‹ Le philosophe Thémistios devant l'opinion de ses contemporainsChapitre 5 sur 8 · SiEVERS, dus Li'ben des Libanlns · texte numérisé non relu

SiEVERS, dus Li'ben des Libanlns

cette obligation qu'il impose au philosophe de ne pas se soustraire à une fonction publique offerte par un souverain philosophe, il l'a déjà exprimée dans le discours VIII (1U4 c;.

Du temps présent, Thémistios rapproche d'autres époques glorieuses, où l'on a vu le pouvoir s'unir à la philosophie. Les Antonins ont tiré de leurs livres les philosophes Areianus et Rusticus pour les faire participer aux aftaires publiques (215 a). Ils ne faisaient en cela qu'imiter les anciens Romains, et rappeler le temps où l'on voyait Thraséas, Priscus, etc. . . revêtir tour à tour la toge et le manteau du philosophe. De même chez les Grecs, Xénophon et Socrate, tous deux philosophes, et dont le premier fut stratège, le second prytane. Thémistios mentionne encore le cas de Platon, qui désirait trouver un souverain assez sage pour l'associer à la direction des affaires, mais qui tomba sur Denys le tj^rau : il rappelle enfin les sages Pittacos, Bias, Cléobule, etc., plus appliqués ;\ la pratique qu'à la théorie. Ces exemples reparaîtront dans le discours XXXIV.

Thémistios exprime alors le vœu que les sénateurs, par leur amour de la philosopnie et de la vertu ne fassent pas mentir leur nom de Pères, et que le sénat devienne un véritable temple des Muses. Cette sorte d'exhortation ramène l'éloge de Théodose. Que les sénateurs se modèlent sur leur jeune souverain (215 d, 216 a). Il dédaigne les richesses, les pierres précieuses, la parure, pour ne s'attacher qu'à la vertu et à son cortège : l'humanité, la douceur, l'innocence ; personne n'est dans le deuil à cause de lui, et même il sert de père à ceux dont la destinée a fait des orphelins. Ce sont là d'ailleurs les vertus que Thémistios s'est plu à reconnaître et à célébrer tour à tour chez Constance, Jovien et Valens.

Enfin Thémistios termine en disant que les sénateurs doivent ramener dans le sénat l'ordre et la décence, demander à leurs coryphées (les empereurs) le respect de leur dignité, et au peuple, l'obéissance. Le sénat ressemble à un être vivant bien équilibré ; le corps doit suivre les yeux, et chaque partie s'acqiùtter de son rôle.

Il nous a paru bon de résumer ce discours avant d'analyser les discours XXXI et XXXIV, qui nous font connaître la polémique elle-même. De cette polémique, on ne trouve natu-

rellemeut pas trace dans le discours XVII, qui lui prononcé très peu de temps après la nomination de Thémislios an poste de préfet. Mais pour remercier l'empereur et justifier son choix, Thémistios croit devoir esquisser ici une sorte da'pologie dont il reprendra les éléments au cours du débat. En considérant la façon dont s'est présenté à .son esprit ce discours de remerciement, on peut se demander s'il ne prévoyait pas les critiques dont il allait être l'objet. C'est en effet un plaidoyer en règle qu'il présente, pour l'empereur et pour lui-même. Théodo.se, en rappelant la philo.sophie aux atfaires publiques, ne tente l'ien de nouveau ; il reprend une tradition glorieuse qui remonte aux anciens sages de la Grèce, en passant par les Antonins, la République romaine, réi)oque de Socrate. Il a donc pour lui l'autorité d'une tradition illustre ; quant au principe sur lequel se fonde cette union de la philosophie et du pouvoir, elle est consacrée par l'opinion des anciens philosophes ; cette union est, d'après eux, une garantie de sécurité et de bonheur. Le choix que Théodose a fait de Thémistios est très explicable : la charge de préfet est le couronnement naturel des services que Thémistios a rendus à la cité, et des missions qui lui ont été si souvent confiées par le sénat.

Cette dernière considération permet à Thémistios de présenter sa défense personnelle, après avoir justifié le choix de l'empereur. Il ne pouvait refuser un honneur qui rejaillit sur tout le sénat. Sa qualité môme de philosophe s'y fût opposée : prescriptions de Platon et de Pythagore. Il semble, devant cette défense anticipée, que Thémistios ait senti la possibilité d'une objection comme celle-ci : Un philosophe peut-il, sans déchoir, se mêler aux affaires publiques? Il espère arrêter net les critiques, en se couvrant, comme il l'a fait dans sa polémique contre les philosophes, de l'autorité de Platon. Dans le di.scours XVIII, prononcé quelques jours plus [m\V, il prévient en passant le reproche d'ambition (-224 a) : o Ce n'est pas par ambition que j'ai accepté la préfecture, mais avec le désir ardent de montrer que l'empereur avait sur le bonheur humain les mêmes

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