SCENE PREMIERE
BERNARD, seul.
Ouf !... Sauvé!... Jesuissauvé !... Ilétait temps!... Une minute déplus, et... c'en était fait de moi, (Gbangeant detou )En deuxmols, voici la chose... Elle est mariée et elle demeure à l'étage au-dessous de celui-ci... De temps en temps — quand son mari n'est pas là, bien entendu, — je viens lui rendre visite... Oh! en tout bien, tout honneur!... C'est à peine si, jusqu'à ce jour, elle m'a permis d'effleurer du bout des lèvres le bout de ses doigts... C'est une honnête femme I... Il y en a encore... Trop
6 LE PHOOUE
même, beaucoup trop. .. Enfin, puisque c'est la mode... Aujourd'hui, son mari n'était pas là, alors je suis venu la voir... Vous ne la connaissez pas?... Charmante, délicieuse, adorable I... Quelle différence avec son mari, mon Dieu!... Vieux, laid, maussade et jaloux !... Gomme un tigre I... Jaloux au point que s'il apprenait que j'^ profite de son absence pour venir voir sa femme, il serait capable de me casser les reins... C'est même pour cela, qu'autant que possible, j'évite de me rencontrer avec lui... Et cependant c'est ce qui vient de m'arriver toiit à l'heure... Je venais de quitter sa femme et je descendais tranquillement l'escalier, lorsque, tout à coup, à l'étage inférieur, j'entendis quelqu'un qui toussait et qui soufflait... Pfou, pfou, pfou I... Comme un phoque !... Je me penchai sur la rampe... C'était lui, le mari, le tigre, le phoque !... Malheureusement, il m'avait reconnu... Je remonte vivement... « Ah ! c'est trop fort, s'écrie-t-il... La porte cochère, fermez la porte cochère !... Je vais lui brûler la cervelle I... » J'étais bloqué !... N'écoutant que mon courage, je ne fis qu'un bond jusqu'à l'étage supérieur, une porte était entr'ou-
verte, je la poussai, j'entrai et... et me voilà
Est-ce bête hein, d'être jaloux comme ça?... Estce que je suis jaloux de lui, moi ?... (negardanl 'autour de lui.) Voyons, où suis-je ?... Des tableaux, des esquisses, un chevalet... Chez un peintre, je suis chez un peintre !... A merveille !... Un artiste, mieux que personne, comprendra ma situation et m'aidera à en sortir. (Remontant à la porte du fond, en se frottant les mains.) Dépisté, le tigre ! Roulé, le phoque !! Enfoncé, le mari II! (Redescendant.) Non, maisest-il assez bête, avec sa jalousie!...
LE PHOnUE 7
Je vais attendre ici, patiemment, qu'il ait quitté la place, c'est-à-dire, l'escalier... Oli ! j'attendrai aussi longtemps qu'il le faudra... Un an, si c'est iiécessaire... Je suis un modèle, un vrai modèlo de patience ! (voyant s'ouvinr la porte de gauche.) Quelqu'un! Le peintre, sans doute, (.iparcevant Marthe.) Tiens 1 non, une femme!