‹ Le phoque; comédie en un acteChapitre 4 sur 13 · BERNARD, MARTHE · texte numérisé non relu

BERNARD, MARTHE

MARTHE, le saluant.

BERNARD, même jeu.

Monsieur I Madame !

MARTHE

Vous désirez ?

BERNARD

Ce que je désire ?

MARTHE

Oui.

BERNARD

Rien, rien du tout.

:\[ARTHE.

Mais alors, monsieur, que faites vous ici?

BERNARD

Moi?

MARTHE

Sans doute, vous.

BERNARD

Eh bien, vous le voyez, je... je vous allcndais.

Moi?

UERXARD, se reprenant.

G'esl-â-:lire non, pas vous, monsieur votre mari.

MARTHE

Mon mari?... Je ne suis pas mariée.

Pas mariée !.,. Vous en êtes sûre?...

MARTHE, souriant.

Jusqu'à preuve du contraire...

BERNARD

Veuve?... Alors, il est mort, ce pauvre... Chose?

MA u THE.

Qui ç.i, monsieur ?

BERNARD

Eh bien, mais, INIachin... votre mari.

MARTHE

]\Iais pas du tout, monsieur, je suis demoiselle.

Ah ! c'est dommage !

MARTHE

Pourquoi ?

B E n K A ni).

Je ne sais__pas... Je dis c^, comme je dirais autre chose.

jr ARTIIE.

Je préférerais, monsieur, que vous me disiez ce que vous êtes venu faire chez moi.

BERNARD, s'oubliaut.

Voilà. Le phoque a fait fermer la porte cochére, alors...

MARTHE

Plaît-il?

BERNAUl», se reprenant.

Rien, rien. (Après un temps.) Cihez vous?... Je suis chez vous!... Alors, mademoiselle, c'est vous qui... sur de la toile... Avec des petits pinceaux... et de la couleur...

MARTHE, à part.

Quel drôle d'individu !

BERNARD, continuant.

En voilà un métier qui doit demander de la patience!... Gela m'aurait été, à moi, qui suis justement un modèle...

MARTHE, à part.

Ah! c'est un modèle!...

BERNARD, même jeu.

Un vrai modèle de patience!...

MARTHE, à part.

Un modèle que mon sexe embarrasse. — Pauvre garçon ! (L'examinant.) Il n'est pas mal.

BERNARD, à part.

Qu'a-t-elle donc à me regarder comme ça?

Tenez-vous droit.

BERNARD

Hein?.. .Je suis donc bossu?.,.

MARTHE, à part.

Pas mal du tout. (Haut.) Attendez ! (mi faisant prendre une pose.) La jambe gauche en avant... La droite en arrière... Etendez le bras gauche et élevez l'autre au-dessus de votre tête. (Bernard exécute les mouvements indiciués.) Bien!... Ne bougez plus! BE HNARD, à part.

Qu'est-ce qui lui prend?

MARTHE, se reculant.

Très bien, très bien !... La jambe gauche, surtout.

BERNARD, à part.

Est-ce qu'elle va me laisser longtemps comme ça?

MARTHE, à part.

C'est bien le modèle qu'il me faut pour mon gladiateur. (Haut.) Déshabillez-vous.

BERNARD, ahuri.

S'il vous plaît?

MARTHE

Je vous dis de vous déshabiller.

BERNARD, ahuri.

Devant vous?... Jamais de la vie!...

Voyons, vous posez ?

BERNARD, à part.

Elle m'appelle « poseur! »

MARTHE

Je vous assure, mon garçon, que c'est la première fois que j'ai affaire à un aussi drôle de modèle.

^lodèle?... Mais je ne suis pas modèle!

LE IMIOQUE . H

MARTHE

Hein?

Pas modèle du tout, du tout.

MARTHK, riant.

Et moi qui croyuis que vous... et qui voulais vous faire déshab... (Eclaïaat.) Ali! je comprends maintenant, votre surprise...

BERNARD

Dame, mademoiselle, c'est la première fois que ça m'arrive.

MARTHE

Et moi, monsieur, poui' la troisième fois, J'ai l'honneur de vous demander quel est enfin l'olijet de votre visite?

BERNARD, à pai't.

Fichtre!... Une jeune fille! Je ne peux pas lui parler du phoque et cependant il faut que je lui dise pourquoi je suis venu cliez elle... Voilà, je...

MARTHE

Voyons, s'agit-il d'un portrait?

BERNARD

Oui, oui, c'est cela, c'est d'un portrait (|u'il s'agit.

Du vôtre, peut-être?

BERNARD

Non... si... oui... Du mien, oui, du mien.

Pourquoi ne l'avoir pas dit tout de suite?

i-2 LE PHOQUE

BEnNAIlD, s'oul)liaiit.

Ça ne m'est pas venu à l'idce. (se reprenant.) Je n'ai pas osé.

MARTHE, souriant.

Décidément, monsieur, vous êtes timide.

BERNARD

Gomme une jeune fille.

MARTHE, installant sou chevalet.

A riiuile ou au pastel?

BEIINARD.

Je n'ai pa>s de préférence... Ali ! si, je suis du Midi... Faites-le à l'huile.

MARTHE, montrant une cliaise.

Asseyez-vous.

BERNARD, s'asseyant.

Bien, (au pubWc.) Et li [ihoque qui m'attend toujours dans l'escalier... Pauvre hèle!...

MARTHE, assise devant le clievalet.

De face ou de profil?

J'ai le trois-quarts plus avantageux.

MARTHE

Ne remuez plus.

Elle commence à peindre.

BERNA.RD, grimaçant.

Pardon! J'ai lu bout du nez qui me démange!

MARTHE

Grattez-vous.

R E R N A R D , se gi'a t la n L .

Merci.

MARTHE

Souriez, inaintenaut.

BERNAiiD, souriant Ijôtemeiit.

Comme ça?

MARTHE

Parfait!

BERNAIID, immobile.

GliarmaiiLe, cette jeune artiste !... Jolie même, très jolie!... Des yeux, des cheveux, et une taille, et... C'est drôle, la vie!... Dire que si le hasard m'avait fait monter plus tôt jusqu'à son étage, c'est peut-être elle que j'aurais adorée Et puis elle n'est pas mariée, elle, elle est libre... Pas de phoque I... Tandis que l'autre, celle du dessous... (se levant machinalement et descendant à l'avant-scène.) Après tout, ce n'est pas ma faute si elle a épousé un homme qui ne se prête pas aux circonstances. (Marchant.) Un homme qui...

MARTHE

Eh bien, ch Jjien, où allez-vous donc?...

BERNARD, tressautant.

Hein?... Ah! oui... (se rasseyant.) Pardon!

MARTHE

Ne vous impatientez pas, cela avance.

BERNARD

Où en ètes-vous?

Je tiens le ne?..

BERNARD, au public.

Elle tient le nez!... Comme elle dit cela gentiment, (soupirant.) Ah !

MARTHE

A l'œil, maintenant.

A l'œil?... Vous ne m'en faites qu'un?

MARTHE

Ne vous tourmentez pas.

BERNARD, se levaut.

Peut-on regarder?

MARTHE

Non, non, quand ce sera fini.

BERNARD, se rasseyant.

N'oubliez pas l'autre œil; j'y tiens beaucoup...

MARTHE

Ne remuez pas, monsieur, je vous en prie; j'attaque les cheveux.

BERNARD

Justement, je viens de les faire couper.

MARTHE

Il en reste assez.

BERNARD, s'inclinant.

Trop aimable! (changeant de ton.) Quand j'étais petit, ils frisaient, mes cheveux. . ils frisaient tous les dimanches...

Tous les dimanches?

BERNARD

Oui, ce jour-là on me menait chez le coiffeur, et..

Souriez.

BERNARD, souriant.

Voilà.

MARTHE

Très bien, (peignant.) Un peu de lumière ici... un peu d'ombre là... dans les narines...

BERNARD

Dans les narines?... Vous me mettez quelque cliose dans les narines?...

MARTHE

Oui, un peu d'ombre...

BERNARD

^Ah! bon. (au public.) Je croyais que c'était du persil.

MARTHE

Oh! oh!... Voilà un sourcil... (Retouchant.) Là!...

BERNARD, souriant toujours.

Faut-il continuer à sourire?

MARTHE

Non, c'est fini.

BERNARD, se levant.

Voyons!...

MARTHE, lui passant le portrait.

Voilà.

■ BERNARD, poussant un cri.

Oh!

MARTHE

Qu'avez-vous?

BERNARD

C'est extraordinaire!

MARTHE

Quoi donc?

Mon portrait...

Eh bien?...

Il me ressemble !

Mais, monsieur !..

BERNARD

MARTHE

BERNA RU

BERNARD

G'est-à-dire qu'on jurerait que c'esl moi!... C'est curieux, ça, c'est... (a Mnithu.) Ali! Mademoiselle, tous mes compliments!

Très flattée, monsieur.

BERNARD

Renversant! (au public ) Je l'offrirai au-dessous... Non, son mari le crèverait... (au portrait.) Oui, mon vieux, il te crèverait... Oh! il le ferait, comme je te le dis... (au public.) Au fait, il a dû renoncer à m'attendre dans l'escalier... (Remontant.) Filons! (s'arrêlant.) Ah! pardon, mademoiselle, j'oubliais... Combien vous dois-je?

MARTHE

Mais rien pour le moment, monsieur... Ce portrait n'est pas complètement achevé, et nous nous reverrons, je J'espère?

BERNARD

Moi aussi, (au public) Gomme elle a dit cela!... (a Marthe.) Moi aussi, mademoiselle, moi aussi.

LE PIIUUUE ] 7

MARTHE, graciouscmcnl.

Alors.., au revoir...

BERNARD, uu pon troublé.

Au revoirl... Au revoir!... (sortant puis rouvrant la porte ) Au revoir!... (au puiiiic.) Cliarmanle!,.. Et puis... pas de phoi]uo, elle!...

Il disparaît.

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