est moins pour la vanité de leur art, que pour le contact qu'ils entretiennent avec la foule et qui est leur raison d'être. Par suite
elle oonrond avec eux Thémistios qui a, comme eux, le tort de régler sur l'esprit de la foule la nature de son enseignement. On ne saurait trop insister sur la signification saisissante de ces conséquences inattendues : Thémistios qui rêve d'engager contre la sophistique un duel qui se terminerait au profit de la philosophie par l'anéantissement de sa rivale, se voit rejeté, précisément par les philosophes, au nombre des sophistes. Et cette méprise était inévitable.
Le r(Me d'éducateur public qu'assume Thémistios se prolonge logiquement par l'acceptation d'un rôle politique. La manière la plus efficace d'éclairer la foule, et de la faire participer aux bienfaits do la philosophie, est encore d'installer la philosophie au pouvoir. Thémistios, nommé préfet de Constantinople, voit dans l'exercice de cette haute magistrature la réalisation complète de ses rêves d'action. Et naturellement, on l'attaque pour ce rôle politique, comme ou l'a attaqué pour .ses conférences publiques. Ici les critiques ne viennent pas des philosophes, mais du sénat, et du public, car c'est bien l'opinion générale que formule l'épigramme de Palladas. L'espèce d'isolement qui se fait autour de Thémistios, dans cette polémique comme dans l'autre, ne peut être attribué simplement à la malveillance individuelle. En face de Thémistios le public, de même que les philosophes, a l'impression d'un cas insolite, d'un phénomène qui contrarie les conditions normales de la vie philosophique.
Ainsi ce double débat dépasse, par les idées qu'il agite, la portée d'une polémique accidentelle, (le qui entre en conflit dans cette lutte de Thémistios avec les philo.sophes et le public, ce sont les deux conceptions essentielles de la philosophie. Thémistios tient pour l'action, et il va jusqu'au bout de sa doctrine, puisqu'il veut faire de la i)hilosophienon seulement l'éducatrice de la cité, mais aussi la conseillère et l'inspiratrice du pouvoir. Ses adversaires, eux, placent dans la spéculation pure l'essence de la philo.sophie et condamnent absolument l'action.
Voilà donc les constatations générales qui. se dégagent pour nous de ces deux polémiques. Celles-ci ont en outre Tintérêt de nous montrer dans un jour bien viv^ant la physionomie de Thémistios. C'est une physionomie à coup sûr intelligente et originale. Sans doute, il ne faudrait pas méconnaître ce qu'il y a
d'un peu arrangé dans rallitude de ïhémisUos. Celle conception d'une philosophie active, se mêlant hardiment à la vie de la cité et pénétrant profondément les masses, il ne l'a pas inventée, et lui-même ne montre d'autre ambition que de renouer la vérital)le tradition philosophique. Même dans les détails, cette attitude, si l'on veut, n'est pas absolument naturelle. Thémislios a pris pour modèle Dion Chrysoslome, et le copie fidèlement dans sa lutte contre les philosophes qui ne veulent pas être utiles et les sophistes qui ne peuvent l'être. D'autre part, il est hanté dans sa lutte contre les sophistes par le souvenir de Socrate, et les réminiscences souvent littérales de l'Apologie fourmillent dans les discours XXIII et XXIX. Mais ces réserves faites, il reste que Thémistios a le sens net des réalités, et le courage d'entamer avec la philosophie contemporaine une lutte où il est à peu près le seul de son avis. Il a le rare mérite de voir clair dans une évolution qui détache de plus en plus la philosophie de l'action et de la vie, et qui la réduit à une culture supérieure de l'individu. La conception qu'il prêche est à coup sûr saine et féconde, du moins en ce qui concerne le rôle de la philosophie dans réducation de la foule. Peu importe que son argumentation ne soit pas toujours impeccable, et que sa façon d'interpréter la tradition soit quelquefois fantaisiste; il a su du moins trouver des protestations éloquentes pour dénoncer à la philosophie les dangers de son inertie, et les résultats désastreux de la concurrence sophistique.
Mais voici ce qui donne peut-être raison à ses adversaires, et celte dernière constatation n'est pas la moins curieuse : Pendant (pi'il développe, en face des sophistes, le programme d'un enseignement philosophique dont il donne lui-même des exemples, il fait sentir à son insu les difficultés peut-cire insurmontables de sa tentative. Cette éloquence philosophique qu'il veut restaurer, il la revêt de formes prises à la rhétorique qu'il condamne. Et il ne peut avoir conscience de ces emprunts, précis'^ment parce que son époque ne connaît pas d'autre éloquence que celle des sophistes. Les dialexis de Thémislios sont laites, au moins dans la forme, des mêmes éléments que celles de ses rivaux, et l'influence de ces méthodes qu'il accuse se reconnaît jusque dans ses discours de polémique, à certains caractères de
rargumeutation. Philosophe par les idées, ou plus exactement par le sérieux des intentions, Thémistios est sophiste par la forme de son éloquence, et cette transformation qu'il rêvait pour l'enseignement de la philosophie, il est douteux qu'il eût les moyens de la réaliser, en admettant quelle fût possible.